‹ Lettres d'un économiste classique à un agriculteur souffrant [microform]Chapitre 2 sur 3 · I.’augmentation de la récolte, sans être considérable · texte numérisé non relu

I.’augmentation de la récolte, sans être considérable

indique un progrès, et l’on en comprend l’étendue réelle, lorsqu’on voit certains départements — celui de Seine-et- Oise, par exemple -- obtenir 30 hectolitres à l’hectare (1). Dans le Nord, dans la Reauce et ailleurs, la moisson de certains propriétaires atteint parfois le triple de ce que produisent, à surface égale, nos lointains concurrents. Ces derniers, alors, au lieu de nous écraser, comme le disent vos amis, peuvent se sentir un peu découragés; il est probable que le moment viendra où ils devront manger eux-mêmes leurs blés ou quitter la partie.

Quoi qu’il en soit, ledit Trésor de la Rocque prouve, par des chiffres que je ne veux pas contester, que la France peut et doit se suffire ; mais que la spéculation, l’agiotage, 1a malice des meuniers, les combinaisons d’admissions temporaires, font chez nous donner la préférence à l’achat des blés étrangers ; ce qui produit une accumulation de nos propres blés invendus allant jusqu’à 95 millions d’hectolitres (2).

Et notre homme s’écrie : « Le stock, voilà l’ennemi! » Il a raison à son point de vue; car si les approvisionnements

généraux faisaient défaut, des gens avisés et affa-

meurs qui auraient conservé leur propre stock feraient

de belles affaires aux dépens de l'estomac collectif.

Le commerce — lorsqu’il est libre — y met bon ordre ; aussi le llétrit-on et veut-on lui opposer de nouvelles entraves. On insinue même que les droits de douane n’établissant pas la hausse aussi bien qu’en Allemagne, il en

(1) Selon M. Dehérain, la moyenne actuelle en France serait de 17 hectolitres à l’hectare.

(2) V. Démocratie rurale, 26 juillet, 16 et 23 août.

LEÏTHES 1) UN ÉCONOMISTE

résulte pour nos agriculteurs « une perte de 200 millions a de francs dont ils sont privés uniquement pour faire « oagiier quelques millions à des spéeulaleurs qui ont « accaparé les faveurs des pouvoirs publics ».

On ne diffame pas avec plus de désinvolture que ne le fait ce monsieur ! Heureusement qu’il ne nomme personne, ce qui n’expose pas « l’agriculture souffrante » à en venir aux mains avec ce coquin de commerce qui conspire avec le gouvernement de M. Méline la ruine des producteurs de blé !...

Quoiqu’on fasse, on trouve toujours quelqu’un de plus protectionniste, de plus socialiste ou de plus ridicule que soi ■? Ne pensez vous pas comme moi que votre collègue ressemble trop à ce paysan qui s’étonnait et se plaignait de ce que, quand les pommes étaient chères, on n’en récoltait pas, et que, lorsqu’elles étaient abondantes, on les vendait pour rien ?

On a encouragé la production du blé au moyen d’un droit de 7 francs par quintal ; donc, les cullivaleurs. tout naturellement, poussent à la quantité; l'abondance fait alors baisser le prix et anriule partiellement l’effet de la protection douanière. Mais la sécheresse ou les intempéries réduisant une autre fois la récolte, les prix montent fatalement, et c’est alors que l’importation, trouvant son compte, passe la frontière et comble le déficit. Le Trésor, soit national, soit d’un la lîocque quelconque, commence à s’engraisser; malheureusement il s'établit ipso facto un cours de disette, et les pouvoirs publics, quel que soit leur degré de maladresse... ou de perfidie, sont obligés de suspendre ou de réduire, pendant un certain temps, l’effet des droits dits protecteurs, qui menacent de devenir tout à fait meurtriers.

Il ne faut pas rompre les chiens et isoler la question du blé de celle de l’alimentation populaire ; c’est du pain qu’il s’agit ; en majorer artificiellement le prix est un acte criminel et quiconque ne veut ou ne peut le comprendre se montre simplement dénué de sens moral.

Avant l’établissement des droits, je me mis un jour à étudier, dans V Economiste français, conjointement avec M. P. Leroy-Beaulieu, les moyens industriels de produire le pain en grand, à meilleur marché que la petite boulangerie ; d’autres publicistes nous aidèrent dans celte tâche, et beaucoup de sociétés coopératives, en France et au dehors, prouvèrent que nous avions visé juste. Gomme toujours, les socialistes nous accusèrent de noirs desseins, et le pauvre Benoît Malon, s’adressant à ma personne, dans une colonne de V Intransigeant, déclara qu'il coyinaissait mon truc 1

Je pardonne à la mémoire de ce collectiviste érudit... et borné ; mais je me sens plus sévère pour un « agriculteur souffrant », chimiste sérieux, homme bien élevé et fanatique protectionniste (1), qui s’écriait naguère : « Et « les économistes qui ne s’occupent pas du pain !... » C’est un peu fort, n’est-ce pas? Tout en voulant être poli et croire même à la bonne foi d’un adversaire, on ne peut s’emi)êcher de penser à l’individu qui vient de dévaliser une personne ou une boutique, et qui s’enfuit en criant au voleur, pour que la police change de piste.

