SUR LA PRÉSENCE RÉELLE DE JÉSUS-CHRIST DANS L'EUCHARISTIE
Adressée à un Gentilhomme faisant profession de la Pi-eligionrCahiniste.
IHTRODUCTION.
Je vous ai promis , Monsieur , de vous adresser un exemplaire des Lettres d'un Docteur Catholique , aussitôt que cet ouvrage serait sorti de la presse , et je ne diffère pas à remplir mes engagemens; je vois avec une véritable joie , que, malgré les préjugés de l'éducation , malgré la confiance que vous avez dans les lumières des Docteurs de votre Prétendue Réforme , vous désirez de connaître par vous-même la doctrine que professe l'Église Catholique , et d'examiner les preuves sur lesquelles nous* établissons notre croyance. Ces dispositionsisont dignes de votre sagesse et de votre prudence , et on ne peut trop les louer dans une
(i) Celte Lettre , comme il a déjà été dit dans C avertissement de l'Editeur à la tête du 7«^ vol. n'est pas du Docteur Allemand {le P. Scheffmacher) Auteur de huit premières Lettres qui ont précédé , et des quatre dernières qui suivent; c'est pour cela qu'on ne l'a pas numérotée , afin de la distinguer des autres. Le premier dessein avaitété de la placera la fin de tout l'Ouvrage; mais toutes reflexions faites , on a cru qu'elle trouverait mieux ici sa place immédiatement après les deux Lettres sur le Sacrifice de la Messe et sur la présence permanente de Jésus-Christ dans le Sacrement de l'Autel ; par-là le Lecteur aura l'avantage de trouver de suite et sans aucune interruption tout te qui regarde L'Eucharistie,
affaire aussi intéressante pour le salut : mais permettez-moi , Monsieur , de ne pas les regarder en cette occasion comme des vertus purement naturelles ; je crois y reconnaître un premier rayon de la grâce du Seigneur , qui prépare , quoique de loin encore , votre retour à son Eglise dans laquelle seule vous pouvez trouver la voie qui conduit à lui.
J'ai tout lieu d'espérer que la solidité des preuves qui sont exposées dans ces Lettres, dissipera les impressions que vous avez reçues contre la doctrine de l'Eglise ; examinez-les chacune en particulier, vous les trouverez toutes capables de déterminer un esprit droit : réunissez-les toutes ensemble , et vous verrez qu'elles se prêtent une force mutuelle , et qu'elles donnent au corps de la Doctrine Catholique une fermeté inébranlable. Toute la grâce que je vous demande , est de ne pas fermer votre cœur à la voix du Seigneur , lorsqu'elle commencera à se faire entendre ; mais de lui prêter une oreille attentive , et de dire alors , comme autrefois le Prophète ( i. Reg. m. lo. ) : Parlez y Seigneur, parce que votre serviteur écoute.... (.Psal. cxviii. 18. ) Eclairez mes yeux ajîn que je puisse contempler les merveilles de votre sainte Loi.
Vous remarquerez , Monsieur, en lisant ces Lettres, que l'Auteur attaque directement les Luthériens , et que , par cette raison , il n'a pas traité expressément le dogme de la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie, qui est reconnue par les Disciples de Luther ; il s'est contenté de prouver la présence permanente et la réalité du Sacrifice dans la Messe; ces deux dogmes tiennent nécessairement à celui de la présence réelle. Cependant , comme vous êtes spécialement attaché à la doctrine de Calvin , et que le dogme
de la présence réelle est peut-être celui qui vous choque le plus dans la Doctrine Catholique , j'ai cru devoir le prouver directement dans cette Lettre , afin que rien ne manque à votre instruction , et que vous puissiez trouver dans l'ouvrage que je vous présente , un corps complet de controverse.
Vous reconnaissez , Monsieur , l'Ecriture seule pour règle de votre foi , c'est par l'autorité de l'Ecriture que je me propose devons prouver le dogme de la présence réelle. Mais quel est , selon vous , le juge-du véritable sens de l'Ecriture? C'est, dans vos principes ,'ou l'évidence du Texte dans les choses claires , ou, dans les articles plus obscurs, votre goût particulier pour une interprétation plutôt que pour une autre : j'espère vous faire voir que le Texte de l'Ecriture décide en faveur de la présence réelle , et que vos lumières particulières vous égarent quand elles vous portent à détourner le sens naturel de ce Texte à des sens figurés , sans aucun autre motif , sinon que votre raison ne peut concevoir la présence réelle , ou même qu'elle vous la représente comme impossible ; ainsi après avoir prouvé cet article de notre foi par l'autorité de l'Ecriture , je vous ferai voir que la raison ne prouve point qu'il soit impossible , et que tous les argumens de vos Docteurs pour établir cette prétendue impossibilité , ne sont que des efforts vains et incapables d'ébranler notre foi.
