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LETTRE XXV

A Monsieur le marquis ^^^^,

PARIS

La révolution unitaire avait surpris les Principautés italiennes en pleine prospérité. S'il n'y avait pas d'équilibre dans les finances, c'était en Piémont, où l'on avait contracté des emprunts en vue de la conspiration italienne. Le gouvernement réparateur de Turin» quand il eut accompli son dessein par l'annexion révolutionnaire des autres Etats, se vit au milieu de très-grandes ressources. Il trouva des économies qui étaient l'œuvre de la sagesse des gouvernemenls, de la probité des ministres, de la bonté des souverains légitimes. Au commencement de 1865 l'Italie était unifiée. L'intervention de la révolution, qui se disait gratuite, avait confisqué les biens privés des familles souveraines. On n'avait plus sept listes civiles à payer, on avait supprimé les cours et avec elles les charges des maisons princières, les ministères, les ministres d'Etat, les diplomates, les consuls et la plupart des administrations. L'armée même n'était pas encore réorganisée et ne présentait pas l'effectif militaire des sept anciens Etats. C'étaient là certainement de grands éléments de richesse accumulés tout d'un coup, et même la dette pontificale était encore payée par le Saint-Siège.

Bientôt cependant on s'aperçut de * la singulière façon dont les unitaires voulaient que l'Italie une fût administrée. Le dictateur Farini, en peu de jours, avait accru la dette de Modène et de Parme de dix millions; M. Pepoli avait grevé de treize millions les Romagnes, et le baron Ricanoli, de cinquante six millions la Toscane. ANaples, on commença par tout gaspiller, et l'on finit par emprunter. Cavour

avait, disait-il, à rentrer dans les avances qu'il avait faites pour la révolution. On assure que l'invasion avait trouvé deux millions en caisse dans les Romagnes, et dix en Toscane. Mais à Naples elle put, en fouillant toutes les caisses, y puiser plus de cent millions. Malheureusement M. de Cavour, ni aucun autre, n'aurait pu chasser du temple les juifs et les marchands révolutionnaires qui s'y étaient rués . Ceux-ci se disaient même trompés , volés , parce qu'ils croyaient trouver plus encore à Naples, où ils avaient rêvé une nouvelle Californie.

Il fallut bientôt recourir à de nouveaux emprunts. On créa le grand-livre de la dette publique du royaume d^Italie, comme gage de stabilité et comme impossibilité de revenir en arrière. La première dette contractée fut de 500 millions et n'en produisit pas 400. Cet emprunt ne suffisant pas à combler le vide, au 1" janvier 4862 on porla la dette à 3,017^867,356 francs, comme capital nominalde la nouvelle dette. L'année 4862 coûta 752 millions, et l'exercice de 4863 annonçait déjà un déficit prévu de 350 millions. tJn ministre déclarait alors la situation épouvantable ; mais il ne manqua pas de faire les plus brillantes promesses. Avec un emprunt de 700 millions, l'équilibre devait être rétabli en quatre ans. On promettait de réduire les dépenses de 4 00 millions et d'augmenter les reoettea de 475,

Il est vrai qu'il y eut des hommes sages qui jugèrent que» par dea mesures injustes, par des spoliations, par l'accroissement brutal dea impôts et l'aggravation de l'intérêt, la dette publique doublerait en quatre ans, avec les impôts, et dissiperait le patrimoine sacré etci\il de l'Italie. Mais les hommes sensés et les cœurs généreux sont rare« ment écoutés»

On connaît l'histoire de cet emprunt* Il fut coté sur le grand^Uvre pour 74 4,833,800 francs ; il ne produisit que 407,078,964 et coûta à l'Italie 35,744^400 francs d'intérêt wnuel. On eut recours à de nouveaux impôts; mais que pouvait produire une augmentation de 20 millions sur l'impôt fonder pour des finances qui avaient déjà un déficit de 400 millions ? C'était une goutte d'eau dans un gouffre. On établit d'autres impôts plus oppressifs, et surtout celui de la richesse mobilière, dont les vices étaient nombreux et devaient être irréparables. On mettait en circulation des bons du Trésor, avec des pertes de plus en plus 1)01^})}^$. En février ^864 il n'y ayait^ ^ansi

