‹ Lettres d'un émigrant ou Voyage au Canada [microforme]Chapitre 9 sur 29 · ESS.) D · texte numérisé non relu

ESS.) D

rappelle les aventures de Robinson, de Selkirk, de Guénolé, qui, eux aussi, allumaient des bûchers pour attirer l'attention des navires qu’ils apercevaient ou croyaient apercevoir au loin.

Mais entre eux et moi il y a une énorme différence. Ces malheureux avaient ia mort dans l'âme, ils sentaient que leur vie dépendait de ce qui allait se passer dans quelques instants. Si le navire les apercevait, s’il venait à leur secours, ils étaient sauvés. Si le contraire arrivait, il fallait se résigner à recommencer une vie de misères, de dangers, ‘d'inquiétudes continuelles. Je n'éprouve pas ces émotions-là. On nous verra ou on ne nous verra pas, mais cela m'est à peu près indifférent. Si le vapeur vient nous prendre, il nous conduira aux Moulins, où s'arrête le train qui nous ramènera demain à Sherbrooke; s’il ne vient pas, nous traverserons un coin de la forêt, nous irons raconter notre mésaventure à l’un ou l'autre fermier, et nous arriverons aux Moulins par un autre chemin.

Quelques troncs d'arbres sont là, entassés, couverts de petit bois bien sec. Il y aurait là une bonne provision d'hiver pour une famille belge ; ici, c’est un obstacle; ce bois barre la route et gène les défricheurs. Que le feu le détruise !

La flamme s'élève, une immense colonne de fumée passe au-dessus des arbres voisins, on doit nous voir d’un bout à l’autre du lac.

Mais, pas plus de bateau à vapeur que sur la main.

Au commencement, l'attente ne me déplaît pas trop. Ce grand feu m'amuse; je l’alimente sans cesse et la flamme monte, monte, aiteignant la cime des arbres voisins. Mon compagnon de voyage ne s'ennuie pas plus

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que moi : il trace des plans et l'on dirait qu'il ne doit jamais quitter ces lieux.

Mais l'heure avance et nous ne pouvons attendre plus longtemps. Nous jetons un dernier regard investigateur sur l'immense nappe d’eau et nous allons entrer dans les bois pour nous diriger vers un petit hameau où nous trouverons l'hospitalité, lorsque j'aperçois la chaloupe que nous avons traînée à la remorque jusqu'à Lourdes, et qui est encore là, se balançant mollement, faisant de temps en temps des bonds et des sauts, comme si elle voulait rompre la chaîne qui l’attache au rivage.

Si nous faisions le trajet en chaloupe ?

Nous sommes — ou nous prétendons être — de très bons rameurs ; la force et le courage ne nous manquent pas, la distance qui nous sépare de la baie où s’abrite le vapeur n'est pas bien longue.

Partons.

Et nous voilà en plein lac, ramant de toutes nos forces, suant bientôt à grosses gouttes, mais n’avançant guère.

Quand nous étions sur la rive, une brise légère agitait à peine les feuilles des arbres; ici, le vent était d’une violence telle, qu'à un certain moment nous reculions au lieu d'avancer. La lutte devint bientôt impossible. La chaloupe dansait sur les agues qui, à plusieurs reprises, passaient par-dessus bord.

Je ne suis pas poitron, mais je m'aime pas d'exposer inutilement ma vie; je proposai donc de retourner à Lourdes.

Ma proposition fut aussitôt adoptée.

Seulement, le retour était plus facile à proposer qu'à effectuer. Lorsque les vagues s'amusent, elles ne lâchent pas facilement leurs jouets, et il paraît qu’en ce moment

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le Mégantic était d’une humeur folâtre : il nous fallut plus d’une heure d'efforts inouïs pour atteindre la rive, à au moins vingt-cinq minutes du point de départ.

Un cèdre déraciné par les vents, tenant encore par ses racines à la rive, pendant que ses branches à demi submergées semblaient autant de bras qui se tendaient vers nous, arrêta la chaloupe, que nous attachàmes fortement à l’arbre sauveteur.

Je fus très heureux er me retrouvant sur la terre ferme. Seulement alors je me rappelai ce que m'avait raconté, quatre jours avant, un des passagers du steamboat : le lac a souvent des tempêtes terribles, et sa profondeur égale celle de la mer. Lorsque j'ajouterai que je nage à peu près comme une pierre à aiguiser, on comprendra sans peine mon contentement de me retrouver à terre.

