‹ Lettres de 1812Chapitre 80 sur 98 · Victor a Berthieu · texte numérisé non relu

Victor a Berthieu

Victor qui remplace Ney à l'arrière-g'arde, n'en peut plus, lui aussi ; il assure qu'après le combat qu'il a livré le 3 décembre, ses troupes ont fait leur dernier effort et qu'il doit les soustraire à toute espèce d'engagement ; il continue donc sa retraite ou, comme il dit, sa marche rétrograde, et il est suivi si vivement et de si près par l'ennemi qu'il conseille à l'Empereur de « s'éloigner un peu ».

Au bivouac, 5 décembre 1812, 'a heures du matin.

Monseigneur, le combat que l'arrière-garde a soutenu le 3 est le dernier effort qu'elle pouvait faire contre les ennemis. Les troupes qui la composent sont aujourd'hui tellement réduites et le peu qui en reste est si misérable que je suis obligé de les soustraire aux poursuites des ennemis et d'éviter toute espèce d'engagement. Le rapport que mon premier aide de camp a dû faire à V. A. S. sur l'état et la situation de ces troupes est de la plus exacte vérité.

L'avant-garde du corps qui nous suit est arrivée hier à Bienitsa aussi tôt que nous, quoique nous ayons fait une marche de nuit et que les ponts de

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Molodetchno aient été détruits. Il était 11 heures. Si j'avais voulu me maintenir à Bienitsa, il aurait fallu livrer ou soutenir un nouveau combat à notre désavantage, vu la disproportion qui existe entre mes forces et celles des ennemis. J'ai, en conséquence, pris le seul parti convenable, celui de continuer ma marche rétrograde et de venir coucher à un villag'e distant de deux lieues de Bienitsa et de quatre de Smorgoni. Les vedettes des ennemis et les nôtres se voient. Je serai vraisemblablement suivi aussi vivement aujourd'hui qu'hier et je crois qu il convient que Sa Majesté s'éloigne un peu de nous.

Les traîneurs nous pressent toujours. Ils sont en très grand nombre. L'habitude qu'ils ont contractée de ne marcher qu'au jour permet à l'ennemi d'en prendre beaucoup. Mais, soit qu'il ne s'en soucie guère ou qu'il prenne leur colonne pour des troupes réglées, il ne les suit qu'avec circonspection. Je crois, néanmoins, qu'il en a pris hier quelques-uns.

Je dois instruire V. A. S. que l'artillerie est sans directeur depuis le passage de la Bérésina, que personne ne s'en occupe et qu'il y règne un désordre qui a dû nécessairement causer la perte de plusieurs pièces de canon et de caissons. Les soldats du train, livrés à eux-mêmes, abandonnent leurs chariots et, si nous en ramenons la plus grande partie, nous le devons aux soins que mes oiïiciers ne cessent de prendre pour les faire marcher.

Je compte arriver à Smorg-oni ce matin vers 1) heures. Je serai sans doute obligé d'aller coucher plus loin, à moins que je ne trouve quelques troupes pour nous soutenir. Celles de M. le général de Wrède seraient très utiles dans cette circonstance, et je pense que l'Empereur doit leur donner l'ordre de nous remplacer ou de marcher avec nous.

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