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11 n° moi, je nd volumes.
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millé, Ur moment, | tout droit modèle d’ où je t'écr plir çomm va déchire l'âme de
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peu près que trais, cher ami, mps de Lafon.
€ maison pour ixer dans mon emme qui dis:
re ; je lui avais Que faisait-elle, nt de venir au je souffrais dans d'enfer, moyendais de jour en révèle peu parnœurs antiques.
enaient, malgré epuis que nous > métaux, tous me tordais dans frait de son em:
savoir ce que c'était. Cher ami, c'était X**, Ma surprise fut bien agréable, lorsqu'il me dit de suite que sa mère était avec lui. En effet, je trouvai Mme T** chez mon voisin ; grandes joies, gran”'s projets, grandes plaintes, grande reconnaissance, grand espoir ; conment dire tous nos sentiments ? Nous entrâmesf le snir même dans la maison qui nous était réservée. Nous y avons fait autant de réparations que nous avons pu, nous avons acheté autant qu'il a été possible ce qui nous manquait ; maintenant, nous voilà en ménage ayant la médiocrité d’or d'Horace et, ce qui vaut mieux, la tranquillité et la paix domestiques. Je fais peu de visites ; j'espère à ma grande satisfaction que j'en recevrai peu. On vante trop la simplicité campagnarde (1), elle me répugne maintenant au dernier point. [l est bien vrai de dire que la politesse est le plus doux lien de la société ; ici on n’en trouve guère.
Il n'est pas nécessaire de dire l'impression que m'a fait ta lettre. Pour moi, je ne te par : pas encore de mes écoliers, il y aurait de quoi faire des volumes.
Ecris au plus vite, et fais-moi part de tes projets du jour de l'an. Nous sommes avides des nouvelles, des embrassements, des serrements de mains, etc, etc., toutes sortes d’etc. Ton ami le plus attaché.
j'étais allé à la vais temps qui nt la coutume, s en me regaine fussent pas le de m'adorer; piter olympien.
n petit groupe orer ; je les ai er. Toujours anquillement ; a son curé : il ‘ressa peu ; je > de petits fats s. N’empêche, iquement sur orbé par mes rçois un petit et qui me sous le pas pour
Saint-Louis de Gonzague...
ON cher T**, — ‘l'a mère est ici à côté de moi, sur un de mes @ bancs d'école, et elle forme avec ses yeux toutes mes lettres SUR avant qu'elles soient commencées {1}. Je jouis du bonheur qui a été si longtemps l’objet de mon ambition. Me voilà père d’une petite famillé, Une femme qui t'est chère est à ma droite et me rappelle, à chaque moment, le souvenir de mon ami que je me représente dans une direction tout droit devant moi. X%** est d'un autre côté occupé à reproduire le modèle d'écriture que je viens de lui faire. Je me demande en ce moment où je t'écris : Que fait-il, /##, dans le petit coin du Canada où il a à remplir comme moi une mission grande et sublime ; écrit-il sur un feuillet qu’il va déchirer tout à l'heure des pensées fugitives et disparates ? Effeuille-t-il l'âme de quelque grand homme pour recueillir de vastes inspirations ? Médite-t-il, la tête dans sa main, un avenir superbe et digne de son cœur ?
(1) Il venait d’en faire la triste, la plus triste des expériences. (1) Cette lettre est sans date, mais elle vient à la suite de la précédente,
AE Le ne ÿ
Rêve-t-il quelque entreprise gigantesque ? Ou bien des pensées plus sim. ples et plus attrayantes peut-être charment-elles son imagination ? Vit:l par anticipation sur les bords de quelque petite rivière, comme celle dont j'entends craquer la glace derrière moi? Y fixe-t-il sous un beau dôme azuré et sur une verdure quine s'épuise jamais, les dieux, son espoir et la semence de ses neveux ? Oh ! oui, tes pensées sont bien les miennes, tes désirs sont bien ceux d'autrefois ; tu as besoin comme moi d’une atmosphère libre, pure et immense pour respirer ; tu as besoin d'un temple auguste et sans bornes et riche de tous les trésors de Dieu pour admirer, pour chanter et pour vivre ; tu as besoin des astres, tu as besoin de l'harmonie, tu as besoin des soupirs des fontaines, des murmures des forêts et des gémissements des vents pour sentir, pour soupirer à ton tour, pour gémir, pour murmurer des accords que Dieu demande du juge qu’il s’est donné sur la terre. Quand donc nous trouverons-nous ensemble dans le lieu qui nous conviendra ? Je ne sais quelles sont nos destinées, mais je me mets toujours en tête que nous serons un jour réunis pour couler ensemble nos jours. La principale chose qui me fait regretter Montréal c'est cette multiplicité de séparations qu'il m’a fallut subir, et surtout la séparation qui nous a arrachés des bras l’un de l’autre. Nous étions si bien toujours ensemble, Il est si doux l'accord de deux volontés qu’un seul souffle fait mouvoir ! Fallait-il se rendre à la maison où notre jeunesse achevait de se former, nos pas s’y dirigeaient en même temps, et le mème logis nous attendait au retour. Là, nous lisions, nous réfléchissions, nous étudions ensemble, nous jasions ersemble ; et nons eûmes ensemble une mère qui nous fut commune, cette mère qui me fit trouver moins amère la perte de la mienne. Puis, fallait-il aller prendre des distractions, nous avions des amis qui nous étaient communs. Nous allions chez eux ensemble faire un grand partage de folies, de pensées sages qui faisaient un amalgame à ne pas s’y reconnaître, mais toujours conduit par la main de l'amitié. Que je regrette nos petites sorties du soir où les Grâces présidaient à nos amusements, où les jeux et les ris nous façonnaient gaiement à l'amour. Je suis loin ici d’avoir toujours une compagnie si agréable, j'aime mieux le plus souvent m'en passer.
