‹ Lettres d'une passantChapitre 6 sur 23 · ET SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

ET SES ŒUVRES

M. Havin a eu une idée : vraiment; et laquelle? Il veut élever une statue à Voltaire ! Très-bien. Voltaire est grand, les statues sont chères et M. Havin, est riche.

Non pas A chacun son lot : M. Havin a eu ridée,

la démocratie fera les frais. La quête commence: Les

plus forts souscripteurs verseront cinquante centimes;

au-dessus de dix sous, on rendra l'argent. Pauvre Voltaire !

La popularité , c'est la gloire en gros- sous.

H paraît que tu es populaire.

Les petits sous font les grosses rivières, et le Petit Journal le sait bien. Bientôt le casque de Mangin va résonner sous l'obole, et l'on aura recueilli assez de bronze en monnaie pour le convertir en statue. Le

jour de l'inauguration, qui sera le plus beau jour de

sa vie, M. Havin lira péniblement un discours fait sur commande et imprimé sur vélin. M. Havin n'est pas orateur, mais s'il devait une statue à un grand homme, c'est moins à Voltaire, dont il n'est pas le descendant, qu'à Guttemberg, dont il est l'obligé.

Quel tableau nous ménage l'équitable avenir ! Une foule immense, et au milieu un homme majestueux tenant d'une main un paquet de feuilles imprimées et s'appuyant de l'autre au piédestal d'une statue voilée. A un signe de l'homme, les voiles tombent, la statue apparaît et la foule applaudit : elle a deviné Voltaire et reconnu M. Havin. Citoyens, s'écrie l'orateur d'une voix harmonieuse et avec un geste que, n'étaient ses opinions, je qualifierais de noble, citoyens, Voltaire vous aimait... En voilà assez, et je sais le reste. Voltaire vengea les opprimés, émancipa les esprits, fit la

i guerre aux prêtres, poussa aux réformes et prépara89.

| De plus il vécut longtemps, ce qui est un signe de

force, et fit une grande fortune, ce qui est un signe

, d'esprit.

i Puisque les Chambres ne sont pas encore ouvertes,

j et qu'un dieu nous a fait des loisirs, j'aime mieux com-

menter les œuvres de Voltaire que le texte des décrets récents. On doit aux morts moins de respect qu'aux

j vivants, et c'est seulement en remontant le cours des

années que l'on peut retrouver la liberté qui vit dans le passé et la vérité qui fleurit sur les tombes. Comme ces Égyptiens qui instruisaient le procès des Pharaons couchés sous les pierres des Pyramides, nous attendons que les astres qui nous régissent se soient éteints

pour jamais, avant d'oser signaler l'insuffisance de leur lumière ou les défaillances de leur marche.

Une statue; j'y consens, si je n'y souscris pas ; j'aime les arts et parfois les artistes. Où placerez-vous l'image du grand homme? Est-ce à Chatenay qui le vit naître, sur le quai qui garde son nom, au seuil du temple où gît sa dépouille ? Est-ce au bord de l'eau fuyante, à l'ombre des arbres touffus, au centre d'un jardin nouveau? La garderez-vous pour la surprise d'un coin de rue ou la ferez-vous sortir du pavé de vos places publiques, comme l'ornement d'une colonne ou le prétexte d'une fontaine ? La statue de Voltaire, elle est faite comme il' fallait et placée où il convenait. Le vieil Houdon l'a taillée dans un bloc de marbre que le temps a jauni. Le dieu garde encore le don d'émouvoir et l'apparence de vivre. Assis au foyer du théâtre où jadis retentissaient ses vers lancés par la voix de Clairon, non loin de cette salle qui se levait tout entière à son aspect pour honorer sa vieillesse radieuse et couronnée, il semble railler encore de son éternel sourire les comédiens sans puissance et les acteurs sans génie pour lesquels se dérange la foule indifférente qui circule devant son piédestal.

En parlant de Voltaire, je n'ai certes pas l'intention de contester son influence ou de nier son génie. Nul ne connut davantage l'ivresse de la gloire humaine. Il eut les courtisans et le pouvoir d'un roi et remplit un siècle entier du retentissement de ses œuvres et de son nom. Surchargé de victoires, il passa son temps tantôt à recevoir les hommages de ses adorateurs, tantôt

à s'emporter contre ceux qui, s'attribuant le râle des esclaves antiques, raillaient le triomphateur en marche vers le Capitole. Comme la Sibylle il rendait des oracles, et comme elle il eût pu brûler les deux tiers de ses livres sans diminuer en rien sa réputation d'écrivain incomparable et de prophète dans son pays. Universel et sans rivaux, il siégeait au premier rang dans ce temple du goût dont il avait décrit les por • tiques et commenté les hôtes. Il meurt, et, treize ans après, la Révolution, le reconnaissant pour son précurseur, lui accorda la sépulture du Panthéon, et, de cette église étonnée de sa destination nouvelle, chassa les reliques du Dieu immortel pour faire place à la cendre d'un homme.

