‹ Lettres d'un ministre émigréChapitre 49 sur 63 · LES ARTS · texte numérisé non relu

LES ARTS

LETTRE L

A Madame la Marquise S***,

il R Lin.

Tout est solidaire, Madame la Marquise, dans la littérature et dans les arts. Le même mouvement qui domine Tune s^empare aussi des autres. L'association des beaux-arts avec les lettres, au XVP et au XVIP siècles, prouve l'influence que les lettres exercen toujours et spécialement sur les arts du dessin. Les grands artistes italiens furent de véritables poètes qui se servirent du marbre et des couleurs pour exprimer la plus haute pensée. Le goût et la nature n'avaient pas été leurs seuls maîtres. Michel- Ange sacrifiait aux muses ; Benvenuto Cellini est un écrivain d'une remarquable pureté; LéAnard de Vinci un savant supérieur de beaucoup à son siècle.

Sous la Restauration, à Naples, les arts eurent une physionomie et un caractère réel qui les rendirent plus intelligibles et plus populaires. On parut aussi pénétré de cette vérité, résultat de la littérature du temps, que l'art n'est qu'un noble langage qui transmet les oracles, et qu'il est pour l'artiste une partie de sa morale. C'était l'influence avouée des lettres qui se faisait sentir. Et il est remarquable que plusieurs des artistes de ce temps méritèrent aussi d'être comptés parmi les poètes. Ils eurent l'inspiration qui est la première source, des beaux-arts. On préférait la nouveauté simple et belle à la nouveauté outrée et bizarre. Le dessin, qui sera toujours l'élément le plus important de la peinture, devint plus élégant et plus correct. Dans la sculpture on ne voulait imiter que

cet art grec tel qu'il triomphe encore sur les marbres du Panthéon.

Et c^est dans ce même temps que la poésie s'efforçait de ressusciter ce théâtre et ce style hellénique qui enveloppe comme d'une vapeur divine le moindre fragment de l'art grec.

Le gouvernement, depuis 1831, encouragea les arts, et ce fut à ses soins éclairés qu'on dut d'avoir mis au jour l'amphithéâtre de Pouzzoles et celui de Capoue, un quatrième temple à Pœstum, et des édifices à Pompéï et à Herculanum. On fut redevable encore au gouvernement des progrés de l'Institut des Beaux- Arts, du Pensionnat de Rome, des expositions annuelles et de la fondation d'une École de gravure qui forma des élèves estimés. C'est à Naples que l'infant Don Sébastien vint chercher son inspiration d'artiste. Un autre Prince de la maison royale voulut s'initier dans l'art de Michel- Ange et de Canova. On ne connut de vraie peinture et de vraie sculpture que celle qui reproduisait la réalité, mais en lui prêtan une forme idéale. C'était une idée inhérente à la nature du sol et à la transparence éclatante de l'atmosphère de Naples. Les artistes s'étaient identifiés avec le pays.

Rome, le 18 Juin 1868.

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