Je te réponds que je n’ai pas vu depuis longtemps des héros de poëêmes, quoique je paraisse vivre dans la pastorale. Ce seraient tout au plus des Thersites pour Homère. Quel language assommant! Un discours de chevaux, de bœufs, de veaux et de poulins nés et à naïtre le printemps prochain, assaisonné de jurons, de chansons de cage, etc ; telles sont les
veillées les plus ordinaires. La généralité entraîne peu d’exceptions. Il
est ver'u avart-hier au soir un vieux bonhomme qui est entré dans la maison corime une église avec son clocher ; il s’est emparé d’un banc sans
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façon, s'est arde : “ Di ‘T** réponc le nord, à le sez-moi je ] ça doit être Lacatin. — gne., — Dia —Bien oui, tant de moi c'étaient to catin, Félix ème grandlui, c'était, c'étaient tot
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façon, s'est mis à crier sur les routes qu'il parcourait, puis d'une voix criarde : “ Dites donc, madame, vous êtes une T**, n'est-ce pas?” Mme ‘T** répondit que oui. ‘“ Eh ! mon Dieu, je n'ai connu que ça des T** dans le nord, à la rivière du Chesne (1). C'est comme des microbes. (Excusez-moi je parle sans cérémonie). Mais votre propre nom à vous autres, ça doit être des Lacatin : tous les T** que je connais, c'est des T** dit Lacatin. — Pardonnez-moi, nous sommes, nous autres, des T'*”" dit Lavigne. — Diable, ça me surprend ; mais vous êtes de la rivière du Chesne ? —Bien oui, mon mari avait là toute sa famille, —Mille noms, j'ai connu tant de monde à la rivière du Chesne, je dois avoir connu tous ceux-la : c'étaient tous des T** dit Lacatin. Il y avait Pierre Lacatin, Joseph Lacatin, Félix Lacatin, enfin tous de père en fils, j'ai connu jusqu'au quatrième grand-père qui est mort un peu avant le #rain (la rébellion de 1837) ; lui, c'était, je crois, Alexandre Lacatin. ‘Tout ça, c'était la même famille, c'étaient tous des Lacatin.” Ila parlé encore ‘fort longtemps de votre généalogie, au point que j'ai été tenté d'adresser cette lettre à M. L.-W. Lacatin. Par là, tu peux juger d’un fort grand nombre de nos villageois (2).
Il est temps que je profite de mon papier pour te parler d’un voyage de malédiction que j'ai fait hier. ‘Tout le monde nous avait dit à Saint-Louis que Russeltown n'était pas à plus de quatre lieues de distance de notre paroisse. Samedi dernier, le temps s'était déclaré assez favorable, la terre avait gelé, une neige légère en couvrait la surface, une belle lune nous éclairait la nuit, enfin tout nous engag :ait à faire une petite promenade. Je propose à X** de partir la nuit pour faire le petit voyage que nous projetions depuis longtemps, c'est-à-dire de nous rendre clopin-clopant à Russeltown. Mme T** était ravie de nous voir si bien résolus. Nous partimes. Cependant la neige tombait de plus en plus épaisse, le vent com. mençait à souffler avec violence, le froid devenait sérieux. N'empêche, nous étions sur la route, avançons. Nous avons pris une route qu’on appelle le “rang des quarante” ; nous voyions la terre se couvrir sensiblement de l'immense linceuil qui tous les ans enveloppe et notre mère nourricière et nos aïeux que nous foulons. Nous marchions hardiment et joyeusement, confiants en ce qu’on nous avait dit sur la longueur du chemin. Nous marchâmes bien longtemps sur ce chemin, la neige commençait à modérer notre ardeur, le froid à nous engourdir. Je crois que nous marchâmes trois lieues, et nous primes enfin la route de Durham.+ Nous marchâmes bien encore cinq bonnes heures et nous arrivâämes au village de Durham. (Nous étions parti à peu près à minuit, il était huit heures.) Là, nous nous in-
(1) Saint-Eustache, | (2) Une bonne partie de cette anecdote était probablement de son invention,
formâmes du village de Russeltown ; on nous avait partout dit que nous n'étions pas bien éloignés, nous nous croyions presque arrivés, Pas du tout. Etant entrés dans une maison anglaise de ce villuge, un honnète tailleur qui était le chef de la famille, nous reçut avec beaucoup de courtoisie ; il nous fit asseoir, nous engagea à nous réposer un bout de temps, nous fit réchauffer comme il faut, nous parla de différentes affaires, puis nous dit que nous ferions mieux de nous en retourner, parce que nous avions encore cinq lieues à faire pour le moins. A cette nouvelle, nous commen çâmes à pâlir ; il était impossible de continuer un tel voyage dans des che min pareils ; impossible surtout de rentrer chez nous, après avoir fait la folie de venir à pied à une si grande distance. Force nous fût de revenir voir nos pénates. Impossible de dire les misères que ce retour nous causa. X*%* entrait dans toutes les maisons pour se réchauffer. Nous étions ensevelis dans la neige, le chemin s'allongeait toujours ; nous ne fûmes ren dus que le soir, vers cinq heures. Le seul plaisir que j'eus, fut de jarer avec le tailleur. Je lui fis quelques remarques sur la beauté de ce village que je trouvais fort beau pour n'avoir que quelques années d'existence. Je ne pus m'empêcher d'exprimer mes regrets sur l'état stagnant et apathique des Canadiens qui ne pouvaient offrir après bien des années un village si riche et si beau d'industrie et de goût. Il me dit que le manque d'éducation arriérait les Canadiens. J'en suis bien persuadé. Si tu n'as pas vu Durham, tu le verras, et tu diras comme moi.
Donne-moi les nouvelles que tu as apprises de Montréal. Je t'ai écrit il n’y a pas longtemps ; j'ai reçu ta lettre trois jours après, tu n'avais pas encore reçu la mienne. Tu es plus heureux que moi, sous le rapport des amis et des lectures. je t'attends au plut tôt. Quant au voyage du jour de l'an, dont tu m'as parlé, j'aurais été bien aise de le faire avant le 3 janvier. Situ peux m'offrir une place dans ta voiture, passe par ici ; je t'attendrai.
Saint-Louis de Gonzague, 19 janvier 1854.