Les années ont passé et Voltaire est entré dans les discussions ardentes de la postérité ; on en pense du bien, on en dit du mal, et, selon qu'on se préoccupe de son caractère ou de son génie, on va de l'éloge sans bornes à l'insulte sans mesure. Inviolable ou haï selon les opinions qu'on arbore, il est regardé tantôt comme le plus grand des philosophes, tantôt comme le plus dangereux des impies, et sa bonne fortune est telle qu'il reste encore le premier et qu'il dépasse ses rivaux dans les admirations qu'il excite ou dans les colères qu'il inspire. On lui prête tous les vices, on lui donne toutes les vertus, et il ne les eut ni tous ni toutes. Le plus curieux, c'est que ses adversaires et ses partisans, ardents à l'attaquer ou à le soutenir, ramassent a pleines mains dans ses œuvres des preuves dé- . cisives de leurs affirmations rivales ; ce qui semble

établir deux choses : la première, c'est qu'il y a dans tout ce qu'on dit de lui un fond de vérité que la pas* sion dénature; et la seconde, c'est qu'il est impossible de prodigieusement écrire sans se contredire beaucoup, et de vivre longtemps sans se transformer un peu.

Ce que je m'explique à merveille, c'est le culte de H. Havin et son enthousiasme poussé jusqu'à la statue. Ce journaliste a fait à son héros quelques emprunts qu'il prend pour des ressemblances. Il a des opinions, des goûts, une canne et un fauteuil Voltaire, et, si l'on veut se donner la peine de chercher un peu, on voit briller chez le disciple l'absence de toutes qualités qui se réunissaient chez le maftre. En un mot, M. Havin est, de la tête aux pieds, un voltairien que je n'ose appeler accompli. J'entends par là, qu'indifférent aux choses de l'autre monde et attentif aux affaires de celui-ci, il s'inquiète moins du ciel, dont il ne craint pas la chute, que de la terre qui tourne avec lui. Libre envers Dieu qui ne l'avertitpas, soumis aux princes qui le pourraient suspendre, audacieux contre tous ceux qui ne le rendent pas timide, riche et circonspect, sinon officieux du moins utile, il cache son dévouement comme Brulus cachait son or, sous l'écorce rugueuse d'un bâton creux qui ne lui sert ni à soutenir sa marche ni à menacer les puissants.

Voltaire fit, sa vie durant, la guerre à Dieu et à ses ministres, ce qui ne l'empêchait pas de courber le front devant Benoît XIV et de lui dédier sa tragédie de Mahomet. De même, M. Havin témoigne à son évêque une

déférence courtoise ; mais il n'en est pas encore à lui dédier ses œuvres ou à lui envoyer son journal. Des gloires multipliées qui couronnaient Voltaire, les unes ont disparu dans la distance qui s'accroît, les autres vacillent comme des flambeaux qui s'éteignent. Il avait eu la prétention d'égaler Virgile et de surpasser Corneille, et nous n'avons retenu qu'à grand'peine le nom de son poëme épique et le titre de ses tragédies. Critique, il est sans portée ; philosophe, sans profondeur; historien, sans prévisions. N'ayant plus ses haines, nous jugeons mieux ses œuvres, et nous ne nous souvenons guère de tout ce qu'il a publié de tendre ou de léger, de servile ou d'insolent. Ce qui reste de lui, et c'est assez pour sa renommée, c'est son Essai sur les Mœurs, sa correspondance, dont le style vaut mieux que Homme, et, enfin, s'il faut le dire, ce sont ses contes, où les merveilles de la forme et les richesses de l'esprit reluisent dans la fange parée comme des diamants sur une épaule impure.

Cependant Voltaire reste debout et sa grande renommée n'a pas souffert de tant de rayons perdus. Hélas! sa force, c'est le souvenir du mal qu'il a tenté. Il n'a rien respecté, c'est ce qui fait qu'on le respecte encore. Sa raillerie outragea la religion et la gloire; il n'eut ni patrie ni croyance , c'est pourquoi il est le guide et la ressource de tous ceux qui, comme lui, sans amour et sans Dieu, n'ont ni l'esprit de rire, ni la force de penser, ni le talent d'écrire. Il prête des armes aux faibles et des arguments aux niais. Cet homme de génie est devenu le patron de la classe in-

nombrable des ignorants et des sots. Son nom est inscrit sur le drapeau des sectaires qui prétendent déraciner de Famé humaine le Dieu qui la remplit encore, et il est invoqué par tous ceux qui, marchant sur les pas de M. Renan ou dans les colonnes du Siècle, s'échelonnent, pour combattre, sur les degrés qui séparent les audaces de velours de la sottise en fleur.

