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Une lettre du diplomate Latour-Mat bourg

Le signataire de celte lettre avait été auditeur au Conseil d'Etat, chargé d'affaires près de la Sublime Porte et il fut en 1813 ministre à Stuttgart. Il fit la campagne de Russie et, de Berlin, le 24 décembre, il écrit à un haut fonctionnaire du ministère des atTaires étrangères pour le renseigner sur son sort et sur celui de ses compagnons, attachés, comme lui, à l'office des relations extérieures.

Berlin, 2'i décembre 1812.

Monsieur, nous sommes arrivés à Vilna 8 du courant, à l'exception de M. de Voinville qui ne nous a rejoints que le 9 après midi, entièrement accablé de fatigue et au point de ne pouvoir pas aller plus loin. AI. Bigot se trouvait alors dans un état semblable au sien, et tous deux ont pris le parti de rester à Vilna, jusqu'à ce que leurs forces soient suffisamment rétablies, sous la protection du chanoine chez lequel nous avons déjà demeuré.

Le 9, vers les 7 heures du soir, le service d'expédition est parti très à la hâte, et, comme je m'étais tenu prêt à repartir au premier signal, j'engageai M. Béchu, M. Belabre et Joseph à le suivre avec le peu de provisions dont nous avions pu nous pourvoir.

Nous suivîmes ainsi l'armée qui fit des marches forcées jusqu'à Kovno. Là, après avoir passé la grande montagne avec le service, nous avons cru qu'il serait plus avantageux de le devancer et de prendre la poste le plus tôt qu'il nous serait possible. Nous réussîmes à devancer l'armée de trente-six heures et nous prîmes des chevaux de poste à Vilkoviski dans la nuit du 14 au 15.

M. Béchu, allant plus vite que nous en traîneau, avec le postillon de la calèche qu'il a pris à son service, nous laissa à Stallupôhnen pour se diriger sur Kœnigsberg.

A Gumbinnen, j'ai pris la route de gauche qui conduit à Angerburg et j'ai rejoint à Marienwerder la grande route de Berlin. Joseph, dont les jambes étaient alors très enflées et dont les pieds étaient alors en suppuration, est resté dans cette première ville, d'après l'avis d'un médecin, et il se remettra en route dès qu'il sera en état de prendre la diligence qui passe deux fois par semaine sur cette route.

Lors de notre départ de Vilna, nous n'avons eu que des nouvelles fâcheuses sur le compte de Boulanche qu'un courrier a dit avoir vu gelé dans une grange.

M. de Belabre et moi sommes arrivés hier soir à minuit, et nous restons ici aujourd'hui pour obtenir des passeports afin de ne pas être arrêtés à Mayence, 11 m'a été impossible d'en avoir à Vilna d'où M. de Ponthon est parti tout aussi tôt que nous.

D'ici à huit ou neuf jours je compte être à Paris, où j'aurai l'honneur d'aller vous présenter mes respects aussitôt mon arrivée. M. de Belabre me charge de vous renouveler l'assurance de son respect.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Latour-Maubourg.

P. -S. M. le duc de Bassano est arrivé ici hier à 3 heures après midi. Il ferait lever les diflicultés relativement à nos passeports si nous en éprouvions. Je vous prie, Monsieur, d'avoir la bonté de me rappeler au souvenir de M. Duvau (1) ainsi qu'à celui de mes collègues.

(i) Cf. sur Auguste Duvau l'étude publiée en 1907 par Charles Jorel et intitulée : Un professeur de l'Institut du Belvédère.

H4. MOTÎTTEP, A Bl^r.THIEn

Une dernière lettre de ^lortier, et navrante. Il n'a plus que 75 cavaliers ; les vélites napolitains ne sont plus que 120; du rég-iment des chasseurs portugais il ne reste que le colonel (le marquis de Loulé).

AVehlau, ao décembre 1812.

Monseigneur, il vient de m être fait le rapport que Fennemi. au nombre de 800 chevaux, était entré ce matin à Insterbourg (1). Des hommes isolés cpie je viens de questionner, ont été poursuivis par les Cosaques à deux lieues d'Insterbourg", sur la route de Wehlau. Un conA'oi de malades qu'on évacuait ici a été obligé de rétrograder.

Ma cavalerie se réduit à 73 clievau-légers de la garde : je dois compter pour rien les chasseurs et les cuirassiers, les officiers et sous-officiers exceptés.

Si je ne reçois pas d'ordres contraires de ^'otre Altesse, j'irai prendre demain position à Tapiau. L'officier que j'ai l'honneur de vous envoyer, peut être de retour ici demain à 6 heures du matin. Si. d'un autre

(i) Depuis, on a dit que c'était hier soir (note de Mortier)

côté, rintention du Roi était de faire prendre de suite à la garde la direction d'EIbing, alors, je pourrais suivre ma route par Friedland et Eylau.

Je crois devoir observer à V. A. que, si on tarde encore à réunir la vieille et la jeune garde dans leurs quartiers d'hiver définitifs et à leur donner le repos dont elles ont tant besoin, je redoute de pouvoir ramener avec moi les cadres, en supposant même qu'elles ne tirent pas un seul coup de fusil.

Les A'^élites de Sa Majesté Napolitaine nont pas 120 hommes disponibles. J ai ordonné qu'on en ait le plus grand soin ; mais on ne peut pas lutter contre le climat. Quant au régiment des chasseurs portugais, il ne reste plus que le colonel qui est dans un état de santé fort délabré.

P. -S. Depuis ma lettre écrite, je reçois un rapport qui me paraît assez positif et qui m'iinnonce qu'un parti ennemi de 1 000 chevaux est passé ce matin à Georgenbourg, se dirigeant par ici et s'informant du chemin de Labiau.

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