‹ Lettres d'une passantChapitre 7 sur 23 · DES DEUX DUMAS , ET SURTOUT DU SECOND · texte numérisé non relu

DES DEUX DUMAS , ET SURTOUT DU SECOND

M me Aubray a des idées qui ne lui coûtent guère. Je viens de les entendre, ce qui n'est pas facile, vu le prix des loges et l'engouement du public. Autant vaut parler des gens qui ont des idées que de ceux qui ne pensent à rien. Voici le plan de ma causerie du jour : un mot sur le père de l'auteur, deux sur l'auteur, trois sur la pièce.

La France a deux Dumas, comme elle eut deux Corneille. Le père est le plus jeune des deux; l'enfant prodige est mort, l'enfant prodigue a survécu, et, depuis qu'il existe, a dépensé, sans compter, sa gloire en fusées, son génie en monnaie et sa monnaie partout.* Il nous a trop amusés pour que nous lui soyons sévères, et nous l'aimons trop pour ne pas lui pardonner tout.

Chose étrange, il a gaspillé plus qu'il n'avait, et il avait reçu assez de talent et gagné assez de bien pour enrichir cent pauvres d'esprit et cent pauvres d'argent Aimable et bon, mais léger et besoigneux, il écrivit pour ses créanciers, ce qui l'empêcha de se borner, et perdit à ce jeu-là, non pas tout, mais une partie de sa sève et de son talent. Il composa de charmantes histoires, et il en eut de vilaines.

Gomme il voyageait avec fruit et comme il contait avec grâce ! Il s'essaya dans tous les genres, poésie, drame et roman, et partout laissa son souvenir et son sillon Son imagination fut la folle de tous les logis, et sa fantaisie nuança ses ailes de la couleur de tous les temps et du reflet de tous les cieux. Pour parler le langage hippique, il l'emporta sur Walter Scott d'une Ion? gueur et demie, et, pour me servir d'une langue moins profane, il est digne de délier les cordons des souliers de Shakespeare. Orgueilleux de bonne foi, nègre au teint pâle, cheveux crépus, œil vif, bouche sensuelle, il a l'air d'un sultan de comédie qui use sa dernière douzaine de mouchoirs; revenu des lointains pays, fatigué des Muses et blasé sur les amours, il a gardé pour la joie de ses derniers jours sa santé de fer et son incomparable estomac. Populaire et partout bien reçu, à lui tout seul, s'il faut l'en croire, et il ne le faut pas, il a fait Louis-Philippe et défait François IL Familier des grands, camarade de Garibaldi, lié, tour à tour et à de longs intervalles, avec les brigands d'Espagne et les 1 princes du Caucase, il n'en est ni moins gai, ni plus fier, et, comme le pigeon de La Fontaine, il ra-

conte à ses frères, qu'il désennuie, ses aventures et ses voyages. Rien ne lui est étranger, ni le monde, ni la littérature, ni la cuisine : il tient la queue de la poêle et retourne une omelette de la main qui détrôna les rois et fit Monte-Cristo.

Son fils est un de ses meilleurs ouvrages. Heureux le second Dumas, s'il avait pris toutes les qualités du premier aussi soigneusement qu'il en évita les défauts. Moins inventif, mais plus réglé, moins fécond, mais plus laborieux, il a remplacé les dons innés par le talent acquis, et le génie absent par le travail et par l'art. Le père, et je demande grâce pour une comparaison hasardée, le père était une terre généreuse qui fleurissait sans culture; le fils est un terrain plus avare qui ne produit pas sans fatigue et se repose après la moisson. Tout dans le second Dumas, jusqu'à l'esprit, sent l'huile et la meilleure qui se puisse sentir, ce qui revient à dire qu'en admettant le résultat obtenu, on s'inquiète de l'effort déployé. Les fleurs qui s'épanouissent sous le vitrage des serres sont plus belles et plus rares que celles qui naissent aux champs abandonnés, mais il leur manque ce je ne sais quoi qui est la grâce même et qui leur vient en liberté d'un rayon de soleil ou d'une goutte de rosée.

