‹ Lettres d'un ministre émigréChapitre 55 sur 63 · LETTRE LVI · texte numérisé non relu

LETTRE LVI

. A Monseigneur G^*,

La fétôliltlôii itâliëiiiié, ttoïiâéigflêflr, it'atîrâlt pâ^ téhmté'i& concotifs du Clergé, quoiqu'elle eût mis volontiers là sciende de la natute éft le Ctilte de l'humanité à la plaCéf de la fol religieuséf. Elle se plairait à faire de l'ordréf humain suivant i^à fâhtaiâieî, scf livrant aui hasards des événements et coifrant atlx dictâthres, dâné léâquélleg seulement elle peut trotiver un certain calmé. Mais elle

comprend, sans le dire, que Tesprit scientifique h'â fait d ïiéf fefti jamais rieii qui approché de l'action imméfnsé de V Église. Ainsi, tout en né croyant qu'à la force matérlelléf, elle prote'gérâit bien, aujourd'hui encore, la religion, à la condition dé S^é« faire mt auxiliaire, un Bouclier, un instrument de police. Uûè au milied fléil sCândâlôtises trahisons de l'époque, l'épiscopat italien échappait à Cette honte. Il n'Jr éUt qu'une seule exception, et Cet étèqtté devait bièntét eij)irer dans les convulsions de l'apostasie.

L'ustirpâtion d'utt royaume doit être tonjours m fait défê^fâblé,

un crime énorme pour l'Église et le clergé. L'Église n'et! Conçoit pas même la possibilité, quoique l'Éuropé en présenté depuis longtemps bien des exemples, il était doflC impossible que \i révôfutîôA gardât lotttémps Une conduite modérée envers cette religion , gar-=f dienné des droits et des devoirs.

Ne pouvant avoir l'Eglise et le cierge pour complice, le gouvernement italien se décida a les subjuguer, et, s'il le pouvait, à les détruire. 11 voulait affirmer la force, la puissance et la sagesse des in-

stitutions du nouveau royaume. C'est de la crainte que naquit la conjuration antichrétienne. Il fallait intimider cette classe rebelle qu'on ne pouvait prendre par îa douceur. Il fallait punir les prêtres de leur fidélité au chef de V Église. Mais pour isoler le clergé , on commença par ébranler dans le peuple les croyances religieuses. On jura d'arracher les générations nouvelles aux lois de l'Evangile et de soulever toutes les passions populaires pour soutenir les desseins de la révolution.

Une presse corruptrice se chargea de cette œuvre ; ce fut dès lors une hostilité implacable contre l'esprit et l'influence catholique. La presse accusa, calomnia, persifla. Mais on n'avait pas fait autre chose depuis Celse et Fronton, Plotin et Porphyre, jusqu'à Voltaire et à Renan. Et dans cette guerre, les modernes ne sont pas les plus savants, mais bien les plus ridicules. Cependant qu'importe au gouvernement si la sottise déborde, si elle lui vient en aide. Du moment où il convoitait Rome, il voulait faire oublier que c'est l'Église qui affranchit les peuples de l'omnipotence des Césars. La presse italienne n'était pas de force ; elle suppléa à l'habileté par l'acharnement; elle ne cessa d'accuser, de noircir, de calomnier le gouvernement, et cent journaux en Europe la secondèrent. On voulait à tout prix ébranler et renverser ce trône qui est la pierre angulaire de l'ordre sur la terre.

Le Pape ne fut plus le gardien de la justice; la vocation monastique ne fut plus qu'une absurdité, les cloîtres des bagnes, les monastères des lupanars. On imprima les confessions de certaine dame qui crut amnistier le scandale de sa vie en favorisant le cours de la sottise et delà haine. Personne^ dans les rangs de cette conspiration, ne voulut se dire que l'erreur peut détruire, mais jamais réédifier. La foi du peuple ne fut pas cependant ébranlée, mais le gouvernement italien parut triompher, en restant seul debout au milieu de la foule prosternée.

