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Pendant que je l’écris, le soleil frappe le.
clocher qui s’encadre dans un arbre encore sombre près de moi, tandis qu'au loin, pardessus les derniers mamelons, les derniers soubresauts de terrain, la plaine commence à révéler dans l'or rose ses détails précieux.
17 novembre, 11 heures,
» — 11 heures. Le temps splendide est la grande consolation pour moi. Je vis un peu comme si J'étais un malade qu'on envoie dans un pays magnifique mais que la cure astreint à des occu-
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arrivent à se lancer des projectiles à la main tu | :
où je suis avec toi, el où je goûte la splendeur |
ie de givre, une blancheur uniforme sur
pations ingrates el faligantes. En somme, entre Ç Leysin et ma tranchée actuelle, il n'y a que le :
développement du point d'interrogation. Tou- | jours rien de nouveau à notre compet seul
le 13 octobre. * 10 La forme de guerre actuelle est bizarre. C’ el celle de voisins en mauvais termes. Songe que. certaines tranchées sont à peine séparées de « l'ennemi de 100 mètres, et que les combattants 4
vois que les voisins usent de procédés violents. Pour moi, je n'ai de vie propre qu'au moment 4
de l’entourage. j Au milieu des conversations, je parviens à.
conserver la sensation de solitude de pensée |
qui 1 m'est nécessaire. )
“ 14 18 novembre. 4
Ce matin, le jour nous a montré la campagne
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un abri chauffé et j'aurais pu y rester, grâce à la bienveillance des chefs, mais je suis bête et timide et j'ai rejoint les camarades de 1 heure à 4h. 1/2.
Chose curieuse, nous supportons admirablement le froid : un vêtement admirable que presque tous nous possédons, c'est un sac de farine qui peut se mettre selon l'occurence comme petit collet-pélerine, et comme sac pour les pieds. Dans les deux cas, excellent conservateur de la chaleur.
11 heures.
Pour l'instant, j'ai à la mémoire un joli air d'Haendel, si touchant. Aussi, un allegro de nos concerts d'orgue à quatre mains : une musique joyeuse, brillante, débordante d'activité. Cher Haendel! Il me console souvent.
Beethoven me revient rarement à la mémoire, mais quand sa musique s'éveille en moi, elle touche à quelque chose de si capital que c’est, chaque fois, comme une main écartant des voiles devant la Création. |
Pauvres chers grands maîtres! Leur fera-t-on un crime d’être Allemands? Et Schumann, comment l’associer à un barbare?
Re" aies
Hier notre campagne évoquait ce que tu me jouais, il y a dix ans, de {’Or du Rhin : « libre étendue sur la hauteur ». Mais ce que notre
spectacle français avait de supérieur à la belle
musique de ce vilain homme, c'était l’assise, la
limpidité, la conscience. Oui, notre étendue française n'avait rien de trouble. |
Pour Wagner, si belle que soit sa musique, si
incontestable et séducteur que soit son génie, je crois que d’être privé de l'entendre suppri-
merait quelque chose de moins substantiel pour. le génie français que si l’on s’en prenait aux
grands classiques, ses compatriotes.
Je puiste le dire sincèrement, jamais dansles
instants où l’idée du retour possible me vient, jamais le côté petit confort, petit bien-être, ne me préoccupe. C’est quelque chose de plus haut | et noble qui vient m'orienter vers cette forme d'espérance. Puis-je dire que c'est même autre chose que la joie immense de nous revoir ? C’est plutôt l'espérance de reprendre notre effort commun, notre association, dont le but estun développement de notre âme et sa plus grande utilisation sur la terre. not
PASS Ne AM 19 novembre, au matin.
f Bien chère maman,
Aujourd'hui, j'ai été réveillé à l'aurore par une canonade violente et inusitée à cette heure
du jour. À ce moment, des camarades reve-
naient glacés par une nuit de tranchée. Je me suis lévé pour leur chercher du bois, alors que, sur le versant opposé de la vallée, la fusillade éclatait très nourrie. Je suis monté au plus haut que j'ai pu, et je voyais dans le ciel très pur le soleil s’annoncer.
