‹ Lettres d'un docteur catholique à un Protestant sur les principaux points de controverse et sur les obstacles au salut et à la conversion des Luthériens et des CalvinistesChapitre 7 sur 27 · II. Preuve tirée des paroles de la promesse · texte numérisé non relu

II. Preuve tirée des paroles de la promesse

Le sixième chapitre de l'Evangile selon saint Jean nous présente un récit exact des actions et des discours de Jésus-Christ pendant deux jours consécutifs, ( Joan. VI. I, — 22. ) On y voit d'abord la réfection de cinq mille hommes qui l'avaient suivi dans le désert, opérée par la multiplication miraculeuse de cinq pains et de deux poissons ; la retraite de Jésus-Christ seul sur la montagne , et son retour au commencement de la nuit vers ses Apôtres en marchant sur les eaux du Lac de Tibériade. Le lendemain le même peuple étant revenu auprès du Sauveur dans l'espérance d'en obtenir encore du pain en abondance, il leur dit : ( 22. — 48. ) P'ous me cherchez, non à cause des miracles que vous avez vus , mais parce que je vous ai donné du pain à manger et que vous avez été rassasiés. Il les avertit de chercher désormais, non pas une nourriture périssable, mais celle qui demeure pour la vie éternelle , et qui consiste à croire en lui: L'œuvre de Dieu , leur dit-il , est que vous croyiez en celui quil a envoyé. H leur déclare que c'est là le pain que le Père céleste leur a donné : C'est mon Père qui vous donne le véritable pain du Ciel; le pain de Dieu est celui qui est descendu du Ciel et qui donne la vie au Monde.,.. Je suis le Pain de vie ; celui qui vient à moi n aura point de faim ^ et celui qui croit en moi n'aura jamais soif ; et encore , voici le pain qui est descendu du Ciel. A l'occasion de ce Pain déjà descendu du Ciel , dont il exhortait ses Auditeurs à se nourrir spirituellement en croyant en lui , il leur annonce qu'il leur donnera un autre pain , et que ce pain sera sa chair qu'il doit donner pour la vie du monde. Comme c'est de cette dernière partie du discours de Jésus-

Christ que nous tirons la preuve de sa présence réelle dans le Sacrement dont il prédisait alors l'institution , il est à propos de la rapporter tout au long , comme elle est dans le texte sacré.

f. 5i. Je suis le Pain vitrant qui suis descendu du Ciel.

f. Si. Si quelquun mange de ce pain , il vivra étei'nellement , et le pain que je donnerai ^ est ma Chair j (^ que je donnerai , suivant le texte Grec) pour la vie du monde.

f. 53. Les Juifs donc disputaient entre eux , en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?

f. 54. Jésus leur dit: En vérité , en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils dethomme et si vous ne buvez son sang , vous n aurez point la vie en vous.

f. 55. Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang , a la vie éternelle , et je le ressusciterai au dernier jour.

f. 56. Car ma Chair est véritablement aliment et mon Sang est véritablement breuvage.

f.B'j. Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang , demeure en moi , et moi en lui.

f. 58. Comme mon Père , qui est vivant , m''a envoyé, et que je vis par mon Père , de même celui qui me mange , vivra aussi par moi.

f. 59. Cest ici le Pain qui est descendu du Ciel. Ce n'est pas comme la manne que vos pères ont mangée et qui ne les a pas empêchés de mourir; celui qui mangera de ce pain vivra éternellement.

f. 6g. Ce fut en enseignant dans la Synagogue de Capharnaûm que Jésus dit ces choses.

f.Ç>i. Plusieurs donc de ses disciples qui ravalent entendu, dirent : Ces paroles sont dures ; qui peut les écouter?

SUR LA. PRÉSENCE RÉELLE. I2i\

i'. Ga. Mais Jésus connaissant en lui-même que ses Disciples murmuraient sur ce sujet , leur dit : Cela vous scandalise-t-il ?

f. 63. Que sera-ce donc , si vous voyez le .Fils de Vliomme monter oii il était auparavant.

f. 64. Cest l esprit qui vivifie , la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.

f.Ç>S. Mais il y en a quelques-uns Centre vous qui ne croient pas. Car Jésus savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient point , et qui serait celui qui le trahirait.

f. ÇiÇ). Et il leur disait : Cest pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne 'lui est donné par mon Père.

f. 6']. Dès lors plusieurs se retirèrent de sa suite, et ils n'allaient plus avec lui.

f. 68. Jésus sur cela dit aux douze apôtres : Et vous , ne voulez-vous point aussi me quitter ?

f. 69. Simon Pierre lui répondit : A qui ironsnous , Seigneur ? vous avez les paroles de la vie éternelle.

f. 70. ISous croyons , et nous savons que vous êtes le Christ , Fils de Dieu , etc. "