M. Dumas fils s'est fait seul et se doit tout, renommée, fortune et succès. Dès qu'il a pu, il a volé de ses propres ailes, et au lieu de dépouiller le vieil homme, c'est-à-dire son père, il a tout pris sur son propre fonds, et tout créé de ses ressources. Son début fut un triomphe mérité. Du premier coup il donna sa mesure,

et depuis, s'il n'a pu grandir, il a su se maintenir au rang qu'il avait conquis dans la faveur publique. Il a la conscience de sa valeur et le respect de son art, ne tient pas une boutique, mais une école dramatique. Tandis que ses rivaux élèvent à la hâte des baraques provisoires en vue d'une vogue de cent jours, il construit lentement et couronne son édifice avec un soin intelligent. Il cherche à jeter dans ses comédies le reflet des mœurs et l'image des vivants, et à en faire un miroir limpide où se reproduisent la couleur du temps et la force des choses. Ces œuvres, fortement voulues et jetées de haut, contiennent, agitent et mêlent les questions actuelles, les vices nouveau-nés et les problèmes endormis; aussi, dès leur apparition, elles entrent dans les controverses ardentes et passent comme ces chars emportés qui soulèvent dans leur marche les clameurs des passants et la fange des chemins.

M. Dumas fils a ouvert des chemins inconnus, où s'est lancé derrière lui le troupeau des imitateurs. Il a exploré un nouveau monde, je veux dire le demimonde. Le premier il a transporté sur la scène la courtisane moderne et nous a fait pleurer sur les malheurs d'une Marguerite effeuillée. On vit défiler une série de personnages pris sur le vif, et ressemblants à faire peur, les figures de nos amis, et les ombres de nous-mêmes. Plus de convention ni de morale, mais la vie réelle et le vice sans fard. Entremetteuses et fils de famille^ soupers bruyants, amours tarifés, rires bêtes, paroles vides, sottes actions, et, reine de toutes les fêtes, but de toutes les intrigues, cause de toutes les ruines, la

fille perdue, couverte de diamants qu'au jour de sa vente prochaine se disputeront les marchandes à la toilette et les lionnes du grand monde ! Boileau prétend qu'il n'est pas de serpent qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux. Le serpent nous plut. Et tout à coup la pécheresse ressentait les effets bienfaisants d'une passion qui, pour n'avoir rien de platonique, n'en était pas moins sincère. Qu'importe ! la vérité, de tout temps, nous fut plus chère que Platon. Ce mal d'amour se compliquait du mal de poitrine. Aimer, n'est-ce pas se racheter? Mourir, n'est-ce pas expier? Ainsi, disait l'auteur, ainsi pensait le public qui s'apitoyait chaque soir sur cette victime de l'amour instantané et de la phthisie galopante.

Une autre fois je ferai un voyage complet autour des œuvres de l'auteur, et j'irai en pèlerinage du Demi- Monde au Fils naturel. Aujourd'hui j'oublie les détails pour n'envisager que l'ensemble. M. Dumas n'écrit pas pour nous raconter, mais pour nous prouver quelque chose. C'est un philosophe qui met sa morale en action dramatique : il traite les questions sociales par la comédie en cinq actes, et s'efforce de faire rentrer les exceptions dans la règle, comme on ramène les brebis égarées dans la bergerie commune. Il réhabilite les Madeleines par l'amour, les fils naturels par le génie, et* pour corriger la société des misères qu'elle ne peut guérir et des préjugés qu'elle ne peut vaincre, il lui prescrit de rendre l'honneur aux courtisanes qui s'amendent et de refaire une légitimité aux bâtards qui se distinguent. L'auteur est un orfèvre qui parle d'or,

et il se fait juge là où il devrait rester neutre. Il aime mieux fausser notre jugement que corriger le sien, et il me rappelle l'histoire de ce bossu qui ne pouvant redresser sa taille voulait courber le dos des autres.