. Tout à coup, de la butte en face (une de ces collines que j'aime tant), j’ai entendu venir des clameurs, des hurlements : Æ£n avant! En avant ! C'était une charge à la baïonnette. C’est la première à laquelle il me soit donné d'assister, non pas que j'aie rien vu; l’heure encore obscure et probablement la disposition du terrain s'y opposait. Mais ce que j'entendais suffisait à donner la sensation de l'attaque.
Jusqu'à présent, je n’avais pu imaginer que la guerre anonyme, qui veut une forme de courage très différente de la valeur guerrière traditionnellement conçue par le civil. Et voici que le vacarme de ce malin me rappelle, au milieu
de mon calme, que des hommes jeunes et sans motif personnel de haine peuvent et doivent se précipiter sur des gens qu les attendent pour les tuer.
Mais le soleil se levait sur la terre de mon pays. Il m'éclairait la vallée, et de ma hauteur je distinguais deux villages, deux ruines dont j'avais vu l’une flamber trois nuits durant. Près
de moi, deux croix de bois blanc... Le sang fran-
çais coule en 1914...
Du 20 novembre $
Pour l'instant, de la fenêtre près de laquelle je t’écris, je vois le soleil qui se lève. Il traverse le givre et je devine la belle campagne qui tolère tant d’horreurs. 1] paraît que cette charge à la baïonnette que j'ai entendue hier a fait de nombreuses victimes. Entre autres, on estsans nouvelles de deux sections durégiment quifait brigade avec nous. Pendant que d’autres accomplissaient leur destinée, j'étais au faîte de la plus belle colline (fort exposée, d’ailleurs, en d’autres mo-
| ments). Je voyais le lever du jour; j'étais plein
d'émotion devant la paix naturelle, et j'appréciais la proportion entre la mesquinerie de la violence humaine et la majesté environnante.
Si AU
Cette période pénible pour toi, qui s'étend du 9 septembre au 13 octobre, correspond . exactement à la première phase de la guerre pour moi. Le 9 septembre j’arrivais, je débarquais du train devant la terrible bataille de la Marne qui se déroulait à trente-cinq kilomètres. Le 12, je rejoignais le 106°, et depuis, je partage l’existence des combattants. Or, comme je te l'ai écrit, le 13 octobre, nous quittions des bois
magnifiques où l'artillerie et l'infanterie enne- . mies nous ont causé beaucoup de dégâts, notamment le 3. Notre petite communauté a perdu, ce jour là, un cœur d’or, un garçon exquis, devenu trop bon pour vivre. Le 4, un excellent cama- . rade, un architecte de l’école, a été blessé assez . gravement au bras, mais, depuis, les nouvelles . qu'il nous a données sont bonnes. Donc jusqu’au 13, jour terrible, nous avons vécu des moments très durs, d'autant plus que le danger très réel . s’aggravait de l’impression d’étouffement et d'inconnu qui nous enserrait dans ces bois, admi- . rables en tout autre moment.
L'important est de ne pas perdre de vue la
gravité de chaque instant présent. Le problème
. est d’une donnée toute particulière. D’une part . la grâce providentielle d’une immunité complète
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jusqu’à ce jour. D'autre part la persistance intégrale de l’aléa dans le futur. C'est là où notre désir de bien faire doit agir sur l'instant présent. Nulle interrogation de l'avenir ne peut nous satisfaire, mais je crois que tout effort exercé sur le présent a son résultat. C’est une … lutte héroïque à soutenir, mais ne comptons pas que sur nous; sachons qu'il est une autre * force, et combien plus puissante que nos moyens humains.
21 novembre.
Aujourd’hui, vie bourgeoise et presque trop confortable. Le froid nous fait rester chez l’ex- | ‘traordinaire femme qui nous héberge, à chacun .
de nos séjours dans le village où nous cantonnons trois Jours sur neuf.