SON cher ami, — J'ose espérer que ma missive te parviendra é avant ton départ pour Montréal ; si elle te parvenait plus tard, » €lle ne serait guère à propos. De quoi vais-je te parler? J'ai beaucoup de choses sur le bout de la langue, mais c'est si peu important que cela m'échappe à mesure que je veux l’exprimer. J'ai peur de m’abrutir et de m'arracher mes dix ongles avant d'avoir pu t'intéresser quelque peu. Et puis j'ai déjà brissé trois belles plumes qui ne veulent pas a/er
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et /dché trois gros jurons avec une damnation au bout! ‘liens, la cendre de ma pipe vient de tomber sur ma feuille ; j'ai voulu souffler dessus pour la répandre à côté, et par méprise, j'ai laissé échapper une goutte d'encre d'un volume démesuré ! ‘Tout cela me met peu en verve. Je regarde d'un côte et de l’autre pour trouver une belle matière à amplification. Si je regarde en haut, je n'aperçois que les nœuds de mon plafond et les fentes à travers lesquelles je contemple les étoiles. Si je regarde en bas, je n'aperçois dans un coin qu'une terrine, deux seaux, trois paires de chaussons gisantes à côté, mon mouchoir qui vient de prendre la volée jusqu'à terre et qui ressemble dans l'ombre à un petit animal que je ne saurais définir ; dans un autre coin, je vois un poêle au pied d'une couchette appuyée sur une boite à bouquets, deux chandeliers, un porte-manteaux, deux assiettes cassées et une bouteille à l'encre rapprochée de mon poêle antique ; cela a un peu l'air de l'intérieur d'un artiste. Devant moi, les choses prêtent davantage, il est vrai, à la poésie. D'abord, c'est la bonne mère T**, avec son petit mouchoir carreauté et ses petites gorgettes blanches, qui s'amuse à lire les litanies sur la table, ma pipe que je viens de déposer pour la reprendre bientôt, une paire de ciseaux, une paire de mouchettes, une boite à plumes, une boîte de fer-blanc contenant un petit morceau de cire rouge, cinq enveloppes, un écritoire, mon buste entier, ma feuille de papier et par dessus.…..(voilà le plus beau et le plus sentimental !) le grand cahier bleu de Mile V. S**, qui ne m'abandonne jamais lorsqu'il s'agit de manifester sur le papier mes inspirations.
Avant que je débite plus de sottises, je veux te parler de mon voyage. Besoin n'est pas cependant (dans le style barbare de D**) que je te dise que je suis arrivé sans encombre dans mon humble logis. Tu as dû revoir depuis mon cocher. Mais toujours est-il qu'il faut que je te parle de mon cocher. As-tu déjà vu un bipède pareil? Ilm'a fatigué tout le long du che” min jusqu’à la Fourche à me parler des misères du temps, du froid, de la glace et de je ne sais quoi, avec une loquacité digne d’un personnage d'Horace ; le tout accompagné du sel, du poivre et de la moutarde des co” chers. Arrivé à la Fourche, il s'est mis à tousser, et m'a demandé si j'avais le rhume. Malheureusement pour moi, je ne pouvais passer là sans que je lui payasse une consommation, et il n'oublia pas de remplir son verre jusqu’au bord. Ayant repris notre route, il se prit à me parler de toiet de ton avenir. Il avait la langue encore plus déliée ; il fallait le voir te mettre en ménage avec Mile P**, et t'établir richement au milieu du village de Saint-Jean-Chrysostome. A le croire, tu vas donner bien de la besogne au curé et au bedeau avant cette année accomplie. Me voilà compère bientôt ette voilà entouré d’une dizaine de marmots dans dix
ans. Je m'amusai à renchérir sur tout ce qu'il disait ; les générations passaient comme des mouches, et j'avais sur mes genoux les enfants de tes enfants. Pour moi, il faut absolument, je ne sais pourquoi, que j'unisse mon sort à une Delle B**. Si je prends la plus âgée, j'ai besoin de me hâter, elle se fait vieille, et je ne dois pas attendre qu'elle soit vussifiée (1). N'importe, nous passons à présent pour les amants les plus heureux qui soient au monde. Mais je crains que tout le monde n’y trouve pas son compte. Lorsque nous touchâmes la porte de la maison d'école, grande fut la surprise de ton L**, lorsqu'il vit que je vivais avec Mme T*#Fet ton petit frère ; il ne pouvait s’en taire, il en a parlé pendant tout le diner, sans perdre le temps toutefois de rogner joliment une galette de quatre livres et de se faire glisser dans le pharynx une bonne provision de bols d'aliments liquides. J'ai promis quatre chapelets pour qu'il se décidât à sortir de la maison, pour rire de lui ; il est parti vers trois heures en se promettant bien de t'ennuyer à ton tour. Je me flatte qu'il a réussi.
Je regrette beaucoup depuis mon retour, la société de Saint-Jean-Chrysostome, et surtout la tienne (2). Je penserai longtemps aux beaux jours que j'ai passés près de toi et au milieu de ces familles si bonnes et si respectables. Il n'y a que l'amitié et la bienveillance de cœurs généreux qui puissent réconcilier avec les aventures et les défauts de la vie. La beauté a dignement joué son rôle dans les amusements de ma promenade, tant à Montréal que chez toi. Je voudrais maintenant revenir au temps, à ce temps chevaleresque, à ce temps d’héroïsme, de sentiment, de courtoisie et de noblesse, à cette époque où l'on n’estimait que l'honneur et l'amour ; où le jeune novice à la vie pensait à sacrifier pour son Dieu et pour sa dame ses jours et ses travaux, où l'on n'aspirait qu’à se rendre heureux du bonheur d’un objet aimé. Mais à présent, il n'y a plus moyen de faire le chevalier errant, on passe pour der :)uichotte ; il faut être réduit à vivre dans l'ennui et disgracieusement dans une maison d'école.
Qui sait néanmoins ce que le ciel nous ménage ? Nous sommes prédisposés, par nos goûts à vivre réunis, à vivre au moins l’un près de l’autre, chacun avec sa petite famille (3). La Providence est impénétrable ; disons que les choses ne sont guère probables. J'ai hâte de savoir quand tu viendras nous voir. Si tu n'as pas écrit, écris au plus tôt. Je te recommande par dessus tout ce que tu peux imaginer, de passer ici à ton retour de Montréal.
(1) IT aimait à badiner, et ceci n’est qu'un badinage confidentiel, hé (2) I venait de faire un voyage à Montréal, et était revenu par Saint-Jean-Chrysostome, où il avait passé quelques jours de vacance avec T** : après quoi il engagea le
. , A . . d cocher en question qui le ramena à Saint-Louis de Gonzague,
(3) Hélas ! non ; et quand il écrivait ces paroles parties d’un cœur sincère, il n'avait plus que quelques mois à vivre,
Jenes besogne € gants ; ne chaussons ments.
dit posséd sieurs ann ques ; son pond de une longus voir Ici peut-être :
pas conter rer qu'il n’ table.