temporal o mores! les temps! ô les mœurs! Ce singulier personnage entreprend vingt affaires à la fois et il jette du feu partout. Il rime, philosophe et correspond ; il donne des audiences, fait des voyages, compose des mémoires et écrit l'histoire . Il intrigue, spécule et s'enrichit. Il pousse à l'Encyclopédie, diffame quelques honnêtes gens, poursuit de ses sarcasmes Frérot et Desfontaines, et vit dans l'intimité d'une marquise complaisante et d'un roi philosophe. Sa langue fut la langue française, mais sa patrie était partout. Dès qu'on lui rend hommage, il est à l'aise et se sent chez lui* Il complimente avec autant de laisseraller Richelieu qui prit Mahon, que Frédéric vainqueur à Rosbach. Il félicite un étranger qui nous bat et s'égaye aux dépens d'un concitoyen en déroute. Ce qu'il regarde, - c'est la personne; ce qui lui plaît, c'est le succès ; ce qu'il flatte, c'est la fortune. Ses affections furent moins vivaces que ses haines ; cependant, outre lui, il aima quelques personnes, parmi lesquelles sa nièce Denis, Belle et Bonne, et un débauché selon son cœur, Villette, auquel il maria Belle et Bonne. Il fut charitable aux gens de Ferney, dota la nièce de Corneille et secourut Galas. Il faisait le mal avec délices,

le bien avec ostentation. Mais, en fait de bonnes actions, la plus petite est d'un grand prix, et, selon le dire du poète,

Tout se compte ici-bas et se rachète en haut.

La démocratie n'empêche pas les sentiments et n'exclut pas les faiblesses. On est homme, et ce motlà dit tout. Ce qui rehausse Voltaire aux yeux de M. Havin, c'est moins le génie qu'il déploya que les relations qu'il entretint. Voltaire fut l'ami et l'obligé d'une impératrice et d'un roi. Il enseigna la poésie au grand Frédéric, la philosophie à Catherine la Grande, et s'il perdit son temps, il faut au moins reconnaître que, de ses deux élèves, l'un avait peu de dispositions pour la rime et l'autre pour la raison. Être le point précis où viennent aboutir l'admiration populaire et la faveur royale, devenir l'oracle de la multitude et le conseiller des princes, faire en faveur du vulgaire des livres conformes à l'ordonnance des cours, quel rêve pour un plumitif de la démocratie militante! Voltaire et M. Havin ont au moins une ressemblance commune : c'est leur amour du roi de Prusse, pour lequel tons les deux ont beaucoup écrit et prodigieusement travaillé.

En vérité, il est temps d'en finir. Avant d'élever la statue, expliquez-vous sur l'homme. Voltaire, à vous entendre, fut l'apôtre de la libre pensée ! Ce n'est pas tout que de penser librement : l'important, c'est de penser juste. A ceux de vos lecteurs, et il en est, qui ont gardé la foi d'une autre vie et l'espoir des jours

meilleurs, dites qu'il prêcha dans le monde la croyance du néant et la solitude du ciel. A ceux de vos lecteurs qui rêvent de Rome antique et des vertus républicaines; dites qu'il courba le front au niveau des mains, même avilies, qui disposaient de la puissance. A ceux de vos lecteurs qui aiment leur pays et connaissentson histoire, dites qu'il insulta ses gloires et railla ses dé. sastres. A ceux de vos lecteurs qui comptent parmi les derniers amis de la pauvre Pologne, dites, dites encore qu'il applaudit à son martyre et chanta ses bourreaux, et vous viendrez après récolter des aumônes et proposer des statues. Pauvre Voltaire ! après les éloges de Frédéric II, ceux de Léonor Havin! Il y a donc une justice en ce monde !

Il convient de varier les sujets, les genres et les temps. Je me suis rendu, l'autre jour, à l'exposition des œuvres du peintre Bellangé ; j'y allais avec le désir de voir, j'en suis sorti avec l'envie d'écrire. Tout ce que Bellangé a fait, ou presque tout, pend aux murs de deux ou trois salons. Tout est là : les tableaux et les ébauches, les croquis à la plume, les caprices du crayon, les œuvres de l'aurore et celles du déclin, les premiers succès et les derniers triomphes, les travaux, l'histoire et la vie d'un homme. Toutes ces toiles ont leur légende et leur langage. Chacune d'elles porte une date et rappelle un souvenir. Elles se suivent comme les jours, se ressemblent comme des sœurs. Images du passé perdu, dont elles nous rendent la vision fugitive , elles sont les fruits de la vie et les reliques de la mort.