Je pourrais m’en tenir à ces citations caractéristiques ;

(1) M. Jules Séverin.

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22 LETTRES d’un ÉCONOMISTE CLASSIQUE

mais vous sachant un parlait honnête homme, je liens à hien faiie penetrer dans votre conscience l’idée que les « souffrances de l’agriculture » sont avant tout l’expression de revendications égoïstes et cyniques, tendant à maintenir à un bon taux les revenus de cinq à six cent mille individus sur huit millions de propriétaires, aux dépens de 38 millions de mangeurs de pain et de viande et de beaucoup de buveurs de vin. ' \)

Au surplus, voici le résumé des exactions demandées solennellement et avec instances au Parlement, par vos audacieux collègues :

A. Echelle mobile comportant un prix fixe de 30 francs par quintal de blé ; les droits s’établissant automatique ment par la différence en baisse sur ce cours.

B. Loi du Cadenfxs rendant impossibles ou ruineuses les opérations à terme.

G. Limite a trois mois du séjour, dans les entrepôts, des blés et farines, et taxe mensuelle ayant pour but d’obliger à une prompte réalisation.

D. Nouvelle et sévère réglementation des admissions temporaires.

E. Immixtion de 1 Liât dans le mouvement du chaïuîe et rétablissement effectif du bimétallisme, etc.

Je ne vous parle pas aujourd’hui de la viande, du maïs, du riz ni de ce qui se rattache à la législation sucrière ; mais je vous fais remarquer que le prix minimum qu’oii

(1) En Belgique, d’après .M. Strauss, sur 910 000 exploitations .agricoles, il n’y en a guère que l.î-00 qui aient intérêt à la hausse de prix des céréales. {Revue politique et parlementaire lu août 1893, I*. 325.)

veut fixer aux blés, et sans doute, ensuite, à tous les produits du sol, est aussi peu réalisable, mais aussi brutalement malhonnête que le maximum décrété il y a plus d’un siècle par les terroristes.

La croyance en un prix de revient moyen, ou commun à tous, du quintal du blé, est une sorte de superstition voulue; quant à supposer que le change se décrète et qu’on peut maintenir longtemps, à l’argent-monnaie, une valeur double de celle de l’argent-lingot, c’est presque aussi raisonnable que de le demander pour le nickel, le cuivre ou le papier. A ce propos, on a prétendu que les pays exportateurs à étalon d’argent s'enrichissaient aux dépens de ceux qui n’employaient que l’or. Justement M. D. Zolla vient de donner à celte opinion, en ce qui concerne rinde anglaise, un démenti formel au moyen de documents et de calculs précis; il est probable que le savant agronome est à môme de fournir des preuves analogues en ce qui concerne l’Argentine et la Russie (1).

Partout, les artifices légaux causent de la gène, diminuent l’activité et le bien-être et finissent par prouver leur inefficacité après avoir fait beaucoup de mal.

M. Gladstone, s’adressant il y a plusieurs années à un homme d’Etat italien, écrivait : « Le protectionnisme et le « militarisme s’unissent dans un mariage valide mais mal- « sain, et sont tous deux, dans ma conviction, les pires en- « nemis de la liberté. »

Victor Hugo disait, il y a quarante-huit ans : « Quand « les hommes mettent l’injustice dans les lois, celles-ci * finissent par se retourner contre eux. »

(1) V. Monde Economique^ 5 septembre 1896.

Nous verrons bien. Mais je m’aperçois que je n’ai pas encore exposé sufüsamment les Sovff rances de L'Agriculture et les remèdes à leur apposer. Ce sera, si vous le voulez bien, ma lâche dans une troisième et dernière lettre.

Les néo-Grecs, la sentimentalité et les ogres. Le langage des véritables victimes. — Les co r pensateurs et les loups.

— Chacun son métier. — Bonnes et mauvaises chances agricoles. - La charité obligatoire. — Les plaintes de Gérés, de Racchus et de Mercure. — Le manque de bras. - Les octrois.

— Les créances hypothécaires, — Le crédit agricole. Les Chambres d’agriculture. — La quotité et la répartition. Déplacer n’est pas réformer. — Les subventions actuelles. — L’impôt à la tire et l’égalité dans la protection. — L’assistance de tous par tous. — Une inquisition rationnelle. — 120 milliards de bons. — La création d’un nouvel ordre. — Un lame ito et un voce.ro.