Vous ne pouvez disconvenir, Monsieur , que le dogme catholique de la présence réelle ne se trouve à la lettre dans ces paroles de Jésus-Christ (0, Ceci est mon Corps qui sera livré pour vous ; Ceci est mon Sang qui sera répandu pour vous. (=) Ma Chair est véritablement aliment , et mon Sang est véritable-
(i) Mattli. xxvi. 26 et 28. Marc. xiv. aa et 24. Luc. xxii. 19 et ao. 1. Cor. XI. 24. (3) Juau. vi. 56 et 54.
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nient brem'age.... En vérité, je vous le dis , si vous ne mangez la chair da fils de V homme , et si vous ne bm>ez son [Sang , vous n'aurez pas la vie en vous. C'est toujours un grand avantage pour nous que d'avoir en notre faveur la lettre du Texte sacré : Or , que le sens littéral dans lequel l'Eglise prend ces paroles soit leur sens véritable , j'en rapporterai trois preuves que j'exposerai l'une après l'autre.
Plan de cette Lettre.
La première preuve résulte de l'accord et de l'uniformité, pour ainsi dire , de trois Evangéiistes à rapporter les paroles de l'institution du sacrement de l'Eucharistie , Ceci est mon Corps , sans variété , sans commentaire, sans explication, quoiqu'elle fût ici plus nécessaire que partout ailleurs; et quoique dans les autres relations que deux ou trois Evangéiistes nous donnent du même fait, on remarque toujours quelque variété dans les circonstances ; ici il n'y en a pas la moindre.
La seconde preuve sera tirée du vi^ chapitre de l'Evangile de saint Jean , où l'institution , à la vérité, n'est pas rapportée, mais y est clairement prédite et annoncée , et d'une manière qui ne peut s'accorder qu'avec le sens littéral de l'Eglise.
La troisième preuve enfin sera prise de saint Paul dans sa première Epître aux Corinthiens , chapitre xi , non-seulement dans le récit qu'il y fait de l'institution de l'Eucharistie , lequel ne présente rien de particulier ; mais dans tout ce qu'il y ajoute sur la participation à ce grand mystère.
Avant d'exposer ces preuves , je crois devoir faire quelques observations générales qui nous conduiront à la parfaite intelligence de ce que les Auteurs sacrés nous apprennent sur l'Eucharistie
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Observations préliminaires.
L'esprit de Dieu ^ qui ai présidé au travail des Ecrivains sacrés et les a inspirés en tout, a tellement guidé leur plume , qu'ils ont écrit dans la pure vérité ; mais la Providence qui les faisait écrire divinement et par l'impulsion de l'Esprit saint , a voulu néanmoins qu'ils écrivissent en hommes, et comme on écrit ordinairement parmi les hommes; c'est-à-dire, que chacun a écrit ce qu'il avait vu et comme il l'avait vu , ce qu'il avait appris et comme il l'avait appris de témoins dignes de foi , ce qu'il avait remarqué , ce qui l'avait le plus touché dans les actions ou dans les discours de Notre-Seigneur , et qu'il a omis ce qui lui avait paru moins remarquable ou ce qui l'avait moins affecté.
Peu de faits ou de discours de Notre-Seigneur sont rapportés par les quatre Evangélistes : Jésus- Christ , Fils de Dieu et Fils de l'homme , sa prédication, ses souffrances , sa mort , sa sépulture , sa résurrection , voilà ce qu'on trouve dans les qualre Historiens sacrés , comme le corps de tout l'Evangile et le fondement de notre salut; son ascension n'est rapportée que par deux Evangélistes ; plusieurs autres faits très-^considérables n'ont pourtant qu'un seul Historien ; l'Annonciation, la Nativité du Sauveur célébrée par le chant des Anges , sa crèche, sa circoncision, les prophéties de Siméon et d'Anne au Temple , etc. ne se trouvent que dans saint Luc.
Saint Matthieu seul nous rapporte d*autres faits très-importans , comme l'apparition de l'Ange à saint Joseph , l'adoration des Mages , la fuite en Egypte , le retour à Nazareth , le désespoir de Judas , le champ du Potier acheté trente pièces d'argent comme il avait été prédit , cette terrible
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imprécation des Juifs dont nous voyons encore aujourd'hui l'accomplissement , Que son Sang soit sur nous et sur nos en/ans ; le sépulcre du Seigneur scellé et des gardes rais autour; la formule du Baptême , Au nom du Père , et du Fils , et du Saint- Esprit , etc.
