‹ Lettres de 1815Chapitre 38 sur 82 · M. le général Marchaïul ne lit-il dans celle en · texte numérisé non relu

M. le général Marchaïul ne lit-il dans celle en

constance critique et décisive aucune tentative pour ramener les soldats à leur devoir ?

R. 11 faut croire, d'après la réponse que me lit dans son antichambre M. le lieutenant-général Marchand, c[u'il avait fait tout ce qui avait dépendu de lui pour s'opposer à la violence de Buonaparte. Au reste, jo me trouvai, pendant cet intervalle, du côté de la citadelle et n'étais pas auprès de M. le lieutenantgénéral.

D. Ce que vous n'avez pas vu de vos yeux, attendu tvotre éloignement, vous pouvez l'avoir appris de é moins oculaires. Dites-nous quelles mesures prit le général Marcliand dans ce moment critique?

R. Je n'ai pas entendu préciser aucune des mesures prises par le général Marchand dans ce dernier moment.

D. Y eut-il des ordres précis donnés à la troupe rangée en bataille devant la porte de Bonne et audessus du rempart, de faire feu sur les troupes de Buonaparte? Et M, le comte Marchand se porta-t-il de sa personne sur les lieux, afin d'exciter les soldats k faire leur devoir ?

R. Oui. J'ai donné moi-même ces ordres, en faisant ma ronde, à tous les chefs, attendu que je les avais reçus de mon lieutenant-général, et la veille même, j'ai entendu mon dit sieur lieutenant-général les donner de sa propre bouche au colonel du 4*^ régiment d'artillerie. Quant ;i la seconde question, je n'ai

jamais entendu dire que M. le comte Marchand se t'ùt porté à la porte de Bonne dans le moment qu'on enfonçait la porte : mais dans la dernière entrevue que j'ai eue avec lui dans son antichambre, j'ai dû croire ({uil avait tout vu par lui-même, d'après ce qu'il me dit que les troupes n'avaient pas voulu faire leur devoir.

D. Dites-nous ce qui est à votre connaissance sur le refus qu'auraient fait les soldats rangés devant lu porte de Bonne, de faire feu sur les troupes de Buonaparte, lorsqu'elles furent en présence, et des eiïorls inutilement faits pour leur faire faire feu.

II. Je n'ai rien vu de tout cela. Mais j'ai entendu dire publiquement que les soldats de Buonaparte criaient à ceux qui étaient placés sur le rempart : « Mais faites-nous donc ouvrir la porte ! Que faitesvous donc là-bas? » et que ceux du rempart leur répondaient : « Les clefs sont cachées au diable : enfoncez-moi donc cette porte, vous qui êtes là-bas ! » Et ceux du dehors leur disaient : « Vous ne nous tirerez pas dessus ? » Et ils leurs répondaient : (( Nous sommes vos frères et vos amis, vous n'avez rien à craindre de nous ». Quant aux ordres de faire feu par les commandants particuliers des troupes, je n'en ai pas entendu parler.

D. Vous ne savez pas s'il y a eu d'autres mesures que celles dont vous avez fait le narré dans votre déposition, prises par M. le comte Marchand pour s'opposer à la marche de l'usurpateur?

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lî. Non. M. le comte Marchand donnait ses ordres lui-même aux ditîérents chefs d'administration, au tlirecleui du génie, au directeur d'artillerie qui était mon collègue, et même pour le départ du bataillon du iJ'^ régiment, cet ordre n'a pas passé par mon canal ; il a été envoyé directement du quartier-général ;iu colonel du ô*^.

D. Y a-t-il eu d'autres dispositions faites pour la défense de Grenoble que celles que vous venez d'exposer ?

R. Non, (j[ue je sache. Mais pendant les journées des 0,6 et 7, toutes les mesures avaient été prises pour résister à un coup de main. Je sais encore que quelques jeunes gens de la ville avaient eu intention de former une compagnie d'éclaireurs pendant la journée du 6 ; je proposai de les armer avec des carabines à baïonnette que nous avions à l'arsenal, mais au moment de l'exécution il ne s'en réunit pas.

D. M. le comte Marchand est prévenu d'avoir défendu de faire feu sur les troupes de Buonaparte lorsqu'il est entré à main armée dans la 7® division militaire. Dites-nous ce que vous savez à cet égard.

