‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 21 sur 36 · LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII

Résistance française aux machines améncaines. — « La mariée est « trop belle ». — La guerre a heureusement changé cela. — La machine américaine supporte les Alliés.

Les Américains ne font rien pour cacher leurs secrets : dans aucun pays on n'a plus facilement accès dans les usines qu'aux Etats-Unis.

L'Amérique n'a jamais fait des- lois, comme on en fit en Angleterre, pour défendre l'exportation des machines. L'Américain exporte luimême ses machines ; il les vend à ses concurrents étrangers, il les loue, il envoie des agents compétents pour enseigner la manière de s'en servir.

On rencontre parfois en France des résistances singulières : il y a quelques années un fabricant de l'Isère avait pris en location d'une maison américaine des machines spéciales pour la fabrication des chaussures. Le prix de location était proportionnel au travail fait par les machines, dont un compteur ingénieux indiquait le nombre de points.

Au bout d'un an, l'agent américain en tournée annonça à son client qu'il allait changer ses machines et les rempfacer par d'autres pîus puissantes, plus rapides et plus avantageuses. Mais il y eut lutte entre T Américain, qivi voulait apporter des machines perfectionnées, et le Français, qui entendait s'en tenir aux machines qitHl connaissait, L'Américain tint bon et votre compatriote dut recevoir des machines perfectionnées.

Voilà la leçon : si les machines n'avaient pas été louées, elles auraient continué à travailler pendant des années, tant qu'elles auraient pu tenir, tandis que leur propriétaire battu par des concurrents français ou étrangers aurait imputé aux circonstances, à îa concurrence déloyale, ou à toute autre raison, les causes de l'insuccès qui étaient en lui-menie.

Avant la guerre, vos fabricants achetaient nos machines, mais ce n'est que depuis la guerre qu'ils en achètent en grande quantité, et qu'ajoutant aux machines la vraie manière de s'en servir, ils en ont tiré tout le parti possible.

Vos ateliers natiotiaùx; ceuk des partîcu-

Jîï^q^F^

Î74 LETTRE! P'HîJ Ymh #IÉRICAIN

4p§ cîipiTiiRs dp f^f , 4§s pi}a]}s^ure§, 4^§ vête-

TO^nt§^ 4es in^iji^ipiis, ^Q^t aptiPfiB^es par çfes

Si les Alliée Popfi^D^tte^t pt ^outie^i^eRt }a lutt^, c'p§t gfâç^ à nptr? tpuî* autpi^cttiqti^ et à UQ? pres^^si. Si le^rs ^fipep^pt lew^pppul^tipns îT^^ngept à leur faim? P'^^t gr^çe à nos çl^^rr^ps et I nos yrioi^gQQne^se^ rép^pduf^s dans le ponde entier. Privés 4§ C^S îp^çîji^es. les, ch§,mp§ 4p T Entente ser^^ie^t à pipitié incultes, ï^piiï 4e ppWPir PSpédipf 4^ surplus 4e ]eurs récpJtes, }§ Ç^n§4a, l'iVwériqii^ 4u

NeT4^rAustraU^ et l'Argentine ^e 4el^attra^nt evi^-^êiues çpptre }ft i^mwp ^'i]^ 4^vai^nt pultiypr leurs champs ay^p la p^arre§ anc^^tral^ et cQuper 4e wai§fp^ récoltes avçp la la^çiUe, enppre en usage eu Bretagne;

î^es Phef^ 4'^p4ustrie français objecteront que leurs pnvriers pu les syndicat^ aw^^qu^ls ils appartiennent, fqnt preuve 4Vne §ran4p n^pfianpe à rpgard 4es. machines nanv^U^-

Cela est vrai^ pourquoi ?