Quelques faits particuliers se trouvent dans deux Evangélistes ; quelques autres , mais plus rarement , dans trois. Il est très-naturel de croire que ce n'est pas sans de grandes et importantes raisons qu'un même fait se trouve dans les quatre Evangélistes, surtout s'il n'est pas d'une nécessité absolue pour la suite de la vie et de la mort de notre Seigneur.
L'Ordre des temps dans lesquels les Evangiles ont été publiés , est encore à observer. Celui de saint Matthieu , écrit en .hébreu , est sans contredit le premier et comme la base et le fondement des trois autres. L'Evangile de saint Marc a été regardé par plusieurs comme un abrégé de celui de saint IMatthieu, et par d'autres, comme l'Evangile desaint Pierre dont il était le Disciple , et qu'il avait suivi dans ses voyages : il rapporte quelquefois des circonstances que saint Matthieu avait omises comme on le peut voir , par exemple , sur l'établissement des douze Apôtras , sur le Paralytique descendu par le toit, sur l'IIémoroïsse, la fille de Jaïre, etc.
Saint Luc écrivit après saint Matthieu et saint Marc qu'il a copiés en plusieurs endroits ; quelques-uns ont appelé son Evangile , l'Evangile de saint Paul , parce qu'il fut le compagnon des voyages de cet Apôtre, et qu'il pouvait avoir appris de lui beaucoup de choses ; son style est d'un Grec plus élégant et plus poli que celui de tous les Ecrivains sacrés , ce qui fait voir que cette langue lui était familière.
Saint Jean a écrit assez long-temps après ces trois
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Evangeîistes ; il paraît avoir eu une attention particulière à ne pas répéter ce que les autres avaient déjà dit, et à suppléer à ce qu'ils avaient omis ; il s'attache moins à rapporter les actions de Notre- Seigneur , qu'à nous rendre fidèlement ses discours; il nous ouvre des routes nouvelles sur sa génération éternelle ; mais avec quelle élévation et quelle force ? C'est lui qui nous annonce (Joa/z. i.) qii au commencement était le Verbe , que le Verbe était en Dieu , et que le Verbe était Dieu ; que par lui toutes choses ont été faites , et que sans lui rien na été fait ; que le Vei^be s est fait chair ^ et qu'/^ a habité avec nous ; c'est encore cet Apôtre qui nous apprend seul le premier des miracles de Notre-Seigneur aux noces de Cana , et la guérison du Paralytique couché sur les bords de la piscine miraculeuse, la foi de la Samaritaine , l'histoire de la femme adultère , la guérison de l'Aveugle-né , la résurrection de Lazare, etc.
Voilà, Monsieur, mes réflexions générales sur la conduite de l'Esprit de Dieu par rapport aux c[uatre Evangeîistes : faisons-en une application particulière au sujet que nous traitons, et considérons le nombre des Ecrivains sacrés qui ont rapporté l'institution de l'Eucharistie , amsi que leur uniformité dans le rapport qu'ils en ont fait.
L'institution de l'Eucharistie rapportée par trois Evangeîistes et par saint Paul.
Trois Evangeîistes , saint Matthieu , saint Marc et saint Luc, rapportent sans variété et sans explication les propres j^aroles de Jésus-Christ : Ceci est mon Corps. Saint Jean en a usé ici comme en plusieurs autres endroits ; il n'a pas répété ce que les autres Evangeîistes avaient déjà dit sur l'institution de l'Eucharistie ; mais il a suppléé à ce qu'ils avaient
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omis, en nous transmettant un long entretien du Sauveur avec ses Apôtres, dans lequel il leur annonce et leur promet cette institution. Il est à propos de remarquer que saint Jean ne parle pas non plus de l'institution du Baptême , rapportée par saint Matthieu; mais qu'il nous en fait voir seul la promesse et le précepte [Joa/i. m. 5.) : Si l' homme ne renaît pas de ïeau et de F Esprit-Saint , il ne peut entrer dans le Bojaume de Dieu.
IMais ce n'est pas encore assez. Saint Paul , qui dans ses Epîtres ne nous cite aucune autre action de Notre-Seigneur pendant le cours de sa vie mortelle, nous rapporte celle de l'institution de l'Eucharistie; il ne nous dit point ce que les autres Apôtres lui avaient appris , il a grand soin de nous avertir que c'est de Jésus-Christ même qu'il le tient \ I. Cor. XI. 2 3. ) : 3' ai appris du Seigneur , dit-il , ce que je vous ai enseigné , etc.
