Relation i-u colonel Roussille
Jean-Isaac Roussille commandait le 5" régiment d'infanterie lorsque Napoléon parut devant Grenoble. Né le 7 juin 1767 à Pau, lieutenant au 3' bataillon des Basses- Pyrénées en 1792 et capitaine en 1793, réformé pour infirmités en 1796 et capitaine du dépôt des réquisitionnaires à Pau, chef de bataillon en 1807 et blessé à Hof, colonel du !)* de ligne en juin 1809 et employé en Catalogne, baron de l'Empire (25 mars 1810), il fut sous la seconde Restauration et malgré le discours qu'il aurait prononcé le5 mars devant ses officiers, admis à la x'etraite le 9 décembre 1815. n est mort le 31 janvier 1845. Sa relation des événements de Gi'enoble, écrite cinq mois plus tard, est adressée au maréchal Macdonald. Il vante son royalisme et cite avec complaisance la longue harangue qu'il aurait débitée le 5 mars à ses subalternes. Mais il retrace avec une vérité parfois saisissante la physionomie de Grenoble dans la soirée du 7 mai's, et l'cnirevue qu'il eut avec Napoléon est intéressante.
A S. E. Mgr le duc de Tarente, général en chef DE l'ar.mée de la Loire et des Pyrénées
Aza)-le- Rideau, le ... aoùl i8i5.
Le 5 mars 1815, comme j'étais prêt à passer la revue du régiment, M. le lieutenant-colonel comte
Marchand, commandant la 7*^ division militaire dont le quartier-général était à Grenoble, me fît demander. Je me rendis chez lui où je trouvai tous les chefs de corps. Il nous apprit que Bonaparte était débarqué près d'Antibes et qu'il allait prendre des mesures pour arrêter sa marche. Il nous demanda s'il pouvait compter sur nous. Le mot de oui fut répété par toutes les personnes qui se trouvaient dans l'assemblée ; il nous dit de prendre des mesures en conséquence.
Je partis à l'instant pour me rendre à la caserne et je fis donner l'ordre à MM. les officiers de se rendre chez moi, où je leur tins le discours suivant :
« Messieurs, le motif de notre assemblée a pour but de vous donner connaissance que Bonaparte vient de débarquer sur les côtes de la Provence. On présume qu'il se dirige sur Grenoble. Il est probable que le régiment sera commandé pour marcher contre lui, et j'espère que MM. les olficiers, sous-officiers et soldats donneront dans cette circonstance une preuve de leur dévouement et de leur fidélité envers la patrie et le Roi en remplissant religieusement leurs devoirs. Nous devons nous rappeler que Napoléon, en abdiquant solennellement, nous a relevés de nos serments, que la France a reconnu Louis XVIII pour souverain légitime, que nous lui avons prêté serment de fidélité et, lorsque S. A. R. Monsieur nous a donné le drapeau, nous avons juré de le suivre partout où l'honneur nous appellerait. »
LETTRES DE ISlo IH
M. le chef de bataillon Lefèvre prit alors la parole et assura cVime voix ferme que- c'étaient là leurs intentions. MM. les officiers répétèrent la même
chose.
Je repris alors la parole et je leur dis : « Messieurs, plein de confiance dans ce que je viens d'entendre, je vous recommande dans cette circonstance difficile de ne rien négliger afin de maintenir vos soldats dans l'ordre et l'obéissance. On pourrait préjuger, Messieurs, que le débarquement de Bonaparte serait l'ouvrage des puissances coalisées qui, jalouses dt> l'état de paix, de tranquillité et d'union dont jouissent les Français et sur lequel elles n'avaient pas compté, ont jeté cet homme au milieu de nous afin de créer de nouvelles divisions, ranimer des passions presque éteintes et leur fournir un prétexte de venir encore une fois ravager notre belle patrie et peut-être la partager. Mais, pour déjouer cette malveillance, il faut s'unir de cœur et de volonté, afin d'éviter les maux qui nous menacent. »
Chacun, approuvant ce discours, se rendit à son poste avec ardeur et la ferme volonté de remplir ses devoirs.
