ESSAIS LITTÉRAIRES
Le TEMPs (1)
WLLES sont belles et intéressantes ces époques de notre vie où l'âme % reçoit toutes les impressions les plus douces, où toutes nos affec- SN tions se réveillent, où toutes nos émotions se ravivent, où notre esprit se plaît à prendre un nouvel essor dans les champs de l'espérance. Vous l'avez attendu avec impatience ce jour qui couronne vos souhaits, vous l'avez longtemps prévenu par vos désirs, vous l'avez prononcé avec enthousiasme, car c'était un mot magique à vos oreilles, c'était le résumé de toute votre vie, c'était le jour de l'an par excellence. Lorsqu'aujourd’hui les cloches ébranlées dans les airs ont annoncé à tous les peuples une nouvelle révolution de jours, tout ce qui pense a tressailli, la grande famille humaine a senti se resserrer les liens qui l’unissent, et il s'est manifesté un mouvement inaccoutumé dans le monde. Ceux qui avaient participé à la chaleur du même foyer se sont retrouvés ensemble, et le vieillard déjà glacé par les ans a cru rajeunir un moment en voyant à ses genoux ses enfants et les enfants de ses enfants, et ceux-ci ont emporté la bénédiction paternelle, les embrassements d’une mère, les vœux et les présents de leur famille. Le riche comme le pauvre. le puissant et celui-là même qu'écrase une puissance orgueilleuse se sont réjouis sur le seuil du présent et du passé, les mêmes sentiments ont été leur partage.
Cependant, messieurs, vous me permettrez de vous le rappeler, si la nouvelle année nous présente tant de charmes, elle nous fournit aussi en grande abondance des considérations amères. Vous avez cru renaître à la vue d'une ère toute nouvelle, un âge d'or vous a souri, mais jetez un
(x) Lecture faite dans une réunion publique qui eut lieu au collège de Montréal, à l’occasion du Jour de l’an.
regard en :
tenant, l'an qui n'ait à qu'il en sen pare de no ne pensons niers. Un portés sur | contre, c'es allons, nous rieuse. C'e reconnaître sujet si im temps, et c Le Créa et il créa le suite les hd pour moi.” sa vie et 5e n'y eut pl ment sur le mais qu’il ( sume lente à connaîtr teur de l’h et ce que :
Pascal, de notre p éternités.” D'où ven nous le ci nous abso les yeux, Nous voy des ruine:
où tous le nous épo à nos côt
Le tem à son pas
vie où l'âme S nos affecit, Où notre l'espérance.
>s souhaits, noncé avec e résumé de aujourd'hui es une nounde famille manifesté
ent particile vieillard genoux ses
a bénédic- >résents de
nême qu'é-
ésent et du
eler, si la it aussi en renaître à s jetez un
Montréal, à
regard en arrière, repliez-vous sur le passé. Ce passé est-il à ous maintenant, l'année qui vient de finir vous appartient-elle? Il n'est personne qui n'ait à regretter des objets qui lui furent chers, et c'est en un tel jour qu’il en sent plus douleureusement l'absence ; semblable à l'arbre ‘jui se pare de nouvelles feuilles au printemps, notre joie est sans mélange si nous ne pensons pas à l'aquilon qui nous enleva nos premiers ornements printaniers. Une main mystérieuse, invisible, nous entraîne sans cesse ; emportés sur le flot du torrent, nous saisissons en vain l’arbrisseau qui se rencontre, c'est en vain que nous nous attachons à l'herbe de la vallée ; nous allons, nous allons toujours comme le naufragé poussé par une vague furieuse, C'est là, messieurs, le caractère du temps, il n'est pas difficile de le reconnaître. Veuillez entrer avec moi dans quelques réflexions sur ‘ce sujet si important à étudier ; mes réflexions seront tristes, mais il s'agit du temps, et c'est là l'occasion même qui me les fournit.
Le Créateur interrompit un jour le silence et l’impassibilité de l'éternité, et il créa la terre et les globes des cieux, régulateurs du temps ; il créa ensuite les hommes auxquels il dit : ‘Le temps sera pour vous, l'éternité pour moi.” L'homme fut dès lors sous l'empire du temps, et le temps fut sa vie et sa destruction, la vie et la destruction de tout ce qui existe, et i n’y eut. plus qu'une longue chaîne d'êtres destinés à s'élever successivement sur les débris des êtres. Qu'il est grand et terrible dans ses effets, mais qu’il est utile de le parcourir dans sa durée, ce temps qui nous consume lentement et qui brise notre argile, aussitôt que nous avons appris à connaître la vie ; ce temps qui fut établi le témoin, le juge et le destructeur de l'humanité ; ce temps qui nous fait connaître ce que nous sommes et ce que nous devons être |
Pascal, considérant le temps paf rapport à chaque individu, a été effrayé de notre petitesse et s’est écrié : ‘ L'homme n’est qu’un point entre deux éternités.” Un abîme de réflexions se trouve dans cette sublime pensée. D'où venons-nous donc? Que sommes-nous? Le temps est si court si nous le comparons à l'éternité, et cependant une petite partie du temps nous absorbe et ronge notre existence. De quelque côté que nous jettions les yeux, tout nous répète la même chose, tout nous avertit de notre sort. Nous voyons partout ce qui nous a précédés, partout nous marchons sur des ruines et des tombeaux, la terre est elle-même un immense sépulcre où tous les mortels rentrent à leur tour ; partout la vue de ce qui n’est: plus nous épouvante, et ce qui existe à nos yeux ne disparaît-il pas chaque jour à nos côtés ?
Le temps nous épargnera:t-il nous-mêmes, lorsque toute la nature a gémi à son passage ? ‘Il périt, dit Chateaubriand, un homme par seconde, cha-