W*#*, éc tes lettres sera par le mienne.
les ailes, t Puisque toutes sort qui ont l'ai fication qu tout dans | grotesques tantôt mes se donne d que fois q midi, parc renfermé d
(1) Cecin cette raison,
énérations pasenfants de tes Di, Que j'unisse besoin de me e soit ossifiée s plus heureux n'y trouve pas aison d'école, ais avec Mme : pendant tout une galette de e provision de qu'il se décirois heures en a'il a réussi.
int-Jean-Chry- Ix beaux jours nnes et si resgénéreux qui e. La beauté nenade, tant à u temps, à ce de courtoisie ur et l’'amour ; eu et pour sa ndre heureux 1oyen de faire t être réduit à ole.
pmmes prédisrès de l’autre, rable ; disons uand tu vienrecommande on retour de
t-Jean-Chrysosoi il engagea le
ncère, il n'avait
Je ne suis pas drôle ce soir ; je vais te laisser là pour ne pas faire la besogne du cocher. Bonsoir, bon voyage, n'oublie pas ton casque, ni tes gants ; ne fais pas comme moi, prends une provision de mouchoirs et de chaussons ; va chez mon père, porte partout mes respects et mes compliments.
Saint-Louis de Gonzague, 1853
"A1 un petit mot à insérer ici pour Mme P** (1). Vous en tiendrez n? le compte que vous voudrez, mais peut-être la chose mérite-t-elle ) es quelque considération. Nous avons une bonne vieille voisine qui dit posséder un secret infaillible contre la maladie qui mine depuis plusieurs années Mme P**. Elle a déjà guéri, dit-elle, plusieurs épileptiques ; son remède, dans tous les cas, ne peut faire aucun mal, ei elle répond de la guérison, au point qu'elle n’exige de rémunération qu'après une longue épreuve accomplie. Si nous avions quelque peu le plaisir de voir ici M.et Mme P**, ils auraient occasion de voir cette personne, et peut-être se décideraient-ils à faire cette tentative, [+ secret susdit n’est pas contenu, il est vrai, dans le symbole des apôtres, mais il faut considérer qu'il n’est jamais funeste, et que la personne est d’ailleurs très respectable.
W%**#, écris-moi tous les quinze jours. ‘Tu n'as pas besoin de travailler tes lettres ; fais comme moi, écrit en inspiré, et mets tout ce quite passera par le cerveau. Seulement que ton écriture soit plus soignée que la mienne. J'ai des plumes, du papier et de l'encre détestables. Ça coupe les ailes, tant de désagréments, lorsqu'on prend l'essor.
Puisque j'ai du blanc, je vais te parler de mes élèves. Tu sais que j'ai toutes sortes d'élèves. J'en ai qui n'ont pas du tout la figure humaine, et qui ont l’air d’avoir été changés de bout ; le meilleur caractère de classification qu’on leur trouve, c’est leur état de bipèdes qui les range malgré tout dans la famille d'Adam. J'ai des billots à la disposition des plus grotesques ; ils te font des grimaces là-dessus à faire rire le diable. J'y mets tantôt mes deux fous, tantôt mon farceur qui se prend aux cheveux et qui se donne des coups de poing dans le visage pour faire rire les autres, chaque fois que je lui inflige cette punition. Je l'ai mis encore cette aprèsmidi, parce qu’il disait à la classe de catéchisme que le bon Dieu'était renfermé dans son sac d'école.
(1) Ceci n’est que la fin d’une lettre dont le commencement a été perdu. Pour cette raison, nous ne pouvons en donner la date,
J'ai un certain original qui vient me trouver tous les matins dans ma chambre. C’est toujours pour s’excuser de n'avoir rien fait pour la classe et comme il a peur d’être puni, il est tellement préoccupé qu'il a pris l’habitude de gratter la cloison avec ses ongles en se justifiant. Toute la boîte de Pandore est tombée sur la tête de celui-là. Il m'a dit hier: “Ah; mon maître, j'ai souffert toute la nuit comme un chien, et je viens de me décider à venir à l'école. J'ai eu mal dans le dos, dans les reins, dans l'estomac, dans le ventre, dans la tête, j'avais mal partout.” Et en même temps, il grattait au point d'y laisser ses ongles. Il vaut mieux endurer que de tuer. Et puis j'ai souvent envie de rire. (Ça fait faire diversion aux ennuis, etc., etc.
Bonsoir. Des nouveiles… As-tu fini de lire V**? Des nouvelles de V#*.. Passe par Saint-Louis, en revenant de Montréal.
Saint-Louis de Gonzague, 30 janvier 1854.
SON cher ami.— Ecoute donc, tu m'as fait languir bien longtemps avant de n'apprendre que j'étais la tige de ton âme. Je t'exa] cuse, cependant, malgré le vague de tes prétextes, en considération des flatteries et des amitiés que tu m'as prodiguées, et-de la satisfaction que m'a causée ton épître. J'avais vociféré bien des imprécautions contre toi et tous ceux qui te ressemblent ; j'étais même occupé à vider mon sac à ce sujet, lorsque notre X**, au retour….(j'ai changé d’encre) d'une commission, vien‘ m'annoncer qu'il avait à la main quelque chose à mon adresse. Je saisis le papier, sans croire ce qu’il me disait, et comme nous n'avions pas de lumière, je me précipitai à moitié dans le puèle pour reconnaître la griffe. Elle venait bien.de Russeltown, et elle était bien de ta main. Grande surprise, grande joie! Quelques reproches au travers, mais avec des adoucissements. Vite, la chandelle. Je jetai X** dehors pour lui en envoyer acheter, parce qu’il tardait trop ; le sort s’en est mêlé, il a peut-être mis une demie-heure à trouver trois chandelles dans notre charmant village. Enfin, l'enveloppe fut brisée, et je ne mis pas cinq minutes à tout dévorer. J'eus le plaisir de voyager dans les régions que j'aime, hors des limites du réel, dans un monde créé par l'esprit d’un homme en travail.
