‹ Lettres d'un ministre émigréChapitre 37 sur 63 · PA1I · texte numérisé non relu

PA1I

Oh quantum est m rébus inane I Je vous le répéterais cent fois, moncherdeW.-.^ avec Perse, mais je dois vous avouer humblement que je n'ai jamais In Perse, pas même dans une traduction, et je ne sais où je viens de puiser cette érudition qui m'épouvante moi-même. Le ministre des finances italiennes chasse deux lièvres à la fois, et conséquemment il n'en attrapera aucun. M. de Rothschild, d'une part, et les divers groupes de banquiers, de l'autre, ont bien moins, paraît-il, le désir de faire un emprunt italien que celui de se contrecarrer. Et voilà H. Scialoja, se croyant plus fin qu'eux tous, qui vient se jeter au milieu. Il fatigue, il use le télégraphe pour annoncer la splendide situation de ses caisses. La Californie^ sana doute, en sera humiliée. L'or, en Italie, se remue à la peHe. C'est l'El-Dorado de Candide, et Je crois que M. Dumas rougira de hante d'avoir fait son Monte-Christo si gueux. Il n'y a pas vingt jours que M. Scialoja empruntait trente millions au taux de quinze pour cent avec garantie de fonds italiens à quarante. Et c'était bien à tort en vérité. Il vient de découvrir qu'après avoir fait face aux besoins de l'exercice, à toutes les dépenses de la guerre, aux quatrevingt-sept millions et demi de la Vénétie, aux cmX quatre-vingt millions de coupons et pensions diverses i payer au 1'^ janvier, il peut ouvrir son tiroir plein d'or et le earresser eoni|daisftmment de la main. Et ce sera une jouissance bien légitime, car il lui restera deux cent millioM d'éeus sonnants pour commeocer Texercice prochain.

Si vous en doutiez, vous auriez tort. Voyez ta souscription au syndicat formé par la Banque nationale d'Italie pour l'emprunt forcé !

Il est vrai'qu'il y a aussi des sceptiques qui ont eu l'impertinence de vouloir examiner la chose de plus près. Ils ont observé, ces jaloux de la grandeur de l'Italie, qu'il n'y a plus, dans la Péninsule, de ces papillons assez étourdis pour venir se brûler à la même chandelle. Donc la Banque a pris pour elle, et provisoirement, les trois cent cinquante millions de l'emprunt forcé, qui devient volontaire. Elle les prend à trente pour cent de perte, c'est^à dire à soixante-dix. Mais ce report est trop lourd pour elle seule. Elle invite les autres à participera ce sacrifice. La durée n'estquededeuxanset demi. Ils disent donc, ces opposants conspirateurs ou cesémigrés, que la Banque ne veut ainsi que déguiser le concours des billets émis qu'elle va prêter au gouvernement. Les institutions de crédit, banquiers, gros négociants, invités par le gouvernement à joiwcnVe, par uoe prestidigitation financière, ne verseront pas un centime. Ils donneront leur papier à la Banque pour payer leurs souscriptions, et moyennant ce papier, ils deviendront participants au syndicat, La Banque ne recevra donc que du papier, elle en créditera le montant, elle créera des assignats pour une somme équivalente et donnera ces assignats au ministre. Les souscripteurs ne courront aucun risque, parce que la Banque renouvellera l'escompte de leur papier. La Banque, elle aussi, ne court aucun risque parce qu'elle restera détentrice des titres jusqu'à leur résiliation pour vente. Ce n'est que l'Italie qui risque dans ce jeu. Car toute cette complication revient purement et simplement à créer une quantité d'assignats égale au chiffre de l'emprunt. Hais est-ce qu'un ministre doit s'arrêter devant cette considération ? Il n'est pas ministre pour rien.

Ce sont des mécontents qui débitent de ces balivernes, et je leur dirais : o miseras kominum mentes, o pectora cœca, si j'avais mieux '" Lucrèce que je n'ai lu Perse. A.U bout des deux ans et demi, que fera la Banque ? Elle doit ndre. A qui vendra-t-elle ? Que deviendront les participants au I de la liquidation du syndicat ? Ils n'auront que le choix ou de se nsformer en détenteurs définitifs, ou de perdre trente ou quaite pour cent, ce qui réprésente la différence entre le taux de ixante-dix et le cours présumé des fonds italiens. C'est de la

mauvaise foi politique, de la mauvaise foi financière, ou de la naïveté outre mesure. M. Scialoja veut-il, comme Tltalie jadis, fare da se, ou façonner l'opinion étrangère à l'idée d'un emprunt ? Ce qui est certain, c'est qu'il a frappé inutilement à la porte de divers banquiers. Si l'on a répandu le bruit d'un emprunt (auquel on doit arriver), c'est par le besoin de faire lever des primes vendues et de se débarrasser du ferme correspondant.

Rome, le 20 Octobre 1866.

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