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SOUVENIR DE L'EXPOSITION

Ce n'est pas sans une certaine émotion que je vois s'approcher, se lever, puis s'enfuir chaque jour de l'an que Dieu nous donne. Dans cette émotion, soyez-en sûr, les étrennes n'entrent pour rien.

Il est triste de se sentir glisser sur la pente des années qui descendent. On n'y peut rien, mais c'est triste. L'avenir me semble plein de terreurs, le passé plein de charmes. On sent ces choses mieux qu'on ne les peut dire. En deux mots, je ne m'espère plus, je me regrette.

La pensée m'est venue d'adresser quelques adieux bien sentis à ces douze mois disparus, — un long espace de la vie mortelle : — l'idée me sembla raison nable. Malheureusement j'ai eu plus de rimes que de raison. Je vous envoie mes vers. Nous ne sommes pas parfaits, et, comme disait Racine, le ciel en soit béni!

Que Dieu nous épargne en 1868 les maladies et les épreuves, les croix de toutes sortes, les poésies de tout genre. En attendant, voici les miennes. Excusez les fautes de l'auteur :

Grande Exposition ! Gloire, hélas ! éclipsée, Création splendide et constante pensée

De mil huit cent soixante-sept, Temple de paix construit sur un terrain de guerre, Sous les prolongements de ta jupe de pierre

Le Champ de Mars disparaissait I

C'est là que chaque peuple avait voulu conduire Quelques échantillons de ce qu'il sait produire,

L'un ses fers et l'autre ses bas; La Chine ses géants, Albion ses réclames, Tous, sans exception, des canons et des femmes,

Comme si nous n'en avions pas.

Cafés, concerts, théâtre et musique vantée !

Et chaque nation partout représentée

Dans sa cuisine et ses boissons 1 Jardins, villas, chalets, frais ruisseaux, herbe tendre, Et des aquariums où Ton cherche à surprendre

Les amours des petits poissons.

Là, les abus criants se changeaient en ressources, Et Ton s'était livré, pour soulager nos bourses,

Aux plus ingénieux efforts.

Dans ce grand flot humain qui ressemble au Pactole, On retire, en jetant des filets sans contrôle,

Beaucoup de vase et quelques ors.

Les princes de la terre au bruit de ces merveilles Sont accourus à nous, comme aux fleurs les abeilles,

Comme les papillons au feu.

Rois, sultans, empereurs dont la grandeur étonne, Tout ce que Ton connaît d'êtres portant couronne,

Et tous les oints du Seigneur Dieu.

Les plaisirs de Paris tentaient ces cœurs sublimes, Et les rois, emportant leurs ministres intimes,

S'arrachaient pour une saison Au bonheur de régner sur des millions d'âmes, Laissant par intérim leurs sceptres à leurs femmes

Et leurs femmes à la maison.

L'un d'eux, jeune et déjà versé dans l'art de plaire, Dans les cafés anglais retrouvait l'Angleterre.

Joyeux convive et bon vivant !

Plus d'une dame aimable et de vertu très-mince L'appelait en entrant ou mylord ou mon prince,

Et puis rot/ dear, en s'en allant.

Le Gzar vint. Quelques-uns, quand il fit sort entrée, Criaient, accompagnant sa voiture dorée,

Vive la Pologne qui dort!

C'est offenser les grands à qui Dieu nous confie, Que d'oser souhaiter le réveil ou la vie

Aux peuples qu'ils ont mis à mort.

Nous avons vu passer dans leurs habits de fête Quelques Turcs fatigués des plaisirs qu'on achète

Et qu'on revend dans les prix doux.

Le brave roi Guillaume et Bismark qui l'égale, Et, roitelet perdu dans la foule royale,

Le roi des Belges, savez-vous?

Au théâtre, souvent, ces bandes souveraines Dérobaient leur grandeur au fond des avant-scènes,

Et déridaient leur front chagrin A voir fonctionner les pieds des bayadères Et comment on brandit le sabre de ses pères

Dans le duché de Gérolsteinl

Pour chaque nouveau roi quelques fêtes nouvelles : Des bals éblouissants et des soupers modèles,

Au bois la chasse et l'hallali 1 Et puis, pour varier ces plaisirs monotones De l'attrait du danger menaçant des couronnes,

La balle de Berezowskil

C'est ainsi qu'éclatait l'allégresse publique, Quand des drames sanglants accomplis au Mexique

Le vent nous apporta l'écho.

Infortuné, séduit par des rêves d'empire, Pour les réaliser tu t'es laissé conduire

De Miramar à Mexico.

Insensé, qui comptait jusqu'au bout sur la France! Sa compagne, avant lui désertant l'Espérance,

Fut frappée et ne put guérir.