Que vocre imagination est belle et précieuse ‘ qu'il est doux d’avoir chez soi pour nous consoler et nous faire oublier nos maux, cette folle de notre âme qui nous enlève pour quelques moments à la matiére, qui nous ravit et nous magnétise, et nous transporte dans la véritable sphère d’une intel-
ligence m la pensée, que instal à plonger d'avance € ces illusio tous ces | nute rég] mille bag sirs et de lités ; s’il la plus gr est digne matin, de nade dan hâtivemen éprouve to se peignar tins au dé ger, au dît avec des g grillades p pouvons-n pouvons-n tes les œu notre jouis moi, lorsqt nantes pré ce que not Je me d mon bonh de mon an de ces im Quand, qu cela. Ma rer le Maïit moi (1).
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(1) Du ré
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je viens de me les reins, dans ” Et sn même mieux endurer faire diversion
es nouvelles de
nvier 1854.
bien longtemps | âme. Je t'extes, en considés, et-de la satisdes imprécauême occupé à ai changé d’enmain quelque qu'il me disait, à moitié dans le sseltown, et elle Duelques reprochandelle. Je ardait trop ; le iver trois chanbrisée, et je ne oyager dans les e créé par l’es-
ux d’avoir chez e folle de notre
qui nous ravit ère d’une intel-
ligence malheureuse et rebutée, dans les champs des rêves, des désirs de la pensée, dans cette immensité où nous sommes libres de changer à chaque instant d'espace, dans cette espèce d’éternité où nous nous plaisons à plonger, portés par le souffle du passé sur les ailes du présent, et abimés d'avance dans l'avenir. Nous sommes tristes lorsqu'il faut descendre de ces illusions apparentes dans le monde sensible ; je déteste mortellement tous ces petits soins de détail, tous ces actes à répéter chaque jour à minute réglée, toutes ces petites inquiétudes qui m'occupent au sujet de mille bagatelles, et je me demande souvent si, en nourrissant tant de désirs et de sentiments, je suis fait pour recommencer si souvent des puérilités ; s’il est dans l'ordre qu’une nature principalement spirituelle passe la plus grande partie de sa vie dans "inertie et l’inutilité du sommeil ; s’il est digne d’elle de se lever avec une figure toute défaite et allongée, le matin, de mettre régulièrement ses habits, d'aller faire une petite promenade dans la basse-cour, de revenir à la maison, tout gelé, pour réciter hâtivement une prière à l'Eternel ; puis de réparer les désastres qu'on éprouve toujours dans un espace de vingt-quatre heures, en se frottant, en se peignant, etc. Est-il digne d'elle de manger des grillardes tous les matins au déjeuner, sans avoir des rrmmes de terre pour les avaler ; de manger, au dîner, des grillardes enc :c du pain, et le soir encore, du pain avec des grillardes de lard ; ex « vendredi, jour où l’on remplace les grillades par le hareng? Pauvres rêveurs que nous sommes! Comment pouvons-nous lever les yeux au ciel, et y reconnaître une patrie ; comment pouvons-nous regarder les astres, l’azur, l’espace, le temps, l'éternité, toutes les œuvres de Dieu, notre Dieu lui-même, comme notre propriété et notre jouissance, lorsque nous menons une vie si animale ? J'ai honte de moi, lorsque je regarde autour de moi, et que je me trouve avec de si étonnantes prétensions. Hélas ! nous désirons tout, et nous n'avons rien de ce que nous désirons.
Je me dis toujours : Quand vivrai-je avec cet être que j'aime et qui a mon bonheur entres ses mains? Quand aurai-je tel bien qui a été l’objet de mon ambition depuis que j'ai appris à penser? Quand serai-je délivré de ces importuns qui viennent me troubler lorsque je veux du repos ?.… Quand, quand? Il me senble que tout homme sensé ne devrait dire que cela. Mais enfin notre destinée est malaisée à changer, et il faut bien adorer le Maître des destinées. Je l'adore sans comprendre ses desseins sur moi (1).
Jamais je ne me suis plus ennuyé que depuis mon arrivée à Saint-Louis. Tout le monde me déplaît à présent au point que je serais devenu misan-
(1) Du répit à la philosophie.
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thrope. si je n'avais pas fait ma promenade du jour de l'an, et si je n'avais vécu quelques jours à Russeltown. Si j'ai jamais l'administration des colonies anglaises entre. mains, je veux séparer par un mur circulaire tous ces Tartares-Mantchous de la civilisation ; quand je les vois passer en se pavanant cans leurs voitures, je me demande pourquoi l’homme n’est pas au moins la moitié du jour: ace du cheval: la nature semble les avoir unis de moitié dans tout le. 2.
Tu me parles des Muse: ä veux-tu donc les trouver, si tu ne les as pas avec toi? Les Muses, c'est tout ce que le cœur aime ; Apollon, c’est tout ce que l'on contemple. ‘Tu admires, tu contem:iles, tu aintes, tu vis dans l'extase et le ravissement, tu ne perds aucun soupir, tu en recueilles sans doute, et des sourires de déesses, et ces complaisances si gracieuses, et ces regards de reine si intelligibles, si bienveillants, si séduisants, si enivrants. Cher T**, tu devrais être comme un “torrent impétueux (1)”; tu devrais être tout âme et tout feu. Jette donc tout cela sur le papier, Raphaël de vingt-un ans ; enfante donc des pages brûlantes et dignes d'étre lues par un de ces immortels amants dont les amours feront pleurer tous les siècles, et dont les soupirs soulèveront à jamais la cendre qui recouvre la fibre aimante d'un jeune homme. Quand Lamartine sera mort, il pourra dire dans son séjour nouveau : ‘“ J'ai laissé partout des lam- Leaux de ma grande âme ; mais ne suis-je pas tout entier quelque part, sous un abri français, près des forêts vierges que Dieu a plantées? Sois béni, jeune Canadien, qui n'as pas méconnu ta nature, et qui n’as pas perdu ma pensée.”
Je t'ai écrit une lettre aussitôt après mon retour à Saint-Louis ; tu ne parais pas lavoir reçue encore. Ce n’est pas bien regrettable, mais enfin cela ne m'encourage pas à écrire.