Aux périls que court la société chrétienne, âme de toute civilisation, on oppose partout en Europe une lutte glorieuse. De grands talents et de grands courages sont toujours prêts à aflirmer la vérité et à combattre l'erreur. Mais en Italie les livres et les journaux qui battaient en brèche le catholicisme ne pouvaient pas être réfutés sans danger, dans les premières années de l'ère révolutionnaire. Ainsi la foi religieuse fut attaquée et persécutée dans le royaume des

Deux-Sicile$ , comme le dévouement était conspué et menacé. Sans les complaisances du pouvoir le mal aurait été entravé dans ses desseins, et contraint de s'arrêter. Il ne manque pas à présent, il est vrai, de courageux écrits, de nobles paroles et de hautes idées. Il y eut toujours des défenseurs ardents de la cause de la religion, aussi dévoués à Dieu qu' à la liberté et à la patrie. Mais partout, hors de Turin, c'était au risque de la prison et de la vie. Les catholiques n'avaient qu'à élever leurs yeux vers Dieu, dont la justice a des arrêts bien différents de ceux des hommes. Mais à présent on ne s'efforce plus d'étouffer leur voix : on se croit assuré du triomphe. Et même dans le Parlement on tolère que MM. Cantù, d'Ondes, Castagneto , Ghilini et le comte Crotti déploient à la tribune une raison profonde, la logique, la passion, l'éloquence.

Le gouvernement italien s'est, depuis neuf ans, piqué d'émulation avec ce monde païen si dur, si inttdérant, si injuste et si atroce pour la foi naissante. Et cela, malgré le Statut piémontais qui déclare la religion catholique religion de l'Etat, et avec l'hypocrisie qui feint d'assurer à tous les cultes la plus entière liberté. Dans un pays régénéré, on ne pouvait laisser penser en liberté des hommes qui n'aimaient pas la régénération. Quand même le clergé eût consenti à sç taire, on ne devait pas le supporter. Le gouvernement, par tous les moyens, devint donc agressif. C'est l'habitude de tous ceux qui ont tort. Il croyait ne pouvoir proclamer l'Italie vraiment régénérée, que lorsqu'elle serait devenue la nourrice des apostats. Ce dessein persévérant fit glorifier les prêtres renégats ; on eut pour eux des couronnes civiques. La loi du mariage civil vint ébranler le fondement le plus solide de l'ordre politique, la sainteté et la pureté des liens de la famille ; le mariage des prêtres y est formellement reconnu. Les tribunaux, après quelque hésitation, se sont hâtés de le déclarer. La validité légale est enlevée aux vœux solennels.

On ne s'étonne de rien. L'empire de Byzance, en effet, n'eut-il pas des prêtres de cour comme des eunuques ? Que l'on soit athée, panthéiste, déiste, sceptique, qu'importe ? Pourvu qu'on ne soit pas catholique, on a droit à la bienveillance et à la protection du gouvernement. Il doit venir à Rome. Pourquoi un Photius italien ne se lèverait-il pas? Henri VIII est tout prêt à devenir pape; pourquoi aussi ne préconiserait-on pas des évêques comme EJlisabeth ? Le

cjK^fiisme, nprè^ (|u'oii « ti^mé la di«ooi4@ pour amver à rAftareUa, i|B siérait p^s mal k TlUlie régéû4rae. Mors h pouvoir politiqud parlôrait saul 011^ consciences,

On ^'effpfQ^, Monseigneur, par tom les moyen», de répindre et 4'ftutpripeF (;e3 habitudes de discipline que le matérialisme contem><^ poralft tient à établir, Cepand^ut on croit $q couvrir, par instants, d'un ffî4§quQ troué. Et u'ayant pas craint de mentir, comme on n'a pas çraiut de corrompre et d'opprimer, on affiche une hypocrisie pire gue la fpli^. On feint des airs de religion qui grimacent sous le vo}l§. Oo a y», dftos lep premières années de l'unité, le roi et M. Ra-» t^pi s'agenouiller d'un air contrit devant les reliques de saint Jan^ viePi k Naplôs. Cependant, lorsqu'ils se faisaient bénir, ils avaient le petit mot pour rire 1 1@ peuple aussi riait ; ear perséçutm» et spolier, eu ftissnt d§s signes de orgi^, cela lui semblait ignoble. Un peuple par4pnRe I m adorateur de la force, mais il méprise Judas couvert de la rpjbe des apptrefii l\ balt cette piété hypocrite qui tâche de couvrir la luxure et la cruauté eyuique, lies vices des Césars non h^p^sés étaient couverts par la tôrreur» Us n'allaient pas s'agenouiller daus les cataçomh§P> !

RoxB,le Sû Mai 1069.

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