R. Je ne sais pas du tout si M. le comte Marchand a donné cet ordre. Mais cette inculpation me surprend extrêmement, car dans toutes les conversations que j'ai eues avec M. Marchand, j'ai toujours remarqué qu'il était vrai Français et sincèrement attaché à la cause des Bourbons, Même, dans une conversation

que j'ai eue avec lui avant l'abdication de l'usurpateur, j 'ai remarqué qu'il le détestait cordialement.

D. Pourriez-vous nous faire connaître quels sont les événements qui ont contribué à livrer la place de Grenoble à Buonaparte?

R. Je ne puis attribuer cet événement qu'à la révolte des troupes et à l'exaltation des habitants des faubourgs, de la ville et des campagnes.

D. Quand est-ce que M. le lieutenant-général Marchand vous fit part du débarquement de Buonaparte ?

R. Le dimanche 5, sur les 9 heures du matin, il en lit part à l'état-major de sa division dont je faisais partie présente.

2t. Relation du général Marchand

Le long Exposé du général Marchand est le plus important de tous les documents relatifs aux événements de Grenoble. Le général plaide ivayt pro domo siiâ et certains détails de sa relation ne sont pas absolument exacts. !\rais elle est, dans l'ensemble, attachante, instructive, et elle renferme de curieuses réllexions, des particularités vraiment dramatiques.

Expnst' de lu condniic du général Marchand dans les événements des 5, 6 et 7 mars 1815.

Ce fut dans la soirée du samedi 4 mars que M, le préfet de l'Isère me fît part d'une lettre qu'il venait de recevoir de M. le préfet du Var, annonçant que Buonaparte avait débarqué à Cannes le 1"" de ce mois à la tète d'une troupe armée qu'on portait alors de 1.200 à l.oOO hommes et qu'on assurait qu'il avait le projet de se rendre à Paris en passant par Digne, Grenoble et Lyon.

Je n'essaierai pas de peindre les sentiments douloureux que cet événement funeste fit naître en moi ; je ne pourrais que les alîaiblir. La France était heureuse sous le meilleiu' des rois et je ne prévoyais ({ue

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de nouveaux déchirements et des malheurs incalculables. La proclamation que je fis aux troupes et dont je parlerai bientôt, donne la preuve de ce que j'avance.

Dès le même soir je convoquai chez moi pour le lendemain o à 8 heures du matin, tous les colonels et les majors de la garnison, M. le commissaire ordonnateur Bazire, ainsi que M. le lieutenant-général Poitevin et les maréchaux de camp Pelleport, Bouchu, Daumas et Jeanin, qui se trouvaient alors à Grenoble, pour former un conseil de guerre.

Us se rendirent tous à mon invitation. Je leur fis part de la funeste nouvelle qui m'avait été annoncée, et qui se trouva confirmée par une lettre que le chef de légion de la gendarmerie avait reçue par la correspondance. Je leur rappelai le serment de fidélité que nous avions tous prêté au Roi, que l'honneur devait être notre seule boussole. Je leur peignis avec chaleur tous les maux auquel notre malheureuse patrie serait exposée si Bonaparte n'était pas arrêté.

Je le dis avec vérité : l'opinion des généraux et des olïiciers supérieurs fut unanime : ils firent éclater avec le plus grand enthousiasme leur dévouement et leur fidélité pour le Roi, et il n'y eut qu'une voix pour employer tous les moyens militaires possibles pour faire échouer l'entreprise de l'usurpateur.

Ma première pensée fut de me prémunir contre la défection des soldîils. Je proposai en conséquence de

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faire renouveler moi-même aux troupes le serment

de fidélité au Roi et de les passer à cet effet toutes en

revue. Mais les colonels et les majors m'observèrent

que leurs régiments devaient être considérés comme

une famille dont ils étaient les chefs, et que personne

autre qu'eux ne pouvait avoir plus d'empire sur leur

esprit. Ils pensaient qu'il valait mieux qu'eux-mêmes

fussent chargés de faire renouveler le serment de fidé-

• lité et que d'ailleurs ils feraient parler d'avance au

[soldats par ceux qu'ils sauraient avoir plus d'influence

sur leur esprit ; ils ne me laissèrent pas ignorer au

[reste que l'empressement que j'avais mis l'année pré-

[cédente à faire connaître la déchéance de Bonaparte

lavait affaibli l'influence que j'avais sur les soldats,

(et qu'il serait à craindre qu'il ne s'élevât un cri sédi-

Itieux dans la revue générale ; ce qui ferait craindre

une défection. Je me rendis à ces puissants ijiotifs et,

comme je n'avais envie que de servir le Roi, n'im-

i porte comment, je mis tout autre sentiment de côté.

