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lait une, qui était déjà imprimée et qui me paraissait très convenable et qu'il fallait désormais remuer le soldat de vive voix, que d'ailleurs sa proclamation s'adressant aux citoyens, elle ne pouvait qu'atteindre un but utile. Je l'engageai à la faire imprimer sous son nom ou bien à en conférer avec l'autorité civile.
M. Rostaing me parla également de faire une distribution d'argent aux troupes. Je ne fus pas de son avis, et je lui dis qu'une pai^eille mesure n'était bonne que lorsqu'elle était prise par un prince qui donnait ainsi une marque de sa munificence, ce qui était toujours accepté avec plaisir par les troupes ; que, si une pareille gratification venait de moi, les soldats pourraient m'accuser de vouloir les séduire, et en concevraient de la méfiance, ce qui ne j)ouA'ait ([ue produire Kplus mauvais clfet; que j'étais convaincu que dans cette circonstance, il fallait surtout faire sentir aux troupes que leur honneur, leur devoir et l'intérêt de notre patrie étaient inséparables de la fidélité (pie nous devions au Roi ; que c'était le but que je m'étais proposé dans ma proclamation.
C'est ainsi que fut emi)loyéc la journée du G.
J'arrive à la journée fatale du 7 mars.
Les travaux ordonnés la veille furent cttntiuués avec activité. Le soir, tout était en étal. II y a\ail (juarante-trois pièces de canon en l)atlerio. Je vis tous les chefs pendant la matinée ; je leur recommandai de ]>rescrire à leurs officiers de ne point (juiUcr leurs sol-
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dats, de les voir eux-mêmes et de les maintenir dans leurs devoirs par tous les moyens.
Ne recevant point de nouvelles du bataillon que j'avais envoyé à La Mure, et instruit qu'il circulait des bruits qu'il s'était rendu à I>onai)arto, je tis partir le capitaine Randon, un de mes aides de camp, pour aller savoir ce ([ui se passait, et pour donner en mou nom au cliet" de bataillon Lessard tous les ordres que les circonstances feraient jug-er convennl>les. Quelque temps après son départ, je reçus un billet de M. Lessard, dans lequel il me disait que les troupes de Bonaparte l'ayant précédé à La Mure, il n'avait pu rompre le pont, et qu'il s'était retiré deux lieues en arrière, où il avait une bonne position, qu'il était assez content de la contenance de son bataillon, pour pouvoir espérer de la conserver. Pour détruire les bruits (pii circulaient sur le bataillon, je remis le billet au colonel Roussille joour le faire lire à la tête de chaque compag'nie. J'appris avec la plus grande peine que les soldats, en entendant cette lecture, disaient que c'était une lettre faite à Grenoble.
A midi, le général Devilliers vint m'annoncer qu'il arrivait de Chambéry avec les 7'" et 11^ régiments de ligne. Je lui dis de les faire ranger sur la place, et je le suivis pour aller en passer la revue. Je ne fus pas très content de la contenance des soldats, et après avoir terminé la revue, je lis assembler les olliciers des deux régiments en cercle, au milieu de la troupe.
Je leur exposai franchement l'état des choses. Je leur dis que la fidélité au souverain légitime avait toujours été la première vertu des hommes d'honneur, des braves soldats et surtout des armées françaises, que la France avait les yeux sur nous, que le sort de notre patrie était entre leurs mains. Je leur retraçai tous les malheurs qui nous arriveraient si nous venions à oublier nos devoirs. Je leur fis apercevoir les récom- })enses honorables qui les attendaient, si nous conservions au Roi la fidélité que nous lui avions jurée. Je leur dis que je comptais sur eux, et les engageai à aller répéter mes paroles à leurs soldats. Je leur fis en même temps distribuer des exemplaires de ma proclamation, pour la lire à la tête de chaque compagnie, en leur répétant que ce n'étaient pas seulement des phrases qui y étaient contenues, mais de grandes vérités.
