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26 février, par un splendide après-midi.
Chère Mère, nous voici de nouveau sur le champ de bataille. Nous avons gravi les hauteurs sur lesquelles 1l siérait mieux de contempler la gloire de Dieu que de réprouver les horreurs humaines. Les cadavres innombrables au début, disparaissent peu à peu et de rares malheureux couleur de terre suscitent de temps à autres une pénible rencontre.
Les pertes sont ce que l’on appelle sérieuses dans les communiqués.
Au moins pourrai-je te dire que nos soldats sont admirables de résignation héroïque. Tous déplorent cette guerre infâme, mais la plupart éprouvent que l'acceptation d’un devoir horrible est la seule chose qui puisse excuser en ce moment l'affreuse nécessité d'être un homme.
Chère Mère, je ne puis terminer.
Maintenant la plaine s’endort dans le mauve et le rose. Comment se peut-il qu'il y ait de l'horreur à tel point |
28 février, en cantonnement.
Chère mère aimée et chère grand’mère aimée, je vous écris sortant du plus formidable cauchemar et venant de vivre des heures dantesques.
LUSR
Ce que Gustave Doré eut l’audace d’entrevoir à travers le texte de la Divine Comédie a été réa-
lisé avec ce que la réalité peut aceumuler de plus varié. |
Au milieu des fatigues dont l'avantage est d’insensibiliser, j'ai pu goûter ce que nos tourments avaient de profitable.
Le 24 au soir, nous retournions à nos empla-
cements d'où l’on avait déjà tenté de faire disparaître le plus immonde. Seulsrestaient encore, de place en place, des débris humains qui épousaient déjà l'apparence de [a terre à laquelle ils retournalent.
Le temps était beau et froid, et la hodiene que nous avions conquise nous plaçait en plein ciel : les immensités n'étaient que lueurs. Celle d'en haut, brillante d’astres; celle d'en bas, rouge d'incendie : l’affreux bombardement dont les Allemands nous accablent gaspillait ses feux d'arlifice.
J'étais couché dans une excavation d’où je sui-
vais la lune, et je guettais le matin. Parfois un
obus éboulait la terre sur moiet m'assourdissait,
puis le calme retombait sur la terre gelée. J'ai
payé cher, mais j'ai eu des instants de la soltude pleine de Dieu.