Mous gravissons une côte assez raide, mais toute couverte d'arbres aux troncs épais, droits comme des flèches, victimes couronnées de verdure qui, cet hiver peut-être, tomberont sous la hache du défricheur et traverseront le lac sur l'épaisse couche de glace qu'y étendra le froid hiver. Le cèdre, le pin, l'érable à sucre, l'épinette et le merisier confondent leurs cimes, interceptent les derniers rayons du soleil, et font régner sous les voûtes et les arcades qu'ils forment une obscurité presque complète.

Mais nous sommes arrivés à un large sentier ou plutôt à un chemin d'hiver par lequel les défricheurs conduiront, sur leurs solides traîneaux, les billots destinés à la scierie mécanique.

Voici la ferme du brave M. Dubois. Nous soufflons un instant, nous allumons notre pipe, nous nous entretenons pendant quelques instants avec la belle-fille de notre hôte,

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et nous partons pour Piopolis dans la petite voiture du père Dubois, que traine un cheval rapide comme le vent. La route est pittoresque, mais pas mal raboteuse ; nous sommes cahotés d'une façon effroyable, car og ne ralentit pas, même pour une descente rapide, l'allure du cheval.

Nous arrivons à Piopolis.

Le digne curé, M. Cousineau, nous offre l'hospitalité la plus cordiale. Nous faisons grand honneur au succulent gigot de mouton qu'un appétit aiguisé par une longue marche nous fait trouver délicieux; nous promettons de revenir un autre jour, afin de parler longzement de ce qui m'intéresse le plus, de la colonisation, et nous entreprenons la dernière étape qui nous sépare des Moulins- Nantais.

Piopolis — la ville de Pie — est un modeste village où s’établirent, après la guerre franco-prussienne, grand nombre de zouaves pontificaux.

Lorsque l'armée garibaldienne s’approcha de Rome en 1867, on apprit ici que deux Canadiens avaient été blessés au combat de Monte-Rotondo.

Que les typographes ne me fassent pas dire Montreton-Dos, car cela pourrait déplaire aux partisans du grrrand Garibaldi, le sauveur !.. de la France. Vous connaissez la fameuse romance :

C'est moi qui suis Garibaldi,

Trrremblez, ennemis de la France!

En quelques jours plus de 15,000 Canadiens se firent inscrire sur les registres d'enrôlement pour l’armée pontificale. Malheureusement, à cette époque, l'organisation n'était guère complète, et l'argent manquait. On ne put envoyer à Rome que 500 hommes, qu'on rappela deux ans après pour les remplacer par 500 autres volon-

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taires. Les frais de voyage, plus de 1,000 francs par soldat, furent couverts par une souscription que je puis bien appeler nationale, car pas un Canadien ne refusa son obole pour une œuvre si généreuse.

Après la prise de Rome, plusieurs zouaves fondèrent ici une bourgade qu'ils appelèrent Piopolis.

J'ai revu, depuis, le révérend curé de cette paroisse. Il m'a dit que de bonnes terres y sont encore à vendre à un prix excessivement bas, et qu’il verrait avec plaisir l'arrivée de quelques familles belges.

À mon retour à Sherbrooke, je trouvai un gros paquet de lettres. L'une d'elles venait d'un grand et puissant ami de la colonisation belge, à qui je devais déjà des renseignements précieux.

Ce digne monsieur me citait un long passage d’une lettre adressée à l'honorable ministre de l'agriculture, en réponse à certaines questions que lui posait l'héritier d’un des grands noms de la France, dans le but de se renseigner sur la possibilité de trouver dans la province de Québec un établissement à sa convenance. Comme cette lettre résume d’une façon toute pratique les points principaux sur lesquels une famille, habituée à l’aisance, doit chercher à se renseigner, je crois qu'un extrait ne sera pas déplacé ici.

« Il y a dans différentes parties de la province nombre de belles propriétés rurales qui pourraient être achetées à des prix variant de 250 à 300 francs l’arpent ou tiers d’hectare.

» Je ne connais rien d'aussi sûr et d’aussi convenable à un gentilhomme français ou belge, que l'acquisition de quelques-unes de nos « seigneuries » avec moulins à farine et pouvoirs d’eau. Rien n’empècherait d'y joindre

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un domaine exploitable d’une certaine étendue, qui formerair un revenu suffisant pour les besoins d'une famille habituée à l’aisance.