M. Dumas serait trop heureux s'il employait à penser mieux que tout le monde le talent qu'il dépense à penser autrement. Pour me servir de l'ellipse de Jean Racine, nous l'aimons paradoxal, que ferions-nous sensé? Vous vous souvenez de l'affaire Clemenceau. Ce Clemenceau, comme de raison, est un bâtard qui, comme de juste, a du génie dans la sculpture et du malheur dans l'existence. Il épouse une Polonaise de la petite Pologne, et, artiste excellent, mais époux singulier, il taille d'après sa femme une infinité de Vénus qu'il expose à l'étalage des marchands de bronze. Sa Polonaise le trompe d'abord pour un Russe, ce qui est d'un mauvais cœur, puis pour des Français, ce qui indique du repentir dans l'inconstance, et enfin pour un monarque grisonnant, ce qui dénote de l'intelligence dans la rechute. Ce dernier trait est pris sur nature. Mais chut! si jadis on a vu des rois épouser des bergères, on le voit encore aujourd'hui.

Clemenceau voyage pour se distraire, et revient amoureux de sa femme et jaloux du prince régnant. Il entre un beau soir chez son infidèle et l'égorgé au petit jour. Après quoi il se constitue prisonnier et écrit ses mémoires. En habile homme, M. Dumas pousse à l'acquittement des Clémenceaux présents et futurs, par cette raison que la société est responsable des égarements de ses enfants perdus, et que l'on doit considérer

comme naturels les actes de ceux qui ne sont pas légitimes. De ce que nous avons des lois contraires à la recherche du père et des préjugés favorables à sa présence, il s'ensuivra que les Antonys ou les Clemenceau*, invoquant la fatalité qui arme leurs bras d'un couteau de cuisine ou d'un couteau à papier, s'écrieront pour toute défense : société, voilà de tes coups! Jeune homme, tu avais du génie, ce qui est plus rare que d'avoir un père ; tu es l'artisan de ta destinée et la cause de ton malheur. Aussi, si je fais partie du jury qui te jugera, je t'appliquerai le maximum des journalistes, quand bien même tu m'offrirais de me sculpter, sous les traits de Bacchus indien ou d'Apollon vainqueur. J'arrive maintenant aux idées de M me Aubray . Cette respectable dame a pour idées la régénération de l'amour et le pardon des fautes. A ses yeux, il n'y a pas de coupables, il n'y a que des malades, et aucune maladie n'est mortelle. Une femme quitte son mari et ses enfants pour courir les champs avec les amoureux de sa belle nature ; elle avait cette fièvre des voyages que les années dissipent : pardonnez, dit H me Aubray à son ami Barantin, la guérison de la femme adultère, c'est le pardon du mari trompé. Je suis homme et non médecin, répond l'ami Barantin; et il a cent fois raison. Ha femme est vieille et sans clientèle, et je vois dans son repentir plus d'intérêt que de sincérité. Quand la Madeleine pénitente répandit sur les pieds du Christ ses pleurs, ses parfums et ses cheveux, Dieu pardonna, mais il savait bien que les remords étaient durables et que les cheveux étaient vrais.

M™ Aubray fait la connaissance d'une certaine Jeannine, mère sans mari et riche sans héritage. Jeannine raconte r éternelle histoire des filles qui naissent courtisanes. A dix-sept ans, Dieu, le bel âge! elle a, par un de ces hasards qui n'arrivent qu'aux filles pauvres, rencontré sur le chemin de sa mansarde l'héritier d'un agent de change. Aimait-elle? Pas si niaise. Elle a cédé aux conseils de sa mère et à l'éloquence du trois pour cent. Elle n'a pas plus de remords qu'elle n'eut de vertu. Son séducteur s'est marié en lui laissant comme souvenir un petit garçon et de petites rentes, et elle débite son anecdote d'un air si candide et d'une voix si douce que M me Aubray l'appelle une inconsciente et en fait son amie.

Chère demoiselle Jeannine, ne croyez pas un mot de ce que vous dit M mft Aubray; toute fille de dix-sept ans est assez grande pour se garder de la cueillette des pommes et des discours du serpent. On ne se trompe pas entre le bien et le mal, et tous les choix sont libres. C'est la facilité du vice qui fait le prix de la vertu. Une fille qui tombe a beau s'écrier : « C'est pour ma mère, » ce prétexte n'amortit pas la chute, et si la famille a des exigences, la piété filiale a des bornes.

