Le signalement de Napoléon
Depuis le jour où les Cosaques avaient fait un hourra sur le quartier impérial, le bruit s'était répandu dans l'armée française que les Russes voulaient à tout prix s'emparer de Napoléon, que l'hetnian Platov avait promis sa fille à qui le lui amènerait vivant, et l'amiral Tchitchagov, s'apprètant à défendre le passage de la Bérésina. souhaitait ardemment de faire l'Empereur prisonnier. Dans ce dessein, il notifia aux généraux placés sous son commandement l'ordre suivant :
(( L'armée de Napoléon est en fuite ; l'auteur responsable des calamités de lEurope est avec elle ; nous nous trouvons sur son chemin ; il est possible qu'il plaise au Tout-Puissant de mettre un terme à son courroux en nous le livrant ; je désire donc faire connaître à tous le signalement de cet homme. Il est de petite taille, corpulent, pâle ; il a le cou court et fort, la tête grosse, les cheveux noirs. Pour plus de sécurité, arrêtez tous les individus de petite taille et envoyez-les moi. Je ne parle pas de la récompense qui sera accordée pour cette prise ; la générosité bien connue de notre monarque m'en dispense. »
Langeron se moque fort dans ses Mémoires de cet ordre de Tchitchagov. L'amiral, écrit Langeron, « donna ce signalement de Napoléon qu'il disait avoir beaucoup connu à Paris, afin que, si l'Empereur se déguisait pour s'échapper, on pût le reconnaître. L'ordre était fort inutile ; par les dispositions de Tchitchagov (1), Napoléon n'avait pas besoin de se déguiser pour s'échapper : on lui ouvrait le chemin, et il en profita. On m'a assuré que Tchitchagov avait voulu joindre la silhouette de Napoléon à son ordre du jour : il valait mieux le prendre que le dessiner. »
(i) Langeron insiste sur ce point ; sans Tchitchagov et ses « mou\'ements absurdes », sans son u entêtement qui ne saurait être qualifié », NapKjléon était perdu, mais Tchitchagov a été « l'ançe tutélaire de Napoléon, » et il fut, dit Langeron, frappé de démence, perdit et la mémoire et la tète.