Je ne t’entretiendrai donc pas de la jolie vue : que j'ai de la fenêtre où je t'écris, mais je puis te parler de l'intérieur qui abrite des portions de notre existence. Nous vivons le jour en deux * chambres séparées par une cloison vitrée, et, d'une pièce à l’autre, nous pouvons admirer . soit le beau feu et la vaste cheminée, soit la ! . magnifique armoire et les lits meusiens aux beaux cuivres anciens. Toute cette vie délicate !
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de deux vieilles femmes (la mère, âge 87 ans, et la fille) est bouleversée par la rudesse, la brutalité, le bon cœur et la générosité du soldat. Elles acceptent et se dévouent.
Pour Spinoza dont tu possèdes l'âme par avance, je crois que tu peux immédiatement sauter aux derniers théorèmes. Tu en auras sûrement la compréhension intuitive quand il parle du repos de l'âme. Oui, il est des instants trop rares pour nous qui sommes faibles, mais ils suffisent et nous distinguons alors en nous à travers les heurts et les cahots de notre pauvre humanité, certaine tendance à du permanent, à du définitif, et nous reconnaissons l’admirable patrimoine de divin dont nous sommes dépositaires.
Chère Mère, quelle bonne journée je viens de passer avec toi.
Nous étions trois : nous deux et le joli paysage de ma fenêtre.
L'hiver, vu d'ici, donne une image ouatée et assourdie des choses. Deux nuages, brumes plutôt, enveloppent mon coteau voisin sans alourdir le dessin des arbustes sur la crête; le
ciel est légèrement vert. Tout est tamisé. Tout
s'endort. Maintenant, c’est le moment des atta-
ques de nuit, des hurlements de la charge, des
veilles dans les tranchées. Que nos vœux de
chaque instant demandent la fin de cet état de
chose. Que nous souhaitions le repos pour tous,
une satisfaction énorme, une compensation à
toute douleur, souffrance, à toute séparation. Ton fils.
Dimanche 22 novembre, à 9 h. 1/2,
De ma place favorite, je t'écris, ce matin,
sans que, depuis hier au soir, aucun événement
vaille la peine d’être signalé, — sauf, peut-être, les mille riens changeants du paysage. Je me suis levé en même temps que le soleil, dont maintenant l'argent inonde l’espace. Le froid est toujours vif, mais la coalition des lainages en a raison dans les nuits du cantonnement.
Voici les seules choses que je dise : demain nous partirons pour nos tranchées de deuxième ligne, dans les bois maintenant squelettiques et monotones. C'est peut-être, de nos trois emplacements, celui que j'aime le moins, car le ciel est exilé derrière de hautes branches. C’est
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plutôt un paysage pour R..., mais plat et gâté par le genre d'existence qu’on y mène.
Dans notre région, les hostilités paraissent reprendre avec une certaine effervescence. Ce matin, nous entendons une fusillade violente, chose extrêmement rare en cette forme actuelle de la guerre, qui consiste principalement en attaques de nuit, alors que le jour est presque réservé aux bombardements d'artillerie.
Chère mère, mettons notre espérance dans la force d'âme que demandera chaque heure, chaque minute...
… Oui, j'ai du plaisir à te parler de ma vie; elle est belle en bien des points. Souvent, le soir, quand je me trouve sur la route où mon petit emploi me conduit et que je parcours seul, je suis pleinement heureux de communier avec cette noble nature, avec ce ciel aux dessins si harmonieux d'étoiles, avec les courbes si amples el gracieuses de ces. collines; et malgré qu’en cet instant le risque soit toujours présent, Je pense que, non seulement ton courage, ton sentiment de l'éternel, mais aussi ton amour pour moi m'approuveront de ne pas m'arrêter constamment à l’interrogatoire de l'énigme.