11 est aisé de remarquer dans ce' chapitre trois parties bien distinctes du discours de Jésus-Christ, avec une transition et une progression suivie de l'une à l'autre. Il s'agit d'abord d'un pain matériel multiplié miraculeusement pour la nourriture du peuple qui avait suivi Jésus-Christ dans le désert : à l'occasion de ce pain matériel , le Sauveur exhorte ses auditeurs à chercher plutôt le pain que le Père céleste leur avait envoyé , et dont ils se nourriraient en croyant en lui : enfin de ce pain déjà donné par le Père céleste , de ce pain déjà venu, Notre-Sei-

gneur passe à la promesse d'un autre pain qu'il devait donner et qui sera sa propre Chair et son propre Sang. Telle est la juste analyse du v)* chapitre de saint Jean , comme on peut s'en convaincre en le lisant avec attention.

Pour rendre ma preuve complète , je vous ferai voir d'abord , Monsieur , que dans le vi^ chapitre de saint Jean, depuis le f. 5i , jusqu'à la fin du chapitre, Jésus-Christ parle non plus d'un pain spirituel et dont on se pouvait nourrir par la foi, mais de l'Eucharistie, qu'il promettait d'instituer , c'est-àdire, d'un pain vraiment céleste , et qui devait être reçu , non pas seulement par la foi , mais réellement et corporellement. En second lieu je prouverai que ces paroles entendues de l'Eucharistie établissent clairement le dogme de la présence réelle dans ce Sacrement.

Mauvaise interprétation de Zuingle et de Calvin.

Zuingle et Calvin ont avancé que dans le vi chapitre de saint Jean il n'était pas question de l'Eucharistie , mais seulement de la foi par laquelle on doit s'attacher à Jésus-Christ , et en nourrir , pour ainsi dire , son ame, comme nos corps sont nourris par le pain matériel.- L'intérêt, de leur cause exigeait qu'ils interprétassent ainsi le texte de saint Jean : obstinés à nier la présence réelle , ils devaient faire les plus grands efforts pour éluder l'argument que les Catholiques; tirent des paroles de Jesus- Christ rapportées par cet Evangéliste. Luther a pensé comme Zuingle et Calvin , et sans qu'on en voie trop le motif , puisqu'il admettait la présence réelle ; mais toujours curieux de nouveautés , et flatté de contredire la tradition et l'autorité des Pères de l'Eglise, il a cru peut-être se distinguer de la foule en adoptant l'opinion de Zuingle sur cet article ,

quoique d'ailleurs il l'ait repris avec aigreur sur ce qu'il niait la présence réelle , et jusqu'au point de dire que , {Def. verb. cœnœ. ) Le diable semblait se moquer du genre humain en lui proposant une hérésie aussi ridicule et aussi contraire à la sainte Ecriture.

La promesse ne peut s'entendre que de l'Eucharistie.

Vous me permettrez , Monsieur, de préférer le sentiment commun des Pères de l'Eglise à celui des nouveaux Sectaires, et même d'un très-petit nombre de nos Théologiens modernes qui ont paru incliner vers la même opinion , afin de se soustraire à l'argument que les Hussites et les Luthériens prétendaient tirer du vi*^ chapitre de saint Jean, pour établir la nécessité de la communion sous les deux espèces. Nous avons pour nous la Tradition , et notamment les témoignages de saint Cyprien , sain! Athanase , saint Hilaire , saint Basile , des deux saints Cyrille, de saint Epiphane , saint Ambroise. saint Chrysostôme, saint Innocent, saint Augustin, Théodoret , saint Léon , saint Grégoire-le-Grand, saint Isidore de Séville , saint Jean-Damascène . saint Bernard , le Concile général d'Ephèse , enfin la foule des Ecrivains Ecclésiastiques. Yoilà tout ce que l'antiquité a eu de plus éclairé et de plus respectable. Une pareille autorité n'est-elle pas plus que suffisante pour nous décider sur la véritable interprétation du vi^ chapitre de saint Jean ?

Mais avons-nous besoin d'interprètes et de commentateurs, quand le texte lui-même s'énonce avec la plus grande précision ? Renoncez pour un moment à vos préjugés , IMonsieur , et supposez . comme nous le croyons , que Jésus-Christ ait voulu nous donner son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin. Je vous demande s'il lui aurait

été possible avec cette intention d'exprimer plus clairement la manducation réelle de son corps ? Le pain que je donnerai, est ma propre Chair, que je donnerai pour la vie du monde.... Si vous ne mangez la Chair du Fils de l Homme, et si vous ne buvez son Sang , vous n'aurez point la vie en vous.... car ma chair est véritablement aliment , et mon sang est véritablement breuvage. S'il pouvait y avoir quelque obscurité dans ces paroles , ne serait-elle pas dissipée par leur conformité avec les paroles de l'institution de ce Sacremeut , Prenez et mangez , ceci est mon corps qui est donné pour vous? La réalité de la promesse n'est-elle pas prouvée par la réalité de l'institution ? Rien ne démon- Ire plus clairement la vérité d'une prophétie et le sens dans lequel on doit l'entendre , que son exécution ; c'est dans l'exécution qu'on découvre clairement ce que la prophétie pouvait avoir d'obscur. Ici nous trouvons une égale clarté et dans la promesse et dans l'institution , ainsi que la plus parfaite conformité dans les paroles qui énoncent l'une et l'autre.

