‹ Lettres d'un ministre émigréChapitre 42 sur 63 · LA RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

LA RÉSURRECTION

LETTRE XLH.

A Memieur ***,

PAIII«-

1^8 }Um\^ contint eb^r. C'a»t votr^ Nontostquiaii, ja fmiêi gui r« di|, et l0 comte âa Cavaur ne fut qu'up plagUir^f N^ii» d# m^ jours combien coûtent-elles en Italie? L^UmUkCattolicgiy\SiU\ 49 PMblief un tableau ei^act 4ei dépensas et des emprunte fai|s par ritalie, et on se demande : qu*a-t-on fait dç tant d'arg^ut ? AU I U ne su£Qt pas de dire mauviris^ politique, tMwaiêes fiwnc^h Le baron Louis verrait quelque chose 4^ plus que la mauvaise politique dans les finances italiennes.

La Gazate offidelle de Florence vient de put^Uer récemment le^ chiffre^ des recettes douanières pour les trois premiers moi# de 1966» Le total de ces chiffres est de 4 3,323,907 francs. Il avait été| en 1 863, dans les trois mois correspondantSi de \ I ,S30;698 franca ; d'où \l ressortirait pour 1S66 une différence eu plus de 4,333|969 francs. Cette différence constituerait sans dpute un avantage direct pour le^ caisses de TÇtat* Mais de combien les préparatifs de l^ guerre n'ont-^ils paa augmenté, par exception, lea importations, et comUeji de numéraire n'est'^U pas sorti encore de l'Italie ¥ Le même avan? tage témoigue«t41 que le développement de la production a suivi 4'un pas égal l'accroissement des besoins ? Oui, il y a un million e% demi de différence ^n plus ; mais, jadis le port de Naples^ à lui aeul| donnait presque cent trente mille francs par jour.

On me communique cependant un document que le gouver'* nement de Florence se garder«:t bien de publier* C'est le laUeiui

des recettes pour le second semestre de Tannée 1864 et pour le premier de l'année de 1865. On y voit que le recouvrement des impôts n'a procuré, en moyenne, que 31 pour cent, et que le plus grand déficit est à la charge des provinces des Deux-Siciles. L'impôt sur la richesse mobilière n'a donné que de très-minces résultats, et le chiffre de 50 pour cent est encore au-dessous de la moyenne. On évalue à quatre-vingts millions les sommes qui sont à percevoir ; car il y a encore dix-huit mois, c'est-à-dire le second semestre 1861 et tout l'exercice 1866, sur lesquels oh n'a perçu que des petites sommes. Et les charges de la paix de Vienne et de la dette Vénitienne ? Et les frais de la guerre dont le chiffre est encore inconnu? En attendant, le ministre n'a pas un liard en caisse. Le fond du tableau n'est donc pas couleur de rose; on touche au quart d'heure de Rabelais.

Il peut bien advenir à l'unité italienne ce qui vient d'arriver à VÀffondatore. C'était un navire vicieux dans sa construction ; il a résisté aux combats et aux dangers de la haute mer, et il vient de sombrer dans le port.

Il en est de même de la cohésion de l'unité italienne ; elle n'existait que dans les journaux étrangers, qtfon a largement soudoyés. Jusqu'ici elle n'a résisté que par la violence même de sa situation* Mais la violence disparaissant, la dissolution suivra. Elle passera par la banqueroute, par l'anarchie, par Faction et la réaction ; elle passerait même par la Terreur, si l'Europe pouvait le lui permettre. Mais c'est déjà la politique de la révolution, moins le bonnet phrygien.

Vous ne pouvez vous imaginer quel est l'état moral avec cette situation financière du royaume italien. Le choléra, le typhus, les fièvres, font des ravages affreux. On les dissimule le plus possible; mais la vérité finit toujours par percer. Le papier monnaie a dérangé toutes les existences. Partout arrivent les volontaires garibaldiens* qui rentrent malades, déguenillés, mourants de faim. Le gouvernement les tiendra sous la surveillance pour les jeter dans les prisons à la première occasion. Le parti en est furieux. Il crie qu'on a fait passer Garibaldi par un second Aspromonte.

L'étatactueldes choses n'est déjà plus la guerre, mais n'est pas encore la paix. L'Italie a le plus grand intérêt à mettre fin à la situation précaire où elle se trouve . Les finances exigeraient d'im-

périeux ménafgemenls. C'est le retour à Tordre, à l'économie, au travail que l'Italie appelle de tous ses Tœux. Mais la révolution a d'autres aspirations. Elle a ses rancunes, ses préjugés et ses ambitions, et veut que l'on compte avec elle ; je ne crois pas que le gouvernement italien puisse se débarrasser encore de son alliée. Ce serait dangereux, car la révolution en est déjà aux regrets et aux menaces.

En attendant, les faits eux-mêmes ont leur langage, et il est des plus significatifs. Les correspondances des journaux étrangers parlent souvent des théâtres, du jardin d'hiver à Naples, de l'activité des transactions commerciales, de la satisfaction publique. Mais, l'hiver passé, il y a eu des malheureux qui sont morts littéralement de faim. Mourir de faim à Naples! Aussi y a-t-il un grand nombre d'ouvriers qui émigrent de Naples en Egypte, et de la Sicile à Tripoli et à Tunis. C'est précisément ce qui arrivait, il y a deux siècles, sous la domination espagnole.

Mais on a la liberté, et pour tous. Oui, pleine liberté aux brigands, aux voleurs, aux meurtriers. Pleine liberté aux fonctionnaires prévaricateurs, aux caissiers infidèles, aux receveurs qui préfèrent la fuite à l'honneur. Les caisses publiques pourvoient aux frais de voyage. Un général vient de quitter les Marches avec deux cent mille francs, qu'il a prélevés sur la caisse pour s'en aller en Amérique. Il compte peut-être y fonder une colonie qui n'empruntera rien aux Fouriéristes. Enfin, il y a pleine liberté de causer du scandale aussi bien que de mourir de faim.

C'est pour cela que le peuple, toujours malin, croit découvrir des vols dans tout ce qui arrive. Il a supposé, par exemple, que l'incendie des tribunaux, à Naples, a été allumé par quelque débiteur que l'on pressait de payer ses dettes. Les archives des coUocations, qui remontaient à 1836, ont été brûlées avec bien des dossiers et des procès criminels. Le peuple a supposé même, avec une criante injustice assurément, que le feu avait été mis à l'arsenal de marine pour s'épargner l'ennui de rendre des comptes. Le bureau qui en contenait les documents a été le premier incendié. Et vraiment que de temps n'a-t-on pas ainsi économisé !

Rome , le 24 Octobre 1866.

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