LETTRE XXXII
A Monmur Th*^"^,
PARIS
tandis qii6 les unitaires sont si vigilants , si actifs pour le bien public, on ose encore parler à Naples des belles lois abrogées, des institutions détruites, des arsenaux vidés, des musées dépouillés. Passe si Ton voulait parler des finances un peu dérangées, du commerce et de l'industrie un peu gênés, et encore I II est bien un peu question des exilés, selon la loi Pica, des quelques villes ou villages incendiés çà et là, des quelques milliers d'hommes fusillés, des quelques monastères spoliés, des quelques prêtres blessés oU tués. Mais ceux qui envisagent les choses d une façon sage et élevée, ne peuvent pas s'arrêter a ces menus détails. A cela prés, le royaume des Deux-Siciles est-il donc si digne de pitié ? Ce serait être bien injuste et bien exigeant.
D'abord la vanité nationale ne se sentit-elle pas flattée d'être unie au Piémont ? On disait que les Napolitains et les Piémontais n'avaient aucune affinité entre eux. Mais il y avait entre ces Italiens le rapport qui est entre le malade et le médecin, et les Napolitains étaient assurément les malades. Ce n'était donc pas à eux d'ordonner des prescriptions.
Les Siciliens, par exemple, ne sont-ils pas assez heureux puisqu*en cinq ans ils ont plus de trois cents mètres de chemins de fer ? Avantage incontestable, qu'ils n'ont pas assez payé par des impôts décuples et des milliards de dette qui leur reviennent de la dette italienne. Les chemins de fer, ils les auront infailliblement quand ceux de ta Haute-Italie seront achevés et qu'on se sera procuré de
La Itfarmora ? C'est une joombreu&e pftr^nté, sans doute^ mais par cette conduite les Italiens ne montrent-*-ils pas qu'ils rejettent les rigueurs anciennes pour introduire un droit nouveau? Tout bien examiné, ils sont humains ; ils ^'ont pas continué l'orgie de sang et de crimes, le despatism^ de la bâche de 4793. Les fusillades ne sont pas. des noyades, ^t les relégués de Capraja, de Pantellerie et de Sardaigne ne p^\)¥0nt tout au plus que mourir de faim.
Ne les a-^tK)n pa^i, du reste, mi^ à (a disposition des propriétaires de ces îles, oommâ on fait d^s colis ^x^x Antilles? Le gouvernement devait-il y faire 6K)ul0r t^ lajt ^t le miel ? 0|i a tûHJours considéi^ l'esclavage ancien cçmme un progrès, pare^ qu'on aurait pu tue les prisonniers. Or, c'est le même cas : on relègue pour ne pas lu* sillar. Certa^inemeint le gouvernement italien n'a pas envayé une ccunmissian d -enquête ohei^ les Iroquois pour y apprendre comment ^ doit rôtir les captif ft,
Le» civilisateurs put été de tout temp» $vm^ amis de la mitiga«- \\m des peines ^t grands p^rtisan^ d^ l'aboliticm des supplices. Us mti en même te^nps, demandé qu'on bâtisse des prisons douces et inême charmantes. Qr> les philanthroipes italiens, qnefois mattres do pauvoir» se sont ^US^it^t mis à l'oeuvre. Une piîson italienne est désormais Oimme la piscine qui guérissait les lépreux et les paraly-^^ tiques^ Il eat vr^i que, dans le royaume de Naples, giseint dans les prisons plus de trente mille détenus affaoi^, presque nus, sans 4istincliçm d'âge, de sei^e, de condition. Mais qu'y fatFe 9 C^est le temps seul qui a manqué.
P^utK)n raisonnablen^ent se plaindre de la mortalité des prisons^ comm^ si le typhus ei^t dû demander la permission d'y entrer f Les prisons de Poten^a, de Salerne, de Gatanzare, de Gosenza ont été Htteinles de l'épidémie. Mais le gouvernement n*a-t«il pas accru le nombre des prisons ? La sollicitude gouvernementale est allée queliquefois jusqu'à métamorphoser en prisons les murs des tombeaux. On ei(agère, du reste, le nombre des victimes. Bn quatre ans, et sur <4€i détenus pour le procès d'Iseruia, la mortalité n'a été que de oin« quante. S'ils sont restés enfermée longtemps, c'est que le temps a fait défaut au juge d'instruction ; on ne doit pas oublier, disent avec raison les unitaires, qu'ailleurs on envoyait les prisonniers à Técha** faud pour vider les prisons.