M me Aubray reçoit Jeannine à correction et veut la placer avec avantage. Un bon mariage couronne les bonnes œuvres. Prenez mon ours, dit-elle, à un jeune écervelé qui, ayant fait de l'amour une profession, veut avancer dans la carrière : l'ourse est-elle jeune et jolie, douce, riche et honnête? Non. Comment, non? Elle a un enfant de cinq ans dont vous serez le père ; c'est

un commencement de famille et une avance d'hoirie. Le jeune éc'ervelé recule plus épouvanté que le flot qui apporta le monstre funeste à Hippolyte. Voyons, soyons sérieux, reprend M"* Aubray, dont les idées bouillonnent. Êtes-vous sans reproche pour avoir le droit de jeter des pierres dans le jardin des autres ? Il n'y a qu'une photographie dans l'album de Jeannine et il y en a cent dans le vôtre. 11 faut des époux assortis, et en rendant quatre-vingt dix-neuf points à votre femme vous jouerez à égalité la partie du mariage. Si le passé vous gêne, vous l'oublierez, et, quoi qu'en ait dit César, il vaut mieux être le second dans une jolie ville que le premier dans un triste village.

Jamais paradoxe aussi fortement rayé ne frappa les oreilles des bons bourgeois assis sur des fauteuils payés d'avance. On n'est pas forcé de réfuter tout ce qu'on est contraint d'entendre. On sait le reste. Le jeune Aubray est amoureux de Jeannine et demande à sa mère un consentement qu'elle refuse. Pourquoi? dit le fils respectueux. Parce que Jeannine a failli, répond M œe Aubray, revenue à un bon sens passager. — Mais tu voulais la marier à un autre. — Mais cet autre n'est pas toi. — Mais le repentir, mais le pardon, mais l'amour ! j'aurai donné le précepte et non l'exemple. M me Aubray avait perdu ses idées, son fils les lui rapporte. En guise de récompense honnête, elle lui accordera la main de Jeannine. C'est sublime ! s'écrie le jeune étourdi; c'est raide! reprend l'ami Bar an tin. Et sur ce, ce n'est pas la pièce qui tombe, mais la toile. Ainsi finit la comédie.

Eh bien ! celte comédie, tous les critiques Font applaudie, de crainte sans doute de passer pour les Zoîles d'un autre Homère, la peur de paraître jaloux leur a fait perdre le courage d'être sincères. Où ils ont perdu leurs droits, je voudrais reprendre les miens. M. Dumas fils n'a pas consommé cette œuvre du démon qui s'appelle une comédie... l'œuvre se traîne sur ses quatre actes boiteux. Peu de mouvement, d'intrigue et de vie; en revanche, des phrases sonores et des tirades de sept lieues ; l'intérêt languit et l'ennui gagne. On entend à chaque instant la détonation des paradoxes, et on achèterait plus cher que sa stalle quelques minutes d'arrêt à la station du bon sens. Les mots pour rire n'abondent pas dans le dialogue, et les personnages de l'auteur ont trop d'idées pour avoir un peu d'esprit. Du talent, cependant, et qui en doute ? mais dépensé à donner aux filles-mères une petite place au coin du feu des vestales. A la sortie, j'entendais un monsieur fredonnant le refrain d'une chanson bien connue :

Le jour viendra que le père éclairé Donn'ra sa fille au forçat libéré.

Ne hâtons pas cette heureuse journée, et n'éclairons pas le père.