Le 6, à midi, je reçus l'ordre de M. le général Marchand de faire partir le 3« bataillon pour protéger une compagnie de sapeurs et une de canonmers chargées de faire sauter le pont de La Mure et surtout de ne pas s'engager. Les préparatifs du départ tinrent
jusqu'à 3 heures et je les mis de suite en marche.
J'accompagnai ce bataillon jusqu'à une demi-lieue sur la grande route. Là, je fis former le carré, rappelai à chacun ses devoirs et recommandai surtout aux soldats d'être dociles à la voix de leurs chefs. Les cris de Vive le roi se firent entendre à plusieurs reprises et la colonne se mit en marche. Je restai à Grenoble avec le l'^'" bataillon, pénétré du meilleur esprit. Le 2'' bataillon était détaché au fort Barraux. Tout fut assez tranquille pendant cette journée.
Le lendemain matin on reçut des nouvelles par le commandant du 3^ bataillon qui donnait avis qu'ayant envoyé son adjudant-major à La Mure (où il arriva vers minuit), pour faire le logement, il y rencontra celui du bataillon des grenadiers de la garde qui le questionna sur le motif qui l'amenait dans cet endroit ; il le lui dit. « J'y viens pour la même cause, répondit le premier, mais comment devons-nous nous considérer ? Serons-nous obligés d'agir les uns contre les autres par des voies de fait ? » L'adjudant-major lui répondit que son commandant ne lui avait pas communiqué ses ordres et se retira vers lui pour lui rendre compte de ce qui venait de se passer. Ce commandant, se trouvant dans l'impossibilité de remplir sa mission puisque Bonaparte avait déjà pris possession du pont, se retira à trois lieues de Grenoble où il prit une position militaire, rendit compte de ce qui s'était passé et attendit de nouveaux ordres.
J'ai su depuis que Bonaparte s'était présenté à la pointe du jour devant ce bataillon, s'était arrêté à environ deux portées de fusil, avait fait toute sorte de tentatives pour obtenir le passage par des promesses de récompenses ou par des menaces ; qu'il lui fut répondu qu'on ne pouvait communiquer d'aucune manière avec lui ; qu'on attendit des ordres de Grenoble ; qu'ainsi il avait été retenu pendant sept ou huit heures pendant lesquelles le commandant dit avoir envoyé jusqu'à quatre fois à Grenoble, près M, le général Marchand, sans avoir obtenu de réponse ; que, fatigué de ce retard, Bonaparte résolut de se porter en avant, forma sa troupe en colonne sur la route, fit battre la charge, partit au galop avec quelques cavaliers polonais et se jeta au milieu du bataillon en disant : Soldats, tirerez-vous sui- votre Empereur ? Cette manière de se présenter étonna tellement la troupe qu'elle parut comme anéantie et resta dans l'inaction. Pendant ce temps la troupe de Bonaparte avançait au pas de charge, l'arme sous le bras gauche, et entourait le bataillon. Après quelques mots dits au commandant, Bonaparte fit former le carré, harangua la troupe et la fit mettre en marche pour Grenoble.
Pendant que le 3^ bataillon était en présence avec les troupes de Bonaparte, la garnison de Ghambéry, composée des 7® et 11""- de ligne, ainsi que le 4" de hussards en garnison à Vienne, arrivaient à Grenoble.
Les grenadiers et voltigeurs du 2'' bataillon vinrent aussi du fort Barraux. Le général Marchand désigna la position de chaque corps. 11 me donna la garde des portes avec ce qui restait du S". Le major Rascas resta à la porte de Trèscloîtres avec deux compagnies ; le commandant Lefèvre, à celle de la Graille également avec deux compagnies, et je restai à la porte de Bonne avec les grenadiers et voltigeurs des l*^"" et 2® bataillons.
Cependant la fermentation était dans les esprits. On employait toute sorte de moyens insidieux pour séduire la troupe et lui faire oublier ses devoirs. On avait même formé divers projets qu'il est inutile de rapporter ici.