Quoi qu'il en soit, l'artiste est là tout entier et peut être jugé selon ses œuvres. Mon impression sincère est que Bellangé avait plus de talent qu'il n'a laissé de renommée. C'était un véritable peintre, ayant la science acquise et la couleur innée. Il est personnel et a sa façon de voir et sa manière de rendre. Peintre de l'école militaire, il s'est voué à l'étude du soldat et à la reproduction des batailles. Il excelle dans l'art de disposer ses corps d'armée et de masser ses phalanges. Gomme il saisit le militaire dans chacune des attitudes qu'il peut prendre, en marche, courant à l'ennemi, ou au repos entre la bouteille etla servante ! Gomme il le rend au naturel ! visage martial, air joyeux, vif de mouvement, léger d'allures ! Il sait la poésie et les deuils du combat, et parfois une ombre de mélancolie se répand sur la toile attristée. Je n'ai pu voir sans émotion son tableau des deux amis, un des derniers qu'il ait faits.

Les deux amis, réunis dans la mort comme ils Tétaient dans la vie, sont couchés l'un près de l'autre sur la bruyère en fleur. Le capitaine efface de son carnet les noms de ces héros obscurs qui ne figureront plus dans les appels du soir, et les regarde de l'air indifférent et bon d'un homme qui sait que son tour viendra peut-être de reposer où ils reposent et de mourir comme ils sont morts.

Bellangé n'a pas de préférences : il traite d'une main exercée le canon, le cheval et l'homme. Regardez le meilleur peut-être de ses tableaux et le plus touchant à coup sûr, puisque le temps de l'achever ne lui fut pas donné. C'est la charge des cuirassiers de

Waterloo. Ils gravissent le plateau du Mont-Saint- Jean ; les uns tombent sous la mitraille anglaise, les autres s'élancent, bride abattue et sabre au vent. Il s'est inspiré des vers de Hugo , et le peintre vaut le poète. L'œuvre de l'artiste embrasse le cycle entier des batailles modernes depuis Marengo jusqu'à Magenta. Tous nos combats heureux ne revivent pourtant pas sous ses pinceaux, et je sens que ce n'est pas sa faute si nos victoires sont plus nombreuses que ses tableaux.

J'ai revu là toutes les grandes pages de la vie du nouveau Gésar. Partout l'Empereur au milieu de son année, tantôt

Gouvernant un combat du haut de la colline,

tantôt assistant au défilé de ses légipns et salué par ceux qui vont mourir, tantôt dans quelque village de France, retenant la fortune lassée et profitant de ses derniers sourires. De tout cela, que nous reste-t-il ? le souvenir d'une gloire inutile et l'ombre d'un grand nom. J'allais en répétant tout bas les vers de Juvénal :

I nunc 7 i démens, et sœvas curre per Alpes, Ut pueris placeas et declamatio fias.

Va donc, insensé ! parcours les Alpes et l'Italie, lance tes aigles du Louvre au Kremlin, pour servir de légende aux enfants et de prétexte à un tableau d'histoire!

Le soir, je lisais dans les journaux le récit de l'i-

nauguration du monument qui s'élève au champ de bataille de Montmirail. Il est bon que l'homme se souvienne, quand la nature oublie, et que les enfants placent une croix sur les terrains sacrés où leurs pères ont combattu. La cérémonie, comme il est d'usage, commença par des discours et finit par un banquet. Ce qui m'a frappé, c'est que sur ce théâtre de la dernière victoire de l'Empire, à la place même où nos soldats, ramenés après vingt années de triomphes sur le territoire de la patrie, luttaient non plus pour son agrandissement mais pour son salut, un député a célébré les bienfaits de la paix et le retour de la liberté, jadis l'ennemie, maintenant l'alliée du pouvoir. Quel changement dans les esprits et quelle leçon pour les puissants ! Il est donc vrai ! Nous avons enfin profité de l'expérience acquise. Ce qui nous reste au cœur, après tant de gloire inutile et de sang répandu, après tant d'épreuves subies et de gouvernements essayés, c'est le besoin de vivre en paix et la volonté d'être libres.

Mars 1867.

M. CHESNELONG ET M. EMILE OLL1VIER*, LA POLITIQUE DE M. ROUHER; NOS CRAINTES ET NOS REGRETS

Heureux les députés, s'ils connaissent leur bonheur ! Ils parlent plus librement que nous ne pouvons écrire, et, pour comble de fortune, on leur a rendu la

vieille tribune de Juillet, dont on a retranché les coqs depuis qu'il est certain que nous avons des aigles. Quand les débats de la Chambre me sont contés, j'y prends un plaisir extrême, et plus d'une fois l'envie me vient de lancer une interruption ou de placer un discours. Ah ! si vingt mille électeurs seulement me donnaient le pouvoir de faire des lois et de parler pour eux, il me semble que je dirais des choses à étonner les murs, qui ont parfois des oreilles. J'ose croire que j'éviterais les syncopes de M. Marie, lequel a le tort de remplacer par une bouillie trop épaisse les petits cailloux que Démosthènes introduisait dans sa bouche éloquente.