Pour toute femme, hélas, fût-elle souveraine, 11 n'est que deux recours à la souffrance humaine:

C'est d'être folle ou de mourir !

Pour elle la folie, et pour lui plus peut- être 1 Quand il vit sur les flots nos vaisseaux disparaître,

Il garda son seul bien, l'honneur ; Et prisonnier, frappé d'une mort militaire, Il couvrit en tombant un lambeau de la terre

Dont nous l'avions fait empereur.

Ayant qu'il expirât, les rois de sa famille, Réunis en congrès dans ce Paris qui brille,

Figuraient dans un bal public, Et son beau-frère, tête auguste et couronnée, Payait de sa personne à la fête donnée

Par madame de Metlernich.

Que d'événements gais, ou charmants, ou sinistres, Accomplis dans ces jours fertiles en ministres!

Drouyn s'en va, Magne apparaît ; Puis vient le grand marquis qui nous charme à son style, Monsieur de Moustier, riche et fait du bois utile

De son grand-père Laforet.

Dirai-je monsieur Fould remonté vers sa source, Les Pereire perdant dans un reflux de bourse

Le Mobilier et le Crédit ?

Ah! ne les plaignez pas, car leur fortune est ronde; Ces messieurs savent bien que, dans ce pauvre monde,

Plus on a de sous, plus on rit.

Dieu, pour nous consoler, dans les âmes fidèles Mit le profond amour des choses éternelles,

L'honneur, la justice et la foi.

Plusieurs, portant des noms dont la patrie est fière, Se sont faits les soldats du successeur de Pierre,

Père el pontife, pape et roi,

Comme en Vendée, aux jours de victoire et de fête, On voit encor Quélen, Calhelineau, Charrette,

Ombragés des plis du drapeau 1 Dignes fils qu'ont laissés ces géants héroïques Qui luttaient corps à corps, dans leurs combats épiques,

Avec Kléber. Hoche ou Marceau !

Enfin, monsieur Duruy, le flambeau des familles, Démasque, pour chasser l'ignorance des filles,

Trois mille professeurs à lui.

De nouveaux ornements parez votre mémoire, filles 1 mais surtout n'apprenez pas l'histoire

Gomme l'écrit monsieur Duruy.

Gloire à nos députés ! à la France alarmée

Ils donnent des soldats — douze cent mille — armée,

Mobile, réserve et dépôt.

Tous très-peu mariés, et portant, comme à Rome, L'utile invention de cet ami de l'homme

Que Ton appelle Ghassepot.

Sonnez clairons 1 battez tambours! vienne la guerre, Et comptez dans les rangs ceux qu'a couchés à terre

Le sillon sanglant du boulet!...

... Écoutez tous, le temps s'envole et l'airain pleure, L'horloge à coup pressés sonne la dernière heure.

Décembre meurt et janvier naît.

Salut à toi, nouvelle année, Bien que tu semblés, à nos yeux, Plus stérile et moins couronnée Que tes sœurs qui nous ont faits vieux.

As-tu, dès ta naissante aurore, Des chimères pour nous bercer?

Quels songes vas-tu faire éclore Et quels espoirs réaliser?

Tes premiers jours sont des épreuves; Tout frissonne aux souffles d'hiver,

El la glace arrête les fleuves Dans leur marche à la grande mer.

Personne, hélas! ne sait le nombre Des pauvres aux foyers sans feux, Et Ton voit frissonner dans l'ombre Les membres nus des malheureux.

L'avenir, où rien n'étincelle, Dérobe les secrets de Dieu.

Qui nous dira ce qu'il recèle De tempêtes ou de ciel bleu ?

Nouvel an qui viens d'apparaître, Livre-nous, dès ton jeune essor, Tous les dons qui dorment peut-être Dans les plis de ta robe d'or.

Dis, sous ton aile qui palpite Au souffle des jours incertains, Tiens-tu la Liberté proscrite, Le meilleur des amours humains?

Je n'en crois rien, je n'ose y croire.

Fuiras-tu sans laisser un nom, Ou dois-tu creuser dans l'histoire Un ineffaçable sillon?

Dans l'avenir qui doit éclore Nous passerons inaperçus.

Parlera-t-on de nous encore Lorsque nous n'en parlerons plus?

Non. On dira si par caprice Un souvenir nous est donné :

c Ces gens n'ont fait qu'on édifice Qu'ils n'ont pas même couronné. »

À l'an qui vient je ne demande Que du soleil et des beaux jours, Et que l'habituelle offrande Des chants, des fleurs et des amours 1

Quant au reste... vraiment je n'ose Vous dire jusqu'où vont mes vœux.

L'homme propose, Dieu dispose; Et cela vaut peut-être mieux.

Janrior 1868.

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