Vers les 4 heures du soir, le colonel Labédoyère partit avec son régiment par la porte de Bonne. J'ignorais les ordres qu'il avait reçus. Ainsi, je ne crus pas devoir m'opposer à son passage. Ce ne fut qu'après sa sortie que j en connus le motif par les cris réitérés de Vive i Empereur répétés par ce régiment et le peuple du faubourg et de la ville.
Dès ce moment, la sortie de la ville fut défendue. Mais la défection dun régiment avait exalté les tètes. L'agitation allait en augmentant, et on disait tout haut ce qu'on s'était contenté de penser quelques moments avant. Le départ du 7*^" régiment exigeait de nouvelles dispositit^ns ; elles furent prises.
A peine le jour était tombé (juOn entendit les ac-
LETTKES DE 181.'> il*)
clamations d'une multitude en délire. Des cris de Vive l'Empereur se firent entendre dans le faubourg en dehors de la porte de Bonne. C'était Bonaparte qui y était arrivé. Les cris se rapprochèrent bientôt avec la multitude et, l'exaltation du dehors passant dans l'intérieur, les cris de Vive l'Empereur se firent entendre de toutes parts. Mais les soldats du régiment, fidèles ù leur parole, restaient muets, attendant des ordres, et maintenaient l'eilervescence d'un peuple qui regrettait de ne pouvoir les corrompre.
C'est dans cette situation que j'envoyai rendre compte au général Marchand de ce qui se passait et lui demander des ordres postérieurs, pendant que des personnes envoyées par Bonaparte voulaient parlementer ù la porte. Je leur demandai ce qu'elles voulaient. Elles me dirent qu'elles étaient envoyées par l'Empereur et que, par son ordre, elles demandaient l'entrée de la ville. Je leur dis que je n'étais pas maître d'acquiescer à cette demande, puisqu'il y avait dans la ville deux officiers généraux, dont l'un commandait la division militaire et l'autre le département, que tout ce que je pouvais faire était d'envoyer che:i le premier pour lui faire part de cette demande.
Il se passa environ une heure de cette manière sans avoir pu obtenir du général Marchand une réponse positive. Je crus que ma commission avait été mal faite. J'y fus moi-même, lui rendis compte qu'au moment où j'étais parti, on enfonçait les portes à
coups de hache et s'il voulait qu'on fît feu. Il me dit que non, donna des ordres pour son départ, et c'est tout ce que j'ai pu obtenir de lui.
Quand je revins, l'agitation était à son comble en dedans et en dehors. Les propos les plus séditieux se faisaient entendre. Les cris de Vive VEmpereur partaient de dessus les remparts comme des autres parties de la ville. J'avais les mains liées. On semblait vouloir rejeter sur moi l'odieux d'une action meurtrière, si elle avait eu lieu. D'ailleurs, qu'aurais-je fait avec quatre compagnies, si je n'étais secondé? L'émeute redouble, la populace se précipite sur la porte, les coups redoublent, et elle est enfoncée.
L'Empereur entra. Un des officiers de sa garde, en entrant, me porta son sabre sur la poitrine en me qualifiant de traître. Je le regardai fixement et lui dis : c< J'ignore de quel côté où est la trahison ». 11 passa, probablement sans m'entendre.
Lorsque l'encombrement fut un peu dissipé, je renvoyai à la caserne la troupe dont la conduite exempte de reproches mérite des éloges, puisqu'elle a été inaccessible à des séductions de tout genre ainsi qu'aux insinuations du dehors, dans lesquelles on l'invitait à arracher les épaulettes de ses officiers et à s'emparer des portes ; mais ces braves gens dirent que, n'ayant jamais été trompés par eux, ils ne feraient que ce qu'ils leur ordonnaient.
11 est bon d'observer que, rocoiinaissanl limpossi-
biJité d'empêcher la porte d'être enfoncée, j'avais en- A^oyé le drapeau à la caserne et qu'à minuit il me fut rapporté chez moi. Trois jours après, avant mon départ de Grenoble, je le remis en dépôt au major Rascas en présence du Conseil d'administration. J'ai su depuis qu'il avait abusé de la confiance que je lui avais accordée en présentant à Sa Majesté ce même drapeau qu'il se vantait d'avoir sauvé, , .