Je chargeai donc les chefs de corps de passer eux- [mêmes cette reAtie et de m'en rendre compte dès le lendemain 6, de très bonne heure. Je leur recommandai particulièrement d'assembler les chefs de bataillon et les officiers sur la fidélité desquels ils n'avaient aucun doute, pour qu'ils veillassent scrupuleusement à ce qu'aucuns individus étrangers aux régiments ne s'introduisissent dans les casernes, et enfin de prendre toutes les mesures qu il convenait dans la crise où

nous nous trouvions pour maintenir les soldats dans la {i délité que nous devions tous au Roi. Je recommandai de garder le secret sur notre réunion afin (|ue les troupes connussent le plus tard possible le débarquement de Bonaparte. Il fut au surplus résolu que le lendemain 6 je me mettrais en marche à la tête des troupes pour aller à sa rencontre et ([u'ainsi ils tiendraient leurs troupes prêtes à partir.

J'écrivis en consétpience la lettre suivante à M. le commissaire ordonnateur pour qu'il prît sur le champ des mesures pour assurer le service des vivres (1).

J'envoyai de suite une ordonnance au général Devilliers à Chambéry avec ordre de partir sur le chanq) avec les T*" et 1 1'- régiments pour arriver le 7 de bonne heure à Grenoble.

J'envoyai un semblable ordre au colonel du 4*" hussards en .garnison à Vienne auquel je prescrivais de

(i) Grenoble, le .ï mars 181.").

A M. le Coruniissaire Ordonnateur Bazire.

Je vous préviens, mon cher Ordonnateur, que je fais partir demain matin le 3* régiment de sapeurs pour La Muro où il restera jusqu'à nouvel ordre. Le 5* de ligne ira le joindre après demain Six pièces de canon accompagnent le 3' régiment do sapeurs.

Le 7, le 5" régiment d'artillerie ira prendre position ii Vizille avec fi autres pièces de canon.

Je vous prie de prendre des dispositions pour faire fournir les vivre» de campagne à ces trois régiments et de faire faire une pro\ision d'eau-de-vio de manière à co qu'on puisse en faire distribuer une ration chaque jour à toute la troupe.

Usera nécessaire d'envoyer un commissaire dos j^uorrcs à La Muro pour v iisurer le service.

faire arriver le 7 de bonne heure à Grenoble un escadron composé d'hommes choisis çt sur la fidélité desquels on pût compter.

Le même jour 5, je rendis compte à son Excellence le ministre de la guerre de la nouvelle étrange qui nous était parvenue et des mesures que je prenais pour arrêter l'aventurier. Je lui dis que je pouvais compter absolument sur la fidélité des officiers supérieurs et d'une bonne partie des autres officiers, que c'était là tout ce qu'il fallait pour maintenir les soldats dans le devoir; je l'assurais que sous ce rapport je n'avais aucune crainte.

C'est ainsi que fut employée la journée du o mars.

Le 6 au matin je reçus des nouvelles sur la marche de Bonaparte, qu'on assurait être arrivé le 3 près de Digne.

J'attendais avec^i m patience le résultait delà revue que les colonels avaient dû passer ; ils vinrent m'en rendre compte, mais elle ne produisit pas l'effet que nous nous en étions promis. Ils m'annoncèrent avec l'accent du plus vif chagrin qu'ils avaient aperçu dans leurs soldats ime hésitation fâcheuse, qu'ils n'avaient montré aucun enthousiasme au renouvellement du serment de fidélité ; ils ne me dissimulèrent pas qu'ils tremblaient de se mettre en marche avec des troupes aussi incertaines pour aller à la rencontre de Bonaparte.

Cette disposition des esprits à laquelle j'étais loin

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de m'attendre, me fît changer de déterminalion. Je ne pouvais plus risquer de mettre en pleine campagne des troupes si mal affermies en présence de celle que Bonaparte commandait en personne : j'avais à craindre une défection totale. Je résolus donc de m'enfermer dans la place et d'attendre Bonaparte à son passage ; j'espérais que la réflexion et les exhortations des chefs de corps qui tous étaient dévoués à la bonne cause, ramèneraient les esprits égarés et que lorsqu'il en serait temps, chacun ferait son devoir.