Le colonel Labédoyère me répondit au nom de ses olliciers, qu'ils étaient pénétrés de ce que je venais de leur dire et que je pouvais compter que son régiment serait fidèle à l'honneur. Je m'occupai de leur faire distribuer des vivres et j'allai moi-même leur assigner leurs postes sur le rempart. J'aj)pris avec plaisir que le colonel Labédoyère avait fait distribuer de l'argent à ses soldats pour se procurer du vin ; cela me parut d'un très bon augure.
A une heure après midi, l'escadron du i^ régiment d'hussards arriva de ^'ienne. Je leur fis part de la circniistanco critifiuc dans lafniclle' nous nous trouvions.
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Je leur dis que nous ne devions prendre pour guide que l'honneur et la fidélité que nous devions au Roi, que j'étais persuadé que je parlais à de bons Français, et que je comptais entièrement sur eux. Les ofTiciers me parurent animés du meilleur esprit. Je les engageai à ne pas perdre de vue leurs hussards, à ne pas permettre qu'ils communiquassent avec qui que ce tut et à les maintenir dans les bonnes dispositions que je trouvais avec plaisir chez eux.
J'avais déjà placé le bataillon du o*^, qui restait à Grenoble, aux deux portes principales de la ville : le colonel Roussille occupait la porte de Bonne avec ses grenadiers et deux compagnies, et le major Rascal la porte de Trèscloîtres avec le reste du bataillon. Il était alors 3 heures après midi. Je faisais une tournée sur les remparts avec le capitaine Bella, adjoint à l'état-major. Je rencontrai le colonel Labédoyère au milieu d'un groupe de canonniers, et j'étais loin de penser qu'il travaillait déjà à les séduire. Je l'approchai et j'eus avec lui un assez long entretien sur notre position. Comme beaucoup de soldats nous entouraient, je saisis avec plaisir cette occasion pour parler plutôt pour eux que pour lui, dont j'étais bien loin de me méfier. Le colonel Labédoyère saisit le premier instant de silence pour me quitter et, de mon côté, je continuai ma tournée.
Ce fut environ trois quarts d'heure après que je vis arriver à la course le capitaine Dausse, adjoint à
l'état-major, qui venait m annoncer que le colonel Labédoyère venait de sortir à la tête de son régiment par la porte de Bonne, ayant un drapeau tricolore, et aux cris de : Vive l'Empereur. 11 ajouta qu'il avait rencontré le général Dovilliers auquel il avait donné cette nouvelle, et que ce général s'était mis de suite à la poursuite du colonel Labédoyère pour tâcher dr l'arrêter et de le faire revenir.
Je me rendis ù la porte de Bonne où je trouvai le colonel Roussille dans un état de fureur de cette action infâme. Il me dit en m'abordant : « Ce coquin avait séduit mes grenadiers, et si je ne me fusse pas trouvé ici, il les aurait emmenés avec lui. » Quekpic temps après, je vis revenir le général Devilliers (|ui me dit qu'il avait fait inutilement tous ses elîorts l)0ur ramener Labédoyère qui avait été sourd à la voix de l'honneur et de la patrie, et qu'il n'avait pu ramener que quelques soldats qu'il rencontra sur K's derrières du régiment. Là-dessus je recommandai aux chefs de redoubler de vigueur pour maintenir les soldats qui nous restaient, dans le devoir, et leur faire sentir toute Ihorreur que devait inspirer une trahison aussi infâme. Je montai un instant a})rès sur les remparts pour pérorer moi-même les soldats et m'assurer de l'ctVet qu'aurait produit la désertion ilu 7*" régiment. Je ne tardai pas à m'apercevoir que cette nouvelle qui était connue de tout le n\onde avait fait tourner la tête aux soldats. De temps en temps j'en-
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tendais parmi eux des cris à demi-voix de : ^'irc l'Empereur, et tous les autres se mettaient à rire. De ce moment, je restai convaincu qu'il ne nous restait plus d'espoir de tirer aucun parti de mes troupes, et je rentrai chez moi pour atlondre les rapports qu'on devait menvoyer de chaque côté, et savoir s'il n'était pas arrivé de nouvelles de l'aide de camp que j'avais envoyé au chef de bataillon Lessard. Mon appartement était, d'ailleurs, sur le rempart ; je pouvais voir de là tout ce qui se passait et jug-er de l'esprit du soldat.