Dinard, le 24 septembre 189(3.

Mon cher confrère,

A force d’entendre parler des souffrances de l’agriculture, je me laisse parfois aller à cette sentimenlalilé qu’apostrophait naguère un judicieux écrivain, en ces termes : t Quand tu te mets en travers de la roule que tracent à « l’homme son savoir et sa raison, tu es une adversaire « bien dangereuse (1; ! »

(1) M. Albert Prieur, Journal des Débats, 20 août 1896.

il i

Je tâche alors de me ressaisir et je réserve rinalement ma compassion pour les innombrables victimes d’une poignée de spoliateurs - Grecs par le domicile — dont on peut dire qu’ils agissent au moyen des lois comme leurs pseudo-compatriotes au moyen des caries.

N’étant pas révolutionnaire, je piôcbe la soumission aux lois, jusqu’à ce que l’expérience et de dures leçons aient amené leur abrogation ; mais je n’abdique jamais mon droit de sévère critique contre des législateurs capables d'appauvrir la pauvreté et de prouver que Tartufe peut être à la fois un faux dévot, un faux conservateur et un ogre!

L’élévation du prix du pain, qu’on s’efforce de rendre illimitée, est un crime, surtout un demi-siècle après l’abrogation des corn-laws en xVngleterre ; les coupables ont manœuvré dans le même sens pour la viande, dont la plupart des Français ne consomment pas suftisamment, et l'on n’aura jamais de qualificatifs suffisants pour ces représentants du peuple, dont un traducteur libre de de l’Ecriture disait un jour qu’ils déterrent la bourse dans le champ du potier!

Les pauvres gens ont le droit de constater que ces plagiaires d’Ugolin mangent leurs enfants pour leur conserver un père !

« Qu’est-ce que nous vous avons fait? Pourraient-ils « s’écrier. -- Qu’est-ce que nous vous devons, quels ser- « vices nous avez vous rendus pour que vous veniez dimi- « nuer nos rations en fouillant dans notre bûche et dans « notre marmite ?...

<c Vous nous interdisez, — ça nous a été exiiliqué par * un député honnête — (1) de nous nourrir substantiel-

(1) M. G. Charles Roux, Revue 'politique et parlementaire!, 10 mars 1890.

« lementàmoins de vous payer, au préalable, hO à 80 francs K par bœuf; vous nous extorquez une rançon analogue <( sur le mouton et le porc en nous empêchant de les « recevoir du deliors, et en prenant même des mesures (( pour en accélérer la corruption si nous sommes tentés « de passer outre! Que le diable vous emporte!... Nous « voulons bien payer à l’Etat nos contributions directes et « indirectes; mais nous ne vous avons rien promis et vous tt ne nous avez rien donné !... Les vraies souffrances de « l’agriculture sont les nôtres; nous sommes de pauvres « petits acheteurs et vous de gros vendeurs; c’est vous * qui êtes des intermédiaires parasites et non les mar- « cbands, puisque ceux-ci luttent pour nous faire vivre a « bon compte, lorsque vous vous efforcez de les en em « pêcher (1). »

Tel est le langage que tiennent quelques paysans exceptionnels ; mais il eu est d’autres à qui les socialistes militants suggèrent d’attribuer la responsabilité de leur anémie aux « sales bourgeois », aux capitalistes età divers exploiteurs sociaux. C’est ainsi que vos alliés et conférés, les « Agriculteurs de France » et les membres de certains M Syndicats économiques agricoles » tendent a justifier f les diatribes des collectivistes et des anarchistes ; seule-

ment, étant moins ignorants moins indigents, et aussi perfides, ils sont beaucoup moins excusables.

Ce n’est pas pour vous que je parle, car vous ne péchez, comme des milliers d’autres, que par irréflexion. Je me

(1) J’ajoute que deux des plus grands négociants de France, retraités et s’occupaut d’élevage, m'ont déclaré gagner ordinairement environ 100 francs par bœuf engraissé chez eux. Ils ne demandent aucune protection. L’un est propriétaire en Normandie, l’autre dans le Nord.

LETTRES d'en ÉCONOMTSTE CLASSIQUE

souviens donc à votre égard de ces paroles du second Alexandre Dumas ; « Les opinions sont comme, des clous ; si l’on frappe dessus on les enfonce ! » C’est vrai pour les opinions raisonnées ; mais ce n’esl pas applicable aux préjugés, dont un peu de lumière et de bonne volonté ont raison vis-à-vis de bons citoyens comme vous.