Si je craignais de rester court, j'apprendrais par cœur mes harangues et je disputerais à M. Chesnelong le premier prix de récitation. M. Chesnelong est une des fleurs du pays basque qui devait tôt ou tard s'épanouir dans la grande serre de Paris. Sa réputation, trop serrée dans la ceinture d'Orthez ou dans les murs de Saint-Jean, se répandait dans les banlieues et courait, comme un isard émancipé, des rivages de la mer aux versants des Pyrénées. Né dans un pays dont les habitants sont poètes et les jambons illustres, les comparaisons se pressaient sur les lèvres des indigènes qui voulaient le chanter en basque ou l'honorer en français. L'élévation de son esprit rappelait les cimes nuageuses de l'horizon, et ses paroles roulaient plus harmonieuses que les flots de l'Adour, qui, comme lui, réfléchissent le ciel et se perdent dans l'infini.

Pour que M. Chesnelong fût nommé député, il fal-

lait que H. Larrabure se résignât à une abdication ou à un déplacement. Le gouvernement chérissait d'un égal amour ces deux défenseurs de sa cause, et s'il était touché de l'ardeur enthousiaste du conscrit, il ne pouvait oublier le dévouement du vétéran. On sait comment si on ne sait pourquoi M. Larrabure fit, d'Orthez à Pau, un voyage de complaisance. M. Ghesnelong passa dans Orthez comme passe une lettre à la poste quand M. Vandal ferme un œil, et le département des Basses-Pyrénées, menacé de F extinction d'un de ses flambeaux, eut la douce satisfaction de pouvoir les allumer tous les deux. M. Chesnelong, dont les discours sentent l'huile, a un vrai talent, celui de plaire. C'est le député modèle qui peut suffire à six années de travail effectif et régulier. Dans ce qu'il dit, rien qui étonne ou qui détonne. Ordinaire, mais fleuri, ilse tient dans les régions mixtes, et il a le don d'exprimer l'opinion du plus grand nombre de façon à ce que personne ne se sente ni étranger à ses idées, ni éloigné de son talent. Il traite toutes les questions, effleure tous les sujets, réussit à tous les lieux communs, y ajoute le condiment des convictions religieuses tempérées, laisse reposer le tout, et sert à ses convives ce mélange agréable qui se débite à froid.

Après qu'il eut parlé, j'ai cherché ce qu'il avait dit. Où l'admiration déborde, la critique perd ses droits. J'ai cru comprendre cependant qu'aux yeux de l'orateur la liberté est un moyen, et le but, le bien-être ou le progrès. Pour nous la liberté est un principe dont l'application affermit le bien-être et constitue le pro-

grès. Elle est la santé des nations viriles et la condition de la richesse, comme elle en est la garantie* Les peuples qui Pont perdue cherchent des dédommagements dans des besoins satisfaits ou des chimères poursuivies. Les uns s'éprennent d'un conquérant et collectionnent des victoires; les autres demandent des distributions de pain et les joutes du Colisée. Il en est qui, épris d'architecture, ont le goût des palais que Ton construit sans art et des jardins qu'on ne sait plus suspendre. Rome est tombée. Babylone n'est plus. L'Egypte déclina du jour où Cambyse entraîna dans une expédition lointaine une armée qui fut détruite non par les ennemis, tant de fois vaincus, mais par le soleil, à qui l'on éleva un temple de plus. Aujourd'hui, de cette grandeur disparue il ne reste pour la contemplation de quarante siècles au moins que des colosses de pierre dans un désert de sable.

Si M. Chesnelong s'épanouit, M. Ollivier s'abandonne ; l'un est au nombre des admirateurs enthousiastes, l'autre appartient à la classe des satisfaits par réflexion (1).

M. Ollivier, qui tourne avec une lenteur calculée, a mis huit ans à opérer son mouvement autour du soleil, et maintenant il est arrivé à ses antipodes, c'est-à-dire qu'il a la tête où jadis il avait les pieds, et que le jour se lève pour lui quand pour nous commence la nuit. Naïvement orgueilleux et plein de lui jusqu'aux bords, il regarde comme une preuve d'impuissance l'immo-

(i) Tous deux ont été républicains ; mais si peu t

bilité des autres, et prend pour des marches en avant ses évolutions dans un cercle. Grand homme de naissance, avec la vocation d'être utile, il demande une place au soleil et la veut lucrative. Gomme autrefois Narcisse, il adore son image et se prend pour un ministre toutes les fois qu'il se regarde dans l'eau; il adresse d'éloquents discours à cette figure qui est la sienne et dont il est épris. Il s'aime dans sa ressemblance, se parle et se répond, se contemple et se sourit, et s'indigne de ce que le plus léger vent vienne troubler la surface de l'eau, le visage du ministre et la douceur de son rêve.