Observez , s'il vous plaît, Monsieur, que Jésus- Christ distingue très-expressement le don déjà accordé par le Père céleste , et le don qu'il promettait lui-même d'accorder dans la suite. Il en parle comme de deux dons distincts et dont la jouissance était attachée à des temps différens. Le don du Père céleste était déjà accordé ; ceux à qui Jésus- Christ parlait pouvaient en jouir dès lors en s'attaehant à Jésus-Christ par une foi ferme. Mon Père vous donne le vrai pain du Ciel.... t œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qiiila envoyé. JMais le don de Jésus-Christ n'était pas encore présent , il le promettait pour un temps futur : Le pain que je donnerai , est ma Chair. Si ce pain promis par

Jésus-Christ devait s^entendre d'un pain spirituel , dont la jouissance et la manducation ne s'opèrent qtie par la foi , il n'y aurait plus de différence entre le pain déjà donné par le Père céleste, et le pain promis par Jésus-Christ , puisque la jouissance du pain déjà donné par le Père ne s'opérait pareillement que par la foi. Jésus-Christ parle donc d'un autre pain que celui dont on ne jouit que par la foi , et par conséquent il parle du pain Eucharistique.

Remarquez encore , Monsieur , que Jésus-Christ compare ici la manne dont les anciens Israélites avaient été nourris dans le désert , avec le pain qu'il devait donner lui-même, et qu'il déclare ce dernier bien plus excellent : Ce n est pas comme la manne que vos pères ont mangée , et qui ne les a pas empêchés de mourir ,* celui qui mangera de ce pain vivra éternellement. S'il ne s'agit dans ce chapitre que d'un pain spirituel qui se mange par la foi, comment Jésus-Christ aurait-il mis une si grande différence entre la nourriture des anciens Israélites et celle qu'il promettait , puisque les anciens Israé* lites ont eu la foi au Médiateur à venir , comme les disciples de Jésus-Christ l'ont au Médiateur venu ? Cette foi a été nécessaire dans tous les temps, dans la loi de Moïse comme dans la loi évangélique.

Est-il possible d'imaginer que Jésus-Christ dans aucun lieu n'eût parlé de la dignité du Sacrement de l'Eucharistie , ni des fruits admirables qu'il produit ? Saint Matthieu , saint Marc , saint Luc en rapportent simplement l'institution. Si le vi* chapitre de saint Jean ne doit pas s'entendre de l'Eucharistie , il faut avouer que Jésus-Christ ne s'est point expliqué sur une matière si importante ; ce qui n'est pas croyable. Nous voyons qu'il a toujours pris soin de préparer ses disciples aux grands mys-

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tères de la Religion , avant qu'ils fussent exécutés. Avant d'imposer le précepte du Baptême , il avait dit ( Joan. m. 5.) que si l'homme ne renaissait pas de l'eau et de l'Esprit-Saint , il ne pouvait entrer dans le Royaume de Dieu. Avant d'être attaché à la croix et de ressusciter , il avait prédit à ses Apôtres i^Matth. XX. ig. ) qu'il seroit livré aux Gentils pour être outragé par eux , crucifié , et qu'il ressusciterait le troisième jour ; il avait prédit de même ( Joan. XVI. 16.) son ascension , et ( Ibid. xiv. 16.) la descente du Saint-Esprit. L'Eucharistie , ce mystère si sublime , si excellent , aurait-il été le seul dont Jésus-Christ n'aurait pas daigné prévenir et instruire ses Apôtres , auxquels nous avons déjà vu qu'il expliquait en particulier tout ce qu'il annonçait aux autres en termes plus obscurs?

Enfin est-il croyable que saint Jean , ce disciple si attaché à Jésus-Christ, cet historien si fidèle, si attentif à nous rapporter tous les mystères enseignés par son divin Maître, eût gardé le silence sur celui-là seul ? Il faudrait cependant convenir qu'il n'aurait point parlé de l'Eucharistie dans tout son Evangile , s'il n'en est pas question dans ce vi*^ chapitre.

