A Keuverseal
Corps, 9 ujars.
Comme je suis en ce moment hors du département, je vous invite à donner tous les ordres que vous jugerez nécessaires pour la défense de Mont-Dauphin et Embrun. La première de ces places se trouve supérieurement commandée par ^L Garnier, commandant d'armes, et Embrun, par le major Dugez. du 30" de ligne. Ne quittez pas pour cela Briançon ; c'est le point qui fixe toute mon attention en ce moment. Buonaparte n'estpas encore entré dans Grenoble. Le général Miollisest arrivé aujourd'hui avec 3.000 hommes à Gap. Toute la Provence s'est levée en masse. Des gardes nationales marchent de toutes parts de la France. 10.000 hommes de garde royale sont ari'ivés à Lyon, (^onime vous voyez, cet aventurier ne peut linir que très mal. C'est ce (|ue tout bon Franvais doit désirer. Ne |)erdez pas de vue la route du Bourg d'Oisiins. Disposez de la gendarmerie pour l'éclairer et
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sei'vez-\()us des hahitants ([iii aiment el vr'iu'i'ent leur souverain légitime, l'établissez; avec Mont-Daupliin et Embrun une correspondance sul\ ie. et ne perdez jamais de vue celle du Mont-Genèvre. Connue je n'ai pas le temps d'écrire aux conuu;indants de Mont- Dauphin et d'iùnbrun, vous leur enverrez copie de la présente pour leur l'aire connaître les dispositions.
'H. A MlOLLlS
Corps, () mars, 3 Ueures du «oir.
Je reçois à 1 instant la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin à 6 heures. D'après tous les renseignements qui me sont parvenus depuis liier au soir, il résulte que Buonaparte est entré le 7. a t ! heures du soir, à Grenoble. Tous ces rapports sont unanimes et me paraissent vrtiisemblables. A oici ce qui est arrivé le 7, me paraissant le plus vrai. Une colonne du 7*^ de ligne avec quelques pièces de canon, commandée par un colonel, accompagné d'un aide de camp du lieutenant-général comte Marchand, est venue jusqu'à LalTrey où elle prit position pour l'empêcher d'avancer. Sitôt qu'il en eut avis, il réunit ses troupes, et prit également ses positions, et s'avança de sa personne, escorté de quatre hommes, jusqu'aux postes de nos troupes. Le factionnaire lui cria : Halte là, cf ai vive? Il répondit: l'Empereur des Français. On lui fit la même demande la seconde fois, et l'on
eut la même réponse. Alors laide-tle-camp ordonna le feu. Mais ils mirent leurs shakos au bout des baïonnettes en criant : Vive VEmpercur^ et le colonel alla embrasser Napoléon. L'aide -de-camp se replova sur Grenoble, seul, et fut poursuivi pendant trois à quatre lieues par quatre lanciers polonais. Les troupes des deux partis se i^éunirent et marchèrent ensemble sur Grenoble dont les portes furent fermées peu d'instants, les ayant fait enfoncer sans qu'il y eût un coup de fusil de tiré de la place. L'on m'assure que le comte Marchand, voyant que les troupes ne voulaient pas lui obéir, s'est retiré sur Lyon. L'on me dit aussi que le 11" de ligne n'avait pas voulu suivre le mouvement des autres corps et qu'il était entré à Chambéry, Il paraît que toutes les autorités sont aussi parties. Buonaparte a passé hier une revue de toutes les troupes qui se sont réunies à lui et doit marcher sur Lyon aujourd'hui. Depuis ces nouvelles qui sont confirmées chaque instant par les personnes qui arrivent de Grenoble, je crois ma présence ici inutile et je vais rentrer avec mes 600 hommes dans mes places. Je n'ai reçu aucun ordre relatif à cet événement, et ce que j'ai fait jusqu'à ce jour, je l'ai fait de mon propre mouvement, le croyant nécessaire, en cas que Grenoble se serait défendu. Maintenant, ce serait une imprudence de ma part d'avancer davantage (i).
(ij a Celte lettre a été écrite la nui» du g au lo tnar». L'ordonnance étail à peu de distance de Corps lorsque le colonel Dariés vint lue faire le rap-
LETTIIES DE 1815 81