Quand la grande Mademoiselle eut fait tirer le canon de la Bastille sur les troupes du roi, son futur époux, on dit plaisamment qu'elle venait de tuer son mari. M. Emile n'a tiré que sur lui-même et vient de tuer son portefeuille. Il a cessé de faire illusion, il fait nombre. Jadis compétiteur du pouvoir et vélite des libertés sages, il s'avançait les promesses aux lèvres et les réformes aux mains ; aujourd'hui, content de peu et de lui-même, il s'asseoit sur les bancs de la majorité, qui l'accueille comme un transfuge, et près d'un ministre qui le reçoit à correction. Il regarde rouler sans lui le coche dont il ne peut plus être le conducteur et dont il a renoncé à être la mouche. Instrument brisé avant d'avoir servi, il est devenu sans valeur depuis qu'il est sans résistance, et s'il a gardé la vanité de s'offrir, il a perdu le moyen de se faire accepter. Il a recueilli le prix de ses métamorphoses, — la solitude. M. de Girardin l'abandonne; il est vrai que M. Philis

lui reste ; mais mieux valait pour lui un écho grossissant qu'un confident muet. Ce grand débris se console tout seul et, forcément voué au repos perpétuel, il regarde s'allonger devant lui son ombre vaniteuse, qui tourne encore pour le distraire (4).

M. Rouher n'a plus de rival et a déjoué les espérances d'un collatéral trop pressé d'hériter. Il peut se reposer sur ses lauriers récents et s'endormir au bruit flatteur des applaudissements qu'il soulève : Plausurque sui gaudere theatri. Habile comme toujours, il a rejeté le tiers-parti dans le giron de la majorité et a répété les confidences qu'il avait reçues de ceux qui manient la foudre et qui domptent les aigles. Si Jupiter aveugle ceux qu'il veut perdre, il favorise ceux qu'il veut garder. A entendre M. Rouher, tout s'améliore et progresse, et chaque journée de Titus est marquée d'un nouveau bienfait. Les commerçants sont déjà libres, et, sauf l'amende et la prison, les écrivains vont l'être. L'assemblée était sous le charme et ne s'en défendait pas. Et comme jadis, aux chants d'Orphée, les vieux chênes agitaient leurs cimes émues, à la voix du ministre, les graves législateurs inclinaient leurs fronts ridés par le souci des lois.

Aucun de ceux qui furent les quarante-six ne s'est levé pour répondre. Les ombres ne parlent plus. Et cependant à M. Rouher vantant les bienfaits concédés, les progrès accomplis et les libertés octroyées, on pouvait dire : Quel fruit nous revient-il de votre politique?

(I) Quand ces lignes furent écrites, M. Ollivier avait to :rné : depuis, il s'est retourné. Il ne peut ni rester en place, ni en avoir une.

Au dehors, l'Italie, que vous avez faite, vous est-elle reconnaissante? L'Allemagne, que vous avez laissée faire, vous sera-t-elle alliée? La Russie, que vous avez vaincue, vous prend-elle pour juge dans les affaires de Pologne, pour guide dans la question d'Orient? Au Mexique, d'où vous faites une retraite que ne chanteront pas les Xénophons de l'avenir, qu'avez-vous gagné qui soit la récompense de l'argent dépensé et du sang répandu ? Au dedans, les impôts aggravés, les emprunts successifs et la dette publique accrue ; l'armée doublée, malgré la paix ; malgré nos vœux, les libertés ajournées. Si bien que du second empire il faut remonter au premier pour retrouver un gouvernement qui ait exigé plus de soldats, de pouvoir et d'argent. La liberté qui vous berça vous ouvrit le territoire de la patrie et les perspectives de l'empire, rendez-lui en échange son droit de cité et sa part de puissance. Si M. Ollivier eût tenu un pareil langage, il eût peutêtre séduit la Chambre et conquis son ministère. Quand le paysan du Danube eut fait entendre au Sénat romain la vérité toujours bonne à dire, il se coucha dans l'attitude d'un condamné ; il se releva patrice.

En quinze années de pouvoir absolu, un peuple vieillit et s'endort. Aujourd'hui, si le réveil se fait, si le mouvement se propage, si les générations nouvelles aspirent avec plus d'ardeur les souffles de la vie et de la liberté, l'honneur de cette renaissance revient tout entier à ceux qui n'ont pas désespéré : quelques députés dans les Chambres, quelques journaux daos le pays. Pour prix de ses services, et comme récom-

pense de son courage, la presse eût, ce semble, mérité des lois plus douces. Cependant, on nous réserve l'amende, comme à des millionnaires; la prison, comme à des malfaiteurs; nous serons, comme devant, jugés, supprimés et timbrés. C'est le cas d'être meilleurs que la fortune et de répéter avec le poète qu'ai* mait l'empereur Auguste : Aujourd'hui, rions et chantons; qui sait si nous vivrons demain?