Ce fut dans cet objet que j'ordonnai au régiment de sapeurs de se mettre de suite à l'ouvrage pour préparer des banquettes sur les remparts. Je donnai aussi l'ordre à l'artillerie de faire des plate-formes pour placer les canons, et de ne pas perdre un instant pour armer la place. A peine ces ordres furent-ils donnés que les travaux s exécutèrent avec la plus grande activité.

Je pensai qu'il nous fallait gagner du temps le plus possible et que je devais m'occuper à retarder la marche de l'usurpateur. En conséquence, ayant été informé qu'il existait un torrent, à un quart de lieue au-dessus de La Mure, dont les bords étaient escarpes et presque inabordables, sur lequel était un pont appelé Ponthaut, je donnai l'ordre à un bataillon du 5® de se tenir prêt à partir et de se munir de cinquante cartouches par homme. Je donnai en même temps l'ordre au directeur du génie de faire préparer une

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compagnie de mineurs avec la poudre nécessaire powv faire sauter le pont.

Dans la matinée du même joiir, M. le colonel Fanlin des Odoards vint me rapporter qu'étant en congé à Embrun et ayant appris le débarquement de Bonaparte, il s'était décidé à rejoindre de suite son régiment, qu'il était parti le o et était venu loger à la poste à Gap, que dans la nuit, vers les 10 heures du soir, il avait entendu un grand tumulte et avait vu arriver lavant-garde de Bonaparte qui était venue s'établir à la poste, que, craignant d'être arrêté, il s'était fait donner un bidet et était venu à Grenoble, marchant toute la nuit.

Ce rapport me donna l'espoir que les troupes que j'envoyais à La Mure arriveraient à temps pour remplir leur mission, puisqu'il y a trois jours d'étape de Gap à La Mure.

La nouvelle du débarquement de Bonaparte était devenue publique. Je fis la proclamation que voici :

« Soldats, Bonaparte a débarqué sur nos côtes ; il s'avance dans l'intérieur de la France ; souvenonsnous qu'il nous a dégagés de nos serments, et que nous en avons prêté d'autres au Roi. Vous serez fidèles à l'honneur et à votre devoir et cet orage sera bientôt dissipé. Nous verrons alors notre belle patrie redevenir puissante et heureuse. Si, au contraire, vous vous laissez aller à des cousoils perfides, tous les malheurs viendraient fon<.lrc ■ ur nous ; la

FiMiice serait encore envahie par les armées étrangères ; vos parents seraient pillés, vos villages ravagés. et nos ennemis se partageraient notre pays. Soldats, vous connaissez vos chefs, vous savez qu'ils sont incapables de vous conduire ailleurs que sur le chemin de l'honneur. Vos chefs ont une entière confiance en vous. Ecoutez toujours notre voix ; la patrie ne deviendra pas la proie de l'ennemi. »

Cette proclamation fut imprimée à cinq cents exemplaires, affichée dans la ville, lue à la tête de chaque compagnie et envoyée dans toute la division.

Ayant l'honneur de parler au nom du Roi, je crus devoir m'interdire, dans cette pièce, toute expression de reproche ou d'injure. Je m'adressais à des soldats qui naguère avaient été sous les ordres de l'usurpateur et dont la contenance était si mal afl'ermie ; je ne devais pas risquer d'allumer une étincelle qui pouvait produire un incendie. Je me bornais donc à leur dire que Bonaparte nous avait déliés de nos serments, et que nous devions rester fidèles à ceux que nous avions prêtés au Roi. Je leur parlais de l'honneur, le ce puissant mobile des soldats français. Je leur peignais au reste les malheurs qui menaçaient notre patrie, si nous n'arrêtions pasla marche du fléau de l'Europe.

Les troupes commandées pour l'expédition étant prêtes, j'en donnais le commandement à M. le chef de bataillon Lessard, du 5*^ de ligne, et je chargeais en même temps ^L le chef de bataillon du génie Tour-

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nadre de diriger les travaux pour faire sauter le pont.