Ainsi, vous êtes trop clairvoyant j)our admettre un instant que nos droits d’importation sont payés par le vendeur étranger ; si cet importateur en fait quelquefois l’avance, c’est tout le bout du monde, et il ne se risque que sur commande ferme, ou envoie ses denrées en entrepôt ; et c'est bien nous, acheteurs et consommateurs, qui subissons les charges destinées à protéger V agriculture nationale et les surcharges imaginées pour compenser l'excès de nos impôts l On ne compense pas le choléra par la peste, et quand le loup prend les babils du berger, c’est toujours pour mieux étrangler les moutons.

j ç Qu est-ce que la protection de nos vins contre ceux d’Ks-

pagne et d'Italie? Simplement un moyen d’empêcher l’individu de boire à sa soif et le négociant de faire les mélanges qui lui sont demandés. 11 y a aussi, je le veux bien l’honnête intention d'indemniser les malheureux viticulteurs des ravages du phylloxéra. Mais les maladies de la vigne sont comme celles de l liomme et des bêtes; est-ce donc aux frais de nos voisins que nous devons et pouvons faire venir le médecin et le vétérinaire ? Il faut que chacun connaisse et subisse les chances de son métier.

Né dans un pays de vignobles, j’ai vu, il y a trente ans, mes compatriotes dans un état extraordinaire de prospérité; ils avaient presque tous un agréable logis, une petite carriole, du bien-être sous toutes les formes, et parfois on entendait, en passant, glapir le piano de la demoiselle.

A UN AORICULTEUR SOUFFRANT

Le malheur est venu ; on n’avait pas économisé, et ce n’est guère qu’une nouvelle génération qui répare les désastres passés. Prospères ou non, les paysans se sont toujours plaints, par tradition, par prudence, peut-être; est-on jamais sûr du lendemain? Depuis ma naissance, leur destinée s’est améliorée; ils ont connu de nouveaux besoins et les ont partiellemeut satisfaits, je ne les en blâme pas; mais comme ils n’ont pas de comptabilité, ils ont cru gagner moins, lorsque, tout simplement, ils dépensaient davantage. Aussi, lorsqu’on leur a dit que l’agriculture était souffrante en leur personne, ont-ils. sans trop hésiter, donné leurs voix à des candidats de bonne apparence qui r leur promettaient une meilleure destinée et la diminution

ou l’abolition de leurs impôts.

Mais promettre et tenir sont deux; ils finiront par s'en

apercevoir.

Déjà, je vous l’ai fait observer, lorsque les récoltes sont abondantes, les droits de douane n’amènent guère la hausse, 1 Etat s’en ressent par la dépression des recettes budgétaires; et plus on protégera, moins le lise encaissera; c’est simple comme deux et deux font quatre, î Mais enfin, s’il y a crise — me répondez-vous avec une

angoisse à laquelle je ne suis pas insensible. S’il y a une crise, — ce qui n’est pas présentement le cas, — il faut la laisser passer, ainsi que cela arrive au commerce, à l’industrie, aux beaux-arts; chacun doit prévoir et se défendre; mais il n’est possible à personne de remplacer tout , à fait la providence, surtout par la contrainte, en prenant

* aux uns pour donner aux autres. La chanté doit être vo-

j lontaire, spontanée et personnelle. La rendre obligatoire,

i c’est pécher en eau trouble et légaliser le brigandage eu

H fortifiant le faux paupérisme.

LETTRES d’un ÉCONOMISTE CLASSIQUE

Hayons donc du calalogue agricole ce mot de crise, presque toujours mal appliqué, sauf en cas de cataclysmes locaux, d’épidémies ou de guerres généralisées. Et encore, dans ce dernier cas, les ressources étant taries, nous pouvons bien peu de chose les uns pour les autres.

Il y a, c’est incontestable, une évolution continue qui rend moins lucratif l’exercice de la plupart des professions; c’est l'inévitable struggle foi' Life, et l’union pour la vie, c’est-à-dire l’association, qui est, ne l’oublions pas, la concurrence collective, peut en atténuer partiellement les effets sans les supprimer le moins du monde.

Il faut donc redoubler d’efforts intellectuels et musculaires, compter sur soi-même sans pour cela rudoyer autrui, et cesser de se lamenter sur des souffrances imaginaires ou réelles qui font partie de la destinée humaine.

Gérés etBacchus ne sont d’ailleurs pas seuls à se plaindre; Mercure gémit presque aussi souvent; il n’y a pas de sots métiers; il n’y a que de sottes gens, des intirmes et des apathiques.

Je veux pourtant vous dire quelques mots, en glissant sans appuyer, sur certains remèdes imaginés pour réconforter les agriculteurs. On veut, par exemple, retenir aux champs les travailleurs attirés vers les villes. C’est plus que difficile. Voulez-vous, cependant, décréter les travaux forcés agricoles? Ce n’est pas tout simple, n’est ce pas? Passons donc, et ne rééditons pas la comparaison un peu usée de l’agriculture qui manque de bras... comme la Vénus de Milo.