Te fais encore tourner la table tous les soirs pour rajuster les choses, et au moyen de quelques tricheries, je me contente à tout coup... Enfin, des poignées de main et tous les signes d'amitié consacrés et adoptés à tous les parents et amis passés, présents et futurs que tu auras occasion de voir. Le famille de M. B** et celle de M. P** sont les premières comprises dans mes compliments. Je te prie de les assurer qu'ils ont beaucoup contribué à me réconcilier avec l'humanité, et que je demeurerai toujours leur très obligeant et reconnaissant serviteur.
J'avais bien des choses à ajouter qui me sont parties de la tête ; je n'ai rien mis de ce que je m'étais proposé de t'écrire en commençant. Excuse mes lacunes et mes négligences, et supplé à tot, puisque je ne suis que la tige de ton âme.
(1) Allusion à une expression favorite d'un certain élève de rhétorique, un condisciple.
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nous touc res n'ont P esprits, UN intime et 5 différents l'identité dé n'y a plus but; tous I point, tous chons ense la totalité duise à la nalogie dar Et voilà ce J'ai écrit même joui pour lui, a sition qui 1 il finit par n’y retomb donnée : jé de freemer propose ri temps, l'ét ont envie ( de vérité € ctouffeurs gler le der J'ai digi une comb la légère a ces transit cours natt est par l’e
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Saint-Louis de Gonzague, 9 février 1854
SON cher, mon incomparable, mon céleste, mon extasiable ami.,— \/| ge Toutes les impressions, je les ai reçues en parcourant et relisant ER ta longuc et encyclopédique épitre du 6 février. Je crois que . nous touchons à un âge d'or ou à quelque époque mystérieuse que nos pères n'ont pas osé désirer ; car à présent il y à une certaine affinité entre les esprits, une certaine homogénéité des cœurs, une certaine communication intime et secrète des intelligences que Dieu a pourvues de sens et d'organes différents qui était inconnue, je crois, autrefois. Maintenant, le monde sent l'identité de sa substance, l'identité de son origine et de ses aspirations, et il n'y a plus qu'un soupir de tous les êtres qui les fait tendre vers le même but ; tous poussent les mêmes cris vers Dieu, tous fixent les yeux au même point, tous se tendent la main, se comprennent, s'unissent ets : disent : ‘“ Marchons ensemble dans la vie, et que l'idéalité de la réalité d’une partie de la totalité de l'être infini, jointe à la camité entre le toi et le moi, nous conduise à la fin de l'éternité !”” En effet, je suis émerveillé de voir tant d’analogie dans toutes les phases aue notre âme parcourt depuis longtemps. Et voilà ce qu'il y a de plus surprenant.
J'ai écrit à D**, mon ami d'enfance à Saint-Henri. Il m'a répondu le même jour que toi, et dans le même style, dans un genre tout nouveau pour lui, avec des transports, une éloquence et une générosité de disposition qui m'ont ravi. Il s'étend beaucoup sur la destinée, par exemple ; il finit par devenir fataliste. La bizarrerie lui est trop naturelle pour qu’il n'y retombe pas. (En passant, je m'acquitte de la commission qu’il m'a donnée : je te serre chaleureusement la main.) Il fait partie d’une société de freemen, où il pérore avec de grands mots, bien entendu ; et il ne se propose rien moins que d'arborer le printemps prochain, de bon printemps, l'étendard salué de loin et admiré par les enfants des peuples qui ont envie de devenir des hommes, des missionnaires de lumière, de justice, de vérité et de fraternité. Il veut se servir des boyaux du dernier des étouffeurs des cris de la raison, du dernier des hommes à gage pour étrangler le dernier des individus rois. Il a des endroits furieux.
J'ai digressionné un peu ; je reviens à ta lettre. Voilà ce que j'aime : une combinaison d'idées tantôt logiquement enchaînées, tantôt Jetées à la légère avec un peu de décousu ; l'abandon, l'entraînement, le disparate, ces transitions rapides de la conversation qu'on fait pour mieux Suivre le cours naturel de l'imagination, et pour en embrasser davantage, gêné qu'on est par l'exiguité de l’espace ; tout cela me plaît à l'infini, et c'est comme
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56 \ETTRES D'UN ÉTUDIANT
cela que j'écris ou que je veux écrire moi-même. Je suis fou dans mes lettres, mais je sais à qui j'écris ; je suis certain que tout cela sera démèlé, recueilli avec indulgence, complaisance et bienveillance, et remis soigneusement à sa place ; de plus, interpreté toujours avec le me.lleur esprit ; de cette manière, je ne veux pas ne pas senir à mes folies, je ne mesurerai jamais avec toi mes mots avec un compas ; je ne guinderai pas des phrases à propos de rien, je wirai par “P-rcher des preuves À tout avec des atque et des ergo… Quant à l'obse ion que tu me fais, je suis certain qu'elle n’est pas sérieuse, à moins q:. tu ne m'ait pas compris. Lorsque je parle à Mlle S** de fidélité, elie peut donner à ce mot l'extension qu’elle voudra ; liberté entière même de ne lui donner aucune extension ; un cœur ne s'arrache pas, il ne se donne même pas ; son instinct lui fait aimer ce qu'il faut qu’il aime. Seulement, je désire avoir une petite part dans ses souvenirs. Le titre d'ami m'est bien doux et j'espère en avoir les privilèges. Tiens, je vais définir cette espèce de fidélité-là strictement : je veux être aimé d'un degré de plus que ce qu'on appelle charité ou philanthropie. Voici mon acte philanthropique à moi : j'aime mon prochain comme moi-méme pour l'amour de Dieu ; j'aime mieux le prochain féminin que le prochain masculin, et j'aime encore mieux ces êtres si beaux, si parfaits, si privilégiés que j'ai rencontrés sur mon chemin comme des apparitions et que je suis obligé d’anner, comme si je n’y étais pas porté par moi-même. Je déclare, en même temps, que si j'étais moinême une divinité, mon souverain bonheur serait de vivre avec ces êtres et de contempler en eux avec orgueil ma ressemblance et mon image. Est-ce correct? Non, le ciel me préserve d'envier jamais le bonheur d’un autre qui le mérite mieux que moi. À moi, un seul regard amical, un seul sourire, une pensée à moitié exprimée suffit. Jamais le venin de l'envie ne souillera ma bouche, jamais je ne troublerai par des indiscrétions malignes la paix qui doit régner entre des frères. ‘Tra-! -la-la, pouah! J: n'ai rien dit encore qui vaille six sous. Ce qui ne méritera pas d’être lu, tu le passeras…
Je n’ai pas grand’chose à t'apprendre. Je passe les veillées à lire ou à jaser de toutes les choses du siècle, et principalement des principaux personnages, de toi, de ceux que nous avons laissés, et que j'ai laissés lors de mon dernier voyage. La bonne mère T** à toujours comme moi la même chanson à chanter ; X** parle de l'Amérique et fait autant de bruit que les locomotives. Je vocifère : Æsprit Saint'dé. Nous disons le chapelet à peu près comme nous le disions tous les deux, c’est-à-dire hâtivement, et nous passons ensuite dans la région où l'esprit s'accoutume d’avance à se dégager des sens, et le corps à mourir.
