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L'escadron sacré

Dès les premiers jours de novembre l'armée n'avait presque plus de cavalerie, et le 23, à Bobr, à 4 heures de l'après-midi — le jour même et à l'heure où les aigles des régiments de cavalerie étaient brûlées — Napoléon décidait que tous les officiers de l'arme, encore montés et qui n'avaient plus de troupes à conduire, lui formeraient une garde d'honneur (1). L'idée de ces compagnies d'officiers, comme les nommait Junot, fut accueillie avec enthousiasme : les escadrons qui constitueraient ce corps d'élite toujours prêt à combattre, auraient la tâche honorable et glorieuse de sauver l'Empereur, de lui frayer un passage au milieu des Russes.

L' « escadron sacré » — ainsi fut appelé le nouveau corps — se constitua à Bobr, de grand matin. 11 eut pour chef suprême Murât, le roi de Naples, et pour colonel le général Grouchy — et non Junot qui pria vainement l'Empereur de lui accorder cette dernière grâce — et il compta quatre compagnies, commandée, la première, par le général Saint- Germain, la deuxième,

(i) Léon Hbnmet, Carnet de la Sabrelache, Octobre-Novembre iÇJOf).

par Sel)astiani, la troisième, par Lahoussaye, la quatrième, non par Latour-Maubourg qui commandait un nouveau corps destiné à couvrir les cantonnements de l'hiver et nommé le corps des régiments-piquets^ mais ])ar le Saxon Thielmann : ces compagnies n étaient autres que les quatre corps de cavalerie. Des généraux de division lurent capitaines ; des généraux de brigade, lieutenants et sous-lieutenants ; des colonels, brigadiers ; des chefs d'escadron, des capitaines, des lieutenants, simples cavaliers.

L'escadron sacré devait compter 600 maîtres, 130 par compagnie. Mais il n en compta guère que 300, et il n'eut pas quinze jours de durée. Il suivait l'étatmajor général et Napoléon écrit dans le 29*^ bulletin que cette trcupe choisie ne perdait pas de vue lEmpereur dans tous ses mouvements. Il couche le 24 à Loclinitsa, le 23 à Staroï-Borissov, le 26 à Stoudienka, le 27 et le 28 à Zanivki, le 29 à Kamen, le 30 à Plechtchennitsy, le i"'" décembre à Staïki, le 2 à Selitché, le 3 à Molodetchno, le 4 à Bienitsa, le 3 à Smorgoni.

Le 8 décembre, lorsque Berthier notilia le décret qui nommait le roi de Naples lieutenant-général de l'Empereur, l'escadron sacré lut dissous, et il devait se dissoudre puisqu'il s'était organisé pour être de service auprès de Napoléon, et non auprès de Murât qui le commandait en chef. Les généraux et olliciers qui le composaient, eurent ordre de regagner leurs

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divisions et leurs régiments... qui n'existaient plus. Grouchy devait commander toute cette cavalerie démontée et la conduire à sa destination.

Tel fut le sort de Yescadron sacré qu'on nommait aussi le régiment des gardes d honneur et que les Allemands appelaient die heilige Schar. ^Nlais qu'était-ce. en réalité, que cette troupe ? Faut-il croire avec Roguet qu'elle rendit d'importants services ? Pouvait-elle dans ce désastre, rester solide et intacte? Ne dut-elle pas, dès le passage de la Bérésina. se désunir et se. désorganiser ? Ne voyons-nous pas. le 27 et le 28 novembre, Thielmann et quelques autres agir de leur chef et pour leur compte? D'ailleurs, les chevaux se soutenaient à peine ; il fallait le plus souvent les mener par la bride. « La force et la discipline, assure Lejeune, — contrairement à Roguet — manquaient autant à ces trois cents officiers qu'à nos soldats, et cette noble institution tomba en peu de jours sans avoir pu rendre le moindre service. »

Il est bon toutefois qu'elle ait existé, cette « noble institution ». si stérile et si théâtrale qu'elle ait été ; elle donne aux derniers jours de la retraite quelque chose de chevaleresque, et Goiirgaud a raison de dire cp.ie cet épisode du grand désastre de 1812 marque non seulement la détresse de notre cavalerie, mais le dévouement de ces oiîiciers qui se mirent dans les rangs, qui soignèrent eux-mêmes leur monture et

allèrent en A^edettes. La jalousie, prétend Dedem de Gelder, sema bientôt la division parmi eux. Qu'importe? L'escadron sacré démontre ce que peuvent chez les Français le point d'honneur et l'attachement à leur chef.

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