‹ Lettres de 1812Chapitre 83 sur 98 · Ney a Berthier · texte numérisé non relu

Ney a Berthier

On sait que Berthier, durant la retraite, n'avait, de dessein px'émédité, rien changé à la rédaction de ses ordres : il s'adressait toujours à la Grande Armée; il parlait gravement des corps d'armée qui n'avaient plus de vie que sur le papier et, imperturbablement, il confiait telle ou telle position à des brigades disparues et à des régiments qui n'existaient plus. Ney, chargé de tenir le 13 et le 14 décembre à Kovno, lui envoya, le 12 décembre au soir, cette lettre d'un ton ferme et digne où perce néanmoins la colère. Il dit nettement à Berthier qu'on doit « s'entendre sur la valeur des termes ». Berthier met à sa disposition le 1^ et le 3"^ corps, la division Loison et la légion de la \'istule. Mais, répond Ney, le 2'^ et le 3* corps ne sont plus là que pour mémoire et à peine si ces corps comptent soixante combattants ; la division Loison — cette division que le roi de Naples regai-dait comme un corps d'infanterie respectable — ne comprend que 500 hommes ; la légion de la Vistule n'est plus qu'un très faible détachement. Il faut se garder, ajoute Ney, d'une fausse sécurité, il faut « sonder toute la profondeur de ses blessures », et il déclare qu'il ne pourra défendre Kovno que s'il dispose de toutes les troupes qui composent la garnison. Ney remarquait que personne ne savait ce qui resterait de tout ce monde le lendemain 13 décembre, et, en effet, au lieu de rassembler 4.500 hommes, comme on le croyait, il n'en réunit que 2.700, et la fameuse division Loison ne pré-

senta que 300 hommes du 29" régiment de ligue eL 80 hommes d'un balaillou delà Lippe ; le reste s'était échappé de Kovno pour marcher « à sou compte ».

Kovno, 12 décembre 1813.

Monseigneur, la lettre que Y. A. S. m'a fait l'honneur de m'écrire ce soir à 8 heures, contient :

i° L'avis des dispositions arrêtées par le Roi pour le départ de la garde impériale et des 1^'" et i^ corps qui aura lieu demain matin ;

2" L'ordre que me donne S. M. de tenir demain et, s'il est possible, après demain les ouvrages de Kovno avec les 2" et 3'^ corps, la division Loison et la légion de la Vistule.

11 est d'abord nécessaire, Monseigneur, de s'entendre sur la valeur des termes. Les 2^ et 3* corps ne doivent plus être comptés dans l'armée que pour mémoire ; le dernier n'est composé que de 60 hommes, presque tous sous-officiers et qui sont tous employés à la garde des aigles ; l'autre n'est pas dans une situation plus satisfaisante. La légion de la Yistule dont j 'ignore la force exacte, ne peut être qu'un très faible détachement. Enfin, la division Loison n'est composée ce soir que d'au plus oOO hommes, et il est encore à considérer que cet état des moyens qui me sont donnés, doit nécessairement diminuer encore par les fatigues du service, la contagion de l'exemple et le pillage ac

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tuel de Kovno. Personne ne peut apprécier ce qui en restera demain.

Dans la circonstance actuelle. Monseigneur, il est deux genres de faiblesse dont je dois également me garantir. Le premier est celui qui fait mollir sur le champ de bataille. Le second est celui qui, inspirant une fausse sécurité sur les embarras de sa position, fait qu'on néglige de sonder toute la profondeur de ses blessures. Or, après avoir bien pesé les motifs qui doivent diriger ma conduite, il m'est impossible de ne pas déclarer à V, A. S. que, si elle ne met pas à ma disposition la totalité des troupes qui composent la gai'nison de Kovno, je ne puis répondre de rien, et qu'il ne me restera plus d'autre ressource que de me mêler à la troupe des fuyards, non pas assurément pour me soustraire à un danger personnel, mais à cause de l'importance politique attachée au grade dont l'Empereur a daigné me revêtir.

Je vous prie, Monseigneur, d'appeler l'attention de S. M. sur les considérations que je soumets à sa sagesse et de me répondre ce soir sur le... (le reste manque).

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