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p4^ la.peine de les é4n(^ner, Qn n'a pa§ eu^in

4 UÎJ ?Î^NÇAI5 Î75

(^e leur mqntrer précisément que |'in|:rûduction de ces no.viYeau:ç engins, loin d'augmer^ter leur labeur sa.ns améjipref leur salaire, permettrait au cpntraife de diminuer le travail et de grossir la paie.

Le calcul d^s façons appliquées ai^x nouyeaux outils a été fait la plupart du tenips de manière que rouvqer n'ait aucune ]mrt dans l'économie réalisée, ^ussi se niefie~t-il avec juste raispn, chaque fois qu'on lui parle d'allef travailler devant une nouvelle machine.

Pourquoi en serait-il autrenipnt ? Il sait qu'il peinera davantage tant que le nouvel outil ne ser^ pas çopiplèteipLent mis au point. Il n'ignore pas non plus, qu'il ressentira plus de fatigue à faife des ge^tps nouveaux auxquels il n'est pp.int aççouturné. Alors si on n'a pas soin de lui faire savoir qu'il ^.ura sa part de l'excédent de production réalisée, ou encore qu'à un travail plus intensif correspondra une dîirt l^ moins longue de son labeur, cet homme se cabre, np fait aucun effort pour se plier au mouvement nouveau que la machine réclame, ou bien encore, il s'entend avec ses camarades pour réclamer au profit de la main-d'œuvre la

totalité du profit. Il assure ainsi le triomphe des tardigrades et des oracles fâcheux du patronat ; dans cette défaite, ils se taillent un facile triomphe en s'exclamant : « Je vous l'avais bien dit ».

C'est ainsi que chez vous des hommes qui auraient mieux fait de mourir jeunes ont découragé les efforts les p!us quaUfiés et les initiatives les plus heureuses.

Il faut profiter de la leçon, de la guerre. Les ouvriers ne sont pas responsables ; s'ils sont ignorants, ce n'est pas leur faute : c'est parce que vous ne leur avez rien appris. Le moment est venu de commencer, de continuer et de parfaire leur éducation.

L'ouvrier français est intelligent, il sait comprendre, mais faut-il au moins qu'on luimontre et qu'on lui expUque.

'i^^^rirr^ir ■^',-

A UN FRANÇAIS ï^jj,

LEÎTRE XXIV

La concurrence est !a mort de l'industrie. — Les entent l», fore*-' de l'Allemagne, — Elles sool gênées çn Fr^ce p«r T individualisme, —r L'Andelerre renoncera au lihre-échange. — Un moyen de plier l'Allemagne : que le bloc des Alliés refase de lui rien vendre.

Français et Américains, nous avons asse^; longtemps respecté ce vieux dicton « ia concurrence est Tâme du commerce ».

Que la concurrence soit l'âme du commerce, on n'en est pas bien sûr, mais il est certain que la concurrence est la mort de riadustrie et que c'est ddnis VetUetUe que l'iadustrie doit càercber à vivre.

Dans cet ordre d'idées les Allemands sont nos maîtres. Si les ententes n'ont pu se faire en France, c'est à cause de votre individualisme. Si elles n'ont pu se réaliser en Aniërique, cela est dû à notre tempérament analogue au vôtre, à notre législation (i) qui né permet pas

(0 £d France égaiffwent, Taiticie 419 du Code pàn&l ^Vip^ii^ee à la création de cartels industriels.

les ententes lorsqu'elles détruisent la concurrence. . .

Cette législation s'appuie sur la loi Shefman, qui dit simplement que : « toute association ou tout contrat qui tend à détruire la Concurrence, est illégal, et expose ses auteurs à des peines sévères qui vofit de l'amende à la prison ». Il n'est pas certain que la loi Sherman ait exercé une influence bienfaisante à riûtérieùr des Etats-Unis, mais il est sûr qu'elle a été néfaste*pour l'exportation.

Les Allemands ont développé leurs exportations sur toute la surface du ^obe grâce à leurs cartels et à leurs associations soutenus et provoqués ipar leur Gouvernement.