On réclame l’abolition des octrois ; c’est une grosse thèse au sujet de laquelle j'ai combattu mes savants amis, àves Cuyot et Léon Say ; on ne m’a pas prouvé que les agriculteurs payaient ces taxes. Comme celles qu’on applique aux frontières, elles sont subies par les consommateurs. Mais dans ce cas, totalement différent de la protection douanière, elles sont employées exclusivement au profit des citoyens qui les acquittent, et sont moins improporlionnellement réparties qu’on ne le prétend. Sur ce terrain, je suis prêt à rompre des lances avec les plus énergiques combattants.

Les honorables politiciens qui, en ce moment, affectent de gouverner la France et tiennent surtout à satisfaire l’agriculture en « faisant quelque chose » pour elle — ou contre elle, sans s’en rendre compte, — proposent de taxer

les créances hypothécaires. J’ai trouvé , après beaucoup

d'autres, que cela retomberait toujours, en fin de compte, sur l’emprunteur, et que d’ailleurs celui-ci n’est ni plus ni moins intéressant que le prêteur.

Les mêmes messieurs, pleins d’imagination, ayant souvent bavardé sur le crédit agricole, n’ont pas encore compris que si la liberté du prêt et du taux de l’intérêt est utile, elle ne saurait pratiquement ccnduire à imposer le crédit, personnel ou réel, à personne. Celui-ci peut fonctionner par la mutualité, ainsi qu’en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Belgique, en Suisse et ailleurs; mais que penser d'un conseil général, tel que celui de Carcassonne, émettant un vœu pour que la Banque « crédite M l’agriculture comme elle crédite les négociants et les « fabricants » ? Les banquiers acceptent les valeurs suffisamment garanties et la Banque les prend à son tour, à

la condition que les signataires les acquittent à réchéance, ce qui est peu dans les habitudes et dans les facultés des cultivateurs.

Si votre papier est douteux, on le refusera et aucune clameur n’en fera obtenir l’escompte.

Enfin, M. le président du conseil lui-même parait être i d’avis que l'on doit créer des Chambres d'agriculture à

l’instar des Chambres de commerce. Je n’ai pas d’objections fondamentales à faire à ce projet; mais je constate qu’d y a déjà de nombreux comités consultatifs, tels que ; ' votre fameuse Société des Agiûculteurs de France, — dont

j’espère bien vous voir sortir au premier jour; — la, Société nationale d'agriculture, autrement respectable et sérieuse ,,, ; que la vôtre; un Conseil supérieur d'agricultiu'e. remar-

i i I quablement composé ; de très nombreux syndicats, que

j’estimerais sans réserve, si le protectionnisme n’en avait [ fait, depuis quelques années, des auxiliaires et des dupes

: de sa néfaste propagande !... Que manque-t-il donc à la

i j représentation agricole? Elle possède au J’arlement une

/ majorité dévouée, que, par respect pour les institutions

‘ et pour les consciences, je ne qualifie pas de servile !

il Que pourrait-on instituer de plus ou de mieux ? Si l’on

crée des Chambres d’agriculture, il faudra leur attribuer,

, — tel est le projet, — dix centimes additionnels. C'est

pour le coup que Jacques Bonhomme criera! Beportera- ] t-on cette charge sur la propriété bâtie, sur les valeurs mo-

;! ,i . bilières déjà grevées et menacées de nouveau ? Vous savez

i ; pourtant bien que la gratuité serait illusoire et qu’on ne

c ferait, une fois de plus, que découvrir Pierre pour couvrir

f Paul 1

Si l’agriculture est décidément plus souffrante que les autres professions, — ce que je nie avec conviction — il faut s’en assurer par des moyens directs et précis. On a substitué, pour les immeubles urbains, l'impôt de quotité à la répartition ; qu’on en fasse autant pour la terre, et l’on pourra, suivant la formule juridique, témoigner d’une volonté ferme et constante de rendre à chacun ce qui lui est dû. Notre administration des contributions directes est parfaitement capable d’accomplir cette tàclie Quant aux contributions indirectes, il ne me semble pas impossible de savoir ce qu’elles rapportent en dehors des villes et d’en faire la division par la population rurale de chaque département. On ne verra pas tout ; on ne connaîtra pas toutes les fraudes ; mais on s’apercevra que Louis XI ne se trompait pas d’une façon absolue, en donnant la préférence aux campagnes pour les tailles et aux cités pour les aides.

Là est donc la réforme qui se présente sous l’aspect le plus désirable ; j’y joins celle qui réduirait les droits d’enrégistrement ; mais pour tenter cette dernière, ce n'est pas des déplacemenis d’impôts qu’il faut; c'est des économies ; et la démocratie ne sait obtenir que des dépenses.

