‹ Lettres de 1812Chapitre 63 sur 98 · LETTRES I>E · texte numérisé non relu

LETTRES I>E

me suivirent. L'ennemi m'enAoya plusieurs parlementaires que je reçus à coups de fusil. A une lieue de Krasnoï où j'entendais une vive canonnade, je découvris, sur un. mamelon, à ma gauche, encore une grande ligne de cavalerie, que je ne doutai pas être l'ennemi, puisque les premiers, qui ne m'avaient point perdu de vue, allaient se joindre à eux. Je commandai halte, et j'appelai le chef de bataillon Peletot qui était incommodé et qui se trouvait sous mon escorte. Je lui dis mon intention d'obliquer à droite et de gagner la forêt voisine. Il m'en dissuada, disant que nous ne devions point quitter la grande route, n'ayant aucune connaissance du pays ; que notre 1®"^ corps ne pouvait pas être à plus d'une demi-lieue de distance ; ce que nous prouvait la canonnade que nous entendions. Je voulus lui remettre le commandement et servir sous ses ordres. Mais il me dit : « Vous avez commencé à organiser ; continuez ; cela va bien. » Je commandai halte dans le même ordre, ma pièce en avant. L'ennemi me laissa approcher jusqu'à demi-portée de canon. Alors, la cavalerie, démasquant des pièces, me fît un feu de mitraille de 10 à 15 pièces de canon. Mes hommes ne s'attendaient pas à cette réception ; mon cheval fut tué et je reçus trois contusions de hiscayens qui me renversèrent devant le pont ; 30 à 40 hommes furent sur le champ tués ou blessés dans cette masse profonde ; l'épouvante s'y mit. Je me relevai et ne pouvant suivre ces lâches qui fuyaient à toutes jambes,

gagnant le bois indiqué et le pont du Dnieper, je suivis avec 30 ou 40 hommes qui pouvaient à peine marcher. L'ennemi s'amusa à nous tirer des coups de canon et d'obus, au lieu de faire charger sa cavalerie, qui nous aurait infailliblement tous fait prisonniers. Mais, pendant la canonnade, on gagna le bois et le pont; il n'y eut que les plus faibles, au nombre de 4 à 500, et la pièce de canon qui tombèrent entre les mains de l'ennemi, et je crois pouvoir dire avoir été le sauveur du reste. M. le général de brigade Lejeune et M. le général de gendarmerie Saunier attesteront la vérité de ces faits. La croix m'avait été promise par M. le général Lejeune et demandée deux fois à dilférentes reprises déjà à Moscou. Par suite de malheureuses circonstances, les états ont été perdus, et depuis, étant enfermé dans Thom, d'où je ne suis sorti cpie prisonnier de guerre et porteur de la capitulation à S. A. îe vice-roi d'Italie, je suis resté sans récompense.

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