‹ Lettres de 1812Chapitre 89 sur 98 · Edouard Colbfjît a Rerthier · texte numérisé non relu

Edouard Colbfjît a Rerthier

Cette lettre d'Eclouard Colbert à Berthier renferme, comme les précédentes lettres, d'instructifs détails sur la poursuite des Russes et sur la détresse de l'arrière-garde française.

VVehlau. 2 G décembre 181 2.

Monseigneur, j'ai déjà eu l'honneur de rendre compte à V. A. de l'arrivée de l'ennemi à Insterbourg et dans les environs. Je l'instruis aujourd'hui qu'il s'est présenté devant Wehlau avec environ 300 chevaux. Il a attaqué, en venant, les avant-postes qui étaient à une lieue et demie de la ville et m'a pris une douzaine d'hommes.

Je prie ^ . A. de croire que je mets tout le zèle possible dans le commandement de lanière-garde qui m'est confié. Mais les détachements des cuirassiers et chasseurs de la ligne n'ont pas vingt hommes disponibles, et encore, ce sont des jeunes gens mous et sans expérience. Je n'ai donc que 66 Polonais pour faire un service pénible et qui, malgré toute leur bonne volonté, ne pourront y suffire. Ils ont été toute la matinée sous les armes et ont tiraillé cinq heures

avec lennemi. Ils ont eu un homme de pris et un autre de blessé. A 3 heures, on n'apercevait plus que quelques vedettes éloignées ; mais tous les villages en avant de Wehlau. sur la route d'insterbourg. sont occupés par des patrouilles ennemies.

M G. Ledru des Essarts a Ney

Celte lettre de Ledru des Essarts à Ney donne des renseignements sur la situation de Marienbourg-, assigné comme place de ralliement au 3" corps, Ledru s'afllige de l'encombrement de la ville sur laquelle le général Bourcier a dirigé les détachements qui se rassemblaient à Elbing ; la confusion est extrême et les autorités perdent la tête. Mais Ledru prescrit des mesures utiles.

Marienbourg, 26 décembre i8i3.

Monseigneur, le 3^ corps est arrivé hierici. J'en fais faire en hâte l'état de situation qui ne pourra pas être très exact aujourd'hui. Demain, j'aurai des renseignements plus positifs.

Les hommes sont dans un pauvre état sous le rapport de l'armement et de l'habillement ; beaucoup d'entre eux demandent à aller à l'hôpital.

Les 128® et 129*' régiments ont reçu chacun un beau bataillon, mais composé de jeunes gens qui n'ont point fait la guerre.

Marienbourg est encombré de troupes. Il y avait la nuit dernière 21 généraux, 128 officiers supérieurs, 1 675 officiers, 6 780 hommes de toutes armes et de

tous les corps, 1 400 chevaux. Cependant la ville ne peut pas loger 4 000 hommes. Aussi, est-ce une confusion qui fait perdre la tête aux autorités. Le commandant supérieur est un officier prussien plein de bonne volonté, mais qui n'y entend rien. Il serait urgent qu'un général français fût envoyé pour ce commandement qui exige beaucoup de soins et de détails.

En attendant, j'ai prescrit quelques mesures : celles, par exemple, de refuser logement et vivres aux militaires qui n'appartiennent point aux 2^ et 3^ corps et de faire faire une visite domiciliaire pour reconnaître ceux qui séjournent dans leurs logements.

Une difficulté plus grande est que le général Belliard envoie ici des officiers de cavalerie avec ordre d'y réunir les hommes de leurs régiments, de les y organiser en compagnies, escadrons, de les faire nourrir eux et leurs chevaux, et de leur faire fournir habillement, armes, souliers, bottes, etc. Ce qui est impossible, car il n'y a rien de cette espèce dans la place.

L'île de Nogat et les villages à trois lieues du rayon de Marienbourg sont encombrés de cavaliers, de soldats du train et de tous les corps qui absorbent les moyens de transport et les subsistances, de façon que le grand bailli et le commissaire des guerres sont déjà inquiets pour les vivres de la garnison.

La place est entourée d'un fossé palissade en assez

bon état ; mais il n'y a pas une pièce de canon, et, les maisons en bois étant contiguës à la fortification, quelques obus y allumeraient un incendie qu'il serait impossible d'éteindre.

Il n'y a ici d'autre payeur que celui du 2*^ corps ; mais il n'a point d'argent. J'envoie à Elbing pour savoir si on peut être payé, car les officiers sont dans le besoin.

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