MuRAT A Berthier
Murât qui commande l'armée, a résolu, de concert avec les maréchaux, de se porter sur Gumbinnen. Il arrive le 13 à Skrauce et le 14 à Antonovo, doù il écrit à Berthier la lettre suivante.
Antonovo, i .'i décembre 1812.
Mon cousin, je désire que vous écriviez de nouveau au duc de Tarente pour lui faire connaître confidentiellement létat véritable de l'armée, l'impossibilité de prendre et tenir une position quelconque, et la nécessité où je suis réduit de conduire ses débris dans les places de la Vistule et de Danzig, en lui faisant connaître les causes de l'espèce de fléau qui nous a frappés.
Vous pourrez baser votre lettre sur la connaissance que vous avez du dernier bulletin. Vous pourrez lui dire cependant qu'à moins d'y être forcé par les mouvements de l'ennemi, j'ai le projet de ne pas dépasser Gumbinnen et Insterburg avant d'avoir appris son arrivée à Tilsit ; mais que, dans le cas contraire, il sentira la nécessité d'arriver promptement sur la lii^ne (îe la Pregel sur le point de Wehlau, parce que,
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de ce point, il couvrira Kœnigsberg et sera à même d'arriver avant l'ennemi sur Elbing et Marienbourg ; qu'au reste, je m'en rapporte à son expérience et à ses talents. Faites-lui sentir la nécessité de correspondre plus souvent avec le quartier-général.
Je présume que des ordres ont été donnés pour faire reployer toutes les troupes qui étaient placées sur le Niémen ; si cela n'avait pas été fait, il est encore temps de le faire.
Je vous prie d'écrire au prince Poniatowski pour lui annoncer que tout le 5*^ corps et toutes les troupes de la Lithuanie ont été dirigés sur Varsovie afin d'y être ralliées et réorganisées. C'est ici le cas d'en appeler à toute sa sollicitude, à tout son patriotisme et à celui de tous les Polonais, afin de faire les derniers eiïorts pour la défense du grand duché, pour la gloire du nom polonais. Vous lui ferez connaître que le prince Schwarzenberg a reçu l'ordre positif de couvrir et de défendre Varsovie avec son corps et celui du général Reynier.
11 est nécessaire que MM. les commandants des différents corps envoient des officiers généraux et des officiers particuliers sur les places où doivent se réunir les corps respectifs, afin d'y rallier et d'y arrêter tous les hommes qui leur appartiennent. Cependant il serait nécessaire de donner des instructions en conséquence aux gouverneurs de Kœnigsberg, de Gumbinnen et de Tilsit.
MO. Dedem a Berthier
Cette lettre du g^énéral hollandais Van Dedem de Gelder confirme un passage de ses Mémoires. Il dit, en effet, dans ses Mémoires comme dans cette lettre, que le duc de Bassano le mit à Vilna dans la bonne calèche d'un courrier qui se rendait à Varsovie, et il ajoute — ce qu'il ne dit pas dans sa lettre — qu'on le tenait pour perdu, que le conducteur avait ordre de se faire donner par le bailli de l'endroit où le général serait enterré, un certificat qui serait envoyé à la famille. De Varsovie, Dedem écrivit à Berthier la lettre qu'on va lire ; il demandait un congé pour aller se guérir à Berlin, et nous apprenons par les Mémoires que Berthier lui envoya l'ordre formel de se rendre sans délai à Elbing pour y prendre un commandement.
Varsovie, 3o décembre i8ia.
Monseigneur, j'ai quitté Vilna et me suis rendu à Moscou d'après l'ordre du jour qui enjoignait aux ofFiciers généraux, blessés et malades, de s'y transporter. Ayant perdu tous mes chevaux, j'ai été trop heureux de profiter de la place que Son Excellence le duc de Bassano m'a fait donner par un de ses courriers. Ma santé est tellement délabrée et j'ai un si grand besoin de repos et de me rapprocher de climats plus doux
que, sur l'avis bien prononcé des médecins, je supplie Votre Altesse Sérénissime de m'envoyer un congé pour aller en France. Je soutfre de la poitrine par suite de la chute que j'ai faite le jour de la prise de Smolensk, et des rhumatismes goutteux se sont portés sur mes mains et mes pieds, au point de n'être propre à aucun exercice.