£t puis, les prisons napolitaines devaient produire ces résultats :
si Ton y meurt à présent de faim et de typhus, on n'y subit pas d'autres violences que celles des geôliers choisis parmi les camorristesy ou quelques coups de fusil des sentinelles lorsqu'on se montre à une fenêtre. Mais jadis, c'était, dit^n, la coiffe du silence et les plus funèbres instruments de la torture. Un réactionnaire répondra peutêtre qu'on n'a jamais su trouver, quelques recherches que l'on ait faites, ni ces instruments, ni un seul homme qui se soit dit torturé. Qu'importe t Si le fait n'existait pas, il fallait l'inventer. Dès*qu'il s'agit de la réalisation d'un grand dessein, le mensonge n'est qu'un moyen. Et le mensonge plaittant à la crédulité humaine, qu'il serait vraiment dommage que cette coiffe du silence n'eût jamais été imaginée.
Avec un petit effort de bonne volonté l'on peut trouver encore que l'état présent des. prisons napolitaines est tout simplement une continuation de l'ancien. Un illustre Anglais n'a-t-il pas, il y a quinze ans, révélé à l'Europe les horreurs des prisons napolitaines ? Et si un lord, un peu moins crédule, vient attester au Parlement anglais, sur sa parole d'honneur, ce qu'il a vu de ses propres yeux dans ces mêmes prisons sous le régime itaUen, ce ne sera pas un té* moignage sérieux. Il y aura d'ailleurs et toujours une profonde différence. Ceux qui, ainsi qu'on l'avait assuré à M. Gladstone, gémissaient dans les cachots de la police napolitaine, voulaient régénérer leur patrie, et pour eux la barricade était un chemin. Ceux que lord Lennox a vus lui-mémedans les prisons, ont le tort de ne pas aimer la régénération italienne. C'était donc pour les deux voyageurs une affaire de goût.
Rome, le 6 Mai 1865.
La Marmora 1 C^est une nombreuse parenté, sans daute, mais par cette eonduite les Italiens ne montrent*ils pas qu'ils rejettent les rigueurs anciennes pour introduire un droit nouveau? Tout bien examiné, ils sont l^umaius; ils n'ont pas contiiHia rorgîe de sang et de crimes, le despatisQ)^ de la hache de 4793. Les fusillades ne »ont pas. des uoyados, ^t lea relégués de Capraja, de Pantellerie et de Sardaigne ne powvent tout au plus que mourir de faim.
Ne le^. a-*tK)n pa^i, du reate, mia à (a disposition des propriétaii^s de cos îles, oomma on fait d^a ooUsnux Antilles? Le gouvernement devait-il y fair« eouler le lait et le miel ¥ Ou a toujours considéi^ l'esclavage aneieu commo un progrès, paro^ qu^on aurait pu tue les prisonniers. Or, c'est le même cas : on relègue pour ne pas ra* aill^, Certsiinem^t le gouvernement italien n'a pas envoyé une commi^aion d'enquête phei; les Iroquois pour y apprendre comment
m doit rôtir les oaptifft,
Les çivilisateura ont été de tout temps f randi amia de la mittgat- ^cm des peines et grands p^rtisanst de l'abolitioi) dcâ supplices. Ils m\t en mémo tempS) demandé qu'on bâtisse des prisons douces et même ol\^rmantos, Qr» les philanthropes italiens, unefoia mattres do pouvoir» se sont au^itôt mis à l'oeuvre. Une prison italienne est désormais comme la piscine qui guérissait les lépreux et les paraly-^ tiques^ W eat vrai que, dans le royaume de Naples, gisent dana les priaons plus de trente mille détenus affaoïés, presque nus, sana distinction d'âge, de sene, de condition. Mais qu'y fatFe f C'est le
temp« ^ul qui a manqué.
