Wrède a Berthieh
Berthier envoya le 26 décembre cette lettre à l'Empereur. "Wrède qui commande le G*' corps bavarois et qui marche sur Plock où il arrivera le 29 décembre, rend compte de Tétat où se trouvent ses troupes et des renforts qu'il a reçus et qu'il compte recevoir encore.
AVillenberg, 23 décembre i8i3.
Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à V. A. S. que je suis arrivé ici sans avoir été poursuivi par l'ennemi, quoiqu'il ait poussé des patrouilles jusqu'à Lyck, le 1 9 au soir, jour de mon départ de cette ville.
J'ai enA'oyé des émissaires de tous côtés qui m'ont apporté les nouvelles suiA'antes.
L'ennemi est entré les 17, 18 et 19 dans les départements de Marienpol, Kalvari et Seyni ; il n'a pas vexé les habitants et s'est contenté de faire des réquisitions en vivres et fourrages.
L'arrière-garde du prince de Schwarzenberg, commandée par le général Frehlich, composée de trois régiments de hussards et de trois bataillons hongrois très faibles, a quitté Grodno le 20, et le gros de l'ar-
mée de ce prince est arrivé hier 22 à Tjkoczin, prenant la direction de Ciechanovice sur la Rutza.
La route de Lomza et d'Ostrolenka est encore entièrement libre ; au moins, un de mes émissaires a quitté Lomza hier à 5 heures du soir.
On parle d'une proclamation de l'empereur Alexandre d'après laquelle il veut le 1" janvier, ère russe, 43 de la nôftre, proclamer un roi à Varsovie.
Hier et aujourd'hui sont arrivés deux de mes colonnes de renfort dont chacune, devant être forte de 1 oOO hommes, se trouve réduite à 1 000, tant par les marches forcées, par les maladies que par le froid. Le colonel commandant la 3'' colonne s'est arrêté jusqu'au 19 à Grodno et il marche en ce moment par Lomza pour me rejoindre près de Plock. J'espère que, chemin faisant, il ne lui arrivera pas d'accident.
Je ne peux pas encore envoyer à V. A. S. un état de situation de la force actuelle du G'' corps. Il amve à toute heure encore quelques hommes ayant le nez, les pieds et mains gelés, et le fait est qu'à l'heure qu'il est, je ne compte pas plus de 2.500 hommes sous les armes. Si la 3® colonne de marche me rejoint sans accident près de Plock, je pourrai compter tout au plus 4.000 baïonnettes à mon arrivée sur la Vistule.
J'ai encore sauvé 20 pièces de canon ; mais je n'ai presque pas de miuiitions, parce que tout est resté à
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Kovno et Vilna par le défaut de moyens de transport.
2.600 hommes d'infanterie, toute de renfort, qui sont partis les 8 et 14 de ce mois-ci de Baireuth, ne peuvent m'arriver que vers la moitié de janvier.
V. A. S. ne sait que trop que les six régiments de chevau-légers qui étaient à Moscou avec S. M. l'Empereur, sont tout à fait démontés, les officiers en partie tués ou morts de maladie. Ceux qui en sont revenus, sont personnellement démontés et un grand nombre, ayant les pieds et mains gelés, se trouvent sans équipages et dans le plus triste état. Je me vois obligé de les renvoyer en Bavière, pour leur donner le temps de se rééquiper et pour concourir à la réorganisation de leurs régiments. Je recommande ces officiers malheureux à la munificence de S. M. l'Empereur.
Comme il m'est arrivé de Bavière 50 chevaux pour chaque régiment de chevau-légers, j'en formerai provisoirement trois escadrons.
Quoique S. M, le roi, mon maître, fasse lever en ce moment des conscrits dans tout le royaume et que, par un ordre daté du 25 novembre, elle daigne m'annoncer le départ d'une colonne de 2.037 hommes qui doit quitter Baireuth les 6 et 12 février, il ne sera pas possible que le corps d'armée bavarois soit complété de sitAt, vu que la levée des conscrits a à peine commencé et qu'il manque d'officiers et de sous-offi-
ciers pour les dresser. S. M. désire donc que je renvoie en Bavière le nombre d'ofïiciers superflus ici, pour être employés à réorganiser et exercer les soldats de la nouvelle levée.
Comme je ne doute pas que V. A. S. n'accède au désir que S. M. le roi m'a manifesté, j'ose lui demander son approbation que, des hommes présents sous les armes et des colonnes en marche qui doivent m'arriver au mois de février, je forme un bataillon par régiment et que les officiers et sous-oiïîciers superflus rentrent en Bavière pour dresser les conscrits qui pourront recompléter les régiments et servir à reformer les seconds bataillons. Par cette mesure, le 6" corps ne formerait à l'armée, provisoirement, qu'une division, et même assez faible.
U me reste à ajouter qu'une grande partie d'ofiiciers d'infanterie ont également les pieds et mains gelés et qu'à commencer par les généraux, ils ont perdu tous leurs équipages dans le défilé derrière Vilna où tant d'autres sont tombés au pouvoir de l'ennemi.
Je me mets en mouvement demain 24 pour me diriger par Mla va et Biezun, conformément aux ordres de V. A. S. datés du 12 de ce mois, à Plock où j'arriverai le 29. Je prie Y. A. S. de m'envoyer là ses ordres par M. le capitaine prince Oettingen, porteur de celle-ci.
S. M. tenant toujours très à cœur que le 13" régiment de ligne qui a fait jusqu'ici partie du corps d'ar-
mée commandé par M. le maréchal duc de Tarente, soit réuni aux troupes bavaroises, je supplie V. A. S. de vouloir s'intéresser pour que les désirs du Roi soient d'autant plus accomplis que. par là même, le régiment, se retrouvant sous l'administration du corps, sera dans le cas de pouvoir être pourvu de ses besoins matériels et pécuniaires ; ce qui lui a manqué jusqu'ici par son éloignemenl.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect,
Le général comte de Wrède.