» Pour préciser davantage, je crois qu'avec une somme de 100,000 francs, ou 20,000 piastres de notre monnaie, l'on peut acquérir 300 arpents d'excellentes terres, avec | maison d'habitation, bâtiments de ferme convenables, | ainsi que le bétail et l'outillage nécessaire à l'exploi- | tation. Au reste, voici les détails :

» 300 arpents à 50 piastres l’arpent 15,000 piastres

» 20 vaches, à 30 piastres 600 »

» 6 chevaux dont 2 de luxe 800 » l » 20 beaux moutons à 40 piastres 200 » l » Porcs et basse-cour 100 » { » Matériel d'exploitation 4,000 »

» Frais d'installation et changements 900 »

En tout 18,200 piastres

» Les 1,800 piastres qui restent pour atteindre les 20,000 pourraient bien être absorbées par le prix d'achat, que j'ai fixé au minimum de 50 piastres de l’arpent. J'ai discuté chacun de ces chiffres avec l'honorable M. Dionne qui, en sa qualité de grand propriétaire rural, connaît à fond toutes les questions; il les appr'uve.

» Un domaine de cette étendue,convenablement exploité, devrait donner un revenu régulier de 4 à 5 pour cent au moins. M. Dionne m'affirme que les terres de Saint “ Anne lui donnent le double. En général, les cultivateu De canadiens, qui font valoir eux-mêmes leurs fermes, ar! D” vent facilement à se taire un revenu dépassant huit pou | cent.

» L'élevage des bestiaux, soit en vue de l’exporta on,

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soit en vue de la propagation des races

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s'adonnent de alimen'er les fabriques de beurre et de fromage qui s'éta-

blissent de tous côtés. On calcule que les bonnes vaches laitières rapportent annuellement à leurs propriétaires de 95 à 40 piastres par tête, selon qu'elles sont plus Où moins bien nourries.

La culture de Ja betterave à SUCTe, qui commence à c'introduire dans Ja province, offre encore une exploitation très profitable et surtout très propre à rendre aux terres épuisées jeur fertilité première... ?

Cette lettre porte une signature qui impose le respect. C'est celle de l'honorable M. Le Sage, assistant-comInisaire, dont la sincérité et la grande compétence ne sau-

paient ètre mises ET doute.

Je dirai mème que, sans doute ans la crainte d'induire en erreur, il exagère le prix de revient des terres, des animaux et des objets nécessaires à une grande exploi-

tation.

ne seigneurial avec

IL est vrai qu'il s'agit ici d'un domai habitations grandioses, mois il ne faut P dépenser de si fortes sommes pour l'acquisit j'ai vu. en effet, des vaches qui se vendaient 30 piastres et des moutons qui en valaient 10. Mais ce s0

animaux qui figureraient dignement dans une Le cultivateur vend volontiers à des prix M

son bétail lui coûte si peu!

je finis... Il neige depuis deux jours» mais il ne fait pas bien froid. j'appelle de tou

as toujours ion du fond.

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couche de neige et une forte gelée, afin de voir sortir les traîneaux et... d'en profiter.

Ma prochaine vous parlera d'autres contrées.

Votre tout dévoué.

JEAN LACHARRUE.

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Sherbrooke, le 30 novembre 4882.

Mon cher directeur,

La neige a fait son entrée ou plutôt sa descente triomphale au Canada.

Son apparition a été saluée par un grand cri de joie poussé par les défricheurs, qui pourront bientôt charroyer leur bois sur les chemins d'hiver, et par les cultivateurs qui tenaient leurs traîneaux tout prèts pour commencer à transporter les céréales.

L'une des fenêtres de mon petit cabinet de travail donne sur une rue en pente, qu'une vingtaine de petits garçons ont transformée en montagne russe. Leurs joyeuses clameurs attirent continuellement mon attention.

Ils montent jusqu'au sommet de la côte, traînant en chantant leur petit radeau. Il s’en trouve parmi eux qui donnent la main à un petit frère ou à une petite sœur, auxquels ils céderont une place sur leur minuscule « voiture d'hiver, »

Les voici arrivés. Ils se rangent en file, les plus grands

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et les plus adroits en tète, les plus jeunes et les plus faibles à la suite.