Peut^n raisonnablement se plaindre de la mortalité des prison^ comme 4 le typhus eût dû demander la permission d'y entrer f Les prisons de Poten^a, de Salerne, de Gatanzare, de Gosenza ont été Utieintes de l'épidémie. Mais le gouvernement n'a~t«il pas accru le nombre des prisons ? La sollicitude gouvernementale est allée quel* quefois jusqu'à métâmorpho&er en prisons les murs des tombeaux. On ei(agère, du reste, le nombre des victimes. Kn quatre ans, et sur <4Ç détenus pour le procès d'isernia, la mortalité n'a été que de oin^ quante. S'ils sont restés enfermée longtemps, c'est que le temps a fait défaut au juge d'instruction ; on ne doit pas oublier, disent avec raison les unitaires, qu'ailleurs on envoyait les prisonniers à Técha** faud pour vider les prisons.
£t puis, los priions napolitaines devaient produire ces résultats :
si Ton y meurt à présent de faim et de typhus, on n'y subit pas d'autres violences que celles des geôliers choisis parmi les camotristes, ou quelques coups de fusil des sentinelles lorsqu'on se montre à une fenêtre. Mais jadis, c'était, dit-on, la coiffe du silence et les plus funèbres instruments de la torture. Un réactionnaire répondra peutêtre qu'on n'a jamais su trouver, quelques recherches que l'on ait faites, ni ces instruments, ni un seul homme qui se soit dit torturé. Qu'importe I Si le fait n'existait pas, il fallait l'inventer. Dès*qu'il s'agit de la réalisation d'un grand dessein, le mensonge n'est qu'un moyen. Et le mensonge plaittant à la crédulité humaine, qu'il serait vraiment dommage que cette coiffe du silence n'eût jamais été imaginée.
Avec un petit effort de bonne volonté l'on peut trouver encore que l'état présent des prisons napolitaines est tout simplement une continuation de l'ancien. Un illustre Anglais n'a-t-il pas, il y a quinze ans, révélé à l'Europe les horreurs des prisons napolitaines ? Et si un lord, un peu moins crédule, vient attester au Parlement anglais, sur sa parole d'honneur, ce qu'il a vu de ses propres yeux dans ces mêmes prisons sous le régime italien, ce ne sera pas un té* moignage sérieux. Il y aura d'ailleurs et toujours une profonde différence. Ceux qui, ainsi qu'on l'avait assuré à M. Gladstone, gémissaient dans les cachots de la police napolitaine, voulaient régénérer leur patrie, et pour eux la barricade était un chemin. Ceux que lord Lennox a vus lui-mémedans lesprisons, ont le tort de ne pas aimer la régénération italienne. C'était donc pour les deux voyageurs une affaire de goût.
Rome , le 6 Mai 1865.
La Marmora 1 Ce&t une nombreuse p&renté, sans daute, mais par cette conduite ie3 Italiens ne montrent-ils pas qu'ils rejettent les rigueurs anciennes pour intraduire un droit nouveanî Tout bien examiné, ils sont humains ; iU ^'ont pas contiwé Vorgie de sang et de crimes, le degpatism^ de la hache de 4793. Les fusillades ne sont pas des noyades, et leâ relégués de Capraja, de Pantellerie et de Sardaigne ne peuvent tout m plus que mourir de faim*
Ne le^ a-*tK)n pa^i, du reate, mi^ à (a disposition des propriétaims de ces îles, oon^me on fait desi colis aux AntiUes? Le gouvernen^nt devait-il y î^m esouler te lait et le miel ? 0|i a taHJaurs eonsidéi^ l'esclavage ancien c(mme un progrès, parce Qu^on aurait pu tue les prisonniers. Or, c'est le même cas : on relègue pour ne pas lu* ailler, Certs^inemant le gouvernement italien n'a pas envoyé une cpamis^Qn d'enquête ehe?; les Iroquois pour y apprendre comment
m doit rôtir les captifs,
L^s çivilisatenra ont été de tout temps ffn^ndf amia de la mitiga«- Uon des peines et grands partisanst de Vabolition des supplices. Ils nnti en niiême t^n^ps, demandé qu'on bâtisse des prisons douces et même ol^rmantes, Qr> les pbiianthroipes italiens, qnefois mattres du panyoiri se sont ^n^itôt mis à To^uvre. Une prison italienne est désormais comme la piscine qui guérissait les lépreux et les paraly* tique^^ Il eat vrai qne, dans le royaume de Naples, gisent dans les prisons plus de trente mille détenus affamés, presque nus, sans distinction d'âge, de sei^e, de condition. Mais qu'y faire 9 C'est le
teinp3 senl qni a manqué.