Si M. Dumas a voulu démontrer que le repentir rachète les fautes et relève les coupables, il n'a pas l'étrenne de sa preuve. Seulement il faut appliquer au pécheur qui revient sur l'eau la règle des jeux innocents : Quiconque a failli doit donner un gage. Rien

n'est plus commun que le nom de repentir, rien n'est plus rare que la chose. « Ah ! tu crois qu'il n'y a qu'à dire : je me repens, et que Dieu va te donner tout de suite la force et le triomphe. Dieu ne croit pas les hommes sur parole, et il ne commencera à se fier à ton repentir que dans deux ou trois mois ; ainsi nous avons du temps devant nous. » Qui a dit cela? M. Dumas fils, dans un roman de sa jeunesse. Il avait raison alors; il a tort aujourd'hui. Jeannine pleure, Jeannine crie, Jeannine veut qu'on la marie. Hé, pas si vite, mademoiselle. Cherchez l'expiation avant de demander la récompense. N'en déplaise au sexe opposé, un mari jeune, beau, amoureux et riche, c'est ce qu'il y a de mieux dans cette vallée de larmes que nous appelons la vie; c'est le phénix des anciens, la perle rare, le rêve des vierges, la couronné des édifices et le gros lot des loteries autorisées.

Mais je vais plus loin. Je suppose chez la jeune fille coupable la contrition parfaite et un repentir de première classe; malgré tout cela, je ne me sens aucune velléité de in agenouiller à côté d'elle-même sur le même coussin, comme dit M. Ponsard dans une langue qu'il suppose poétique. J'en ferais mon amie peut-être; ma femme, jamais. Préjugé? non; sentiment? oui. Nous voulons pour compagnes

Des femmes d'un tel prix Qu'il soit bon d'en tirer les âmes de nos fils,

a dit Augier dans des vers supérieurs à ceux de Ponsard, déjà nommé. Le pardon ici-bas n'est pas le frère

de l'oubli, et l'innocence a moins de mérite peut-être, mais a pins de charmes que le repentir. Nous avons l'ambition naturelle d'être en amour les premiers et les seuls. Les femmes ressemblent à l'oranger dont les fleurs blanches ornent leurs fronts novices. Il faut les cueillir en boutons sans attendre qu'elles aient donné des oranges. Au lieu de guerroyer contre les préjugés, pourquoi ne pas s'en prendre à nos vices ? Il y a dans cette société prude et corrompue de beaux sujets qui dorment en attendant le poète. A qui s'enrichit tout est pardonné, et on ne s'inquiète pas de l'impureté de la source en face de la largeur du fleuve. J'ai vu des voleurs impunis adorés des honnêtes gens sans fortune... J'ai vu des épouses ouvertement adultères parer leur mauvaise renommée d'une ceinture de diamants, ouvrir de larges salons trop étroits pour leurs hôtes, et donner la laideur de leurs maris comme la raison d'être de leurs amants. J'ai vu des femmes sans reproche jeter des regards envieux dans l'alcôve des courtisanes et acheter des diamants de rebut tombés d'une épaule impure J'ai vu des jeunes gens de famille attendre pour se marier que le ciel eût mûri les vendanges de Beaune ou d'Épernay, et chercher dans un vin généreux la vérité, c'est-à-dire la fortune. J'en ai vu qui, au lendemain de leurs noces, payaient de la dot de leurs femmes abandonnées les services de leurs maîtresses reconquises. J'ai vu des vieillards chargés d'années vendre, à deniers comptants, cette part d'honneur et ces souvenirs de gloire qui, venant de leurs aïeux, devaient retourner à leurs fils.

Voilà d'admirables matières à mettre en vers et en prose. En vérité, ce siècle est un mauvais moment ; de tout ce qu'on entend les oreilles sont blessées, les yeux choqués de tout ce qu'on voit. A l'Académie, M. Nisard, l'inventeur des deux morales, fait l'éloge de H. Dupin, qui perfectionna son invention. A la chambre, M. Ollivier, rapporteur de la loi qui dote M. de Lamartine, engage les souverains actuels à imiter ce roi de Perse qui jetait un collier d'or au bout de chaque palmier vénérable qu'il rencontrait sur sa route bordée de palmiers. J'imagine que si l'on remplaçait palmier vénérable par olivier pacifique, on n'échangerait que le nom des arbres et nullement le sens des mots. Des journalistes poursuivis, des lois de réaction votées, des bruits de guerre, à l'horizon, et nulle part la liberté. De quelque côté qu'on regarde, les craintes dépassent les espérances, et les événements, les hommes.

At, il 1867.

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