‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 12 sur 36 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

Octrois. ■'— -Quo usque tandem!,,, — Odyssée cl*un lièvre. Méfaits plus graves des octrob.

Lorsqu'ils viennent en Amérique, les Français se plaigrient volontiers de la douane américaine, et cependant cette opération pour ceux qui ne cherchent pas à frauder le Trésor est accomplie en peu de temps, une heure en moyenne. Le voyageur peut ensuite circuler à travers quarante-neuf Etats, parcourir des milliers de milles, sans jamais apercevoir un douanier.

A quelle perte de temps, d'argent et de main-d'œuvre la perception des^mpôts aux portes des villes de France ne donne-t-elle pas lieu !

J'ai habité longtemps NeuîUy-sur-Seine.

Quatre et six fois par joup j'ai dû arrêter l'automobile à l'octroi pour faire mesiurer l'essence, payer quelques sous pour la consommation effectuée à Tintériieur de Pans, ré-

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pondre aux questions, donner des signatures, et, à l'occasion, ouvrir mon sac.

Un jour, revenant de chasser à Chartres et désireux d'apporter un lièvre à des amis qui habitent Chantilly, je dus déclarer et payer l'octroi pour ce gibier aux portes de Chartres et de Versailles. On me rendit mon argent moins deux sous à la sortie de ces villes, mais à l'entrée du Bois de Boulogne, je dus recommencer la première opération, et à la sortie de ce beau parc pour entrer à Neuilly, recommencer la seconde. Je n'étais pas au bout de mes peines car, me dit mon chauffeur, « la ville de Neuilly s'attend à recevoir quelque chose sur cet animal. » Je recommençai donc à payer la ville de Neuilly, puis, comme je devais me rendre de Neuilly à Chantilly' en chemin de fer, je renonçai à me faire rendre mon argent, mais je dus payer de nouveau à l'entrée de Paris lorsque je me rendis à la gare. On me rendit, je dois en 'convenir, l'argent que j'avais payé aux portes de Paris, et je débarquai triomphalement mon lièvre à Chantilly, après avoir fait 9 opérations de douane et de transit 1

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Si pareille chose existait en Chine, les grandes puissances, dont la France, en exigeraient la suppression. Habitués depuis de longues années à ces petites tyrannies^ les Parisiens acceptent sans crier ce réseau de formalités, mais le temps est trop précieux pour qu'on puisse le gâcher ainsi. Ce peuple d'employés, qui reçoit, rend, signe, applique des cachets, des visas, des plombs, pourrait être mieux employé à autre chose.

Les Américains qui iront en France, de plus en plus nombreux, convaincront les Français que la vie urbaine peut se passer d'octroi, et les Français qui viendront en Amérique pourront en voir la preuve. On n'imagine pas un octroi entre Brooklyn ou Jersey City et New- York !

Mais les octrois sont responsableè d'autres méfaits. C'est à cause d'eux que les jolis environs de Paris, comme vSaint-Cloud, Clamart, Saint-Germain, ne sont pas ce qu'ils devraient être : la résidence des Parisiens. L'octroi et des moyens de transports désuet^ en sont la cause.

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