Peut^on raisonnablement se plaindre de la mortalité des prisons^ comme si le typhus eût dû demander la permission d'y entrer f Les prisons de Potensa, de Salerne, de Gatanzare, de Gosenza ont été Htteintes de l'épidémie. Mais le gouvernement nVt«il pas accru le nombre des prisons ? La sollicitude gonvernementale est allée quelquefois jusqu'à métamorphoser en prisons les murs des tombeaux. On ei^agère, du reste, le nombre des victimes. Bn quatre ans, et sur <4Ç détenus pour le procès d'isernia, la mortalité n'a été que de oin« quante. S'ils sont restés enfermés longtemps, c'est que le temps a fait défaut au juge d'instruction ; on ne doit pas oublier, disent avec raison les unitaires, qu'ailleurs on envoyait les prisonniers à Técha** faud pour vider les prisons.
£t puis, les prisons napolitaines devaient produire ces résultats :
si Ton y meurt à présent de faim et de typhus, on n'y subit pas d'autres violences que celles des geôliers choisis parmi les camorristesy ou quelques coups de fusil des sentinelles lorsqu'on se montre à une fenêtre. Mais jadis, c'était, dit-on, la coiffe du silence et les plus funèbres instruments de la torture. Un réactionnaire répondra peutêtre qu'on n'a jamais su trouver, quelques recherches que l'on ait faites, ni ces instruments, ni un seul homme qui se soit dit torturé. Qu'importe I Si le fait n'existait pas, il fallait l'inventer. Dès-qu'il s'agit de la réalisation d'un grand dessein, le mensonge n'est qu'un moyen. Et le mensonge plaît tant à la crédulité humaine, qu'il serait vraiment dommage que cette coiffe du silence n'eût jamais été imaginée.
Avec un petit effort de bonne volonté l'on peut trouver encore que l'état présent des prisons napolitaines est tout simplement une continuation de l'ancien. Un illustre Anglais n'a-t-il pas, il y a quinze ans, révélé à l'Europe les horreurs des prisons napolitaines ? Et si un lord, un peu moins crédule, vient attester au Parlement anglais, sur sa parole d'honneur, ce qu'il a vu de ses propres yeux dans ces mêmes prisons sous le régime italien, ce ne sera pas un témoignage sérieux. Il y aura d'ailleurs et toujours une profonde différence. Ceux qui, ainsi qu'on l'avait assuré à M. Gladstone, gémissaient dans les cachots de la police napolitaine, voulaient régénérer leur patrie, et pour eux la barricade était un chemin. Ceux que lord Lennox a vus lui-mêmedans les prisons, ont le tort de ne pas aimer la régénération italienne. C'était donc pour les deux voyageurs une affaire de goût.
Rome , le 6 Mai 1865.
La Marmora ? C'est une nombreuse parenté, sans doute, mais par cette conduite las Italiens ne montrent-ils pas qu'ils rejettent les rigueurs anciennes pour introduire un droit nouveau? Tout bien examiné, ils sont linmains; ils^ n'ont pas continué Vorgie de sang et de crimes, le de^potism^ de la hache de 4793. L<ea fusillades ne ^nt pas des noyades, ^t les relégués de Capraja, de Pantellerie et de Sardaigne ne pçmv0nt tout an plus qne mourir de faim.
