Dauu a Napoléon
Ce rapport de Daru à l'Empereur contient quelques inexactitudes. Lariboisière, Joubert, Lamer ont expiré ; Desgenettes reste prisonnier à Vilna ; mais Saint-Germain et Durosnel ne sont pas morts, comme le croit Daru. Quoi qu'il en soit, Daru se montre à nous, selon l'expression de Mathieu Dumas {Souv., III, p. 485) occupé à Kœnig-sberg^, comme à Vilna, mais avec moins de précipitation et plus de succès, à pourvoir aux besoins de l'armée qu'on s'efforce de réorganiser. Il distribue tous les effets d'habillement, et, s'il ne peut évacuer les mag'asins de subsistances qui sont l'objet de ses négociations avec les autorités civiles (1), il fait sortir les munitions et les pièces d'ai-tillerie de siège. On remarquera qu'il juge que les habitants de Kœnigsbei'g ne sont pas animés d'un bon esprit.
Kœnigsberg, ai décembre 1812.
Sire, j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de V. M. un rapport que je reçois du commissaire des
(!) Il fit. le 3o décembre, la convention suivante : la Régence royale delà Prusse orientale recevait, à titre de dépôt, les magasins, vivres et fourragei existant à Kœnigsberg, les reconnaissait comme notre propriété, et prometlait de représenter les mêmes quantités sur un point quelconque de la Prusie.
284 LETTIŒS DE 1812
guerres chargé de conduire les trophées enlevés de Moscou et dans lequel il rend compte des événements qui en ont amené successivement la perte.
Les dernières journées de marche ont été très rigoureuses et fatales à plusieurs personnes d'un grade élevé. Nous avons appris aujourd'hui la mort de M. le général Lariboisière, du général Saint-Germain, de M. Viennot-A'^aublanc, inspecteur en chef aux re\aies. On m'a cité aussi comme mort M. le général Durosnel, mais ce fait ne me paraît point encore certain.
L'ordonnateur Joubert, du 4" corps, a péri de froid sur la route. M. Lamer, inspecteur aux revues, et M. Saint-Hilaire, directeur général de l'habillement, ont été laissés à toute extrémité.
J'ai des inquiétudes pour M. le baron Desgenettes que je n'ai pas revu depuis Vilna.
On avait conçu ici de très vives alarmes en apprenant le retour de l'armée, et l'arrivée d'un grand nombre d'officiers dans un état de dénùment cpi'on ne prenait pas assez soin de cacher, avait contribué à les accroître. Cependant les inquiétudes se calment. La présence de S. M. le roi de Naples a rassuré les autorités au moins contre la crainte des désordres ; il n'y en a pas dans la ville. Les habitants, sans être animés d un bon esprit, n'accueillent pas mal les Français.
On s'occupe de transporter les objets les plus importants, et les moj^ens sont loin d'être en proportion
avec les besoins. Les pièces d'artillerie de siège et les munitions les absorberont pendant longtemps, avant qu'on puisse espérer d'évacuer les effets d'habillement qu'en attendant on distribue tant qu'on peut.
Quant aux magasins de subsistances dont le transport exigerait 14.000 voitures, les autorités civiles craignent qu'on ne les brûle et. comme les denrées remplissent 61 magasins, il en résulterait un incendie général. Nous sommes en négociation pour qu'en cas d'évacuation, les autorités prussiennes prennent ces magasins sur estimation et à charge de les représenter.
v»!. le comte Dumas m'a remis la lettre ci-jointe en me priant de la faire parvenir à Y. M. Il est, en effet, rétabli de sa maladie et je n'ai pas besoin d'ajouter que, l'un comme l'autre, nous sommes prêts à faire avec le dévouement de la reconnaissance tout ce que V. M. croira utile à son service.
Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Y. M. I. et R. le très humble, très obéissant serviteur et fidèle sujet.
Comte Daru.