Rapport du capitaine Laplace
Le capitaine Laplace, le fils de Tilluslre savant (qui sera officier croi'donnance de l'Empereur le 6 décembreet qui deviendra, sous le gouvernement de juillet, lieutenantgénéral et sous le second Empire sénateur) a été chargé par Napoléon, le 6 novembre, de lui rendre compte des mouvements de Ney et de Davout. Il remarque, dans son rapport, que Ney fait sa retraite « dans le plus grand ordi'e » sans se laisser arrêter par l'ennemi, et disperse les Cosaques, lorsqu'ils deviennent trop nombreux, par quelques volées de canon. Ou sait — et Gourgaud nous l'a dit — que Ney ne cessait de « monti'er à ses soldats combien ces troupes de Cosaques étaient peu redoutables ».
6 novembre 1812.
Je me suis rendu auprès du maréchal duc d'Eletringen qui commençait à se mettre en mouvement. On avait remarqué le matin quelque cavalerie régulière russe. Lorsque j'ai quitté le corps du maréchal sur les midi, à hauteur du château où avait couché l'Empereur avant la journée de Dorogobouje, son arrière-garde n'avait été suivie que par très peu de Cosaques, et la retraite se faisait dans le plus grand ordre. Dès qu'il se présentait une masse un peu considérable de Cosaques, M. le maréchal la dispersait en tirant quelques coups
de canon. 11 devait s'arrêter en arrière de l'Osma. En revenant, j'ai vu M. le maréchal prince d'Eckmûhl en avant de Dorogobouje, qui m'a dit ne pouvoir suivre les routes qui lui avaient été indiquées, à cause du mauvais état des ponts qui étaient impraticables pour l'artillerie, et même des routes. 11 suivait la route de Smolensk.
o6. TlIIELMANN A BeRTHŒR
Thielmann commandait les deux rcyimenls saxons (gardes du corps et Zastrow) qui faisaient partie du 4^ corps de grosse cavalerie conduit par Latoui'-Maubourg. Il se signala à la bataille de la Moskova et sa bravoure lui valut du roi de Saxe le titre de baron. Mais, lorsque commença la l'etraite, sa brigade était bien réduite ; elle ne comptait plus que 150 chevaux, et le 8 novembre, le jour où il écrit cette lettre à Berthier, elle n'en avait plus que 40. Aus.-i Thielmann désirait-il « un rapprochement prompt des dépôts » ; il ne l'obtint pas, mais il eut l'acompte qu'il demandait sur l'arriéré de la solde ; à Sniolensk, le 1 1 novembre. Napoléon annotait ainsi la lettre de Thielmann : « accordé r avance ».
Près de Smolensk, le S novembre 1813.
Monseigneur, V. A. daignera permettre de l'entretenir un moment de la situation actuelle des deux régiments saxons, faisant partie du 4*^ corps de grosse cavalerie, et de lui faire les observations suivantes relativement aux intérêts communs des deux souverains.
Après avoir obtenu tant de marques honorables de la grâce de S. M. l'Empereur et Roi, — nous nous flattons d'avoir acquis son contentement pendant cette
campagne et notamment à la journée du 7 septembre où nous perdîmes la moitié de notre monde, — il est d'autant plus douloureux pour nous de nous voir aujourd'hui tout à fait démontés et hors d'état de faire service.
N'ayant plus que 40 chevaux sur les deux régiments, dont même la moitié ne suivra guère un ou deux jours de marche, nous n'avons plus assez de monde pour garder nos drapeaux et nous risquons encore de perdre au premier engagement, avec ces drapeaux, une réputation bien acquise. ^lais, ayant aussi perdu, avec les chevaux, les selles, les harnais, et, en plus grande partie, les armes parle manqué absolu des moyens de transport, même des chevaux de remonte ne pourraient point nous remettre en état de service. L'habillement du soldat se trouve, en outre, dans le plus mauvais état.
Votre Altesse daignera donc sentir et se persuader qu'il n'y a qu'un rapprochement prompt de nos dépôts, soit en Saxe même, soit dans le duché, qui pourra nous procurer la possibilité de nous remettre en état de service, et que, sans cela, ces deux régiments seront perdus pour une campagne future.
Si j'ose donc implorer Votre Altesse de nous diriger le plus tôt possible vers nos dépôts, je ne crains point de lui déplaire, n'ayant d'autre vue, comme général d'un allié bien fidèle, que de réunir les intérêts communs des deux souverains, en procurant par ce seu
chemin à S. M. le roi mon maître*e seul moyen de fournir deux nouveaux régiments et de remplir ses engagements comme allié bien dévoué, et je suis persuadé que S. M. le Roi de Saxe approuvera ma démarche, quand Elle apprendra la situation de ses deux régiments qu'EUe ignore jusqu'à présent.
Je ne parle pas du 14*' régiment cuirassiers polonais, comme sa réorganisation est moins de mon ressort ; mais il se trouve dans la même situation.
N'ayant eu depuis le mois de juillet aucune communication directe avec les troupes saxonnes composant le 1^ corps d'armée, mes régiments sont arriérés de solde de quatre mois, et vraiment le corps d'officiers se trouve dans une vraie détresse. J'ose donc adresser la très humble demande à Votre Altesse de me faire avoir, des caisses françaises, un à compte de G à 8 000 francs, sur le crédit de S. M. le Roi de Saxe.
Daignez agréer l'hommage de mon plus profond respect,
De votre Altesse le très humble et très soumis,
Le général de division
Thielmanx.
Commandant la brigade saxonne de la 1^ division.