Ce motif, et tous ceux que j'ai exposés, doivent vous persuader que le vi^ chapitre de saint Jean nous présente la promesse faite par Jésus-Christ de cet auguste Sacrement. Ce point une fois établi » il est aisé de prouver que la dernière partie de ce vi® chapitre ne peut s'entendre que dans le sens catholique, c'est-à-dire , de la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie.

Nous réclamons encore ici , Monsieur, l'évidence du texte sacré. Il est consolant pour les Catholiques de voir la doctrine qu'ils professent , consacrée par la bouche même de Jésus-Christ , tandis que

tous les Novateurs ne fondent leur croyance que sur des interprétations de fantaisie, et dans lesquelles ils sont souvent en contradiction les uns avec les autres. Le Sacrement de l'Eucharistie nous en fournit un exemple bien frappant. Permettez* moi, Monsieur, de m'arréter ici un moment pour vous faire remarquer les variations de ceux que vous regardez comme vos maîtres et vos docteurs; cette considération sera bien capable de détruire l'excessive confiance que vous avez en leurs lumières. Après une petite digression je reprendrai la suite de ma preuve.

Variations des nouveaux Sectaires dans leurs doctrines sur TEucharistie.

Zuingle, le premier et le plus hardi des Sacramentaires , n'admet point la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharisite , ni aucune manducation réelle de son corps; ce Sacrement n'est, selon lui, qu'une figure , une commémoration ; mais étant reçu avec foi , il nous applique les mérites de la Passion du Sauveur par la vertu et l'opération du Saint-Esprit sur nos âmes ; effet que nous obtenons pareillement, selon lui, hors du Sacrement et dans tous les actes de foi que l'homme peut produire , mais avec moins d'abondance que par la réception du pain Eucharistique. Ainsi Zuingle ne donne à ce Sacrement qu'un peu plus d'efficacité que n'en a un simple acte de foi hors du Sacrement.

Calvin , pour ménager les Luthériens qu'il désirait d'attirer à son parti , a donné plus d'efficacité à l'Eucharistie. Quoiqu'il n'admette point la présence réelle, il reconnaît cependant dans une 'infinité d'endroits de son Institution une manducation très-réelle de la substance du corps de Jésus-Christ, laquelle se fait par la vertu vivifiante attachée à la

substance de ce divin Corps. Cette vertu , selon lui, ne peut se séparer du Corps de Jésus-Christ , et cependant elle vient par le Sacrement en tous ceux

3ue la foi en a rendus dignes. Ce système renferme es contradictions manifestes. Car comment pouvons-nous être nourris de la substance du Corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , si ce corps n'y est pas ? Et comment la vertu vivifiante , attachée au corps de Jésus-Christ , peut-elle venir jusqu'à nous , si elle est inséparable de ce corps ? Mais le caractère propre de l'hérésie est d'être inconséquente. Calvin croit répondre à tout en disant (*l que cette manière , c'est-à-dire , celle par laquelle Jésus-Christ s'unit à nous dans l'Eucharistie , est incompréhensible à ï esprit humain , et que cest un grand miracle.

La Confession de foi des Eglises réformées de France, rédigée en iSGq, dont Théodore de Béze est le principal Auteur, ne parle plus de cette vertu vivifiante du corps de Jésus-Christ , qui vient à nous sans cependant se séparer de ce corps; elle dit simplement que {^Art. 36.) par ï Eucharistie on est véritablement nourri de la substance du Corps et du Sang de Jésus-Christ , que cela se fait par la vertu incompréhensible du Saint-Esprit , et que cest un mystère qui surpasse en sa hauteur la mesure de notre sens et tout ordre de nature. Il n'y avait que cinq ans que Calvin était mort , lorsque cette profession de foi fut dressée , et le maître était déjà abandonné par ses disciples dans une partie de la doctrine qu'il leur avait enseignée.

Le Ministre Claude a avoué plusieurs fois que l'opinion de Calvin ne lui paraissait pas admissible, et qu'il la trouvait aussi difficile à concevoir et à

(i) Dt cpt. eome, iMund» rat, apud Hospin. p. 37S.

SUR LA. PRÉSENCE RÉELLE. lag

défendre que la doctrine des Catholiques. Son sentiment particulier est qu'il se fait en nous par l'Eucharistie une inondation de grâces. jMais si cette inondation vient de la vertu attachée au Corps de Jésus-Christ , c'est l'opinion de Calvin; si elle n'est que l'application des mérites de Jésus-Christ opérée par la foi, c'est l'opinion de Zuingle toute pure.