A 3 heures, mon aide de camp arriva, et me lit le rapport suivant. Il était arrivé à 2 heures après-midi au village de LalTrey, et avait trouvé M. Lessard en position en avant de ce village. Le chef de Ijataillon lui raconta qu'il était arrivé près de La Mure à une heure après minuit, (ju'il s'était arrêté et avait envoyé ses fouriiors pour faire le logement, qu'en entrant à la mairie, ils y avaient trouvé des sous-olïiciers de Bonaparte (pii y venaient pour le même objet, que ceuxci leur a\aient demandé ce (pi'ils venaient faire vl qu'ils axaient répondu qu'ils venaient préparer le logenienl d'un l)ataillon. Les sous-ofticiers de Bonaparte leur dirent alors : « Eh bien, camarades, est-ce i[ue vous ne serez j)as des nôtres ? Nous sunnnes tous Français, et nous ne devons pas nous battre ensemble ". Nos fourriers leur répoiulircnt : u Nous lU' sommes pas des politiques, nous obéissons aux onlres
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qu'on nous donne, et si vous commencez, nous ne reculerons pas ». Là-dessus, ils se retirèrent pour aller rendre compte à leur commandant de la rencontre qu'ils avaient faite. M. Lessard avait à peine entendu leur rapport, qu'on vint lui annoncer qu'il s'était présenté, à son avant-garde, un général qui demandait à lui parler de la part de l'Empereur. Il lui fit répondre que n'ayant rien à lui communiquer, il ne pouvait le satisfaire, et comme il s'aperçut qu'on parlait à ses soldats, il se mit en marche pour rétrograder ol s'arrêta à o heures du matin à la position indiquée plus haut, tant pour faire reposer sa troupe que pour apprendre des nouvelles. Il fut d'abord suivi par cinq ou six cavaliers qui se retirèrent peu à peu. Il resta dans cette position jusqu'à une heure après-midi, sans voir arriver personne, et commençait à espérer que la contenance qu'avait faite son bataillon à La Mure, aurait engagé Bonaparte à changer de route. C'est dans ce moment qu'il vit arriver une quarantaine de caA'aliers qui prirent position en face de lui, et envoyèrent des paysans pour distribuer des proclamations qui tombèrent entre les mains du commandant. Une demi-heure après, il vit arriver Bonaparte avec son état-major, et c'est à peu près dans ce moment que mon aide de camp le rejoignit. Ils observèrent ensemble Bonaparte qui montrait une grande inquiétude. 11 se promenait à grands pas et regardait souvent le bataillon avec sa lunette. Il envoya à
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M. Lessard un officier qui l'avait connu particulièrement, pour l'engager à se réunir à lui, et lui faire les plus belles promesses. M. Lessard lui dit qu'il ne connaissait que son devoir et qu'il le ferait arrêter s'il ne se retirait sur le champ. L'autre lui ayant demandé s'il ferait feu sur eux, il répliqua encore : « Je ferai mon devoir », Comme cet officier voulait s'adresser aux soldats, il le fit retirer de suite. L'on vit alors des individus habillés en bourgeois parler à Bonaparte avec beaucoup de feu, s'agitant extrêmement et lui montrant le bataillon avec la main. J'ai su depuis que c'étaient des officiers à demi-solde qui lui disaient avoir sondé l'esprit de tous les soldats, qu'aucun d'eux ne tirerait sur lui ni sur ses troupes, qu'il devait ne pas hésiter à se mettre lui-même à la tête d'un de ses pelotons et à marcher sur le bataillon qu'il enlèverait sans difficulté. Bonaparte à qui il venait d'arriver cent cinquante hommes environ d'infanterie, fut décidé par ces rapports et il envoya de suite un autre officier au galop sur les voltigeurs qui formaient notre avant-garde, et qui leur dit : « L'Empereur va marcher sur vous ; si vous faites feu, le premier coup de fusil sera pour lui ; mais songez que vous répondrez à la France de tous les malheurs qui en résulteront. » Effectivement, on ne tarda pas à voir Bonaparte se mettre à la tête de cette troupe d'infanterie qui lui était arrivée et se porter en avant. La stupeur était peinte sur la figure de tous les soldats,
