‹ Lettres d'un ministre émigréChapitre 15 sur 63 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

A Monsieur le général Z,***,

TIBNlfB.

Le courage du roi se maintenait ferme au milieu de tant d'épreuves et de tant de dangers. Son âme était aussi intrépide devant le péril que devant le malheur. Dans ces circonstances désespérées, il donnait Texemple d'un calme, d'une présence d'esprit, d'une égalité d'âme, d'un dévouement entier à ses devoirs. Pâle, amaigri, intéressant par l'air souffrant de sa physionomie, il rivalisait par sa tenue modeste, par sa vie frugale avec le dernier de ses soldats. Par là, il encourageait non-seulement la garnison, mais les habitants à souffrir avec lui. Il inspirait des sentiments d'admiration qui ne pouvaient qu'augmenter de plus en plus le dévouement.

La reine, sur ces rochers, régnait encore par sa beauté, les grâces de sa personne, l'élévation de son âme, une grande douceur mêlée d'une extrême sensibilité et, dans l'occasion, d'une dignité flère; mais dans toutes les situations diverses, elle restait ornée de la simplicité la plus attrayante et du naturel le plus parfait. Elle se montrait pieuse, dévouée, toujours occupée des autres et jamais d'elle-même. Elle avait refusé d'abandonner la place pour y être la première des sœurs de charité. Quand elle cessait un moment d'être la Jeanne d'Arc de la nationalité napolitaine, elle allait très-souvent visiter les hôpitaux. Elle était belle dans sa pâleur, sereine dans son affliction, modeste, comme le roi, dans ses vêtements, toiyours grave et majestueuse.

Les soldats éprouvaient en sa présence une ivresse calme et profonde, et alors seulement leurs yeux se remplissaieîit dal^frmes. Quand le roi l'accompagnait dans la visite des hôpitaux, il s'approchait de chaque lit, eaeoufageaît le$ vi^lades et les blessés par ses bonnes paroles. Mais il sortait de là le cœur navré : car, il était convaincu que depuis longtemps on ne combattait plus que pour l'honneur, et que désormais la défense n'avait pas besoin de se prolonger pour être honorable.

Les jours de Gaëte étaient comptés. Les parapets de plusieurs batteries du front de terre étaient reversés. Les explosions des poudrières en avaient détruit d'autres. Les batteries qui n'avaient pas été bouleversée* étaient ébréchées. L'artilterie ennemie pouvait désormais prendre à revers les défenseurs de la batterie Regina et le bastion de la citadelle. L^ place manquait tout à fait de bois propre à faire des palissades et des blindages, d'esplanades et même de leviers. On n'avait pu seulement remplacer le blindage qui avait volé en éclats devant la «bawbre du rw. Bnfljî, onn'aiait plus de corbeilles pour transporter la terre. Les décombres s'amoncçlaleat partout> le nombre des blessés allait augmentais! ; quinze eeats homoies étaient atteint)» an typhus, et cependant plus de médicamente^ plus de rafraichû$seo)eiits, j/lns d'instruxoents da chinir^ gie. Tout était épttisé^detmit^, usé. Les muaitioni avaient diminué par les explosions, les vivres allaient faire défaut dan^ quelques jourg* Iféanmoins un conseil de gmrre} après deux heures de délibération, avait fait prévaloir tes avis héroïques. Le géniBral Biedmatten s'était fortement prouoniîé poiu' la contiauatiou de la résustance. JUais tout le mpude était prof^udéioeot convaincu de la uée0miié de eéder. Seulement ml ne v^auiait prmom^r le mot d# ipapitulatjoa. Peut-^tre comptait^» qu^ te roi rirfuserait te sacrifice 4'uu héfoimj^ inutile. Ilai^ te coDjs^il plaçait te mi dans l'alterna^' Hve d'être accusé de dureté pu d^ découra^^ent Au&si, i'^prè» r^ivisde c^ conjseil^ teroicrut-il jj;«'il jaillit itel'lxoun^MJxd» drapeau^ H il ordonna de résister eucpre,

