‹ Lettres de 1812Chapitre 59 sur 98 · Ney a Berthier · texte numérisé non relu

Ney a Berthier

Ney occupe la grande route de Dorog-obouge qu'il défend à outrance. Il a ordre de se retirer très lentement parce que le prince Eugène, entouré de Cosaques, n'arrive pas et ne donne pas de ses nouvelles, et aussi parce que ces Cosaques qu'on trouve et qu'on voit partout, voltigent autour de Smolensk sur la rive droite. Le 12 novembre, il est attaqué à Tsoughinovo. Le combat, très sanglant, très meurtrier, dure toute la journée, et on se bat à la baïonnette. Mais le maréchal ne recule pas, et il écrit au major général qu'il ira le lendemain prendre une nouvelle position en arrière de Valoutina.

Tsougixinovo, 12 novembre 181 a.

Monseigneur, le colonel Laboissière, mon aide-decamp, a eu l'honneur de vous rendre compte que j'ai pris position hier ici. J'y ai été attaqué ce matin, et le combat a duré jusqu'à la nuit. L'ennemi a fait les plus grands efforts pour me débusquer; mais je suis parvenu à me maintenir. L'acharnement a été tel de part et d'autre qu'on en est venu à la bayonnette .sur la grande route.

L'ennemi a montré aujourd'hui plus de force que les jours précédents. Son infanterie est aussi nombreuse

que la mienne, et sa cavalerie deux fois plus que tout mon corps d'armée. Pour éviter une mauvaise alTaire, je partirai demain à 5 heures du malin et j'irai prendre une assez bonne position qui existe en arrière de Valoutina, à environ deux lieues de Smolensk : le poste de Valoutina ne vaut rien pour un aussi petit corps que le mien, parce qu'il peut .être facilement tourné par la gauche.

P. S. — On m'amène dans ce moment un soldat du 12^ régiment de ligne fait prisonnier dans les environs de Dorogobouge, et qui est parvenu à s'échapper ; il rapporte qu'il a vu aujourd'hui une colonne de 12 à 1 500 hommes d'infanterie, un très grand nombre de Cosaques et un régiment de dragons. Les habitants apportent sur la route de grandes quantités de vivres et de fourrages à l'armée ennemie.

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