et ils s'ébranlèrent en voyant ce mouvement. M. Lessard commanda alors demi-tour à droite à tout son bataillon, et se retirait en pressant extrêmement le pas. 11 faisait remarquer à mon aide de camp létat d'épouvante dans lequel était toute sa troupe, en lui disant : « Comment pouvoir engager un combat avec des soldats que la vue seule de cet homme fait trembler de tous leurs membres et qui sont pâles comme la mort? » Bientôt il vit la cavalerie de Bonaparte arriver au galop sur lui. Il commanda alors de .suite : Halte, face^ en télé, et fit marcher en avant pour attaquer lui-même. Mon aide de camp cria aux soldats de faire feu. ÏNIais ils étaient dans un état d'anéantissement qui ne leur permettait pas de rien entendre. Les cavaliers arrivèrent bientôt sur eux, les prirent par la main, en leur disant qu'ils étaient tous Français, qu ils ne devaient pas se battre les uns contre les autres, Bonaparte ne larda pas d arriver à la tète de son infanterie, et dit aux soldats : n ( )uel est celui (pii voudrait tuer son ancien général ? Si vous voulez, m assassiner, me voici, je viens m oll'rir à \os coups, >< On lui ré|>()ndit par les cris de : Vivo t' Einjicreiir. BonaparJe s'approcha alors du eomniandaiit qui j)lcurait de désespoir. Mon aide di" canq» \\[ i\\\\\ l'embrassait, et il partit de suite, pour venir me rendre compte de ce ({ui s'était passé. Les cavaliers (|ui l'avaient entendu crier de faire feu, en instruisirent Bonaparte cpii ordonna aux six des mieux montés de
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se mettre à sa poursuite pour lùclier de l'atteindre et de le lui ramener, leur promettant dans ce cas cin- (j[uante napoléons de récompense. Mais il les gagna de vitesse et après avoir galopé trois lieues, ils cessèrent de le poursuivre. Mon aide de camp, au sortir de cet embarras, rencontra le régiment de Labédojère qui, lui voyant une cocarde blanche, voulut le taire arrêter. Mais il traversa toute la colonne au galop, renversant les soldats qui voulaient s'opposer à son passage. 11 me rendit compte, en outre, qu'il avait trouvé une partie de la route couverte de paysans armés de fourches, de fusils, etc., criant tous : Vive V Empereur, et qu'il portail leur nombre à plu» de deux mille hommes.
D'après les rapports de mon aide de camp, j'avais de suite fait fermer les portes de la ville.
La désertion de Labédoyère et le funeste événement du bataillon de M. Lessard nous avaient porté un coup mortel. J'avais vu les généraux et les chefs. Tous étaient d'accord qu on ne pouvait plus concevoir la moindre espérance de rien obtenir des soldats contre Bonaparte. J'avais engagé les meilleurs citoyens de porter du vin et des vivres sur les rcmj)arts et les malheureux soldats butaient à la santé de l'Empereur 1
Dans une position aussi critique, il fallait prendre un parti et, n'ayant plus la possibilité de faire le bien, il fallait au moins diminuer le mal autant que possible.
Je résolus donc de donner des ordres pour faire partir toute la troupe à 2 heures après minuit, de les diriger sur le fort Barraux et d'enlever à Bonaparte tous les soldats que le lien de la discipline, qui n'était pas entièrement rompu, nous donnerait la possibilité d'emmener avec nous. Je pris des dispositions en conséquence. Tous les chefs furent prévenus.