Les troupes rentrées, je me retirai chez moi, fatigué de corps et d'esprit, A peine y étais-je arrivé qu'un colonel attaché à sa maison vint me dire que l'Empereur me demandait. Je voulais faire répondre que j'étais absent. Mais il entra, me vit et je fus obligé de le suivre. Arrivé chez lui, il m'aborda d'un ton brusque, me disant que je l'avais bien fait attendre : Je suis l'esté deux heures à la porte. Je lui répondis que j'avais rempli mes devoirs : « Vous m'avez relevé de mes serments, j'en ai contracté d'autres », Une me laissa pas le temps d'achever. Des serments^ me dit-il, vous en avez prête dix suivant la force des partis et des circonstances ' celle-ci est impérieuse, il s'agit du salut de la France ; il faut la sauver. J'ai dans ma poche l'adhésion de trois grandes puissances. D'ailleurs Je suis appelé par les vœux des Français. Votre opiniâtreté seule a pu vous le faire dissimuler. Ne me reconnaissez-vous donc plus pour le souverain des Français ? L'enthousiasme de ce bon peuple ne vous le dit-il pas ? Après un moment de silence, il me
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demanda d'un air à n'être pas refusé : Me suivrezvous? Je lui répondis : « Vous me mettez dans une position à n avoir pas la liberté du choix. » 11 me regarda d'un œil sévère. Puis, un moment après, il me dit : Jo passerai cl r main la revue de votre réffimen/, je vous ferai connaître l'heure, vl il me congédia.
Le lendemain, à la revue, il questionna presque tout le monde, l'un après l'autre. Mais il ne fit pas de promotions dans le régiment. Ce qu'il avait fait dans ceux qu'il avait passés précédemment ainsi que dans ceux qu'il passa ensuite. Il conserva même rancune jusqu'à la fin, à l'exception du chef de bataillon, qui commandait le 3'' et qui se trouva opposé à lui, lors- (ju'il venait à Grenoble, qu'il nomma major à Paris (1).
Javais reçu ordre de faire rejoindre le 2® bataillon détaché au fort Barraux. J'écrivis au commandant Bertrand de nous rejoindre ; je ne reçus point de réponse ; j'ai su depuis que, d'accord avec le commandant du fort, il n'obtempéra pas de suite dans la crainte de s'exposer à une surprise.
(i) Il est nùcessaire de faire ici une observation. C'est qiio M. rJeWock., chef de bataillon titulaire du 'S', était alors de semestre à Versailles. Il n'a rejoint le régiment que le 33 mars à Ivrv, près Paris. iNote de lloiissille).
20, Déposition du colonel Roussille
Après la relation de Roussille, sa déposition. Il la fit le "29 février 181() <levani le juge d'instruction de l'arrondissement de Pau, procédant en vertu d'une délégation. Mais il parle comme témoin dans le pi'ocès intenté au général Marchand et, par suite, tout ce qu'il dit se rapporte plutôt à Marchand qu'à lui. Sa déposition, curieuse néanmoins, contient plusieurs détails qu'on ne trouve pas dans la relation.
Je passais rinspection de mes troupes le t) mars dernier, dans les casernes de Grenoble, lorsque le général Marchand m'envoya l'ordre de me rendre dans l'instant chez lui. J'y trouvai les officiers supérieurs assemblés en conseil de guerre. Le général leur dit qu'il venait d'apprendre que Bonaparte avait débarqué à Antibes et c|ue l'on présumait qu'il se dirigeait sur Grenoble par Gap. Il demanda à l'assemblée s'il pouvait compter sur eux. A quoi chacun répondit avec force qu'ils avaient prêté un serment auquel ils seraient fidèles. On s'occupa des moyens de défendre la ville, et il fut décidé que l'on enverrait des troupes pour faire sauter le pont de La Mure. S'étant séparés, chacun se rendit à son poste pour
faire des préparatifs et pour entretenir un bon esprit parmi les soldats.