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Je suis bien aise de te voir décidé à étudier le notariat ; je souhaite que tes goûts par rapport à cet état soient permanents. Pour moi, je ne me présents ra* que l'automne prochain à une étude quelconque, si toutefois je me présente. Puisque tu es à Montréal et que je t'attends bientôt, tu voudras bien te charger de quelques commissions. Je te recommanderai avant tout d'aller chez mon père pour porter à toute ma famille mes vœux et mes compliments. Tu peux en prendre une bonne provision pour en offrir à tous ceux qui te parleront de moi, en quelque lieu que tu te trouves. Dis à tous les amis que j'attends d'eux des lettres avec impatience. Mon adorable A** ne m'oublie pas plus que je ne l’oublie sans doute , pauvre fleur qui dépérit seule sans soleil, sans ombrage et sans rosée !
Va au séminaire, et parle de moi à l’abbé P**, Au collège, ne manque pas de voir M. l'abbé B** ; demande-lui donc pour moi un traité de physique. J'ai oublié d'en emporter un... Si tu pouvais acheter quelques livres de philosophie, je m'en trouverais bien.
Plamondon (1) démolit sa maison ; tu peux en profiter pour acheter son magasin.
Je vais recevoir la Ruche littéraire et politique et je me propose d’écrire aussi au bureau de la Ainerve où du Moniteur.
je serais beaucoup moins ennuyeux, si mes plumes ne me faisaient pas enrager. Ne viens pas sans n'en apporter. Dis à la famille de M. S** qu'elle n'a pas peu contribué à me faire regretter la ville.
J'irai à Montréal, au mois de mai. Je t'attends en accusant le temps. Trouve le moyen de passer plusieurs jours avec moi. J’aitends une lettre de ma famille, en réponse à celle que j'ai écrite la semaine dernière. Ton ami...
P. S.—Adieu, adieux ! ce mot est triste et consolant, parce qu'il veut dire : Nous nous reverrons ailleurs. |
Saint-Louis de Gonzague, 20 février 1854.
SON cher ami.— Quoique ce ne soit pas mon tour de t'écrire, je É: ne puis m'empêcher de prendre ce soir les instruments consa- YRS crés pour te casser la tête. Si je suis importun, ferme ma lettre avant de la lire et fais-lui subir le châtiment qu'elle mérite ; Je te rendrai tes six sous ce printemps(2). Mais, vas-tu dire, pourquoi m'écrit-il sil craint pour de bonnes raisons d'être ennuyeux ? La meilleure réponse
(1) Allusion à un marchand de Montréal bien connu pour ses annonces originales.
(2) Port de la lettre.
que je puis te donner, c’est que c’est un de mes caprices. J'entre si peu souvent en relation avec des êtres qui ne se sont pas contentés de développer la génération d'Adam, que je brûle malgré moi de déverser le trop plein qui se fait tous les jours dans mon cerveau.
Tu es revenu sans doute aujourd’hui de ton voyage ; tu as déjà dit adieu à la ville et aux Grâces qui l’habitent ; tu l’as vue disparaître avec ses édifices et les monuments qui contiennent tous les souvenirs, tu as été emporté par le char du génie humain loin de ce bruit et de cette agitation sociale qu’on aime tant à retrouver lorsqu'on vit longtemps dans un centre tout opposé. Que ne dois-tu pas avoir à dire maintenant ? Que ne puis-je dire : Quorum pars fui ! ” Lorsque nous sortons la tête de notre coquille, nous qui avons jadis pris part à tant d'action: et qui brûlons tant de renouveller nos exploits chevaleresques, lorsque reportant nos pas au milieu des cercles géants, nous allons voir comment marchent les hommes, qu'est-ce qu'ils disent, à quoi ils tendent, quelle direction suit chacun, comment ils visent à accomplir leur destinée, chaque individu nous apparaît comme un monde, et chaque jour nous apporte une nouvelle ère palpitante d'intérêts variés et de passions diverses. Quel champ à exploiter pour un écrivain consciencieux qui a passé une semaine à Montréal ! Prends donc vite l'encre, l’encrier, la plume et le papier, pour me mettre au courant: m” , vieux rat qui vit dans son fromage déjà depuis deux mois. Je suis certain que tu as largement le temps de m'écrire avant de venir me voir. Je ne dois t’attendre — raisonnablement — que samedi prochain. Pour le moins, ne manque pas de venir ce jour-là. Je serais on ne peut plus fâché si tu me faisais souffrir du délai, après une si longue attente. La mère T** n’a pas besoin qu'on interprète sa tendresse maternelle, pour que tu juges de son impatience. Si tu m'écris, dis-moi en première ligne si tu as rempli le principal but de ton voyage. Je ne te crois pas bien obstiné à prendre la profession susdite (1) ; je connais aussi les fluctuation et les incertitudes de ton naturel ; cependant, j'aime tant à accepter comme autant de canons tout ce que tu dis, que j'ai préparé un long discours que je te débiterai la première fois que je te verrai. Il commence par ces mots qui sont pris dans le texte même : ‘ Salut, Ô notaire, salut ; grand dissipateur de ténèbres, scelleur du droit et de la justice, salut. Salut, toi que Dieu a commis pour faire disparaître le cahot et faire régner l’ordre parmi les créatures intelligentes, etc., etc. ” La fin est digne du commencement ; je termine par une ode,en style de notaire, parfaitement adoptée à la circonstance. Je t'en fais grâce, de peur de manquer de papier.
