‹ Lettres d'un étudiant [microforme]Chapitre 4 sur 12 · LES LARMES DE PÉRICLÈS · texte numérisé non relu

LES LARMES DE PÉRICLÈS

AQR/DS

= ciel paraît quelquefois prendre plaisir à éprouver les grandes âmes ; il semble ne leur avoir donné des qualités fortes et généreuses AR que pour les exercer davantage ; il jouit de cette lutte sublime qui s'engage entre l’homme et les maux les plus accablants. Un grand philosophe de Rome, Sénèque, a dit en effet : Ærce spectaculum dignum ad quod respiciat intentus operi suo Deus ! Vir fortis cum malà fortunä compositus ! Le spetacle le pius admirable, le plus digne de l'attention même de la divinité, est le spectacle d'un homme généreux et inébranla

(1) Extrait d’un cahier qui a pour suscription : Cahier d’honneur, classe de rhétorique, 15 novembrs 1851,

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Si nous jetons les yeux sur une foule de grands hommes qui ont honoré

l'humanité, nous verrons que leurs vies ont été traversées par des orages

continuels, et que plus leur mérite les a élevés, plus ils ont été froissés et

| déchirés par le malheur. Mais, sans nous arrêter sur un Homère, un So-

phocle, un Socrate et sur tant d’autres, victimes de la haine, de l'injustice ou de l'envie, contentons-nous d'arrêter nos regards sur un de ces héros de l'antiquité qui fut la lumière et la gloire de sa patrie et donna son nom à son siècle, mais sur qui tous les maux fondirent à la fois, lorsqu'il était au plus haut degré d'élévation.

Périclès (2) à la tête de la république d'Athènes, redoutable à tous ses ennemis et admiré par toute la Grèce pour sa valeur et son génie, commandant à tous par la force de son éloquence, avait jouit longtemps de la popularité la plus flatteuse et la plus brillante. Il avait même réussi par ses conseils et par l'empire qu'il avait sur les Athéniens à faire déclarer la guerre à Lacédémone, lorsqu'un horrible fléau, la peste désastreuse, vint accabler sa patrie.

Alors, les Athéniens, pressés par une double calamité, accusent l’homme qui les avait portés à la guerre ; ils tournent toute leur fureur contre Périclès qui cherchait en vain à remédier à tous ces maux, et à soutenir ses injustes concitoyens. Dépouillé de sa charge de général par l'aveuglement populaire, il est en outre condamné à une rigoureuse amende. Cependant cette disgrâce n’abat point son courage ; réduit au rang de simple citoyen, il tâche de trouver encore moyen de se rendre utile. Son âme devait essuyer de beaucoup plus violentes secousses. Bientôt 1l voit tomber autour de lui ses amis, ses parents, frappés par la peste. Son propre

(2) Périclès, célèbre homme d'Etat et général athénien, naquit l’an 494 av. J.-C. Il était fils de Xanthippe, l’un des généraux vainqueurs à Mycale. Son éloquence et ses profondes connaissances lui donnèrent une grande influence dans Athènes ; ayant fait bannir par l’ostracisme Cimon etThucydide, il régna pour ainsi dire pendant quinze ans. Il embellit la ville d'Athènes d’un grand nombre de monuments : le Parthénon, les Propylées, l’Odéon, le temple d’Eleusis, furent édifiés sous Périclès, Il bâtit le port de Pirée ; il institua des jeux et des fêtes. Pour maintenir la prédominance d’Athènes, il décida ses concitoyens à la guerre du Péloponnèse, Les malheurs qui s’ensuivirent le firent tomber dans une disg'âce momentanée, et condamner à une amende considérable. Bientôt on le rappela, et peu de temps après il mourut de la peste (429 ans av. J.-C.) comme les enfants qu’il avait perdus auparavant. Son siècle, le plus grand de l’antiquité grecque, et auquel il a donné son nom, a été illustré par Sophocle et Euripide dans la poésie, Phidias, Callicrate, Polygnote, Zeuxis, Parrhasius dans les beaux-arts { Dict. de biog, gén., par Léo Joubert.)

fils, Xanthippe, qui donnait déjà les plus belles espérances, est lui-même atteint par la contagion et périt à ses yeux. Le philosophe paraît à peine ébranlé de ce coup. Il lui reste encore un fils qui le console de tant de pertes ; il rassemble désormais sur Parclus tout son espoir et sa tendresse. Mais la peste qui exerce de plus en plus ses ravages, lui enlève encore cette dernière consolation. Le grand homme est étonné d’un coup si rude, il sent son cœur violemment agité, il parvient cependant à cacher son trouble. Bientôt la pompe funèbre s’avance ; il semble encore maître de lui-même, on admire en lui cette force d'âme plus qu’humaine qui le rend inébranlable à tous les coups de la fortune, et le met à l'épreuve de tous les déchirements de la nature. Mais quandilest prêt de placer la couronne sur la tête du mort, il ne peut se contenir plus longtemps, sa douleur éclate par des sanglots et par un torrent de larmes. Il serre entre ses bras les restes inanimés de son fils, il l'embrasse, il ne peut plus s'en détacher. Sa fermeté vaincue accorde enfin à la nature ce qu’elle réclamait de la sensibilité d'un père. Il fallait que le grand homme se montra enfin homme, en cédant à la faiblesse humaine.

VIRGILE ÉCHO DE LA VÉRITÉ OU RAPPORT DE LA IVe ÉGLOGUE DE VIRGILE À LA NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST ()

à À les nombreux monuments que nous a laissés l’antiquité, les CD plus précieux sans doute, après les livres saints où nous trouvons : les lumières de la véritable religion, sont ceux qui se rattachent à cette même religion, qui consacrent hautement ce que notre foi révère, et donnent ainsi plus de force à la vérité. Le paganisme, avec son aveuglement et sa manie de corrompre ou d’altérer tout ce qu’il touchait, nous en offre mille en ce genre qui ont fait l’objet de l'étude et des recherches des savants modernes. Dans toutes les contrées du monde, les peuples ont été comme forcés de payer leur tribut à la religion du vrai Dieu que leurs passions leur faisaient méconnaître ; tous ont rendu à la vérité qui les éclairait malgré eux un témoignage non équivoque ; si la religion, se soutenant invinciblement par elle-même, n’a pas besoin de ces autorités étrangères, au moins deviennent-elles pour nous un nouveau sujet d’admirer la conduite de la Providence et les secrets de cette sagesse infinie qui conduit à son gré les esprits des hommes, qui les prépare et s'en rend maître d'avance par les ressorts les plus merveilleux, qui accoutume in-

(1) Le cahier duquel est extrait cet écrit a pour titre : Collège de Montréal, classe de rhétorique, 25 décembre 1851.

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