Ney a Bertiiier
Pour ramasser des foui-rages, des farines et des bestiaux, ainsi que pour éloigner les Cosaques (cf. Chamhray, I,p.390) Napoléon fait, au commencement d'octobre, occupjr une plus grande étendue de pays autour de Moscou, et c'est alors que Xey est chargé de s'emparer, à la tète d'un fort détachement, de Bogorodsk; le duc d'Elchingen retrace, dans la lettre suivante, cette expédition.
Bogorodsk, 5 octobre 1812.
Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte ù V. E. que je me suis mis en marche hier à 6 heures du matin, de Moscou, à la tête d'un fort détachement composé d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, pour m'emparer de Bogorodsk.
J'ai rencontré à Piecherot, au château du prince Galitzine, un poste de cinquante Cosaques qui, pendant ma marche, a toujours tenu la grande route devant ma tête de colonne, faisant avec elle le coup de pistolet. Il a fait rompre par les paysans le pont sur la Koupaviaka, en deçà du village de Koupavnia, et, cet obstacle m'ayant arrêté quelques heures, l'ennemi dut penser que je ne pousserais pas plus loin et que je prendrais position en avant de ce point. Mais dès que
le pont a été rétabli, j'ai fait partir la moitié de ma troupe pour cerner Bog-orodsk et m'y établir.
Le colonel de Belair s'est emparé de cette ville avec 1.500 hommes d'infanterie et un escadron de cavalerie vers minuit, et il n'y a trouvé que des paysans, armés, appuyés de Cosaques qui n'ont fait qu'une faible résistance .
Ce matin, 2 bataillons se sont établis en arrière du pont de Bounkova sur la droite de la Kliasma. 50 Cosaques tiennent poste à Kouznetsovo, vis-à-vis Bounkova.
Il paraît que l'ennemi a un rassemblement de milice de peu d'importance à Pokrov. IMais je n'ai pu savoir d'une manière positive s'il s'y trouve des troupes de ligne. On assure qu'il y a deux rég-iments à Yolodimir.
Les paysans qui étaient en partie armés de mauvais fusils et de piques ont été si étonnés de la rapidité de notre marche qu'ils ont jeté leurs armes et se sont dispersés dans les bois. Des lettres interceptées nous ont appris que des officiers russes, envoyés de Pokrov pour organiser la milice, n'ont trouvé personne SUT les lieux et que les paysans montraient généralement la plus mauvaise volonté. Il ma paru, à en juger par ceux que j 'ai vus en assez grand nombre , qu'ils ne veulent pas se battre et qu'au contraire ils désirent rester en bonne intelligence avec nous.
J'ai fait garder une fabrique de poudre de sept mou-
lins à ChaloTO. Il y en a une autre tout près d ici ; les ourriers sont restés en partie et demandent à travailler ; il ne manque que du salpêtre que Ton tire de Moscou, pour mettre ces deux fabriques en pleine activité.
Le pays est très bon depuis le village deKoupavnia. Le cours de la Kliasma est riche en fourrages. Nous avons trouvé ici quelques magasins assez considérable s de vivres et d'eau-de-vie, et beaucoup de piques et de haches destinées à l'armement des paysans .
Jai laissé des postes dans les villages principaux, à Chalovo, Koupavnia, Novadrievma et Piecherot, pour la communication avec Moscou. Je pense que dès aujourd'hui on pourrait envoyer en correspondance de très faibles détachements, et que, dans quelques jours dici, les paysans rentrant dans leurs foyers, la route deviendra sûre pour un homme seul.
Je prie? V. A. S. de me dire si je puis m'établir définitivement sur la direction que je tiens, afm de rappeler près de moi les troupes que j'ai laissées à Moscou. Je proposerais à Y. A. S. de placer la gauche de mes postes intermédiaires au village de Piecherot. Un poste de 20 hommes, infanterie et cavalerie, suffirait au village d'ivanovskoé pour la correspondance avec Moscou qui n'en est qu'à 7 verstes. Le gros de ma troupe serait à Bogorodosk où deux compagnies d'artillerie légère me suffiraient. L'artillerie de ligne et de position pourraient rester avec un petit dépôt d'infan-
terie au couvent de Semiiiov à Moscou. Au moyen de ces dispositions je garderais parfaitement la direction de ^^olodimir et, si l'Empereur l'approuvait, je ferais occuper Pokrov et })ousserais en partie jusqvi'à Volodimir même.
Dans le cas où S. M. consentirait à ce que je restasse ici, je prierais Y. A. S. de faire relever par le 1" corps le poste que j"ai sur le pont de la Moskova, direction de Bronnizj.
P. -S. — Je joins à ma lettre le croquis de la route de Moscou à Bogorodsk et l'état de ce qui a été trouvé dans cette dernière A'ille.