Les rapports qui m'arrivaient à chaque instant sur l'esprit de la troupe, me confirmaient de plus en plus que le parti que j'avais pris était le seul raisonnable. J'étais convaincu que tous les olïiciers supérieurs sortiraient avec moi, que nous serions suivis d'une grande partie des oificiers subalternes et de la moitié au moins de la troupe ; ce qui me paraissait un point capital, parce que notre exemple aurait été d'un grand poids sur le reste de l'armée dont l'honneur eût peutêtre été sauvé, si mon plan eût pu être mis à exécution.
J'espérais alors rpie Bonaparte n'arriverait pas le même soir sous les nmrs de la ville, ou que s'il v venait, nous l'empêcherions d'entrer en tenant les portes fermées.
Les mêmes ollicicrs à demi-solde, (|ui avaient si bien servi Bonaparte à Lafl'rey, l'avaient (piitté sur le champ, et d'après ce que j'ai appris depuis, ils étaient arrivés au galop à Grenoble cjuelques minutes après mon aide de camp. Ils s'étaient portés de suite sur les remparts, avaient prévenu les soldats que Bo-
iiaparte entixirait par la porte de Bonne et leur avaient dit qu'il pensait bien qu'ils ne tireraient jamais sur lui. Les soldats avaient répondu que l'on ne devait avoir aucune crainte et que Bonaparte pouvait arriver en toute sûreté.
Les moments s'écoulèrent avec rapidité. 11 était C» heures du soir. Je lis dire qu'on préparât une estafette que je voulais faire partir pour Lyon et Paris.
J'écrivis au ministre de la guerre, pour lui rendre compte de la désertion de Labédoyèrc et de ce qui s'était passé à La Mure, et lui faire connaître l'épouvantable situation dans laquelle ces deux funestes événements nous avaient placés ; je lui faisais part en même temps du projet que j'avais de sortir de la ville avec toutes mes troupes, et de l'ordre que j'avais donné en conséquence.
Je n'avais pas encore terminé, lorsque nous entendîmes un bruit sourd et des cris qui ressemblaient à de« hurlements. C'était la tète de la colonne de l'usurpateur, composée de plus de deux mille paysans munis de torches de paille allumée, criant tous : Vive l'Empereur! A mesure qu'ils approchaient, nos soldats leur répondaient de dessus les remparts par les mêmes cris. Bientôt ils arrivèrent à la porte, et, dès lors, ce ne fut plus qu'urne explosion de cris du haut et du bas des remparts. Ces cris ne discontinuèrent plus jusqu'à la fin. Un grand nombre de nos soldats se laissèrent glisser du haut en bas des fortifications
pour aller se joindre aux rebelles. Dans ce moment, M. de Saint-Genis, lieutenant du 4" d'artillerie, très connu par son dévouement au roi, entre chez moi. Je discontinuai d'écrire pour m'adresser à lui : « Quoi. Monsieur, lui dis-je, vous croyez qu'aucun soldat ne tirera. — Non, mon général, me répondit-il. — Kt les officiers, répliquai-je, ne tireront-ils pas? — Certainement, répondit-il, mais si quelques-uns se mettaient en devoir de le faire, à l'instant ils seraient huches sur les pièces ; les canonniers se sont expliqués hautement là-dessus. »
Désespéré de ce rapport, que conlirmaient évidemment les hurlements et les cris redoublés, je quittai ma dépêche pour tenter des efforts dont je ne voyais que trop l'impuissance. A l'instant, un officier envoyé par le colonel Roussille vint mannoncer que deux lanciers étaient à la barrière, demandant qu'on l'ouvrît au nom de V Empereur. « Allez dire au colonel Roussille, répondis-je, de les éloigner par des coups de fusil », et je courus sur les remparts où je trouvais le général Devilliers. Nous nous mêlâmes tous deux parmi les soldats, leur rappelant l'honneur, leur enjoignant, les pressant de se préparer à f'aw'o feu. Des cris de : Vive V Empereur ! furent leur réponse. Que faire alors? Pensera-t-on que j'aie craint la mort ? Je dédaignerais de repousser ce vil soupçon. Je crus devoir conserver au Roi tout ce qui pourrait lui rester fidèle et former un noyau de ralliement autour duquel