MADRID
La guerre de rindépendancN^ df la Girci^ i.mini»» î c.NiM'Uliort <{o Rome, semblaient encoïc «Le aiiiiiM.s li Un -.iji-io ti* s ( rni.-.!i»'>. Laguerrederindépendimceiiaiieuiiefut un ré\eiliJela nvuliiiiuii; rinvasion des Etats de l Eglise, de Caslellidardo à Meulaiia, lui une nouvelle irruption de barbares. La guerre de conquête vient de commencer en Allemagne, où la Prusse s'est arrondie à sa guise, comme six ans auparavant on avait autorisé et encouragé le Piémont à s'emparer de territoires protégés par les traités et par le droit des
gens.
Cependant jamais il n'a été plus difiScile qu'en ce moment de conserver la paix, ni plus dangereux de commencer la guerre. L'imprévu des batailles est plus grand qu'il n'a jamais été, devant les modifications profondes que l'art de la guerre a subies. Tout cela était vrai avant que, par une confiance trop présomptueuse, l'Italie eût passé par Custozza et Lissa. On ose parler encore, il est vrai, de Palestre et de Varèse ; mais on entend partout répéter le nom de Montana. L'armée est humiliée, la révolution n'est qu'exaspérée. L'armée n'est plus qu'un instrument de domination. Le gouvernement italien, après les dévastations du* royaume de Naples et l'holocauste de Palerme, n'a pas cessé de prendre, appuyé sur ses canons, des décisions peu conformes aux principes tant prônés de son institution. Il a oublié trop facilement qu'un gouvernement, une fois qu'il s'est heurté contre l'émeute, perd de sa force et de son prestige. On ne Ta pas vaincu, sans doute; mais on sait qu'on peut l'atta-
quer. Les ministres, pour cela surtout, né cessent de chanter les louanges du canon et deParmée. Ils ont créé des dictatures militaires. Le général Cialdini a été dépouillé de ses lauriers par le général Cadorna, qui n'en avait pas besoin d'ailleurs. L'un et l'autre avaient reçu la mission de faire goûter les charmes de l'unité nationale à coups de baïonnettes. Tout récemment on a travesti les noms : Tétat de siège a été baptisé investiture de tous les pouvoirs civils et militaires ; et le général Escoffler a reçu la mission de faire goûter les avantages de la loi sur la mouture aux populations que Ton a ravies au Pape, aux Ducs de Parme et de Modène.
Cependant l'armée, depuis la révolution d'Espagne, éveille bien des soupçons. On accorde des congés afin que les chefs de corps puissent se débarrasser des plus remuants. On en est déjà à une surveillance minutieuse, incessante, tracassière. On change fré- (Juemment les garnisons. Le gouvernement se prépare à prendre .des mesures sévères de précaution. Ce qui veut dire qu'il aura re*cours, pour se soutenir, à l'oppression et à l'arbitraire. Les instincts de subversion, qui travaillent de nos jours tous les Etats, s'éveilletit avec plus de fttreur en Italie. Dan^ un temps de révolution, les maiix sont prompts à s'étendre comme le cercle formé sur les eaux ; ttiais en Italie, comme partout, le cercle ne finîra-t-il pas par envelopper l'armée ? Cette force étant l'unique appui de l'unitarisme, te gouvernement vient d'enfler le budget de la guerre et de la marine d'autfés toillions encore.
On parle d'alliances, en cas de conflagration générale en Europe { on se flatte de garder sa neutralité. Mais où trouver les ûhes, et qui rfespiectefâ l'autre ? On a trop grossi la voix poui* faire éroire à sa force, et on s'est trop joué de la foi publique. On s'est efforcé de réhabllitei' la foi punique. Ainsi, avec 400 mille hommes, avec une garde nationale également nombreuse, on n'a et on ne peut avoir qu'une politique timide, déguisée sous des aîrs d'audace. Avec soil armée, sa marine, ses gardes nationaux, lé gouverneiAent Italien n^'à qtté des lumières qui lui arrivent fort tard, et dés inspiration* extérieures qui lui arrivent trop tôt.