Ne le^ a-*tK)n papi, dn reate, mi^ à )a disposition des propriélaii'es de ces Ues, oommo on fait df^a colis aitx AntUles? Le gouvernement
devait-il y faire Ctouler le lait et le miel ? On a toujours oonsidéi^ l'eactavage ancien comme un progrès, parc^ qu^on aurait pu tue les prisonniers. Or, c'est le même cas : on relègue pour ne pas lu* alUôr. Certainemont le gonvernement italien n'a pas envoyé une cçaoamisaion d'enqnête çhe^ les Iroquois pour y appirendre comment m doit rôtir les paptifa,
^es çivilisatenr^ ont été de tout temps ^nda amis de la mittga«> Uon des peines et grands partisane 4e l'abolition des supplices. Ils nnt;^ en mém^ temp^^ demandé qn'on bâtisse des prisons douces et inémo charmantes. Or» les philanthropes italiens, qnefois mahres du ponvoir» ae sont an^itôt mis à Tc^uvre. Une prison italienne est désormais comme la piscine qui guérisaait les lépreux et les paraly«tiques^ Il ^at vrai que, dans le royaume de Naples, gisent dans les prisons plus de trente mille détenus affamés, presque nus, sans ^istinctiop d'âge, de se^e, de condition* Mais qu'y faire 9 C'est le
iemp3 seul qni a manqué.
Peut^on raisonnahlemont se plaindre de la mortalité des prison») CH^mme si le typhus eût dû demander la permission d'y entrer ? Les prisons de Poten^^a, de Salerne, de Catanzare, de Gosenza ont été iltteinteâ de l'épidémie. Mats le gouvernement n-a-t^I pas accru le nombre des prisons ? La sollicitude gouvernementale est allée quel* Quefois jusqu'à métamorphoser en prisons les murs des tombeaux. On e3(agère, du reste, le nombre des victimes. En quatre ans, et sur <46 détenus pour le procès d'isernia, la mortalité n'a été que de oin« quante. S'ils sont restés enfermés^ longtemps, c'est que le temps a fait défaut au juge d'instruction ; on ne doit pas oublier, disent avec raison les unitaires, qu'ailleurs on envoyait les prisonniers à réchâ<<> faud pour vider les prisons.
JËt puis^ les pri$ons napolitaines devaient produire ces résultats :
si l'on y meurt à présent de faim et de typhus, on n'y* subit pas d'autrès \iolences que celles des geôliers choisis parmi les camorristesj ou quelques coups de fusil des sentinelles lorsqu'on se montre à une fenêtre. Mais jadis, c'était, dit-on, la coi/fe du silence et les plus funèbres instruments de la torture. Un réactionnaire répondra peutêtre qu'on n'a jamais su trouver, quelques recherches que l'on ait faites, ni ces instruments, ni un seul homme qui se soit dit torturé. Qu'importe I Si le fait n'existait pas, il fallait l'inventer. Dès-qu'il s'agit de la réalisation d'un grand dessein, le mensonge n'est qu'un moyen. Et le mensonge plaittant à la crédulité humaine, qu'il serait vraiment dommage que cette coî/fe du silence n'eût jamais été imaginée.
Avec un petit effort de bonne volonté l'on peut trouver encore que l'état présent des prisons napolitaines est tout simplement une continuation de l'ancien. Un illustre Anglais n'a-t-il pas, il y a quinze ans, révélé à l'Europe les Horreurs des prisons napolitaines ? Et si un lord, un peu moins crédule, vient attester au Parlement anglais, sur sa parole d'honneur, ce qu'il a vu de ses propres yeux dans ces mêmes prisons sous le régime italien, ce ne sera pas un témoignage sérieux. Il y aura d'ailleurs et toujours une profonde différence. Ceux qui, ainsi qu'on l'avait assuré à M. Gladstone, gémissaient dans les cachots de la police napolitaine, voulaient régénérer leur patrie, et pour eux la barricade était un chemin. Ceux que lord Lennox a vus lui-mêmedans les prisons, ont le tort de ne pas aimer la régénération italienne. C'était donc pour les deux voyageurs une affaire de goût.