Alors, selon vous, me crie-t-on de toutes parts, il faut renoncer à protéger, refuser de croire à la souffrance des misérables, et mettre en pratique votre formule très simple, mais trop commode, laisser faire, laisser passer \...

C’est bien ce que je pense; mais la question, à mon grand regret, ne se présente pas ainsi ; le terrain n'est pas net; la législation de 1892 l’a encombré d une multitude éé impedimenta qu’il n’est pas au pouvoir des économistes d’écarter d’un trait de plume. Mais il y a peut-être des moyens de revenir, par degrés, à un état moins chaotique, moins arbitraire et plus honnête.

LEïïRiîs d'un Économiste classiqee

Déjà, ou a commencé à appliquer à certaines industries, dites agricoles, des remèdes francs et ridicules, dans le but de calmer leurs souffi'ci'ices en les subventionnant. Tel est le cas pour la soie brute et ]»3ur le lin. On donne aux éleveurs devers à soie oO centimes par kilo de cocons; les paysans sont enchantés ! Il est vrai que ceux qui dévident et filent ces cocons ne les achètent qu'après déduction delà prime; et qu’ensuite ils reçoivent, de leur coté, une nouvelle prime plus forte, que les acheteurs de grèges tâchent de se faire attribuer, en marchandant, comme c’est leur droit. C’est un travail de Pénélope^ ; mais au moins il n’a rien d’occulte.

Je demande donc — en attendant la substitution de droits fiscaux modérés à Vimpôt à la lire protectionniste, — que le système de la subvention soit généralisé. Que quiconque déclare ne pouvoir lutter contre la concurrence étrangère, soit après une minutieuse enquête, l’objet d’une inscription directe au Budget national. L'égalité dans la protection, ainsi présentée pourra être onéreuse et même chimériijue; mais, en fait, elle sera logique et équitable. Les quémandeurs agricoles seront démunis d’une de leurs principales revendications: celle de la péréquation douanière. Supposons que cela double le budget? G est un calcul à faire ; il n'y a qu'à consulter les intéressés ; bien peu, soyez en certain, se montreront désintéressés. Tous recevront, mais tous paieront ; le privilège disparaîtra. 11 est bien entendu que les ouvriers, qui sont si bien organisés, additionneront la majoration de prix de toutes choses, et que la diminution relative de leurs salaires sera compensée par des subventions comme celles que recevront les entrepreneurs de tous genres.

Je fais à l’exécution de ce plan un légère réserve qui

A UN agriculteur SOUFFRANT 35

me paraît indispensable ; pour obtenir la subvention, les postulants devront démontrer tout d’abord, d’une façon irréfutable, que leur industrie ne peut lutter contre celle des autres peuples ; c’est-à-dire que notre sol est plus stérile, que notre climat est trop sec ou trop humide, que nos inventeurs manquent de génie, que notre personnel est débile et maladroit et qu’il nous est impossible de gagner notre vie. Alors, le bureau national de bienfaisance devenu le suprême rouage social, nous attribuera le secours auquel nous pourrons avoir droit. Mais, pour que nous ne restions pas indéfiniment à la charge de la société, on nous forcera à fermer boutique ; nous serons des indigents, des assistés, et si nous ne savons nous suffire en France, on nous enverra assainir nos colonies lointaines. C'est pratique, ça ! Il est vrai que les agents du Trésor auront naturellement des droits de contrôle rigoureux sur nos faits et gestes, afin de déjouer toute tricherie de notre part; mais après tout, ce ne sera pas pis, que l’inquisition pouvant résulter de la taxation, projetée sur le revenu global, par l’ex-ministère radical-socialiste.

1 On pourrait aussi suivre le conseil du sublime ouvrier,

^ — collaborateur de mon ami, le socialiste chrétien, — qui

demandait 72 milliards pour commanditer six millions d’ouvriers à raison de 12.003 francs pièce (1). Les agriculteurs étant plus modestes, on se contenterait de donner G. 000 francs à huit millions d’entre eux ; ci : 48 milliards qui avec les 72 autres, nous coûteraient 120 milliards en

chilfres ronds , représentés par des bons dont je ne

garantirais pas la solidité.

(1) Voir le Monde Economique d\x 5 septembre 1896*

Mais je n'entends faire ici ni de l’hyperbole ni de la raillerie; je mets au môme rang les agriculteurs plaintifs mendiants et protégés et les industriels du même caractère. Les uns et les autres médisent de la patrie et la diffament en proclamant son infériorité devant le marché universel ; ils se prétendent nationaux et patriotes et nous humilient injustement devant 1 étranger.