Enfin, pour mettre le comble à la singularité de ces opinions , le Ministre Poiret a osé avancer (0 que dans ce Sacrement Jésus-Christ se fait tout à tous, et qu'il accorde à un chacun suivant sa foi ; que le Corps de Jésus-Christ y est réellement, et réellement reçu par le Catholique et le Luthérien qui croient la présence réelle ; que l'esprit de Jésus- Christ , l'efficace de sa mort et de ses mérites , sa grâce et tous ses dons y sont communiqués au Prétendu Pxéformé ou au Zuinglien qui n'y voient rien de plus; c'est-à-dire, que le Corps de Jésus- Christ est présent dans l'Eucharistie pour ceux qui le croient, et qu'il n'y est point pour ceux qui ne le croient pas.^

Quelle contradiction , Monsieur ' quelle bizarrerie dans ces opinions 1 je pourrais vous en citer encore plusieurs autres. Le Sauveur du monde , en instituant l'auguste Sacrement de son Corps et de son Sang , l'aurait-il donc abandonné aux disputes et aux vaines imaginations des hommes ? Aurait-il permis à un chacun d'en étendre ou d'en restreindre la vertu au gré de ses caprices '^ Cette conduite sans doute n'aurait pas été digne de la sagesse du Fils de Dieu. Mais non, il nous a marqué de la matière la plus précise ce que nous devons croire sur ce Sacrement ; je vous l'ai déjà fait voir dans les

(i) La paix des bonnes âmes, Tlt. de t'Eucli. seet. art. 3, n. 7. 8. et suivans.

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paroles de l'institution , et je vais continuer cette preuve par les paroles de la promesse.

La présence réelle établie par la promesse.

Jésus-Christ nous dit au vi' chapitre de saint Jean, le pain que je donnerai, est ma chair pour la vie du inonde, et suivant le texte Grec, le pain que je donnerai, est ma chair que Je donnerai pour la vie du monde. La chair, que Jésus-Christ a donnée pour la vie du monde , a été sa propre chair , et non pas une chair en figure ; le pain Eucharistique est donc sa propre chair et non pas seulement la figure de sa chair : cette conséquence est aussi simple , aussi claire que les paroles dont elle est tirée. C'est un Dieu qui parle ; pourquoi ne pas le croire ? Serait-ce parce que ses paroles son t extraordinaires, et qu'elles nous annoncent un grand miracle ? Mais celui qui de rien a fait le ciel et la terre par une seule parole , celui qui a formé la substance des êtres , et qui la change comme il lui plaît , celui qui changea la substance de l'eau en celle du vin aux noces de Cana , ne pouvait-il pas changer de même la substance du pain en celle de son Corps ?

Non-seulement Jésus-Christ nous dit que le pain Eucharistique serait sa propre Chair , et qu'il nous la donnerait à manger, mais il le répète plusieurs fois et à différentes reprises , en sorte qu'il semble qu'il ait voulu détruire jusqu'à la moindre idée et la moindre apparence d'un sens figuré. Sa providence permet qu'il naisse des difficultés dans l'esprit de ses auditeurs ; mais plus on lui en oppose, et plus il persiste à leur dire que ce qu'il a annoncé, est non-seulement possible , mais qu'il sera réellement exécuté. Ces infidèles que l'Esprit-Saint par des raisons qui nous sont inconnues , n'avait pas disposés à recevoir la vérité , murmurent et se scan-

SUR LA. PRÉSENCE REELLE. ' l3l

dalisent ; ils s'écrient avec une espèce d'horreur : Comment celui-ci peut-il donner sa Chair à man-' ger ? Il semble que si Jésus-Christ eût jamais dû expliquer le sens figuré de ses paroles, et autoriser la Coramunion par la foi seulement; si son intention avait été d'en faire la croyance de son Eglise , il devait dans une occasion si pressante, et par charité pour ses disciples , lever l'horreur que ses paroles avaient fait naître dans l'esprit de ceux qui l'écoutaient.

Mais bien loin d'adoucir ses expressions, l'Evangile nous apprend que malgré le murmure de ses auditeurs et même de plusieurs de ses disciples sur la rnandiication réelle de sa Chair , Jésus-Christ insista avec encore plus de force sur cette vérité , en ajoutant : En vérité , en vérité , je vous le dis , si vous ne mangez la- Chair du Fils de V Homme , et si vous ne buvez son Sang , vous n aurez point la vie en vous ; celui qui mange ma Chair et boit mon Sang , a la vie éternelle , et je le ressusciterai au dernier jour ; car ma Chair est véritablement aliment , et mon Sang est véritablement breuvage ; celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang, demeure en moi , et moi en lui. Ces expressions éloignent toute idée d'un simple signe et d'une figure. Car si la Chair que Jésus-Christ doit donner, n'est que la figure de sa Chair ; si on ne doit manger cette Chair que par la foi ; comment a-t-il pu dire que sa Chair était un véritable aliment ? Ce sont cependant les expressions du Fils de Dieu qui est la vérité même. Pouvait-il rien dire de plus formel et de plus décisif ? Ne semble-t-il pas qu'il ait voulu dès lors nous prémunir contre toutes les difficultés qu'on a faites depuis deux siècles sur cet auguste Sacrement?