Nous n'avons pas été du Conseil de Dieu , quand il a réglé la plume des Ecrivains sacrés ; mais, dans sa conduite à leur égard , nous pouvons , sans vouloir trop pénétrer dans les secrets de sa providence, remarquer un trait de cette sagesse suprême qui préside à toutes ses œuvres. Pendant que tant de circonstances de la vie et de la mort du Sauveur , tant de miracles éclatans qu'il a opérés , ne se lisent que dans un seul Evangéliste ; que l'institution du Baptême au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit f quoiqu'il soit le premier et le plus nécessaire de tous les Sacremens , n'est rapportée que par un seul Evangéliste : pouvons-nous croire que ce soit par hasard et sans dessein que l'institution de l'Eucharistie n'est pas seulement rapportée par quatre Evangélistes , mais pour ainsi dire par cinq , ce qui ne se remarque par rapport à aucune des actions de Jésus-Christ ? Ne devons-nous
pas'observer dans cette conduite une volonté exprese du Seigneur et un motif bien important? Le Catholique n'a pas beaucoup de peine à l'aperce^ voir; l'Eucharistie renferme un miracle qui est au-dessus de nos sens , et qui surpasse toute notre in» telligence; un miracle qui devait se renouveler tous les jours dans l'Eglise Chrétienne ; un miracle dont la seule promesse avait scandalisé par sa grandeur plusieurs des Disciples de Jésus-Christ , et de ceux même qui venaient de voir les pains se multiplier dans ses mains ; un miracle enfin qui dans la suite des siècles devait révolter encore une partie de ceux qui se disent Disciples de Jésus-Christ : ne sommes-nous pas bien fondés à croire que le Seigneur a voulu que les paroles dont il s'est servi en instituant cet auguste Sacrement, fussent répétées par tant d'Auteurs sacrés, et sans la moindre variété , afin qu'il ne pût rester aucun doute sur la vérité du sens littéral de ces paroles sacrées, sens que l'Eglise a suivi dans tous les temps , et que nous suivons encore aujourd'hui ?
Uniformité de leur rapport, i
Après avoir considéré le nombre des Historiens sacrés qui parlent de l'institution de l'Eucharistie , que direz-vous , Monsieur ,' de cette parfaite uniformité avec laquelle trois Evangélistes et saint Paul nous rapportent les paroles de Jésus-Christ , Ceci est mon Corps , eux qui sur d'autres faits varient souvent dans leurs expressions et dans le détail des circonstances ? Ne puis-je pas vous deman-^ der d'où vient en ces quatre Auteurs inspirés une fidélité si bien marquée à se servir des termes de Corps et de Sang , et pourquoi pas un seul des quatre n'a voulu s'expliquer , et nous faire entendre ce que les autres auraient peut-être dit d'une
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manière trop obscure ? 11 suffisait qu'un seul nous avertît que ce qui est appelé le Corps de Jésus* Christ, n'en était que la figure , ou la vertu ; aucun ne l'a fait , et pourquoi ? C'est qu'ils nous rapportent sur ce grand mystère tout ce qu'ils en avaient vu et entendu, tout ce qu'ils en avaient appris du Seigneur lui-même. Il a pris du pain -, il Vu béni, il Va rompu , // a dit à ses Disciples : Prenez et mangez, Ceci est mon Corps. Voilà , Monsieur, tout ce que les Auteurs sacrés nous rapportent. La charité infinie de Jésus-Christ prêt à livrer son corps à la mort , et à répandre tout son sang pour noire salut , n'aurait-elle pas daigné nous faire entendre par un seul mot , que ce pain n'était que la figure et le signe de son Corps? Aurait-elle pu laisser cette Eglise, que le Sauveur acquérait alors au prix de tout son sang, dans une erreur aussi grossière que de prendre la simple figure de son Corps pour ce Corps adorable ; erreur qui devait commencer dès le temps des Apôtres, se répandre dans tout le monde , être adoptée par tous les Chrétiens pendant seize siècles , c'est-à-dire , jusqu'au moment où Zuingle et Calvin viendraient détromper les Fidèles , et leur apprendre le véritable sens de ces paroles sacrées?
J'ai cru , Monsienr , devoir commencer par ces observations préliminaires, qui me paraissentjeter un grand jour sur l'importante matière que je traite. Je vais présentement vous exposer en détail les preuves que nous fournit l'Ecriture sainte ; les paroles de l'institution se présentent les premières.