Une, deux, trois !.….

L'avalanche mignonne descend comme un tourbillon. La joie, bien plus que le froid, rougit les figures épanouies. La bande passe sous ma fenètre avec la rapidité de l'éclair; j'ai à peine eu le temps de constater que mon fils est parmi les concurrents de ce steeple-chase d’un nouveau genre. Sa jeune sœur s'accroche au collet deson paletot fourré; elle n'est pas la moins joyeuse ni la moins bruyante. Tous les deux se comportent comme de vrais Canadiens.

Je dois vous dire que le froid ne m’incommode nullement ; la neige, fine et sèche, ne gène pas les piétons, et il n'ya pas de vent. A l'intérieur des maisons, il fait même trop chaud; un poële brûle dans une place à côté de mon bureau, et j'ai été forcé d'éteindre mon feu.

Comme je vous l'ai dit dans mon avant-dernière lettre, je viens de visiter Ottawa et une partie des régions qui s'étendent autour des grands lacs.

Ce que j'ai vu de terres propres à la culture, où pourraient s'établir des colons, est incalculable. Cela n'étonnera personne, lorsque le dirai qu'une seule province canadienne, le Manitoba, situé au nord-ouest, est, à elle seule, plus grande que la France.

Ottawa est une belle ville, qui s’est développée avecune rapidité inouïe. Quoiqu'elle ne compte que 28,000 habitants, elle est beaucoup plus étendue que ne le serait une ville belge de 80 à 100,000 âmes. Ici la population ne se trouve pas si resserrée que dans la vieille Europe. Chaque citoyen a sa maison pour lui tout seul, et cette maison est toujours composée de plusieurs pièces.

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Depuis l'entrée de la ville jusqu'aux superbes bâtiments du Parlement, Ottawa est bâtie sur un terrain très uni. Les rues sont droites et larges. A partir du Parlement, les choses changent; la descente serait raide comme une échelle, si l'on n'avait construit un chemin creusé dans le roc ou pour mieux dire suspendu aux flancs de la montagne. Quelle splendide promenade ! Des arbres de toute essence forment au-dessus de votre tête une voûte que les rayons du soleil ne sauraient pénétrer, et à vos pieds s'étend l'immense nappe de l'Ott&wa, dont les rives sont coc vertes d'une quantité suffisante de bois de construction pour alimenter tous les marchés européens.

Au loin d'immenses cascades, blanches d'écume, cap-

‘ tivent mon attention. Des hommes, debout au milieu de

grands radeaux de bois, passent ces rapides; je crois rêver en voyant à l'œuvre ces intrépides Canadiens qu'aucun danger n’effraie, qu'aucune crainte n'arrête.

L'hôtel où je descends est un des plus grands que j'aie jamais vus, et, sans contredit, le plus complet, On y trouve tout ce qui peut donner quelque agrément aux voyageurs : salle de billards, magasin de tabac et de cigares, cantine séparée du reste de l'établissement, postes et télégraphes, ascenseur, etc. J'y rencontre un ami de Québec qui revient d'un voyage au Manitoba. Je lui offre de prendre avec moi, en attendant le dîner, un verre de brandy, et il me fournit des renseignements dont j'espère profiter plus tard.

Il a passé quelques jours à Winnipeg.

Cette dernière ville n'existait pas encore.en 1870. Il y avait, à l'endroit où elle s'élève aujourd'hui, une espèce de forteresse autour de laquelle venaient camper parfois

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des tribus nomades. Aujourd'hui, Winnipeg est une belle et grande cité, où les terrains à bâtir se vendent aussi cher que dans les plus grandes de nos villes européennes.

Mon ami a passé quelques jours en pleine campagne, chez des colons anglais. Il dit que jamais il ne vit de plus belles cultures.

Le climat du Nord-Ouest est très sain. Cependant il y a quelquefois des tempêtes et des giboulées, qui viennent contrarier les fermiers. R

Mème lorsque les prairies sont couvertes de neige, on y voit pâturer les bêtes à cornes et les chevaux indigènes. Ces animaux écartent la neige avec leurs pieds, et l'herbe est tellement bonne et abondante que non seulement le bétail parvient à se nourrir, mais il s'engraisse. Le sol est si riche que les premières années il ne supporte pas d'engrais.

