Laiuboisière et Eblé
Lariboisière et Eblé appartenaient à cette race dartilleurs qui, selon le mot de Napoléon, étaient purs comme de l'or. Jamais officiers de l'armée, disait l'Empereur, n'ont servi avec plus de distinction ni montré plus d'habileté, et il ajoutait que Lariboisière était bon et brave, qu'Eblé était un homme du plus grand mérite, vraiment extraordinaire. Mais ces deux héros de la retraite, ces deux généraux qui, suivant l'expression de Pion des Loches, lurent les colonnes et les soutiens de l'arlillerie, moururent à la fin de Tannée 1812. tous deux à Kœnigsberg et à peine échappés de Russie, Lariboisière, le 21 décembre, et Eblé, le 30.
Lariboisière avait perdu son jeune fils à La Moskova, et les épreuves de cette terrible campagne l'avaient brisé. Aussi demandait-il, obtenait-il le 9 décembre un congé du roi Murât. Ce jour-là, le major général Berthier écrivait, de Vilna, au duc de Feltre, ministre de la guerre.
« Par décision de ce jour, Sa Majesté a accordé un
congé de convalescence à M. le général Lariboisière, M. le général Eblé a été désigné pour le remplacer dans le commandement de l'artillerie de l'armée. »
L'Empereur confirma la décision du roi de Naples. Le 28 décembre, il nommait Eblé commandant en chef de l'artillerie en remplacement de Lariboisière autorisé à rentrer en France. Bientôt il sut que Lariboisière n'était plus. « J'ai, marquait-il à Berthier le 30 décembre, appris avec bien de la peine la mort de Lariboisière. »
Eblé était toutefois supérieur à Lariboisière, et Gassendi, l'homme certes le plus compétent en la matière, a nommé Eblé « le premier général d'artillerie de France sans contredit ». N'a-t-il pas construit les ponts de la Bérésina : service immense, et le plus signalé, le plus important des services qu'il ait, de son propre témoignage, rendus à sa patrie ? On ne peut, écrivait Castellane à la date du 20 novembre, « on ne peut donner trop d'éloges au général de division Eblé qui s'est donné une peine horrible. »
Lui aussi mourait d'épuisement. Berthier espérait encore, le 24 décembre, qu'il pourrait reprendre son service dans quinze jours. Mais le 28, il mandait à l'Empereur qu'Eblé était dangereusement malade, et, dans le moment, sans connaissance. Eblé avait, durant la retraite, refusé de monter dans sa voiture et toujours couché, comme ses officiers, au bivouac. Et
quelle douleur ce fut pour lui, à Kœnii^sberg, lorsqu il constata que de toute l'artillerie allée à Moscou, il ne restait que cinq caissons et neuf bouches à feu, que les soldats étaient rentrés sans armes et sans équipement, qii'il fallait tout réorganiser !