(1) La profession de notaire,
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As-tu reçu à Montréal la lettre que je t'ai envoyée ? As-tu fait toutes mes commissions ? As-tu été au collège, au séminaire, etc ? Surtout m'as-tu acheté une boîte de plumes? Il n’y a pas une bonne plume à partir des conins — partie nord — de Saint-Louis de Gonzague jusqu'à l'autre extrémité. Situ m'as oublié, je n'oublierai pas de te dire tes vérités, et je te dis par avance que tu es l'esprit le plus léger, la tête la plus tournante et le caractère le moins fiable que la reine puisse trouver parmi tous les sujet de ses possessions de l'Amérique du Nord, comprenant le Canada, le Nouveau- Brunswink, la Nouvelle-Ecosse et l'île du Prince-Edouard ,sans oublier les comtés d’Elgin et Kinecardine du gouverneur général, qui est maintenant en Angleterre, et qui nou: fait gouverner par Son Excellence l'administrateur des mêmes provinces. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que j'ai tous les reproches à te faire, et que tu ne vaux pas, en comptant ton poids et ton volume, la plume qui me sert en ce moment. Qu'est-ce qu'il a ? dis-tu avec dépit etétonnement. Je ne le sais pas.
Pour en revenir à un sujet d'une plus grande portée, je vais te parler des habitants de Saint-Louis. Tu les connais déjà en partie ; tu sais qu'il y en a plus d’un sur qui Dieu ne paraît pas avoir soufflé en les créant, et que plusieurs autres seraient parfaitement, logiquement et pertinemment définis : de simples tubes digestifs. [1 m'en vient de temps en temps de ces :aboratoires ambulants, et je t'assure que je m'accoutume de moins en moins à leur société. J'ai même brisé avec la plupart des parents et connaissances qui se croyaient obligés de venir me marteler à certaines heures. Je leur ai dit que seul je me trouvais en meilleure compagnie qu'avec eux. Je les ai tous envoyés paître avec leurs fricots, leurs noces qui ne discontinuent pas pendant des jours, où de grands bipèdes qui devraient être faits autrement passent des nuits entières à chuchoter avec les jeunes filles, et se lèvent chacun à leur tour pour prendre de grotesques ébats au milieu d'une maison mise en ruine à cet effet. Je n'ai fait qu'entrevoir des scènes burlesques, et j'en ai été dégouté. Certes, je renoncerais toute ma vie aux charmes du beau sexe plutôt que de m'aller amuser avec du féminin de ce genre-là. J'ai reçu des invitations de toutes sortes d'espèces. J'ai vu entrer dans ma maison des jeunes filles enfilées de tous leurs atours qui dissimulaient leurs prétentions sous un prétexte maladroit. J'ai de obligé de leur donner quelque marque de mépris pour ies éloigner. C est fait comme des coulèvres, ils ont des façons à crever et une conversation toute composée de ricanements à contre temps et de questions MR Ce sont les mères qui les envoient pour agacer, selon eur expression, le maître d'école. Hier matin, je venais de me lever, lorsqu'une de ces charmantes filles d’Eve se présente à j’heure du déjeñner. Longtemps elle me
laisse à deviner le but apparent de sa visite. A force de tourner autour de la question, elle vient à medire qu’elle avait un billet d'invitation à me faire écrire ; et elle apportait pour cela un chiffon de papier qui lui avait été donné pour se former la main à l'écriture. Il s'agissait d'écrire à un jeune homme pour l'inviter à un fricot ; comme de raison, je fis le complaisant, et fis le billet sur un autre papier. Lorsque j'eus terminé, elle me demanda le prix, et tira sa bourse où il n'y avait pas plus d'argent que je n’en ai dans les dents, croyant que je ne demanderais rien par galanterie. Elle fut trompée, et eut à rougir de sa surprise. Ensuite elle me dernande de garder le secret sur le billet. ‘ Ah ! mademoiselle, lui dis-je, croyez-moi, je suis aussi discret qu'un médecin ; je ne révèle jamais un secret ! ” Je me suis admiré, et j'ai beaucoup ri de l'aventure. Mme T** est indigné de voir tant de comédie ; elle ne s'en console qu’en riant. Nous sommes dans le centre des ridicules.
Ce soir, je suis sortis à la hâte en finissant ma classe pour éviter la vue d’un vieux warsouin qui vient me demander des impertinences trois fois par semaine. Il ne sait pas plus si je descends de Jupiter que du cyclope Poliphène, et il me demande chaque fois des nouvelles de mes parents, voire même de Saint-Jean-Chrysostome où on lui a dit que j'étais allé. Je suis entré dans une maison qui se trouvait remplie de jeunes gens. Il fallait voir la contenance ébahie de tous ces amoureux. Ils n'avaient rien à dire ou à répondre. Ils me regardaient tous avec un cratère ouvert comme pour m'engloutir, et l'expression d’un sourire. Ils avaient ce dernier article de mieux que chez G**. Je trouvai là au moins une simplicité bienveillante.
Nous avons une bonne vieille qui nons amuse beaucoup par ses saillies et quelquefois par ses naïvetés. Elle trouve X** maigre comme ‘“ un cent de clous.” Elle m'entendit parler des difficultés que rencontraient les assesseurs dans Saint-Jean-Chrysostome et me demanda si c’étaient ces chasseurs qui poursuivaient les ours avec la médecine. C’est précisément cette vieille qui prétend guérir Mme P**, A ce propos, je prie bien M. et Mme P** de venir revoir le clocher de notre village en t'accompagnant. Je serai flatté et heureux de leur offrir l'hospitalité dans ma chétive chaumière. C’est un devoir d'estime et de reconnaissance de les y recevoir de mon mieux. Si cependant Mme P** était dans l'impossibilité de venir à cause de la faiblesse de son état ou de raison de circonstance, nous ne voulons pas et il n’est pas nécessaire absolument qu’elle sacrifie son repos ou expose sa santé. Le médecin n’est pas un médecin à consultation : la pauvre vieille n’a que son remède à donner, sans avoir égard à autre chose, et M. P** pourrait lui-même l'emporter avec la rédaction des pres-
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Adieu € drais avoir contenter ;