Les Anglais imbus du libre -échange, les Français individualistes et les Américains liés par la loi Sherman leur ont laissé le champ libre.

Il est nécessaire qu'après la guerre, des ententes nationales, et ensuite des ententes plus grandes encore entre Alliés s'organisent pour lutterjcontre la formidable machine étatiste germanique.

Il faudra rejeter cette vieille hérésie du Libre- Echange, le « laisser faire, laisser passer » de Richard Cobden. Il faut faire du « laisser faire, laisser passer » entre soi seulement comme le font, les 49 Etats de l'Amérique du Nord.

Il ne faut pas laisser passer les marchandises primées à la sortie de leur pays. Il ne faut pas laisser passer les marchandises fabriquées par des pays à la main-d'œuvre avilie. Il ne faut pas laisser passer les marchandises des nations qui ne laissent pas passer les nôtres.

Pendant cinquante ans les Allemands ont exploité le marché britannique, sans laisser les industriels britanniques vendre librement jeurs marchandises sur 1^ territoire allemand. C'est là ime erreur dont les Anglais sont certainement revenus.

Les Allemands ont construit une industrie remarquable, ils ont su tirer un parti admirable de tout ce que leur sol produisait. Heureusement leur sol ne produit pas de tout ; il ne produit ni coton, ni laine, ni cuivre, ni caoutchouc, ni bien d'autres choses encore.

Les Mliés-sàuront tirer de k houille tout ce

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que les Allemands en ont su tirer, mais quand il s'agira de se vêtir, il faudra que ceux-ci obtiennent le concours de<^ Alliés et il est loisible aux Alliés, s'ils font bloc, de vendre ce concours le prix qu'ils voudront, ^i l'Allemagne fait la mauvaise tête, l'Australie peut lui refuser la laine, et l'Amérique le coton.

La soie vient de la Chine, du Japon et de l'Italie. Si l'industrie allemande de la soie, qui est très importante, veut se maintenir, il, lui faudra aussi le consentement- des Alliés.

Les Allemands pourront se procurer du lait chez eux, ils pourront en obtenir de la Hollande et de la Suisse, mais s'ils veulent le mélanger avec du café, il faudra la permission du Brésil et de l'Arabie qui sont aussi des Alliés.

Le tabac vient de Cuba, de l'Amérique du Nord et de l'Egypte ; si les Allemands veulent bourrer leur pipe avec autre chose que du tabac turc, il faudra également qu'ils obtiennent notre permission.

La position des Alliés est donc bonne. S'ils savent s'entendre, il leur sera facile de triompher des plans des industriels allemands, aidés par leur Gouvernement.

A UK FRANÇAIS lél

On parle toujours de ce que les Allemands peuvent vendre, on ne parle jamais de ce qu'ils ont besoin d'acheter. On parle toujours de boycotter les marchandises allemande^ mais si on voulait leur acheter tout ce qu'ilâ produisent et ne rien leur vendre, on les aurait beaucoup plus tôt à merci.

Il faut appliquer non pas le Ubre- échange, mais le « facile échange » entre Alliés, et le « difficile échange » entre les Alliés et les puissances centrales. Il est inutile de faire un tarif intermédiaire au profit des neutres ; il faut simplement offrir aux neutres le choix entre TaUiance économique des Alliés et celle des Allemands ruinés.

Il faut avoir le courage de leur dire après la guerre : « Tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous. »

Quant à la loi de F Offre et de la Demande dont les libre- échangistes de cabinet avaient fait un dogme, il faut la rejeter de la pratique et la conserver dans les Musées parmi les instruments de torture des sièdes passés. AppHquée'à la main-d'œuvre humaine, cette loi barbare est responsable du supplice de la faim

appliquée tant de fois par des tortionnaires inconscients, à des milliers d'ouvriers innocents, alors que des Ententes bien comprises auraient pu éviter ces horreurs accompagnées trop souvent de la ruine du patron.

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