On les décore cependant, les uns de la Légion d'honneur, les autres du Mérite agricole. Malgré mes préventions anti-protectionnistes très franchement avouées, je veux croire que les hommes qui ont été les objets de ces distinctions les ont méritées par leurs capacités et par leur indépendance. Quant à ceux qui, sous prétexte de fausses souffrances, se font attribuer le bien d’autrui et pratiquent la mendicité légale et obligatoire, en inspirant le mépris des lois et en contribuant à donner des apparences de légitimité au socialisme ; je demande pour eux la création d’un nouvel ordre également obligatoire, qui les fasse reconnaître partout : celui de la dégr.vdaïion AGRICOLE, analogue aux médailles de cuivre que, dans la commune où j’écris, on astreint les gens qui recourent à la charité publique à porter sur la poitrine.

Le lamento des « agriculteurs souffrants » n’est pas préférable au vocero des collectivistes et des anarchistes ; les uns et les autres sont des convoiteux plus ou moins cyniques; il n’y a de réelle différence entre eux que dans la tenue et dans le ton de la chanson.

Uecevez, mon cher confrère, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

A UN 1»UHLIC1STE MüUEHE

LETIRE

d’un ÉCONO.MISTK CLASSIQUE A UN PUBLICISTE

MO DÉ ri:

Lu caudiclat honnête et modéré. -Faut-il faire quelque chose?

— Comment les libéraux se font battre. — La décentralisation devant l’impôt. — La prévoyance sociale. — Les bourreaux bien élevés. — Le véritable impôt proportionnel. — L’aurore de l’imprévoyance sociale. — Restera-t-il des riches ? — Le régime le plus onéreux. — La résistance et le mouvement. — Les subventions de l'État. — Les retranchements de quartiers. — La solution par le chaud et le froid.

— Quel parti peut-on prendre?

Bougival, le 30 juin 1893.

Monsieur et honoré confrère.

Vous êtes membre, depuis vingt ans, de la Société d'Économie politique, mais je ne crois pas vous y avoir jamais rencontré. Je ne vous connais pas, mais mes premiers rapports avec vous m’ont inspiré pour votre caractère une grande estime. En 1889, vous étiez candidat à la députation dans ma circonscription rurale ; votre circulaire me charma et je me hâtai d’envoyer ma modeste souscription à votre comité. Aux remerciements qu’on me lit je compris que le corps électoral avait manqué, comme d’habitude, de liliéralisme financier. Vous fûtes battu par un B. 4

LETTRE d’un ÉCONOMISTE CLASSIQUE

honorable avocat, modéré aussi dans son genre et pour qui, quatre ans plus tard, sur le conseil de Léon Say, je votai afin de ne pas donner ma voix à un diplomate qui compromet sa profession dans une répugnante démagogie.

Chaque fois, je me trouvai dans la minorité et il est bien fâcheux que vous n’ayez pas adopté un autre arrondissement que le mien, car, depuis vingt-cinq ans, je suis un véritable jeltalorc.

Rien entendu la défaite ne vous diminua pas à mes yeux ; nous échangeâmes quelques mots de cordiale condoléance et je lus avec un vif plaisir plusieurs de vos ouvrages que je ne cesse de recommander à mes amis (1).

Maintenant je reçois de vous avec dédicace un joli petit volume intitulé : Le parti modéré, ce qu’il est, ce qu’il DEVRAIT être (2j. » Plein de confiance en vous, je l’ouvre avec l’espérance d’y trouver une ligne bien tracée pour le parti auquel j’appartiens depuis l'âge mûr. Tiens, voilà que nous ne nous entendons plus tout à fait '.Vous êtes certainement toujours modéré, mais vivant peut-être dans un milieu de politiciens, vous paraissez avoir gagné à leur contact VinfLuenza spéciale qui fait tant de ravages parmi eux ; celle du quelque chosisme ! Vous vous en tirez d’ailleurs avec esprit et vous dites à un interlocuteur supposé ; (( Nous sommes d'accord sur ce (j[u’il ne faut pas faire ; « nous savons fort bien ce que nous ne voulons ni fun ni

(1) Le Paradoxe de l'égalité. (Couronné par l’Académie française.)

Le Suffrage universel et le régime parlementaire.

Lettres d'un parlementaire.

(2) Par M. Jean-Paul Laffitte. Paris, Armand Colin et Cie, éditeurs.

A UN PUBLICISTE MODÉRÉ

« fautre. C’est une politique négative. Trois modérés ne (( peuvent se mettre d'accord, tandis que trois radicaux <c s’entendent car ils savent où ils veulent aller et par « quels chemins. »

Je vous réponds ; « C’est possible, mais savent-ils où ils arriveront et ([uelle culbute ils nous feront faire lorsqu’ils nous auront poussés au bord du fossé ? Leur passé répond de notre avenir si nous le leur abandonnons. » Là-dessus pas de querelle entre nous, n'est-pas ? Mais vous dites non sans raison encore : « La liberté est un instrument que nos adversaires utilisent en agissant ; nous, modérés, nous critiquons et ce n’est pas ainsi qu’on se fait entendre du suffrage universel. Pour l'attirer à soi il faut faire quelque chose.

