Ney a Bertiiier
L'armée a gagné Vilna et Ney a reçu l'ordre de commander de nouveau l'arrière-garde qui se compose du corps bavarois conduit par le général de Wrède et de la division Loison ou 34" division d'infanterie. [Niais cette division Loison, venue de Kœnigsberg pour garder le pont de Kovno, puis de Kovno pour former une réserve à Vilna, n'a pu résister à la rigueur de la température et à ce que Ney nomme la contagion de l'exemple. Le 5 décembre, elle sort de Vilna pour aller à la rencontre de la Grande Armée ; elle va jusqu'à Ochmiana, et, dans la nui du 5 au 6, elle succombe presque entière au froid le plus terrible, le plus intense. Comptait-elle 10.000 hommes, comme on Ta écrit ? Sûrement non, car elle avait laissé et perdu du monde à Kœnigsberg, à Kovno et sur la route. Ce n'était donc qu'une partie de la division Loison, et il faudrait avec Castellane [Journal, p. 211) l'évaluer à 6.000 hommes au plus. Quoi qu'il en soit, ce fut, comme dit Ney, une faute d'envoyer cette division de Vilna à Ochmiana, puisqu'elle n'offrait plus, au retour, que 400 hommes en état de servir. Napoléon avait vu juste : le 4 décembre, il marquait au duc de Bassano : « Il faut arrêter le mouvement de la 34" division. Si elle est partie, comment la nourrir ? Elle va se débander comme le reste de l'armée. » Castellane qui la vit à Vilna le 11 décembre, assure qu'elle était réduite à 600 hommes, et il raconte qu'il s'entretint avec un sergent du tl3* régiment de
ligne qui se composait de Florentins et qui n'avait plus ce jour-là sous les drapeaux que 120 hommes à peine. « Comment, disait Castellane au sergent, un corps aussi nombreux, aussi beau, aussi bien habillé, s'est-il fondu aussi vite? » — « C'est bien simple, répondit le sergent, nous mourons de faim, de froid, et force nous est de suivre l'exemple de ceux qui reviennent de Moscou à la débandade. »
Vilna, (j décembre 1812.
Monseigneur, je dois rendre compte à V. A. S. que la faute qu'on a commise à Vilna d'envoyer la 34^ division d'infanterie à Ochmiana, a eu les suites les plus funestes, qu'un très grand nombre de soldats de cette division est mort de froid ou a eu les pieds gelés, en sorte qu'elle présente maintenant en totalité au plus 400 hommes en état de servir, et qu'ainsi mon commandement se trouve réduit aux troupes bavaroises. Dans cet état de choses, V. A. S. jugera sans doute convenable de faire mettre à ma disposition tous les détachements armés du 1" corps d armée.