Aucun des auditeurs de Jésus-Christ ne prend

1 5a LETTRE

ses paroles clans un sens figuré. Si dans celte multitude qui le suivait, un seul homme se lût levé et eût dit : Rassurez-vous , le Maure ne parle quen figures et en paraboles ; croire en lui , se nourrir de sa doctrine et de la promesse quilnousjait de la vie éternelle , c'est manger sa Chair , et il na pas prétendu vous dire autre chose ; si un seul des disciples eût parlé ainsi , il eût ramené tous les autres , et aurait remis le calme dans leurs esprits. Ce peuple cherchait le Messie , et marquait de l'attachement pour Jésus-Christ ; Taurait-il rebuté, faute de lui faire entendre par un seul mot qu'en lui promettant sa Chair à manger, il ne lui parlait qu'en figures ? Ses paroles paraissent dures à ceux qui les entendent, et sur cela il leur dit : Ceci vous scan^ dalise ; que sera-ce donc si vous voyez le Fils de t Homme monter où il était auparavant ? Ainsi pour faire entendre qu'il donnerait réellement sa Chair à manger d'une manière toute miraculeuse , il leur cite pour exemple de cette merveille le miracle de son Ascension future : raisonnement qui serait destitué de toute solidité , si l'Eucharistie ne devait contenir rien de miraculeux , et si le Pain et le Yin ne devaient y être que des signes et des figures du Corps de Jésus-Christ,

Enfin plusieurs de ceux qui écoutaient le Sauveur, et même de ses disciples, persistant dans leur incrédulité, le quittent, et Jésus-Christ, ce Pasteur si tendre qui était venu pour sauver les brebis de la Maison d'Israël , ne court point après celles-ci et les laisse aller sans regret ; il use de la même rigueur à l'égard de ses Apôtres ; Et vous aussi , leur dit-il , /ze voulez-vous point vous en aller? Mais les Apôtres, dociles aux leçons de leur divin Maître , croient si peu qu'il venait de leur parler en figures , et sont si peu disposés à prendre

son discours pour une parabole, qu'ils ne pensent pas même à lui en demander l'explication quand ils sont seuls avec lui , comme nous voyons dans l'Evangile qu'ils le faisaient ordinairement et dans des choses bien moins importantes.

Avouons , Monsieur, que si notre Seigneur était venu pour tromper les hommes et non pas pour les instruire , pour les perdre et non pour les sauver , il n'aurait pu exécuter plus sûrement ce terrible dessein , qu'en disant et répétant en termes si précis et si forts et sans aucune explication , ce qu'on n'aurait dû cependant prendre que dans un sens figuré et totalement étranger à la façon ordinaire de s'exprimer. Il serait résulté d'une pareille conduite , que ceux qui auraient eu le plus de confiance en ses paroles . le plus de soumission , en un mot le plus de foi , auraient été précisément ceux qui se seraient le plus éloignés de sa pensée, et en même temps de leur salut.

Objection tirée de ces paroles : La Chair ne sert de rien.

Vous me direz peut-être , Monsieur, que Jésus- Christ a expliqué lui-même les paroles rapportées au vi^ chapitre de saint Jean, et que , par l'explication qu'il en a donnée , il a exclu de la manière la plus claire le sens que les Catholiques veulent leur donner. Les Juifs qui l'écoutaient, et même plusieurs de ses Disciples étant scandalisés de ce qu'il leur avait dit , que celui qui mangerait du pain qu'il promettait , vivrait éternellement , et que ce Pain était sa Chair pour la vie du monde ; pour dissiper ce scandale, Jésus-Christ leur dit : C'est l'esprit qui vivifie , la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai adressées , sont esprit et vie : ce qui signifie, selon vous , qu'il aurait été fort inutile de manger la Chair de Jésus-Christ , qu'il suf-

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fisait de lui être uni par l'esprit , et que les paroles précédentes ne devaient être entendues que dans un sens spirituel et vivifiant : explication qui exclut absolument le sens que les Catholiques attachent aux paroles de Jésus-Christ , et établit au contraire le sens que les Prétendus Réformés leur donnent.

RÉPONSE

Il est aisé , Monsieur, de donner aux paroles cie Jésus-Christ tel sens qu'on peut imaginer , quand on prend la liberté de les transposer et de les mettre hors de leur place , pour répandre , s'il était possible , quelque obscurité sur l'intention du Fils de Dieu. C'est ce que veulent faire vos IMinistres par rapport aux discours de Jésus-Christ. Remettons les paroles du Sauveur dans l'ordre que nous présente le texte Sacré , et cette objection proposée avec tant de confiance et si souvent répétée , restera sans force.

