LETTRE XVII
Gratuité, réductions, billets de faveur. — - Aulri^foiB là plaie éct
chemins de fer américains. — Remède ladicaï. — Faiîe*-en
autant, aussi pour les théâtres. — Iramûralilé <\f& favturi î iiE-^ plaçant une partie du salaire.
Ceux d'entre vous qui viendront en Auiérique seront surpris de ne jamais payer plus cher que les indigènes. Les transpoit^ sur le^ chemins de fer ou sur les bateaux, la nouaiture et le logement dans les hôtols^ les pUc^a dans les théâtres, sont les mêmes pour tous*
Il y a quelques années une situation étmrtge existait aux Etat-Unis dans bi, chemins de fer.
Les administrateurs (et leurs amis) avuient le transport gratuit, non seukiiiLnit sur les lignes qu'ils administraient mais encore ^iue toutes les autres Ugnes, à titre de cûurtoîsîtv. Comme il y a en Amérique un grand nombre de compagnies de chemins de fer t:t ^iji.ûuu niillei de voies ferrées, plusieurs centaines, peut-être quelques milliers de privilégie^ voyageaient
I2a LETTRES D'UN VIEIL AMÉRICAIN
ainsi gratmtement. Et peu à peu cette faveur fut étendue aux membres du Congrès, dépu^ tés et sénateurs, et aux autres politicieûs importants.
Or il y a, outre le Sénat National, 49 Etats dans rUnion, avec leurs sénateurs et les membres de leurs Chambres des Représentants.
Les politiciens • n'étaient pas seuls à être favorisés i les membres du clergé, et nous avons beaucoup de clergés en Amérique, les membres de renseignement, professeurs, maîtres d'écoles et autres, les gens de cirque et de théâtre obtenaient la permission de voyager à prix réduit.
Enfin tous les employés de chemins de fer, et ils sont légion aux Etats-Unis — plus de I million 800 mille, partagèrent les mêmes faveurs.
On s'aperçut que les chemins de fer perdaient réellement de l'argent à transporter des voyageurs, dont un petit nombre seulement payaient leur place. Cette situation empira au point de devenir intolérable. Les compagnies ne pouvaient plus payer leurs employés, ni entretenir un matériel qui ne transportait plus
que des « invités ». Tout le monde voyageait gratis. Un homme qui par suite de manque de temps ou inadvertance, n'était pas muni de ses titres à voyager gratuitement, se sentait honteux, sans relations, sans excuse, sans amis.
Les gros bonnets n'avaient même pas de carte ; ils avaient une petite médaillé accrochée à leur chaîne de montre comme une breloque. Avec cela on voyageait,» à l'œil» sur tous les chemins de fer, et on avait en plus le salut des contrôleurs. Le mal s'était étendu aux bagages, de là aux marchandises, et le service avait cessé d'être public pour dévenir politique.
Aujourd'hui le mot seul de « billet de faveur » est considéré en Amérique comme une offense à l'esprit démocratique. On a reconnu que rien n'était plus injuste. C'étaient ceux qui ont le moins à faire, ceux qui sont le moins tenus par leur travail ou par leurs charges de famille, en somme les moins intéressants, qui en profitaient le plus. C'étaient les parasites et non pas les travailleurs qui voyageaient gratuitement.
Co furent les cherninots qui se plaignirent les ])njiîHers de cette pratique. « On ne peut pourtant pas, dirent-ils, se nourrir avec' des tickets de ciiomin de fer, même gratuits ! ! ! »
Un beau jour les Compagnies elles-mêmes insistèrent auprès du Gouvernement central pour que la commission gouvernementale des chemins de fer intervînt et prononçât une intiTliction radicale.
lin France vous auriez intérêt à prendre une iV\ i^ion de ce genre.
Les étrangers qui paient souvent le double des Français cesseraient d'être traités d'une jiiariit:re injuste, et surtout vous supprimeriez un abus qui paralyse le progrè3> fournit aux COiapagnies une excuse pour ne pas entretenir 11» matériel en bon état et pour refuser toute aiiiiHioration des horaires.
H eo est de même pour les théâtres. L'étrani^iH" lmi I^rance a le sentiment qu'il est le seal î\ payer le plein prix ; alors il devient méfiant t't ilisposé à marchander parfois mal à propos.
Pans nos tliéàtres en Amérique il n'y a plus d/' Ivïllets de faveur.
Nos théâtres, nos opéras, n'ont pas d'autre
subvention que celle des spectateurs et des abonnés. Autrefois l'Opéra en France était subventionné par le Souverain. Nous avons pensé en Amérique que les gens qui remplaçaient le souverain, c'étaient les rois des chemir.s de fer, du sucre, du coton, des mines, des forges ou autres industries. Ce sont eux qui entretiennent nos Opéras, ce n'est pa" le r>udget National qui entretient « nos grandes scèn'^s lyriques » pour le bénéfice d'un petit nombre de privilégiés.
Il y a en France un tas de fonctions qui sont recherchées pour les avantages qu'elles procurent et non pour le salaire ni pour l'honneur qu'elles rapportent. C'est un reste de la féodalité.
Il y a des fonctionnaires qui ont le bois, le charbon, l'électricité, que sais-je encore, gratuitement. D'autiies sont logés, blanchis, habillés ; tout cela n'est pas moderne. Un homme doit être pay é^ en argent puisqu'avec de l'argent on doit pouvoir se procurer toutes les choses nécessaires à la vie.
Gratuité du. logement, du chauffage, de l'éclairage, des légumes du potager, des fruits du jardin, tout cela n'est pas digne.
Un homme qui travaille pour l'Etat, pour une grande administration ou pour un particulier, doit recevoir une indemnité qui lui permette de vivre, lui et sa famille, et d'élever ses enfants sans avoir besoin de toutes ces prébendes qui ressemblent plus à des aumônes qu'à des salaires. .
Ce sont des Français, et non pas des Américains qui ont écrit « que la moitié de la France travaillait pour nourrir l'autre ». Il doit y avoir du vrai dans cette boutade.
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