l'actif dn Trésûr que laSmillionfi, qui, avec les 450 qu'il (allait én^ettre à tout prix, s'élevaient à 885 millions. Le déQcU était déjà de 350 millions; il fut bientôt de 400, car il fallut y ajouter l'intérêt accordé aux chemina de fer et l'intérêt des bons du Trésor, Ces bons, énormément multipliés sur les principales places d'Europe» ont été négociés à 40 et parfois jusqu'à 44 pou? cent. Cela ne put servir qu'à précipiter la ruine.

Trois ans à peine s'étaient écoulés, Monsieur le Marquisî, pt les prédictions se trouvaient accomplies. On avait emprunté MiO ^^\\r lions et l'intérêt de ces dettes absorbait 300 millioqs, presque la moitié de tous les impôts, A bout de ressoproes, le ministre demande 450 mÂlUons. Il l'espérait de la vente des chemios de fer qui se trouvaient déjà hypothéqués pour 90 millions, le$ biens domaniai|?c devaient rendre le reste.

Après les di^ciissions de la Chambre, on arriva à cette conclusion, qu'en 4867, au lieu de l'équilibre promis, pi) aurait un déficit de 776 millions. Situation plus épouvantable que celle qu'avouait le ministre en 4862 ! Et néanmoins les plus experts en finances pensaient que le déficit atteindrait un chiffre encore plus élevé. On vient de publier le budget de 4865. Les dépenses ordinaires sont évaluées à 747,359,368 francs, et les recettes ordinaires à 574,063,407 francs. Les dépenses extraordinaires sont estimées à 406,450,266 francs, et les recettes extraordinaires à 64 ,437,64 4 . Le déficit est moindre, at-on dit, de 490 millions qu'en 1863 et de 24 millions qu'en 4864. Mais on connaît l'art et la facilité de grouper les chiffres. Et quand un député a dévoilé qu'en 4866 le déficit serait de 4,807,588,500 francs, le ministre n'a pas démenti ce calcul ; il s'est contenté de sourire dédaigneusement ; mais ce ne sera pas lui qui rira le dernier, et ce sera l'Italie qui aura à pleurer.

On a fait dans les budgets des erreurs bien volontaires: on n'y a jamais parlé des biens séquestrés aux Princes dépossédés ; on y a inscrit un crédit de Naples contre Rome, payé depuis quatre ans, et l'on a porté des lettres de change à protester ou déjà protestées. On y a mis quatre millions contre la Banque de Naples, qui en réclame au contraire douze du gouvernement. On s'est donné un crédit de 800,000 francs sur la caisse ecclésiastique, tandis que celle-ci se dit créancière de cinq à six millions. On a compté parmi les ressourçpjft de l'état la vente de? bje^s domaniaux, en même temps

qu'on a calculé la vente de ceux qui avaient été déjà vendus. On a fait figurer des crédits contre les provinces méridionales, tandis que ce sont elles qui font valoir des crédits énormes contre TEtat. Les discussions du Parlement ont prouvé que les sommes irrecouvrables dépassent les quarante millions. C'est un dédale.

Cependant, à côté de l'Etat, les communes sont criblées de dettes. Elles ne peuvent déjà les payer qu'en contractant de nouveaux emprunts. La ville de Naples a dévoré des sommes fabuleuses. Partout on a gaspillé l'argent en arcs de triomphe, en illuminations, et à Naples en bals de la cour. Les municipalités qui osent se plaindre sont dissoutes et remplacées par un commissaire royal. Les impôts sur la consommation, dans cinq à six mille communes, sont affermés à des particuliers. C'est plus fort qu'au temps de la domination espagnole. On a avoué dans le Parlement que la réaction et le brigandage, dans le royaume de Naples, occasionnent une dépense annuelle de cinquante millions ; mais à-t-on calcule les dépenses énormes et les dégâts occasionnés aux provinces par ce flux et ce reflux de colonnes mobiles ?

Rome, le 6 Septembre 1864.

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