Les Juifs après avoir entendu ces paroles de Jésus- Christ , Je suis le pain vivant qui suis descendu du Ciel; celui qui mange de ce pain, vivra éternellement , et le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde, disputaient entre eux , en disant: Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? Si Jésus-Christ leiir avait répondu sur-lechamp : C'est r esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai adressées , so72t esprit et vie ; si par cette explication il avait fait cesser aussitôt le murmure occasionné par l'interprétation littérale des paroles précédentes, Le pain que je donnerai, est ma chair pour la vie du monde; je conviens que ces paroles , C'est V esprit qui vivifie , la chair ne sert de rien , etc. ainsi placées , pourraient nous indiquer que tout ce que le Sauveur avait dit précédemment , doit être pris dans

un sens figuré. Mais le texte Sacré nous rend d'une manière bien différente les discours et la conduite de Jésus-Christ. Entre les paroles sur lesquelles nous nous appuyons et celles que vous nous objectez , il se trouve onze versets tout entiers ; et que voyonsnous dans ces versets intermédiaires ? Au scandale et au murmure des Juifs et de plusieurs des disciples qui avaient pris à la lettre les expressions précédentes , Jésus-Christ oppose la confirmation la plus énergique de la vérité dont ils étaient choqués : En vérité , en vérité , Je vous le dis , si vous ne mangez la Chair du Fils de l'Homme , et si vous ne buvez son Sang , vous Ji aurez point la vie en vous ; celui qui mange ma Chair et boit mon Sang , a la vie éternelle , et je le ressusciterai au dernier jour ; car ma chair est véritablement aliment et mon Sang est véritablement breuvage.

Cette confirmation était bien capable d'augmenter le murmure et l'étonnement des Juifs ; aussi voyons-nous qu'elle produisit cet effet ; Ces paroles sont bien dures ^ repliquèrent-ils , et qui peut les ecow/e/'? Jésus-Christ adoucit-il cette prétendue dureté de ses paroles ? Tout au contraire , il leur déclare que le don qu'il leur promet , est au-dessus de l'ordre de la nature ; et pour élever leurs esprits à la croyance de cette merveille , il leur cite le miracle de son Ascension future : Ceci vous scandalise ; que sera-ce donc si vous voyez le Fils de r Homme monter où il était auparavant ? Suivant les règles du raisonnement , un miracle ne peut être rapporté en exemple que quand il s'agit d'établir et de prouver un autre fait miraculeux.

Ce n'est donc qu'après avoir répété plusieurs fois et confirmé qu'il leur donnerait sa Chair à manger et son Sang à boire , après leur avoir annoncé ce don comme une grande merveille , que Jésus-Christ

, leur dit : Cest l'esprit qui vi\>ijie , la chair ne sert de rien; les paroles que je vous ai adressées , sont esprit et vie ; voilà le texte remis en sa place. Pour en découvrir la véritable interprétation , il ne faut point le séparer des précédens. Je crois vous avoir prouvé , Monsieur , que dans ceux-ci Jésus-Christ a promis de la manière la plus claire et la plus précise qu'il donnerait véritablement sa Chair à manger et son Sang à boire , mais d'une manière aussi miraculeuse que devait l'être son Ascension au ciel. De ce point doit dériver l'interprétation des paroles qui suivent immédiatement : Cest l'esprit qui vivifie y etc. Je vais vous faire voir que l'interprétation que nous donnons , est simple , naturelle , conforme au texte sacré ; et au contraire que celle que vous voulez y donner, ne peut se concilier avec le texte sacré , et qu'elle y est directement opposée.

On peut observer d'abord que dans cette proposition , la chair ne sert de rien , il ne paraît pas que Jésus -Christ ait voulu parler de sa propre chair , mais seulement du sens charnel et grossier dans lequel les Capharnaïtes prenaient ses paroles ; comme quand il a dit à saint Pierre [Matth. xvi.iy.), Ce nest pas la chair et le sang qui vous ont révélé cette vérité , il a voulu dire seulement que la raison naturelle et les connaissances humaines avaient été impuissantes pour faire connaître à saint Pierre qu'il était véritablement le Fils du Dieu vivant. Jésus-Christ aurait-il pu dire que sa propre chair ne sert de rien ; cette chair dans laquelle se sont opérés les grands mystères de l'Incarnation -, de la Nativité , de la Mort et de la Passion du Fils de Dieu; cette chair qui nous a tant profité et procuré tant de grâces ; cette chair enfin qui a été le fondement de notre salut ? C'est l'esprit qui vivifie ,