iGe|¥3n4ant h plajce était 4és(»rAi^8 ^i^uf^ d'un «eercte de ter #1; die teu. Hln iucendie Uift^aiee )a rè^rse dos aniMJilionsiç les artille^m m deV4jtteat et l'éteigiicut; Le }om' sui^ant^ iofôu (Jes:îis8iegea^ était *!pasuyâutai)te> Maife ai'JiUeiur&i ^ryiaiotets, ÈoWai&j tous ttoai-i de t)oudre) couverts de ôàng, ëont résolus à mourir plutôt qi^ de 40

rendre. Le mi, les princes, les généraux sont là pour les exciter ^t les encourager. Le comte de Caserte dirige le feu de la citadelle qui porte avec autant de précision que de vivacité. Tout le mon^ se presse au poste du péril, tous se battent comme des lioqis» Mais tes pièces de la place n'imposaient guère silence qu'aux batbiiies enna^ mies qui étaient à leur portée. Or, Tennemi tirait d^ loin et eu toute sûreté avec se$ canons rayés.

Bientôt le feu devint écrasant. L^ bombes et (es obm tombent parioui : Églises, monuments^ maisons sont ébranléSi enfoui» La ville souffre borriblemeat Des femjues, des eutauts sout écrasés dans tes rues, dans tes miaisons, dans le» caves. Des blessés soiat tués dans les bopilaux. Vers te soir du 9 lévrier, la pbce avait cessé 4e tirer, excédé qu'on était de &tigue sinon de rage. L'ennemi même paraissait se reposer. Tout à coup, vers dix heures, un ten très-vif se fait entendre du côté de la mer. Tout te «loude se teve en sursaut et court à son poste. Les batteries de la place répondent aussitôt, mais au hasard. La nuit était obscure. On suppose que l'ennemi avec Tescadre, et rasant le rivage, ose s'approcher de la brèche. Au premier cri ; l'ennemi monte à V assaut I succède un silence profond. Chacun ne pense qu'à son devoir. Le roi, les princes, les ministres s'étaient levés de table et avaient repris leurs épées» Sans impatience, sans menaces, on attend l'assaut, on l'espère même* Mais aussitôt on apprend que c'était une frégate venue se placer en travers pour tirer sur la brèche, où l'on supposait que la garnison travaillait. Peu après, la frégate qui avait tiré sur la berge s'en retourne à Mola ; et la place reprend un silence de tombe ^

Cependant toute la valeur de la garnison était désormais en pure perte. Le roi réunit son conseil: il y avait la reiiie^ les princes, deux ministres; Ce fut comme une assemblée de famille; Tout le monde sentait que C'était la dérilière heure de la monarcîhie et de l'indépen^ danCe nationale, tons tes visages étaient tristes^ tous les yeux abattus. Les cœurs avaient cette plénitude qui ote la parole; Là grande tnajorité des hommes possède ou pedt acquérir lé courage nécessaire t)our se conduire bravement ; maiâ le jeune toi avait été éprouvé tout à coup par la perte d'uile couronne^ par la guerre^ par là ruiiié du royaume j il l'était maintenant {jar les souffrances de ses soldaté. Désormais il avaît asseiÉ nloiitré cette bravoure et cette énergie (Juî avaient honoré la résiétanée. Adssi^ àil rùiliéu de réitlotioll géné-^

raie et des pleurs des nûnistres, le mot fatal de capitulation fut prononcé.

Néanmoins l'ennemi, après que les conditions en étaient convenues, ne voulut pas cesser le feu. Le 42 février, le ciel étendait sur la ville son dôme d'azur sans nuage. Le radieux soleil, qui ne connaît ni vainqueurs ni vaincus, inondait de ses rayons la malheureuse ville. Le bombardement reprit tout à coup avec une nouvelle violence, et fit tout crouler dans la ville. L'ennemi faisait un sacrifice de victimes humaines aux Dieux infernaux. Une dernière explosion lança en l'air et précipita à la mer soldats et officiers. Les assiégeants, à Mola, battirent des mains comme à un spectacle.

Ainsi tomba Gaëte.' Mais après la chute de ce boulevard de l'indépendance napolitaine, la révolution et la conquête vont s'efforcer de bâtir sur un sol jonché de ruines, sans -toutefois pouvoir en réunir les débris.

Rome, le 14 Septembre 1861.

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