M. Lessard se mit en route avec des instructions par écrit, portant qu'il devait marcher sans s'arrêter jusqu'au lieu de sa destination ; qu'aussitôt qu'il serait arrivé, il se placerait militairement en arrière du pont, ayant des postes sur les hauteurs afin de pouvoir découvrir de loin tout ce qui arriverait, et qu'il ferait mettre de suite la main à l'œuvre, pour faire sauter le pont ; (^u'il ferait reconnaître en dessus et en dessous du pont tous les passages de piétons qui pourraient y exister ; que, s'il y en existait, il les ferait rendre impraticables ; qu'alors, il tiendrait position devant les troupes de Bonaparte, en les tenant éloignées et les empêchant de faire aucun travail pour rétajjlir le passage ;(|u'il resterait là tant qu'il n'aurait aucune crainte d'être tourné ; que, dans le cas où il n'arriverait pas à temps pour faire sauter le pont, avant ([ue les troupes de Bonaparte ne se présentassent, il ne devait pas les attendre et rentrer à Grenoble, sans perdre de temps ; que dans tous les cas il repousserait la force par la force ; qu'il me rendrait compte souvent de ce qu'il ajîprendrait de nouveau, prenant à ce sujet des renseignements auprès de tous les maires et de tous les voyageurs, ayant pour cet objet à sa disposition la gendarmerie de Vizille et de La Mure. M. le chef de bataillon du génie Tournadre a eu connaissance de ces instructions.

Je rendis aussitôt compte à son Excellence le mi-

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nistre de la guerre, de tout ce que j'avais appris sur la marche de Bonaparte, ainsi que des nouvelles dispositions que je croyais devoir prendre. Je disais au ministre, que, dans la position délicate où je me trouvais, je n'avais que deux partis à prendre, le premier de marcher avec toutes mes troupes à la rencontre de Bonaparte, et le second, de me renfermer dans la place, pour éviter tout contact des miennes avec les siennes ; que le premier parti me présentait des inconvénients trop graves, parce que nécessairement, vu l'esprit des soldats, il y aurait quelque défection et la moindre entraînerait inévitablement tout le reste ; qu'ainsi je me décidais pour le second parti, persuadé que le meilleur moyen de s'opposer à Bonaparte était d'empêcher toute communication entre lui et nous.

C'est aussi sur ce principe qu'étaient basées les instructions de M. le chef de bataillon Lessard.

Dans le cours de la même journée du 6, je fus informé qu'il était entré dans la place quelques émissaires de Bonaparte. J'en fis de suite part à !M. le préfet, en l'invitant de les faire rechercher et arrêter; mais ce fut vainement que M. le préfet fit faire plusieurs visites domiciliaires; on ne put rien découvrir (1).

(i) J'ai »\i depuis le* funestes érénemcnU du 7 mars, que cei cmiiiairei avaient tenu des conciliabules k la suite desquels on avait distribue de l'ar-

Le reste de la journée du 6 mars fut employé à exciter l'enthousiasme des troupes, à surveiller les travaux des remparts et à entendre divers rapports. Je ne dois pas omettre que dans la journée du 6 mars et celle du lendemain plusieurs personnes très recommandables de la ville, entièrement dévouées au Roi, étaient venues se présenter pour me faire oflre de leurs services per.sonnels ; je les acceptai avec empressement et je leur dis que je conférerais avec M. l'inspecteur des gardes nationales sur le moyen de les employer efficacement poui' remplir le but auquel nous tendions tous. En effet, je convins avec M. l'inspecteur qu'on tâcherait de former une ou plusieurs compagnies d'élite qui seraient incorporées dans la garde nationale pourconcourir par leurs efforts à arrêter l'usurpateur. Mais la trahison de Labédoyère, l'insurrection des troupes et la marche précipitée de l'usurpateur ont paralysé cette mesure et rendu inutile le dévouement de ces estimables citoyens.

J'ajoute encore que dans la journée du 6, M. Rostaing, inspecteur aux revues, se présenta chez moi pour me faire part d'une proclamation qu'il avait faite contre Bonaparte et qu'il me proposa de faire imprimer sous mon nom. Je lui observai que j'en avais

gent à quelque* malheureux ouvriers ponr téduire lei soldats, qu'on avait aussi envoyé quelques-uns de ces ouvriers dans les villages, sur la route de Bonaparte, pour faire boire les paysans, les rassembler, aller i sa rencontre et leur servir d'escorte (note de .Marchand.)

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