Home, le 6 Mai 1865.
si c'est pour cela qu'il demandait un remède, les unitaires l'ont trouvé. Du temps du Dante, on gouvernait en prenant pour règle ce que l'on croyait être le droit. Maintenant le gouvernement unitaire prend pour règle ce qu'il croit être une nécessité. Voilà la différence.
C'est cette nécessité que les Napolitains refusent de reconnaître ; obstination qu'il faut vaincre à tout prix. S'ils résistent encore, les unitaires auront bien le droit de faire un marchepied de cadavres et d'ossements à l'unité. Avec du temps, l'unité comblera l'abîme, son ombre même fera fleutrir les chemins; s'il y en a qui en doutent encore, ce sont des réactionnaires. Ils ne sont pas capables, ni dignes de sonder la profondeur de la politique italienne.
On a dit que c'est la politique de Machiavel. Mais Machiavel, s'il vivait, serait fort étonné, j'imagine, de l'honneur inattendu qui lui est fait. Elle est bien ancienne la politique qui, en faisant à l'humanité l'honneur de caresser ses vices et ses pencKants, teignait sa pourpre dans le sang. Mais cette politique horrible, quand il s'agissait des Césars, des Borgia, des Ezzelins, devient recommandable quand il s'agit des peuples qui se régénèrent. Aussi c'est une calomnie de dire que 1793, en usurpant le nom de liberté. Ta rendue pour longtemps impossible. C'est une calomnie de dire que la lutte qui se poursuit dans le midi de l'Italie est une lutte fratricide. Non, c'est la guerre servile. Ce n'est pas même Spartacus, Eunus, ou Athénien qu'on y détruit. La concorde viendra après. Le Parlement italien n'a-t-il pas proclamé la concorde, et n'a-t-il pas les carabiniers et la loi Pica pour l'atteindre ? Si Ton pousse le gouvernement italien, il n'a qu'à se modeler sur la Convention. Il trouvera là un exemple magnifique de ce que peut l'amour de l'unité et de la fraternité.
Mais quel que soit l'auteur de cette politique, Monsieur, qu'elle soit ancienne ou moderne, qu'elle régarde les peuples ou les princes, on y croit fermement. Tout ce qui prouve le contraire ne prouve rien. A Florence, on ne peut pas en douter. Si le monde croit voir'le chaos, ce chaos enfantera un monde. Et ils se montrent tous frais d'innocence et de foi naïve ceux qui en doutent. C'est l'assemblée parlementaire, miroir de justice, lis de candeur et océan de science qui le préconise. Elle réalisera pleinement la conception et le rêve des siècles. Un moulage en plâtre n'aurait pas plus de reUef.
Siles Napolitains, jadis, n'étaient pas fiers, l'Italie ne peut pas leur
permettre d'être arrogants. Tout au plus elle leur accordera d'être serviles. En attendant, pour qu'ils deviennent dignes de leurs nouvelles destinées, on les déracine. Naples, épousée du Piémont par procureur, en exécutera mieux les consignes d'allégresse publique. Elle va bientôt hurler de joie, quand on décrétera la joie. A présent on voit parfois la ville en fête. Il y a des affiches, des arcs , des autels de verdure, des statues en papier mâché, des fleurs, des oriflammes, des fenêtres pavoisées. C'est l'affaire et la gloire du Préfet. Mais d'ici à peu de temps, ce sera la ville en fièvre. Chaque personnage y trouvera les acclamations chaleureuses dont on a salué Garibaldi à Londres, et Blondin en Italie. Ce seront de véritables apothéoses. C'est alors qu'on pourra habiter Naples à son aise.
Que les Napolitains se soumettent donc à la destinée, et I^ destinée est la régénération de l'Italie dans l'unité. Qu'ils ne se bercent plus de l'espoir de lui échapper. On ne permettra pas qu'ils se dépouillent de leur robe virile pour retomber dans une seconde enfance. Les Italiens du V" siècle ont trouvé les Barbares, et les ergoteurs de Byzance ont trouvé les Turcs. Mais aujourd'hui il n'y a plus de Barbares devant le canon rayé, et les Turcs sont, eux aussi, occupés de leur régénération.
Rome, le 10 Juin 1865.
LFS SOUSCRIPTIONS