Avril 1867.

LE R. P. MINJARD, LA RETRAITE DE M. WALEWSKI , LE JARDIN ET LE DUCHÉ DE LUXEMBOURG.

J'ai chômé la semaine dernière. On s'en est aperçu et même on s'en est plaint. Je croyais sincèrement que je pouvais parler ou me taire à mon choix, et que ceux ou celles qui daignent s'intéresser à moi comprendraient que si je n'écrivais pas, c'est que je n'avais rien à dire. Il n'en est rien, et puisqu'il est des personnes qui aiment ma prose, il est clair que n'ai pas le droit de les en priver. La vanité s'éveille en moi, et je me dis que si mon silence est remarqué, c'est que mes œuvres sont remarquables. Je ne suis pas une violette, et j'en gémis.

On me fait remarquer que les sujets abondent. C'est

possible, mais j'ai le malheur ou de ne pas les voir, ou de n'en être pas séduit.

— Parlez-nous du théâtre? — Je n'y vais guère. — Des livres nouveaux? — Je ne lis que les anciens. — De Clichy, où l'on illumine? — Je n'ai pas de dettes; il est vrai que je peux en faire, et ceci est une idée. — Nous sommes en carême — A qui le dites-vous? Je jeûne, je vigile, et depuis trois semaines j'ai mangé plus de poissons que je n'en pécherai jamais. — Allezvous au sermon ? — Hélas ! madame, j'ai négligé d'en entendre, depuis que j'ai pris l'habitude d'en faire. — Tant pis, je le regrette : pour vous, qui pourriez profiter ; et pour moi, que vous pourriez instruire ; vous m'eussiez dit par quel côté le P. Félix se rapproche du P. de Ravignan et comment le P. Minjard se distingue de Lacordaire. — Hélas ! madame, il ne se distingue pas, et, s'il faut tout vous dire, j'aime mieux parler d'Alexandre que de ses successeurs.

L'habit, qui fait le moine, ne fait pas toujours l'orateur ; mais, comme dit le berger de Virgile, dont j'imiterai la prudence :

Non licet inler nos tantas componere lites.

Il ne nous appartient pas de soulever de si grands débats, et il est convenable de s'abstenir, dès qu'il devient difficile d'allier le respect à la franchise. Toutefois, j'ai gardé du P. Minjard un souvenir que je retrouve aisément dans ma mémoire, d'où peu de choses s'envolent. Il y a de cela six ou sept ans, et dans ces temps lointains vous étiez une fleur en bouton, ou, si

vous aimez mieux, un enfant qui promettait de s'épanouir en femme ; le P. Minjard prêchait alors à la Madeleine, ma paroisse et la vôtre ; il eut un joli succès, et vos pareilles couraient à ses sermons comme les hommes courent au feu, quand le feu parait quelque part. Il trouvait le chemin des cœurs, chemin qui n'est pas sans charmes, vous en conviendrez vous-même, et plus d'une, en l'écoutant, sentit poindre à ses yeux ces larmes brillantes que j'aime mieux comparer à des gouttes de rosée qu'à des perles, car la rosée vient du ciel et la perle se trouve ailleurs.

J'allai l'entendre. Le Révérend Père parla de la jeunesse, et le sujet ne me pouvait déplaire, car j'étais jeune alors et je moissonnais à pleines mains où je glane aujourd'hui. A cette époque, beaucoup des nôtres, nobles cœurs, épées vaillantes, s'enrôlaient gaiement sous la bannière pontificale et offraient leur vie pour défendre de toutes les royautés de ce monde la plus petite et la plus haute. Us l'ont offerte, en effet, et Dieu l'a reprise à plusieurs. Le monde n'a pas oublié les glorieux vaincus d'Ancône et de Castelfidardo, et mon cœur se gonfle d'orgueil en pensant qu'ils se sont levés parmi nous, ces jeunes hommes qui ont donné le seul grand exemple de sacrifice et de dévouement qu'aient vu nos misérables temps.

Je m'imaginais que le prédicateur leur réserverait ses plus éloquents éloges et ses fleurs les plus fraîches ; nullement, le Révérend Père avait alors un charmant défaut dont chaque jour le corrige : la jeunesse, dont il nous parlait. Les jeunes curés sont durs aux autres

comme à eux-mêmes ; les vieux seuls ont acquis cette indulgence souriante qui est une des grâces de la vertu. L'orateur fut sans pitié pour la jeunesse, dont il était membre. Il lui reprocha ses vices et ses erreurs, son ignorance et ses excès, et, aussi impitoyable qu'un juge de la sixième chambre vis-à-vis d'un journaliste, il nous damna tous en bloc, sans exception, sans talent et sans merci.

