LETTRE XIX
Le notaire public américain ; rapidité, simplicité, efficacité. — Absurdité de la cérémopie de la légalisation des signatures en France. — Le notaire en France.
Une institution que nous voudrions bien voir installée en' France est celle 4e nos notaires publics. Le notaire public américain est un personnage investi du droit de faire prêter serment, de vérifier des signatures, d'authentiquer des actes. ~
Dans tous les immeubles d'affaires américains et même dans toutes les maisons un peu importantes, il y en a un. On le reconnaît à un petit carton posé sur son bureau, sur lequel est écrit « Notary Public », et qui équivaut aux panonceaux de vos tabellions. Lorsque nous devons certifier une signature, nous n'avons pas besoin de nous rendre dans une mairie ou dans un bureau de police crasseux où l'on exige que nous nous présentions avec deux témoins patentés. Tous les Français connaissent la cérémonie. On va chercher le
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charbonnier et le marchand de vins du coin, ou le commissionnaire qui ajoute cette fonction à celles de cirer les bottes et de porter les paquets. Alors, moyennant vingt sous chacun, ces deux citoyens qui ne vous ont jamais vus, déclarent qi^ils vous connaissent parfaiternent. Le Commissaire de Police, satisfait, applique un cachet et un paraphe illisible au-dessous de la signature qu'il s'agit de certifier. L'opération est terminée, à moins que dans un élan de générosité le patient ne juge à propos d'offrir un verre à ses nouveaux amis.
Si l'on veut installer en France la machine à économiser du temps, on pourrait y introduire l'institution admirable du notaire pubUc américain.
Avec lui, point de temps perdu. De sa table le banquier, le commerçant américain qui veut faire certifier sa signature pour un transfert, une déclaration à la douane, un acte quelconque, appelle celui de ses employés qui est notaire public et le prie de faire l'opération.
Celui-ci, qui connaît la signature de son patron, appose son cachet et sa signature à
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cote de celle du chef. Et s'il s'agit d'authentiquer la signature d'un visiteur qu*il ne connaît pas, il le prie de se lever, d'étendre la. main et de jurer qu'il est bien M. X.
L'opération chez nous a duré trois minutes ; en France, une heure. Elle a dérangé deux personnes, le signataire et le notaire ; en France elle a pris le temps du signataire, du cumniissaire de poUce et de deux commerçants qui ont négligé leurs affaires pour venir acconipHr une formalité ridicule, inefficace et immorale puisqu'ils ne connaissent pas la personne dont ils répondent.
Les notaires français sont fort honorables sans doute, mais pas plus que les Chefs de gare, les plombiers, les coùvrQ,urs ! Alors ponrquoi jouissent-ils d'une considération spéciale ? Ce n'est pas eux qui relèveront la France. Ils ne créent rien, ne développent aucune richesse, et leur emploi dépend entièrement du travail des autres.
On peut imaginer un pays sans notaîres monopolaires, on ne peut imaginer un pays prospère sans agriculteurs, sans maçons, sang mineurs, sans tisseurs, sans transporta ar^.
I4Ô LETTRES D*Ulf VIEIL AMERICAIN
Votre Révolution s'est arrêtée en chemin.
Voui ave» supprimé la Noblesse et les Privi* lèges, et puis vous avez créé à nouveau ime nouvelle Noblesse et de nouveaux Privilèges.
Je connais des gens en France qui sont devenus comtes depuis 1870.
Quand une Américaine a envie de devenir princesse ou comtesse, c'est chez nous un scan* dale, mais au moins elle quitte l'Amérique pays démocratique.
Chez vous, dans votre république, on devient comte sur place.
Par quel miracle cela se fait-il, je l'ignore, mais c'est un fait, je l'ai constaté bien des fois.
Quant aux charges vénales de notaires, d'avoués, d'huissiers, de commissaires priseurs, agerfts de change, c'est un vestige de l'ancien régime.
Ce sont des poids morts que le pays doit traîner et qui alourdissent l'effort productif des travailleurs. On peut s'en passer, au moins en tant que monopoles, la preuve c'est qu'on s'en passe chez nous et qu'on ne s'en porte pas plus mal.
Certes^ nous avons des hommes de loi»
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des lawyers, mais ils ne jouissent d'aucun monopole, ni d'aucune considération attachée à la profession. S'ils sont intelligents et capables, ils sont recherchés et courus. Chez vous, ils sont imposés au public même s'ils sont idiots. Cela arrive et est fâcheux.
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