MouTiEii A Behthier
Mortier vient dappreiulre que Ney débouche .surOrcha, et il ii'ait au-devant de lui, si le prince Eugène ne se charj^eait de ce soin ; mais Mortier est prêt, le cas échéant, à soutenir le vice-roi. « Ney, dit Ségur, s'avançait, demandait du secours. Mais pour la première fois, depuis Moscou, les malheureux soldats avaient reçu des vivres suffisants ; ils allaient les préparer et se reposer chaudement et à couvert. Comment leur faire reprendre les armes et les arracher de leurs asiles ? Qui leur persuadera de retourner sur leurs pas, de rentrer dans les ténèbres et les glaces misse.-? Eugène et Mortier se disputèrent ce dévouement. Le premier ne l'emporta qu'en se réclamant de son rang suprême. »
Au Lirouac en avant d'Orcha, sur la roule de Minsk, le 30 novembre 1812, au soir.
Monseigneur, au moment où j'appris que M. le duc d'Elchingen s'avançait vers Orcha, je me proposais de marcher à sa rencontre avec les troupes de la jeune garde. Celles du i" corps se trouvaient déjà portées au faubourg de Yitebsk et le prince vice-roi que j'ai eu l'honneur de voir, me prévint qu'il marchait lui-même avec son corps d'armée pour dégager le duc d'Elchingen. Je convins avec S. A. que je me tiendrais à por-
tée d'elle pour la soutenir au besoin. Déjà mes troupes étaient sur les hauteurs de la rive droite et enconihrées avec d'autres troupes de différents corps. Je me suis porté à peu près à trois verstes de la ville et, sur le premier avis que me donnera le vice-roi que je puis lui être utile, je me rendrai de suite près de lui. Je viens seulement de recevoir la lettre cpie Y. A. m'a fait l'honneur de m'écrire ce soir. Je ne quitterai cette position qu'après que les troupes du duc d'Elchingen et du vice-roi auront passé.
8 1 . Le général Razout
Le général Louis-Nicolas Razout (1 ) commandait la 2*^ division du 3° corps d'armée sous les ordres du maréchal Ney. Il avait la vue basse, il ne distinguait rien de ce qui se passait tout près de lui et il devait s'en rapporter à ceux qui l'entouraient. De là, dans ses ordres et ses dispositions une incertitude perpétuelle. De là, durant la retraite, à Dorogobouje, l'indécision qu'il montra lorsque il se vit enfermé dans la cour du château et presque cerné par l'ennemi ; de là, les reproches qu'il reçut du maréchal Xey. Mais il fut blessé à Krasnoï, il continua à commander sa malheureuse division qui ne formait plus, le 28 novembre, au passage de la Bérésina, qu'un demi-bataillon, et sous la première Restauration, Xey lui donnait cette attestation honorable :
Pari», i3 juin i8i4.
Je n'ai que des éloges à donner à ^L le lieutenantgénéral Razout qui a montré le plus grand dévouement dans la campagne de Moscou qu'il a faite sous mes
(i; Général de brigade, du i4 février 1807, et de division, du 3i juillet 1811, l*ron de l'Empire, du 29 septembre 1809.
ordres et où il a été blessé : je verrais avec une bien grande satisfaction que S. E. le ministre de la guerre voulût employer ce brave officier général, ainsi que le méritent ses anciens et bons services.
Ney,
82, Ney a Bertiiier
Voici la lettre que Ney envoie à Berthiex' pour lui annoncer qu'il vient de faire sa jonction avec le prince Eugène, et sur un ton modeste et en termes simplesvil expose qu'il a terminé sa retraite. Il promet une narration détaillée ; dans cette lettre ou plutôt dans ce billet il se contente de dire qu'il a été cerné, comme à l'ordinaire, par les Cosaques, mais qu'au soir il a réussi à traverser les postes ennemis.
Orcha, le 21 novembre 18 12 à 7 Leures i/a du matin.
Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que mes troupes occupaient hier la position de Jacoupovo. Cerné, comme à l'ordinaire, par les troupes légères de l'ennemi, j'ai resté là jusqu'à 9 heures du soir, que j'ai traversé les postes ennemis faisant une légère fusillade. J'ai rencontré les troupes du prince vice-roi vers minuit à huit verstes d'Orcha. Mes troupes sont placées sur la route de Borissov, rive droite du Dnieper. J'attendrai le grand jour pour régler les distributions de vivres et prendre les armes qui me manquent, et surtout des cartouches. Quant à l'artillerie, je ferai prendre celle du général Latour-Maubourg comme V. A. S. me le dit dans sa lettre de ce jour.
Je rendrai à V. A. S. un compte plus détaillé de mes opérations depuis le 18 de ce mois jusqu'à ma jonction avec le 4^ corps.
Je suis avec un profond respect, Monseigneur, ce V. A. S. le très humble et très obéissant serviteur.
Maréchal duc d'ELCnixr.EN.