BUSCHE A SA FEMME
Antoine Busche, né à Paris en 1776, élève de TEcole polytechnique et de l'Ecole des mines, ingénieur à bord de la corvette le Naturaliste, auditeur au Conseil d'Etat en janvier 1810, membre de la Commission de liquidation à Amsterdam, intendant des biens de la couronne en Hollande, vint de Paris, comme Henri Beyle et comme Bergog-nié, porter à l'Empereur le portefeuille des ministres, et sans doute il était poussé, de même que Beyle- Stendhal, par l'envie de voir la Russie, d'éprouver des sensations fortes et de se plonger dans un océan de barbarie. Combien il dut maudire sa curiosité lorsqu'il dut pendant l'incendie de Moscou errer de palais en palais, lorsqu'il dut avec Beyle et Bergognié loger à l'Ecole de médecine, lorsqu'il fit la retraite et perdit tout, sauf son cheval ! Sa lettre à sa femme exprime son désespoir. Mais il se consola à son retour : il eut une des dix-sept préfectures données au mois d'avril 1813, il fut nommé préfet des Deux- Sèvres et Bergognié préfet du Jura. Leur « acolyte » Beyle nobtint rien. Busche fut d'ailleurs maintenu sous la pi'emière Restauration et sous les Cent Jours.
Smolensk...
Ma bonne amie, j'ai tout perdu, voiture, chevaux, effets, domestiques. II ne me reste que le cheval que je montais et ce que j'avais sur le corps. II y a tout
lieu de croire que ma voiture est tombée au pouvoir de l'ennemi, à moins qu'étant restée embourbée, elle n'ait été pillée sur les derrières. La plupart de mes collègues ont perdu plus ou moins ; moi j'ai perdu tout, absolument tout, et même cent écus en argent blanc, qui étaient dans la calèche.