Toutes les céréales viennent et mürissent en grande abondance au Manitoba, mais c'est surtout le blé qui y donne de superbes récoltes. Il pèse ordinairement de 62 à 66 livres par boisseau, et le rendement moyen est de 25 boisseaux par acre ou 40 ares 47 centiares.

Ce qui frappe surtout le voyageur, au Canada, c'est le bien-être des ouvriers. Le « pauv’ peuple » n'existe pas ici. Tout le monde travaille et tout le monde gagne largement de quoi vivre. Quelquefois on verra un estropié ou un vieillard, abandonnt par sa famille, demander l’'aumône; mais cela arrive bien rarement. On ne voit pas ici, surtout parmi les fmilles canadiennes, des enfants coupables refuser à leurs vieux parents le pain et les soins auquels ils ont droit. La charité publique ouvre d’ailleurs un asile à tous ceux qui sont réellement

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malheureux, et ces asiles sont généreusement soutenus par toute la population, quels que soient son origine et son culte.

A ce propos, je dois vous citer un fait bien touchant. Lundi dernier, les Dames de Sherbrooke ont ouvert, dans une immense salle, le « Bazar de la Charité » au profit de l'hôpital de cette ville.

D'un côté de la salle, on remarque un nombre infini d'objets qui forment le prix d'une tombola très curieusement organisée. De l’autre est dressée une table où, chaque soir, apparaissent les mets les plus succulents, depuis le plat national : la soupe aux ‘huîtres, jusqu’à la dinde fricassée. Les visiteurs peuvent se restaurer et faire une bonne œuvre, car les bénéfices que rapportent ces agapes fraternelles sont encore pour les pauvres. Le service se fait par des dames auxquelles les pensonnaires des bonnes Sœurs doivent la plus grande reconnaissance, car elles s’acquittent de leurs fonctions avec une politesse exquise ct un zèle infatigable. Chaque soir, Mgr l’Evèque préside au repas, entouré de son clergé qui ne refuse jamais son concours aux œuvres charitables.

Quand on se lève de table, on est entouré par une troupe joyeuse de gentilies demoiselles qui présentent la liste des objets à tirer au sort. Autant de listes, autant de solliciteuses souriantes, empressées et tenaces. Je ne conseillerais pas aux égoïstes et aux avares de visiter le Bazar de la Charité. De bon cœur ou en maugréant, il faut donner. Je me hâte de dire qu'on donne de bon cœur, avec joie; c'est pour les pauvres, c'est pour le bon Dieu !

Il faut bien ajouter qu'ici la charité n’impose pas de bien grands sacrifices ; les pauvres et les malheureux

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h' sont peu nombreux et les piastres arrivent facilement dans la caisse des indigents. En donnant aux Canadiens des ressources abondantes, la Providence leur a aussi \ accordé un cœur généreux et compâtissant.

Si vous rencontrez Louise Michel, faites-lui bien des compliments de ma part. Elle devrait venir nous donner des conférences ; on lui offrirait sa statue en neige glacée.

Je finis, car un bruit de grelots m'annonce qu'un ami, | qui doit me procurer le plaisir d'une promenade en | traîneau, m'attend à la porte. Le voilà qui entre. Pendant qu'il allume sa pipe, je vous présente, ainsi qu’à tous vos lecteurs, mes salutations les plus sincères.

JEAN LACHARRUE.

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Sherbrooke, le 14 décembre 1882.

Mon cher Directeur,

Je vous ai dit au cours de ma dernière lettre que j'ai fait la connaissance dé la neige canadienne. Je m’avançais trop: je ne possédais encore que la théorie. Aujourd'hui, je connais la pratique. J'ai vu la neige chez elle, dans son domaine, en pleine campagne, dans les ravins et les chemins creux, au milieu des plaines immenses où le vent la ramasse en tas de cinq à trente pieds de profondeur.

Ne craignez pas que je vous envoie un chapitre des mémoires de M. le baron de Munckhausen, aliàs de Crac…. Je n'ai pas marché sous la neige, mais bien dans la neige. J'ai mème failli y laisser mon paletot.,. avec son contenu.

Le 8 décembre dernier, deuxième anniversaire de la première messe célébrée à Channay, sur la frontière des Etats-Unis, les membres de la Colonie florissante devaient se réunir dans la demeure de M. Bécigneul, pour assister au service divin célébré par le R. P. Jérôme, trappiste

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