Comme de coutume, ce fut à la fin qu'éclata le bouquet. Les jeunes gens, dit le Révérend Père en accompagnant ces mots terribles d'un geste qui n'était pas plus rassurant qu'eux, les jeunes gens méritent d'être fouettés en place publique, par la main, — ici une pause, — par la main d'un sergent de ville. J'avais eu peur que le bourreau n'intervînt, comme dans M. de Maistre, et j'en fut quitte pour la peur et pour les sergents. Ayant regardé du coin de l'œil le brigadier de service, je lui trouvai le bras long et la main large, et je m'affermis sur ma chaise pour me soustraire au grand air de la place publique et à la droite des sergents.

Depuis ce jour-là, je garde rancune au P. Minjard.

— Bah ! reprit mon interlocutrice, tout Père frappe à côté ; mais brisons là, et, s'il vous platt, parlons politique. Que pensez-vous de la retraite de M. Walewski?

— Hélas, madame, Dieu nous l'avait donné, Dieu nous l'a repris. — Mais enfin il y a quelque chose?— J'en conviens, il y a toujours quelque chose, mais soyons discret, et ne jouons pas avec le feu des fausses nouvelles. Eh bien, on dit, on prétend, on se ré-

pète que M. Walewski a été sacrifié à M. Rouher, qui le trouvait faible, et à la majorité, qui le pressentait libéral. Il aimait trop M. Ollivier, c'est ce qui Ta tué.

Comprenez-vous, madame, à quels dangers nous exposaient les opinions subversives de cet homme en place déjà remplacé et replacé? Les membres de la rue de l'Arcade ont jeté à temps le cri d'alarme, et une fois encore le Capitolè est sauvé. M. Walewski rentre au Sénat, où son filet de libéralisme va se perdre comme un ruisseau dans la grande mer. M. Schneider arrive à la présidence au moment même où l'on parle de M. Rattazzi pour reformer un nouveau ministère italien, et le monde continuera d'aller comme il allait. Il ne restera de l'incident que le cri de M. Latour Dumoulin : « C'est le triomphe de la réaction ! » Par ce mot, charmant du reste, M. Latour Dumoulin a tué sa réélection, bien compromise déjà. Quand ils ont tant d'esprit, les députés vivent peu.

— Et le Luxembourg ? — Voulez-vous parler du jardin que nous n'avons plus, ou de la province que nous voulons avoir ? Les deux sont un sujet de regrets et d'interpellations. — Ah ! monsieur, je vous croyais assez d'esprit pour éviter les plaisanteries faciles. Faut-il tant se plaindre pour l'arrangement d'un jardin où, depuis l'enfance, ni vous ni moi n'avons nùs les pieds, et pour la chute de quelques arbres qui ne reverdiront plus ? Les oiseaux chanteront ailleurs, e * il est encore, Dieu merci, des branches pour les n »ds, des retraites pour les sages, des ombrages pour ks amours.

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Ah! madame, vous bornez votre affection à votre arrondissement et vos regrets ne passent pas l'eau. Nous verrons ce que vous direz quand on embellira les Tuileries d'un boulevard planté de maisons, et quand M. Alphand repassera où Lenôtre a passé. Mais des propos frivoles passons aux choses sérieuses. Nous avons un jardin de moins, aurons-nous un département de plus? La France dit : Peut-être, et la Prusse : Que sais-je ? Le roi de Hollande a, dit-on, l'intention de vendre, pour la bagatelle de cent vingt millions, un grand-duché en bon état, peuplé de deux cent mille habitants, qui multiplieront, j'aime à croire (1). Au prix où sont les hommes et surtout leurs compagnes, les Luxembourgeois ne sont pas chers à cinq cents francs l'un dans l'autre. Allons, messieurs, montez les enchères. Un grand-duché pour cent vingt millions, ce n'est pas vendu, c'est donné.

Personne ne dit rien? Allons, madame, voulez-vous être grande-duchesse ? Faites un signe et je couvre l'enchère... Je me risque et je mets cinq francs. A cent vingt millions cinq francs le Luxembourg et ses dépendances, bois et terres, ruisseaux et plaines, enclos et maisons, bêtes et gens. Chère madame, nous faisons là un placement à dix pour cent ; suivez bien mon raisonnement : chaque Français paye de cinquante ii soixante francs d'impôt annuel, deux cent mille Luxembourgeois multipliés par cinquante donnent dix millions, année commune. Ils les donnent avec enthou-

(1) Le roi de Hollande a fini par garder son grand- duché et ses pelils sujets.

siasme! Vous m'objecterez qu'il y a des charges dont je ne tiens pas compte. C'est vrai, mais il y a des ressources dont je n'ai pas soufflé mot. Nous pressurerons les peuples. Partout où il y a de la gêne, je n'admets pas qu'il y ait de grands-ducs.

Je m'arrête ici, et en me relisant je m'aperçois que me taire eût été plus sage et surtout plus facile.

Afril 1867.

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