‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 14 sur 36 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

Le likrc-echange chose périmée. — Une nation n*est forte que si elle possède toutes les industries. — Produire I — Pour cela, n'efTrayez ni les étrangers ni les capitaux. — Exportez vos

industries.

La merveilleuse prospérité de l'Amérique et de l'Allemagne a été établie sur la protection. L'Angleterre qui avait inventé le libre-échange sait qu'elle devra abandonner ce système qui a peut-être contribué à la guerre, car si elle avait été protectionniste les Allemands n'auraient pas pu tant ^andir en envahissant le marché anglais et en refusant aux Anglais le marché allemand.

La naïveté des libre - échangistes français éclate aujourd'hui à la lumière des faits. Leur doctrine d'acheter chez les autres ce qu'ils peuvent produire meilleur marché que vous est cause que la France s'est trouvée sans industrie chimique, sans fabrique de chlore, sans machines-outils, lorsque la guerre est venue, en un mot dans l'impossibilité de sou-

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tenir une lutte durable. Ce n'est que parce qu'elle a pu trouver autre part, surtout aux Etats-Unis, ce qui lui manquait, qu'elle a pu se défendre.

Une nation ne peut rester grande qu'à condition de maintenir chez elle les industries chimiques et métallurgiques, sans lesquelles on ne peut résister à im ennemi outillé industriellement. Il a fallu cette dure leçon aux Français pour qu'ils reconnaissent ces vérités.

Les défenseurs du libre-échange sont tombés dans la même erreur que les socialistes fervents d'internationalisme. Un pays doit compter sur lui-même pQur sa défense et avoir la sagesse de ne pas grouper toute son industrie dans la même région, surtout, comme c'était votre cas, dans une région frontière.

Vos industries textiles de la laine et du coton, saisies dès le commencement de la guerre par les Allemands, ont mis un moment la France dans la presque impossibUité de se vêtir. Il est encore heureux qu'une faible partie de votre industrie se soit trouvée située dans d'autres parties de la France, de sorte que vous avez pu peu à peu vous tirer d'affaire.

La* grande guerre économique se prépare.

Il faut que la France change non seulement son outillage, mais encore sa mentalité. Elle ne peut rétablir ses finances qu'à la condition de produire avec acharnement.

Il faut que les syndicats ouvriers renoncent à bloquer les efforts des capitalistes, en cherchant à enrayer la production comme ils l'ont souvent fait en France, et en Angleterre.

Il faut que la France produise pour sa consommation d'abord et qu'elle produise ensuite des excédents pour pouvoir payer au dehors ce qu'elle doit, plus les matières premières que son sol ne fournit pas.

Les petites nations devront inévitablement se joindre à des systèmes économiques plus vastes, en conservant ce qu'elles pourront de leur organisation politique.

Il est inadmissible qu'après la guerre la France achète au dehors ce qu'elle pourrait produire chez eUe. Elle devra produire d'après les règles modernes de la production, si différentes de celles auxquelles elle a obéi jusqu'à ce jour.

Pour payer ce qu'elle doit à l'étranger elle

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lui vendra tout ce que la machine ne peut pas faire, tout ce qui appartient à « l'industrie du goût », où elle trouvera un champ très vaste pour rhabileté de main et le sentiment artistique de ses artisans.

Le tourisme et Tindustrie hôtelière peuvent lui apporter des ressources immenses. C'est peut-être le meilleur appoint qu'auront les Français pour rétablir leurs finances.

Pour attirer les étrahgers chez elle, la France ne doit pas les effrayer d'avance par la menace d'une taxation excessive. Elle ne doit pas non plus affoler ses nationaux en les menaçant de la confiscation, si elle veut que son sol reste la patrie du g^)ût et de l'élégance. Si les Françaises ne devaient plus s'habiller avec recherche, ce n'est plus chez vous qu'on viendrait acheter des modèles.

Produire — tel doit être le mot d'ordre de tous ceux qui ont souci de l'avenir de la France.

Si l'on veut que les industries nées de la guerre, filles de la nécessité, continuent à prospérer dans la paix, il ne faut pas dégoûter les capitaux ni espérer qu'ils iront à l'industrie

sans recevoir des intérêts plus élevés que ceux de la Rente ou des emprunts des Villes.

Si Ton dit aux gens disposés à fabriquer des produits chimiques' : « Nous ne vous laisserons pas gagner plus de 6 % » ils préféreront acheter des fonds d'État et ne rien faire plutôt que de courir des risques sans une chance un peu raisonnable de gain.

Pour établir ses nouveaux tarifs, en concurrence avec tous les pays amis ou ennemis qui chercheront à exporter le plus possible, la France devra appeler à la rédaction de ses traités des hommes de premier ordre, et non des politiciens ignorant ces questions qui embrassent l'univers, et intéressés à plaire à une petite clientèle d'électeurs.

Si les produits français sont frappés par les autres nations de droits excessifs, les Français devront exporter leurs industries elles-mêmes, et aller fabriquer sur place ce qu'on ne voudra pas venir leur acheter. L'Amérique du Nord offre un champ immense à leur activité, sympathique à leur personnalité et à leur origine.

Us serviront encore leur pays ens'expatriant.

Des centaines d'Allemands sont allés créer des industries aux Etats-Unis, ils ont été les pionniers de l'influence allemande, les propagateurs des méthodes allemandes, des goûts allemands, et loin de nuire au commerce de TAUemagne avec l'Amérique du Nord, ils ont maintenu, tout en faisant fortune dans l'industrie américaine, des liens commerciaux avec l'AUemagne qui n'ont fait que se développer. De plus, ils ont fait connaître à leur pays d'origine tout ce qu'il y avait de bien et d'ingénieux dans l'industrie américaine.

Cette politique peut être suivie par les Français, pour le plus grand bien de leur pays et pour leur prospérité personnelle.

no LETTRES D'UN VIEIL AMÉRICAIN

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