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Ainsi ma vie actuelle comporte quelques,
points culminants de sensations qui échappent
à toute relation de durée, de persistance. Ce. sont, par exemple, un beau feuillage, une aurore,
un paysage délicat, une lune émouvante. Tou-.
tes choses dont à la fois l'éphémère et la.
pérennité isolent le cœur humain et le ravissent à toutes les préoccupations qui, en ces temps, nous conduiraient soit à une inquiétude désespérée, soit à un matérialisme abject, soit encore!
à un optimisme que je veux, moi, remplacer par. une espérance très haute qui nous est commune, |
et qui ne repose point sur les faits humains.
Toute ma tendresse et mon affection cons-.
tante pour grand'mère; pour vous courage,
sérénité, acceptation totale, sans, pour cela, .
aucun renoncement.
23 novembre.
Chère Maman,
Nous voici arrivés dans nos abris de deuxième
ligne. Nous logeons en des cabanes de terre.
où le feu nous enfume autant qu’il nous chauffe.t
Le temps qui, dans la nuit, s'était couvert, nous!
a donné une jolie matinée rose et bleue. Malheu-*
CAEN à: QAR
reusement les bois me parlent moins que les merveilleux espaces de nos premières lignes.
Tout est beau quand même ici.
Ma journée d'hier s'est composée du bonheur de t'écrire; je suis entré à l’église du village sans être poussé par aucune sensibilité romanesque n1 désir de réconfort extérieur. Ma con- ception de l'harmonie divine n'avait besoin d’être étayée par aucun formalisme, aucun symbolisme populaire.
Ensuite j'ai eu le grand bonheur d’accompagner une voiture dans la campagne environnante. Ah! le merveilleux paysage d’une couleur savoureuse toujours dans les- roses et les bleus atténués par la brume. Toute cette délicatesse lumineuse et somptueuse trouvait des points d'appui dans la vigueur des taches que faisaient les personnages disséminés dans l'étendue. Mon paysage, habituellement primitif ‘dans sa précision, prenait une subtibilité de nuances, une richesse de variations essentielle- *ment modernes.
Un moment J'évoquais nos si intellectuelles banlieues de Paris avec leurs infinies notations: et leurs registres assourdis. Mais ici il y a plus de candeur et plus de franchise. Ici tout était
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simplement du rose et Dita S appuyant sur un. beau sol gris. U
Mon voiturier se trouvant en difficulté avec. son cheval m'a confié une baguette pour taper. sur la bête : je devais avoir l'air d’un Jouet. mécanique.
Nous passions devant ces calvaires qui gardent les villages meusiens, quelques arbres entourant la croix.
F, ; | 24 novembre, 15 h. 1/2, retour de marche. } L:
Je viens de recevoir une lettre du 16 et une | carte, et une chère lettre du 18. Ces deux der- | nières mapprennent l’arrivée de mon envoi.
Combien j'en suis heureux! Un moment je me « suis demandé si J'aurais dû t’envoyer ces impres- 4 sions, mais entre nous la vie n’a jamais été et N ne pourra jamais être autre chose qu’une perpétuelle investigation dans la région des vérités w éternelles, qu'une fervente attention à ce que. chaque spectacle terrestre en présente. Done, je. ne regrette pas l'envoi de ces petites notes. 1 Les souffrances les plus vives pour moi ont. | été celles des jours de pluie, en cr | Elles ont d’ailleurs laissé un cruel souvenir a Ë
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tous. Nous dormions enlacés, visage contre visage, mains croisées, dans un déluge d’eau et de boue. Jamais on n'aurait pu s’imaginer notre
. désespérance.
Pour comble, après ces affreuses heures, on
. nous annonce que l’ennemi braque des mitrail-
leuses sur nous, et qu'il nous faudra l'attaquer. | | Sur ces entrefaites, on est vénu nous remplacer, et la détente a été forte.
” Quant à ma pièce de vers inachevée « Soleil si pâle... », etc., elle se rapporte aux Journées des 11, 12 et 13 octobre, et d’une manière géné- -rale, à la période de bataille dans les bois qui dura pour notre régiment du 22 septembre au : 13 octobre. Certaines aurores sur les victimes - m'ont frappé.