Malgré tout cela, dans la voie d'aventure où l'on s'est engage, îft guerre est encore la dernière chance de vie. On se flatte que^ dans un nouveau bouleversement, les Italiens unitaires pourraient retomber sur leurs pieds. Il paraît que pour les hommes du gouverne-
Oient li satisfaction de tirer le canon ne saurait se payer trop cher. L'Italie unitaire est assez riche pour solder sa gloire; quant aux avan-^ tages, on les tient pour assurés d'avance. Le Piémont tira une soiian-f taine de coups de canons à la Tchernaïa. Cela lui coûta un emprunt de soixante millions, nuis lui permit plus tard les annexions ; Cus» iùiu et Lissa ooûtèrept plus d'un million par boulet, mais si Voa ne s'empara pas du quadrilatère, on obtint la Vénétie. Et mainte-* naitf le Tyrol Italien, Tlstrie, Trieste ne sont-ils pas là t En avant doflc. On aura la guerre avec le despotisme, si Ton réussit ; avec la révolution et l'anarchie si Ton échoue.
Le despotisme 1 Les Italiens se trouvent dans l'état d'une nation arrivée à cette période de crise politique, comme dit M** dp âtaél, où Ton croit trouver le repos par le pouvoir d'un seul. Ainsi Or»m?» wdl et Napoléon offrirent aux hommes compromis par la révolution l'abri de leur despotisme» Et bien des Mercadets politiques de i'ita* lis, qui ont épuisé les délices de la vie et les satistactmns de l'imourpropre, grâce à la révolution, chercheraient volontiers un refuge et deviendraient les défenseurs les plus bruyants de la monarchie absolue. Cela s'est vu souvent et partout. Du reste, aux époques orageuses, les vastes commotions politiques se eemmuniquent au monde moral, et le découragement succède à l'ivresse. Il devient si profond, qu'on ne trouve plus l'emploi régulier de sa force et de sa vie.
L'anarchie? Oui, la révolution de <860 portait dans ses flancs une fllle plus redoutable qu'elle. La génération des causes et des conséquences doit conduire l'Italie à de nouvelles catastrophes; après huit ans d'un pouvoir sans limites, on n'a rien fait pour désarmer les haines, et on a emprunté tout ce qu'on pouvait aux mauvais jours de la révolution Française. Et maintenant il y a un grand nombre d*hommes qui brûlent de rendre la justice dans des tribunaux révolutionnaires. Ils deviendraient facilement les lyriques de la guillotine ; ils ramèneraient vite l'Italie à ces temps malheureux où elle nageait dans le sang, où Rome était livrée aux proscriptions de Marius et de Sylla. Peut-être le Ciel n'aura pas voulu décharger sur l'Italie toutes ses colères. Cependant ces parodiste de 93 affectent déjà de ne parler, même devant les magistrats, que dans un langage terrifiant. Ce sont de graves signes du temps ; bien aveugle qui n'en serait pas frappé ! Mais ceux-là mêmes qui ne demandent pas mieux que d'être effrayants, cherchent la complicité de l'armée Les hommes qui, dans
une révolution, résument un parti, n'osent pas regarder en arrière, de peur d'y voir des reproches ; en avant, de peur d'y voir un abîme. Ils ambitionnent le pavois sans le danger, et ils travaillent à s'assurer le triomphe avec l'armée. On n'a plus recours à l'impulsion artificielle d'enthousiasme pour l'unité et la grandeur de l'Italie, on cherche à allumer de plus naturelles ardeurs. On parle à chacun de sa patrie et on fait miroiter aux yeux de chacun la république fédérative . On ne parle plus aux soldats d'apothéoses militaires, mais de la revanche de Custozza et de Montana. On leur dit qu'il y a un degré de honte que les grands comme les peuples, et surtout les soldats, ne doivent pas supporter. L'armée se laissera-t-elle ébranler ? L'exemple de l'Espagne est bien récent. Aussi tous cherchent avec anxiété à interroger l'avenir.
Ah 1 il y a certes quelqu'un qui doit avoir songé, depuis le premier moment, que la grandeur à laquelle il s'est fait élever lui a plus coûté qu'elle ne lui a rapporté, et il doit avoir quelque chose de plus que les regrets.
Rome, le 3 Janvier 1869.