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i5 novembre 1812, à g heures du soir.
Monseig'neur, j'ai tenu Minsk autant que j'ai pu. J'y suis encore; mais demain, attaqué par 8 000 hommes, 12 pièces de canon, n'en ayant aucvme, la lutte sera difficile. Le général Dombrowski qui est venu aujourd'hui se concerter avec moi, n"a pas jug-é convenable, avec 2 000 hommes et 200 chevaux qu'il a, devenir lutter contre ce corps. 11 m'a dit de ramasser tout mon monde et de le suivre à Smelovitchi sur la route d'igumen. Je trouve, Monseigneur, qu'il est pénible d'abandonner un poste dont je sens toute l'importance de conserver (sic). Je resterai, malgré que je n'aie à ma disposition que 800 hommes, le corps aux ordres du général Kossecki étant entièrement détruit. Je résisterai autant qu'il me sera possible et je ne quitterai qu'à la dernière extrémité. Périr pour le service de S. M. l'Empereur est toujours glorieux, et tel soit le sort qui m'est réser^'^é, je supplie Votre x\ltesse Sérénissime de m'accorder sa bienveillance.
L'ennemi est dans ce moment aux portes de Minsk et j'attends les événements.
Smelovitchi, 17 novembre 181 2,
Monseigneur, la petite brigade du général Kossecki qui pendant cinq jours a soutenu des combats opiniâtres contre Favant-garde du général Tchitchagov, commandée par le général Grekov, a enfin succombé hier sous une forte attaque que lui ont faite les généraux réunis Lambert, Grekov et Tchaplitz. Le général Kossecki, après avoir défendu la position de Koidonov avec un nombre de troupes trop inférieur, perdu nombre d'hommes, se décida à la retraite. Derrière lui était une plaine de six lieues ; il en traversa quatre, sans être entamé ; mais il fut accablé par 4 000 hommes de cavalerie, 10 bouches à feu dont 2 obusiers, et des têtes de colonnes d'infanterie dont on n'a pu apprécier le nombre.
Le régiment 22" de nouvelle levée de Lithuanie qui avait été pris à Koidonov où il était cantonné, ayant été terrorifîé par une charge de cavalerie, mit bas les armes.
Toutes les forces de l'ennemi tombèrent sur les carrés du 6" bataillon du 46*^, fort de 250 hommes, sur le détachement du major Szymanovski réduit à 200
hommes et sur les détachements de cavalerie aux ordres du colonel Laffite qui ne faisaient pas 300 chevaux. L'infanterie fut rompue, taillée en pièces ou prise ; la cavalerie qui fît des charges répétées avec la plus grande vigueur, a perdu 180 hommes ; le reste est rentré.
Le général Kossecki a eu un cheval tué sous lui par un boulet, la chute lui a fait une contusion forte. Le colonel Laffite a montré du sang-froid et une grande fermeté.
Après cet événement que j'appris à 5 heures du soir, je vis le général Dombrowski qui me dit obstinément qu'il ne pouvait défendre Minsk, vu les forces de l'ennemi, et qu'il allait se retirer sur Igumen. Sur cela, je pris d'abord la résolution de combattre et de menfermer dans la place ; mais, en réfléchissant, je sentis que mon dévouement serait sans utilité pour S. M.
Mes forces sont réduites à presque rien. J'avais fait des détachements pour renforcer le général Kossecki que je voulais faire tenir le plus longtemps possible pour donner à S. M. le temps de jeter un regard sur la situation de Minsk. Je n'avais donc à ma disposition que le 6*^ bataillon du 93®, fort de 300 hommes, et le 7*" régiment de Wurtemberg, fort de 600. La cavalerie des dépôts, je ne la pouvais compter pour rien, vu son mauvais état. La ville étant dominée par des montagnes, ayant un développement immense, 4.000 blessés ([ui auraient brûlé si l'ennemi y avait mis le feu
pendant ma résistance ; toutes ces observations mont décidé à me retirer sur Borissov après avoir détruit ou enlevé les choses les plus utiles pour l'armée.
V. A. S. verra que j ai dû agir ainsi, surtout après le dernier mouvement du général Dombrow'ski, mouvement qui m'a enlevé jusqu'à l'avantage dune menace. Je ne puis concevoir comment le prince Schwarzenberg, qui est à Volkovysk depuis le 9, n'ait rien entrepris sur le corps de Tchitchagov.
Je ne dois pas oublier de dire à V. A. S. que les troupes du général Dombro^vski étaient déjà à Smelovitchi, cinq meils de Minsk, sur la route digumen. Cette position en imposait à l'ennemi, mais son départ ne Fa pas arrêté.
Je me rends à Borissov pour couvrir le pont qui est important et les convois que je lais partir pour la Grande Armée. L'ennemi pourrait s'y rendre sans passer par Minsk.
Il faut une bonne division pour faire face à l'ennemi qui, je crois, a l'intention de tomber sur les derrières du maréchal duc de Bellune.
Mon arrière-garde a quitté la ville le 16, à 2 heures après-midi.
— Sur l'ennemi, voici les nouvelles que j'ai pu recueillir : toute la division Hârtel s'est jointe à celle de Tchitchagov ; leur plan est de nous gêner dans nos communications et de mettre beaucoup de troupes légères sur la route.
Borissov, 17 novembre 1813.
Monseigneur, témoin ^I. le maréchal Saint-Cyr que je voulais défendre Minsk. Mais le général Dombrowski avait dit qu'il était trop faible, car effectivement, il n'avait que 2.000 hommes avec lui. Bien que je pense que la prudence est une bonne chose, pour moi, ne consultant que le désir d'être utile ou agréable à S. M., j'aurais défendu Minsk et ne l'aurais quitté que par la force des armes. Le général Dombrowski ne voulant pas venir à mon secours, n'aurait-il pas pu rester à Smelovitchi? Et de cette position, si je juge bien, il menaçait le flanc droit de l'ennemi ou il l'attirait sur lui. Lune et l'autre de ces choses pouA^aient être utiles en faisant gagner du temps.
Monseigneur, tout, jusqu'à présent, m'annonce que Tennemi a des forces considérables. J'espère que, d'ici à demain, je pourrai faire à V. A. S. un rapport plus précisé sur ses forces. Je fais courir cette nuit des espions pour pouvoir éclairer V. A. S. sur ses mouvements comme sur son nombre. Viendra-t-il
ii28 LETTRES DE 1812
ici? J'ai aie craindre ; si son projet était de monter à Lepel, sa meilleure route est par Borissov.
Nous avons laissé à Minsk des magasins immenses. C'est un malheur, il est vrai ; mais je réponds que S. M. trouvera dans les ressources de ma province de ([uoi les remplacer et assurer les subsistances aux troupes qui pourraient être placées dans cette province.
J'envoie au {général Dombrowski le troisième ordre. S'il fait son mouvement en avant, je le suivrai.