Depuis, je n'ai rien écrit, si ce n’est une “prière que je l'ai envoyée il y a cinq ou six jours. Je l'ai composée sur cette route que j'avais à . parcourir.
25 novembre, au matin.
. Hier, au cours de cette marche, j'ai vécu 4 un tableau de mes primitifs aimés. A Îa sortie des bois, alors que nous descendions le
long d'une route, nous avions auprès de nous 1 une vaste ferme-château, empanachée d'un bou- | quet d'arbres déplumés, auprès d'une mare gelée.
Puis, dans la perspective plafonnante dont À mes chers peintres usaient si habilement avec. leur air naïf, une route, déroulant ses sinuosités,. à ses pentes et ses montées, reliait des buissons, ! des arbres isolés : tout cela précis, fin, gravé, | et pourtant attendri. Un petit pont passait sur un ruisseau, un cavalier passait près du petit : pont, méticuleusement silhouetté, et puis une | pelite voiture : équilibre délicat de valeurs dis- . crètes et pourtant soutenues, — tout ceci devant. un horizon de bois nobles. Le temps gris, qui 1 supprimait la féerie toute moderne des nuances | de dimanche dernier, me ramenant à cette cons-. cience incisive qui émeut dans un Breughel et les autres maîtres dont les noms m ‘échappent. | Telle, aussi, la profusion ordonnée et limpide | - des arrière-plans d'Albert Dürer. 4
26 novembre.
Chérie mère, je ne suis pas arrivé à terminer celte lettre hier. Nous avons été fort occupés.
Aujourd’hui 1l fait nuit encore. De ma tanière, où je viens d'arriver en première ligne, je t’en- * voie mon profond amour et l'expression du grand bonheur que j'ai. Je sens mon œuvre qui se forme “en moi. Qu'importe si la Providence ne m’accorde pas de lui donner le jour? J’ai la ferme espérance, mais surtout j'ai confiance en la justice éternelle, quelque surprise qu'elle cause à . l’humaine idée que nous en avons...
28 novembre.
L'emplacement que nous occupons nous conduit à 45 mètres de l’ennemi. L’aspect des travaux d'approche est curieux et, même, atteint au pittoresque par un caractère âpre, qui renforce le temps gris.
Quand, après avoir déjoué nuitamment la vigi-
lance de l'ennemi, nos troupes, venant de la vallée, atteignent la mi-hauteur dont les pentes nous protègent contre le feu d'infanterie, elles rencontrent des abris creusés à flanc de coteau, terriers où les fractions qui ne sont pas de garde peuvent trouver du sommeil et la chaleur d'un foyer improvisé. Puis, plus tard, à l'endroit où, précisément, le paysage devient magnifique de.
liberté, d’étendue et de lumière, commence le sillon sinueux que l’on appelle boyau de com-« munication, et dans lequel on s’enfonce. Ainsi É dissimulé, on arrive à la tranchée, et c'est vrai- L ment un tableau guerrier, sévère et non point . sans grandeur que ce haut couloir dont un ciel gris forme le plafond, et dont les pannelages de w
terre sont recouverts de neige récente. Ici sta-
tionnent les dernières unités d'infanterie ; uni-
tés de faible effectif généralement. L’ennemi.
itè
n’est déjà plus qu’à moins de cent mètres. De là w
profond, et où je ressens cette émotion que j'ai.
continue le boyau, de plus en plus sinueux et |
toujours sentie au contact de la terre fraîchement remuée. La sape fraîche des travaux de terrassement soulève en moi quelque chose : c’est
comme si les énergies de celte terre éventrée | me gagnaient et me racontaient l’histoire de la ?
VIe.
Dans ces gorges deux ou trois sapeurs du:
génie travaillent, prolongent et creusent, surveillés par les Allémands qui, de place en place,
we \$
peuvent atteindre des points insuffisamment pro- . tégés. C'est à cette extrémité que le dernier fan- \
. tassin prend la faction ‘une quarantaine de - mètres). |
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