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la ciiair ne sert de rien ; c est-à-dire , vous ne devez point entendre ces paroles d'une manière charnelle et grossière , mais d'une manière spirituelle et vivifiante. Il est certain que les Capharnaïtes auxquels Jésus-Christ parlait , conçurent qu'il leur donnerait véritablement sa chair pour nourriture , et jusques-lk ils entendaient les paroles de Jésus- Christ dans leur véritable sens; mais ils voulurent aller plus loin , et ils s'égarèrent dans leurs pensées. Jésus-Christ n'avait parlé précisément que du don qu'il devait faire de sa chair , et il ne s'était point expliqué sur la manière dont il ferait ce don ; elle ne devait être connue et manifestée que dans la dernière Cène où Jésus-Christ donna réellement sa Chair et son Sang à ses Apôtres , sous les espèces du pain et du vin. Les Capharnaïtes, au lieu de s'en tenir aux paroles de Jésus-Christ sur la promesse du don , voulurent raisonner sur la manière dont elle serait exécutée : Comment celui-ci, dirent-ils , peut-il nous donner sa chair à manger? Ils pensèrent que Jésus-Christ leur donnerait sa chair à manger de la même manière dont ils mangeaient la chair commune qui leur servait d'aliment ordinaire ; c'est-à-dire , une chair présentée sous sa figure naturelle , et coupée en différens morceaux : en quoi ils s'éloignèrent de la pensée du Sauveur, et donnèrent dans une erreur grossière.

C'est cette interprétation charnelle que Jésus- Christ voulut exclure ; en leur disant que la chair, c'est-à-dire, la chair mangée de cette manière, ne sert de rien , que cest F esprit qui vivifie ; et que ses paroles étaient esprit et vie ; c'est-à-dire , qu elles devaient être entendues d'une manière spirituelle , vivifiante et miraculeuse, en ce que sa chair serait véritablement nourriture , mais nourriture présentée aux Fidèles d'une manière qui n'aurait

rien de révoltant pour la nature , et qui hé serait pas contraire au respect dû à la Chair du Fils de Dieu. Cette interprétation est naturelle , et se lie parfaitement avec toute la suite du discours de Jésus-Christ.

Que si vous voulez , Monsieur , qUe JésUs-Christ ait entendu parler de sa propre chair , lorsqu'il a dit , La chair ne sert de rien , je vous répondrai qu'il a seulement voulu dire que sa chair seule ^ sa chair séparée de son Ame et de la Divinité , ne pouvait servir de rien dans ce Sacrement ; que ses paroles devaient être entendues d'une manière spi^ rituelle et vivifiante; c'est-à-dire^ de sa chair jointe à la Divinité , puisque ce n'est que par cette union que sa chair a pu donner la vie au monde. Cette interprétation, ainsi que la précédente, s'accorde parfaitement avec tout ce qui précède le verset dont il s'agit.

Mais celle que vous voulez lui donner. Monsieur , est formellement contredite par la suite du texte sacré. Selon vous, la chair de Jésus-Christ ne peut servir de rien , de quelque manière qu'elle soit reçue ; Jésus-Christ n'a voulu apprendre autre chose aux Capharnaïtes et à ses Disciples , sinon qu'après sa mort les Fidèles dans leurs assemblées devaient rompre et manger du pain commun , en mémoire de sa Passion , parce que ce pain ainsi mangé serait un mémorial de sa chair souffrante sur la Croix , et que par cette action , accompagnée d'une foi vive , ils participeraient à son Corps livré et à son Sang répandu pour nous. Il faut d'abord convenir qu'il n'y a là rien de merveilleux , et que pour faire croire une pareille chose, il était fort inutile de citer en preuve le miracle de l'Ascension. Mais si vous croyez que les paroles de Jésus-Christ doivent être ainsi entendues , il est

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naturel de penser que les Juifs et les Disciples auxquels elles ont été adressées , ont pu et dû les entendre de même ; que la surprise et les murmures qu'ils avaient fait éclater d'abord ont dû cesser entièrement ; enfin qu'ils n'ont pas dû se séparer du Seigneur , après avoir reçu de lui une explication si simple et si facile des paroles qui les avaient scandalisés.

Cependant le texte sacré nous apprend le contraire. Après cette explication , qui , selon vous , aurait dû les calmer, quelques-uns même des Disciples de Jésus-Christ se séparèrent de lui : Dès lors plusieurs de ses Disciples se retirèrent de sa suite , et ils n allaient plus avec lui. Ils ont donc toujours trouvé quelque chose d'incompréhensible dans les paroles de Jésus - Christ , [et leur attachement à leurs propres lumières a été si grand, qu'ils se sont déterminés à quitter le Seigneur , plutôt que de se soumettre à la doctrine qu'il venait de leur enseigner. L'explication des paroles de Jésus-Christ ne présenta donc pas à ces Disciples infidèles le sens que vos Docteurs veulent leur donner aujourd'hui. Mais où ces nouveaux maîtres ont-ils pris euxmêmes une interprétation qui n'a été ni reçue , ni entendue sous les yeux mêmes de Jésus-Christ, et qui est si manifestement contraire à toute la suite de son discours ?

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