Sans doute, mais à aucun prix il ne faut employer les armes de nos adversaires ! jeter de la poudre aux yeux du peuple, l’assourdir à coups de grosse caisse et lui promettre toutes les lunes du firmament. Ce n’est pas tout de rabâcher les mots de progrès et de réformes ; il faut mettre quebiue chose dedans et pas plus que moi vous n’avez de goût pour le charlatanisme. Dans ce cas, je vous le dis avec tristesse, vous ne pouvez être ni écouté ni entendu par le grand nombre, par la démocratie, car votre ^ langage est trop délicat pour cette clientèle.

C’est à tort, à mon avis, que vous semblez offrir comme modèles aux libéraux de France, les conservateurs d’Angleterre et de Belgique. Le renversement des libéraux dans ces deux pays a tenu très visiblement aux sottises, aux maladresses, aux alliances inconsidérées qui ont émaillé leur règne; ils ont voulu faire trop de choses et ont ainsi fatigué, énervé les gens paisibles. Les tories et les catholiques subiront probablement le même sort en se

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livrant, dans un autre sens, à des excès de changements, — actions ou réactions, — et en oubliant que ni le monde ni l'État n'ont été faits en un jour.

Républicain de naissance, ayant plus d’une fois risqué ma vie et compromis ma liberté et mes intérêts pour mes opinions, je suis arrivé à croire fermement que la République n’a jamais été déconsidérée ou perdue que par les républicains trop fervents, aujourd’hui radicaux, demain socialistes, après demain serviteurs d’un troisième despotisme.

Et si l’on m’accuse d’aimer trop le slaiiiqvo, je ne chercherai i>as à me disculper ; je le préfère au désordre, à l’étourderie et à la routine, presque toujours réactionnaire, des émeutes transformées en révolutions, que la France subit et que Paris impose.

Ici, d'ailleurs, nos vœux se rencontrent; vous avez, sur la décentralisation régionale, des idées nettement libérales et si bien formulées que je serais fort honoré de les signer des deux mains.

La liberté d’association trouve également en vous un ferme champion. J’ai vu fonctionner celle-ci à l’étranger, et je n’ai pas remarqué les abus qui font frémir le législateur français. Chez nous, dites-vous, on renonce à l’usage par peur de dangers plus ou moins chimériques. J’ajoute, n’est-il pas honteux que nos jacobins soient territiés par des frocs, des soutanes et des cornettes?... Ce sont là, en effet, les fantômes qui font subjectivement échec au droit commun. C’est lâche et bête ! en réalité, on affecte de craindre la mainmorte et l’agglomération du capi'al dans des mains qui ne meurent pas. Allons donc; est-ce que par ces temps de fiscalité-morbus, des biens, quels qu’ils soient, échappent à l’impôt? On a môme ren-

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forcé, jusqu'à l’iniquité criante, l'abonnement qui rem- ])lace les droits de succession, et rien ne peut s’évader... à moins qu’on ne fasse des lois contraires à la nature des choses. Mais, au fait, qu’est-ce que vous entendez par « Réglementation du droit de posséder en ce qui touche les immeubles » ? Je ne vous cache pas que cette restriction m’est suspecte. L’Etat ne manque pas de garanties contre l’anonymat et il peut les renforcer, au besoin, pour donner sanction à toutes les responsabilités. Mais Décentralimiion, Association, ce sont là besognes morales, non budgétaires, très différentes des petites questions au jour le jour. Les libéraux les peuvent traiter sans fracas, et surtout sans la prétention d’y intéresser beaucoup le suffrage universel qui, malheureusement, y est fort indifférent.

Mais où nous commençons à ne plus nous entendre, mon cher confrère, c’est quand vous intitulez trois cha- ]>itres :

Les réformes nécessaires.

L'égalité devant l'impôt.

La prévogance sociale.

Certes, il y aura tou jours éics, reformes nécessaires \ plus on voudra les accélérer, moins elles seront solides. Leur destin sera celui des palais improvisés pour les expositions universelles ; au bout de dix ans on trouve que ce sont des baraques et l’on tient à les démolir.

L'égalité devant l'impôt ! Mais nous y sommes dans la mesure du possible, et sans renoncer à aucun perfectionnement, on est depuis longtemps obligé de reconnaître que les moins mauvais impôts (il n’en existe pas de bons), sont les plus anciens, parce que la répercussion s’en est lentement établie. Tout nouvel impôt frappe injustement les détenteurs actuels des biens ; ceux qui suivent les

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