Les deux frères Prévost
Il y avait dans la campagne de 1812 deux frères Prévost, natifs de Clermont-Ferrand, tous deux anciens élèves de l'Ecole polytechnique, tous deux capitaines d'artillerie, et qui devinrent tous deux chefs de bataillon. Le cadet, Jean-Baptiste-Benoit, était aide de camp du général d'Anthouard, et Griois le rencontre, après la retraite, à Marienwerder et l'emmène, le 7 janvier 1813, dans un chaiiot de. poste qui le conduit par Graudenz à Thorn. L'aîné, Jean- Michel-Marie, a écrit de ]\Iagdebourg,le 24 mars 1813, à son ami Monestier, une lettre assez curieuse (cf. Carnet de la Sahretache, 1901, p. 279-282). 11 y donne quelques détails sur un beau-frère de Monestier, Mabru, qui fut fait prisonnier par les Russes, de même que u beaucoup dolïiciers auvergnats de l'artillerie et du génie », et il assure qu'il n'a pas perdu tout espoir, et que maintenant que ses pieds sont cicatrisés et qu'il a remis ses bottes, il souhaite de tirer de la mitraille au plus tôt et de délivrer ses camarades et amis. 11 compte battre les llusses et surtout les Prussiens qui lui ont fait mauvais accueil et qu'il déteste de tout cœur. <( Nous espérons, dit-il, chasser
les barbares du Nord au delà de la Vistule et gagner ainsi les places qui sont sur le fleuve. Les Prussiens se sont conduits comme des tartufes ; ils ont confirmé l'opinion que nous avons toujours eue de leur vil caractère. Je crois qu'ils vont payer cher cette manière d'agir et que le royaume de Prusse sera rayé sur les cartes géographiques. Les cohortes sont animées du meilleur esprit et ne désirent que de battre l'ennemi. Je ne désire, moi, que d'être chargé de brûler Kœnigsberg (1) ; je m'en acquitterai avec le plus grand plaisir ».
(i) c C'est merveille, dit également Fantin des Odoards.de voir comme nos prétendus alliés deviennent insolent*. \ Kœnigsberg, j'ai surtout été choqué de si brusque palinodie. C'est le coup de pied de l'âne ».
122, KlRGENER AU DUC DE FeLTRE
Le général de brigade du génie Kirgener qui sera nommé général de division le 13 mars 1813, mais quisera tué à Makersdorf le 22 mai suivant, a eu un pied gelé pendant la retraite ; ses aides de camp ont réussi à le conduire à Posen, et malgré Berthier, il est venu à Paris pour se soigner. Il demande un congé au duc de Feltre, ministre de la guerre, et le 20 février 1813 Napoléon annote du mot accordé la lettre de Kirgener que le duc de Feltre lui avait soumise le jour précédent.
Paris, le 1 6 janvier i8i3.
Monseigneur, jai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence qu'après le passage du Niémen, je me suis trouvé séparé de l'armée par l'ennemi. J'étais dans l'impossibilité de la suivre, parce que j'avais une très forte fièvre, un pied gelé et que j'avais presque entièrement perdu l'usage de mon bras droit où j'ai une fausse articulation. J'avais d'ailleurs perdu tous mes équipages. J'ai donc été forcé de me jeter dans les terres et, pour ne pas être pris, et pour trouver des moyens de transport. Mes aides de camp m'ont conduit à Posen où. j ai dû m'arrêter plusieurs
jours pour y reprendre quelques forces et j'ai fait la demande d'un congé à Son Altesse le prince major général en lui rendant compte de mon état. Mais, ne pouvant trouver à Posen ni les secours ni les soins nécessaires, j'ai pris le parti de suivre ma route jusqu'ici où je suis arrivé toujours très souffrant. Je supplie Votre Excellence de vouloir solliciter pour moi de Sa Majesté la faveur d'im congé pour rétablir ma santé. J'ai l'honneur d être, avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Baron Kirgener.