‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 13 sur 36 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

Défauts de notre tarif ad valorem. — Vos tarifs minimum et maximum. Notre tarif unique. — Nous avons à nous plaindre aussi s les tarifs sont à refaire.

Le tarif douanier américain, qui est élevé, a provoqué en France des plaintes multiples.

Il semble que c'est la forme de ce tarif ad valorem, plutôt que son taux, qui provoque ces réclamations.

En effet, l'exportateur français qui envoie des marchandises en Amérique doit en indiquer la valeur. Il lui est déjà particulièrement dur de devoir fixer lui-même la valeur d'une marchandise sur laquelle il devra payer 15, 25, 45 et même 60 % de droits. Et, s'il y a discussion au sujet de cette valeur avec la douane américaine, cette dernière fixe elle-même et sans recours la valeur des marchandises sur lesquelles elle va percevoir un 4roit élevé.

Cette situation place l'importateur entièrement à la merci de la douane; ce qui est vexatoire.

A W FRANÇAIS lOI

Enfin, pour beaucoup de marchandises françaises, il est réellement difficile d'indiquer le prix du marché, étabU la moitié du temps par une demande passagère, et d'après la réputation de la maison exportatrice.

Quand on refondra les tarifs douaniers, il sera désirable que l'Amérique adopte un tarif spécifique et que les droits soient perçus d'une manière qui ne puisse donner lieu à discussion.

Presque toutes les nations d'Europe, la France, T Italie^ T Allemagne;^ la Russie, défendaient leurs industries par des droits spécifiques et non par des droits ad valorem. Une fois le tarif établi, il est facile à appriUquer, les droits étant perçus à raison de tant par unité, tant par mètre, tant par douzaine, tant par kilo.

De leur côté les Français doivent tenir compte de ce que la plupart des marchandises qu'ils exportent aux Etats-Unis sont des objets .de luxe : soieries, robes, chapeaux, lainages, etc, etc. Ce ne sont pas eux qui paient les droits mais en réaUté les Américains consommateurs qui consentent à payer cher les marchandises importées.

t02 LETTRES D'UN VIEIL AMÉRICAIN

C'est le tarif douanier américain qui reste responsable de la prospérité de l'Amérique du Nord, et elle n'achète du Champagne et des chapeaux de France que lorsqu'elle est prospère. Cest quand le f^rif a été le plus élevé que les Français ont fait le plus d'affaires, et les meilleures, avec l'Amérique du Nord.

Qu'ils cessent donc de se plaindre si le tarif est élevé, car lorsque le parti démocratique a supprimé les droits sur les marchandises importées, l'industrie américaiffe est tombée dans le marasme et les Américains n'ont plus rien importé du tout.

Ce que Tes Français doivent chercher à obtenir c'est le tarif le plus avantageux. Ils doivent insister pour que l'Amérique ait deux tarifs, comme la France elle-même, et demander notre tarif minimum en échange de leur tarif minimum : c'est l'essence de la politique douanière française.

En attendant la solution de ce problème, il faut reconnaître que l'Amérique a plus à se plaindre que la France de la poUtique douanière des deux pays, car elle a payé pour envoyer ses marchandises en France le tarif

maximum français, tandis que les Français n'ont payé pour vendre leurs marchandises en Amérique que le tarif unique américain.

Ce tarif est sévère peut-être, mais il est le même pour tous, tandis que les marchandises américaines ont payé plus que celles des autres nations.

Un exemple : actuellement les soieries suisses payent pour entrer en France 3 frs. 25 par kilo et les soieries américaines, 15 francs.

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