Le général me donna le lendemain l'ordre de faire pai"tir le 3" bataillon que je commandais afin de soutenir une compagnie d'artillerie et une de sapeurs qu'il envoyait à La Mure. Il fit armer le rempart par des pièces de canon, et 1 on vit entrer dans la ville un escadron du i" de hussards venant de Valence, le 7" de ligne venant de Chambéry, commandé par le colonel Labédoyère, ainsi que le 11*' de ligne commandé par le colonel Durand. Il plaça le lendemain 7 ces corps, savoir : les hussards et le 7" sur la place, et le 11*", appuyé à la gauche de la porte de Bonne, longeant le rempart en se prolongeant du côté de la porte des Secours. 11 fit jolacer deux compagnies du l*"" bataillon du 5' à cette porte, deux autres à celle de Trèscloîtres et deux autres de grenadiers à la porte de Bonne où je restai, de son ordre.
J'y étais encore lorsque je vis arriver vers 3 heures le colonel Labédoyère à la tête de son corps. Celui-ci dit en passant devant les grenadiers qui étaient placés à cette porte : « Comment ? Vous ne suivez pas un si bel exemple ? » et il eut à peine dépassé la porte qu'il cria : Vive V Empereur, cri qui dut être répété par ses soldats.
Les propos du colonel Labédoyère et ces cris causèrent une rumeur parmi les grenadiers qui prirent leur sac et leur fusil pour suivre le 7"\ Mais ils ren-
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trèrent bientôt dans l'ordre et reformèrent leurs faisceaux dès que je les eus rappelés à leur devoir.
Le général parut dans l'instant, me demanda ce qu'il y avait. A quoi je répondis : « Vous voyez ce coquin qui, non content de passer, a cherché à débaucher mes soldats qui auraient été infailliblement entraînés, si je ne m'étais trouvé ici pour les rappeler à leur devoir. » A quoi le général répondit : « C'est bon, je reconnais là vos principes. »
J'observe que déjà, avant le départ de Labédoyère, le général avait fait lire aux troupes une proclamation par laquelle il les engageait à être fidèles au roi et que, bientôt après le départ de Labédoyère, je reçus du général l'ordre de lire à mes compagnies un billet du chef de bataillon Lessard qui annonçait qu'il avait rencontré les troupes de Bonaparte et qu'il avait reculé pour prendre une position. Le général ordonna de fermer les barrières d'après la demande que je lui en lis.
Vers 6 heures du soir un ou deux Polonais, suivis d'une populace nombreuse, se présentèrent devant la barrière de Bonne. Ils demandèrent de la part de l'Empereur d'entrer dans la ville. J'allai en faire j^art au général Marchand que je trouvai avec son épouse et un chef d'escadron attaché à l'état-major que je crois Portugais. Je lui demandai ce que je devais faire et si je devais faire faire feu sur cette populace. A quoi il répondit : u C'est si peu de chose ; il faut attendre ».
Je revins à mon poste où je reçus tout aussitôt l'ordre du général pour faire fermer les portes de la ville et d'envoyer les clefs au commandant de la place ou à lui. Cette populace enfonça les barrières. J'envoyai plusieurs officiers pour prévenir le général de ce ({ui se passait. N'ayant point de réponse et voyant le tumulte augmenter, je m'y rendis moi-même. Je trouvai le général prêt à monter en voiture avec son épouse, et il me dit qu'il allait au fort Barraux.
Je revins à mon poste. Bonaparte et Labédoyèro, suivis d'une populace ellVénce qui profér.'dt dos horreurs contre le général, se présentèrent à la porte derrière laquelle j'étais. Bonaparte, en s'adressant nominativement à moi, me demanda d'ouvrir les portes. Je m'y refusai en disant que je n'en avais pas l'ordre. Il insista dans sa demande en me promettant force honneurs et fortune. La populace de l'intérieur et du dehors jeta des cris effroyables. Les soldats de la ville, sauf les grenadiers que je commandais, se joignirent au peuple. Les portes de Bonne furent enfoncées. Bonaparte et sa suite entrèrent. Un militaire de sa suite me porta un coup d'é})ée que je parai avec la mienne. La populace fondit sur moi et je ne conservai la vie que par les soins de (pielques grenadiers f[ui me défendirent et m'entraînèrent au quartier.