Ney et Jarhy
Le f^éuéral JaiTV commandait le Jura el il lut de ceux qui refusèrent de suivre le maréchal Ney. Le récit des événements qu'il nous a laissé, ne doit être d'ailleurs consulté qu'avec précaution : Jarry cherche, avant tout, à plaire aux Bourbons et il lait parade de son dévouement. On trouve pourtant dans son rapport quelques détails curieux, comme ce mot de Ney, qu'il voulait •< faire un traque et courir à la bote » — d'autres témoins ont dit qu'il répétait alors «je fais mon alïaire de Bonaparte; nous allons attaquer la bête fauve » — comme cet autre mot de Ney, que l'entrée de l'Empereur b Paris serait lépoque de la réconciliation de tous les Français.
E.rlrait de la journée du maréchal ^ei/, le J4 mars /^/J, à Lons-le-iSaulnier ; sa conduite envers le ijénéralJarrij commandant le Jura.
Le maréchal Ney, en pré.sence de la troupe (|n il avait réunie à Lons-le-Saulnier le 1 i mars, pour, (lisait-il, faire im traque et courir droit à la bête, en jiarlant de Bonaparte, a déclaré la cause des Bourbons à jamais perdue et proclamé Napoléon empereur des Français.
Le maréchal, rentré che/, lui. lait liieicher le né-
néral Jari y, lui donne ordre de partir de suite pour Besançon, d'en prendre le commandement supérieur, de faire fermer les portes de la ville, de faire arrêter et conduire à la citadelle le comte de Scey, préfet du Doubs, le général Durand, commandant d'armes, ainsi que ceux qui s'opposeraient à l'exécution de ses ordres, de réunir la garnison en présence des autorités ti^ iles, de leur faire proclamer Bonaparte empereur des Français et faire arborer l»s drapeaux et cocardes tricolores pour des publications dans la ville ; de rendre compte au duc d'Albufera. à Strasbourg, de ce ([u il avait fait, lui, maréchal Ney, à Lons-le-Saulnicr, du plein succès qu'il y avait eu et de celui que le général Jarry obtiendrait infailliblement à Besançon.
Le maréchal Ney s'engageait à faire avoir le grade de lieutenant-général au général Jarry, l'assurant sur sa parole d'honneur que la rentrée de Bonaparte était concertée avec les empereurs d'Autriche et de Russie, tous les maréchaux de France et le ministre de la guerre.
Le général Jarry, après avoir témoigné au maréchal Ney l'horreur et l'indignation que lui inspirait une telle mission, la refuse, se relire et s'empresse de faire prévenir le préfet du Doubs et le commandant de Besançon, pour leur gouverne.
Le maréchal Ney, le même soir du 14, avait réuni chez lui les généraux Lecourbe, Mermet, Delort, le général Jarry et plusieurs colonels encore tout stu-
péfaits de la scène du matin ; il donne ses ordres de mouvement pour le lendemain ; le général Jarry refuse de marcher ; deux colonels, un major, un aide de camp même du maréchal donnent leurs démissions ; le maréchal Ney les congédie très grossièrement.
Le maréchal Ney, outré de l'obstination du général Jarry et de quelques fortes objections que celui-ci lui avait faites, lui envoya ordre à 10 heures du soir du 1 i, de quitter sur le champ Lons-le-Saulnier et de se rendre à Besançon où il recevrait une nouvelle destination.
Le surlendemain, ordre du maréchal Ney au général Bessières commandant le département du Doubs, d'enjoindre au général Jarry de sortir de suite de Besançon et de n'y rentrer qu'après l'arrivée de l'empereur à Paris, époque, dit-il, de la réconciliation générale de tous les Français.
Enfin, le 19 mars, ordre du maréchal Ney, d'après ceux de Bonaparte, daté de Sens, imprimé, afiiehc sur les murs de cette ville, dans toute la Bourgogne et la Franche-Comté, aux autorités civiles et militaires et à la gendarmerie d'arrêter et emprisonner le général Jarry.
Le maréchal Ney avait laissé ou envoyé à Besançon un changement de direction sur Dijon, à toutes les troupes ([ui devaient y passer pour marcher au prétendu (ra(|ue sur Lyon. Le colonel du (">'' léger
ne voulut point reconnaître cet ordre, passa outre et arriva le 22 mars à Lons-le-Saulnier avec la cocarde blanche et dans un très bon esprit avec son régiment qui, ù son entrée, fut harangué par le général Jarry sur sa réputation de bonne discipline, de bonne conduite, surtout sur sa fidélité ù ses drapeaux et au roi.
JP Ce discours fit grande sensation le 22 en raison de ce qu'il contrastait absolument avec celui du maréchal Ney du 14 où celui-ci, par son infâme trahison, révolta les gens de toutes castes, de tous états et opinions.
Ces faits, la disparition du drapeau tricolore à la commune, la réimpression et l'affiche de l'extrait de la délibération du congrès de Vienne, le refus du général Jarry de faire et laisser afficher les proclamations de Bonaparte, les proclamations énergiques du général Jarry, tendant à empêcher ou au moins à paralyser l'exécution du décret sur l'organisation des corps francs, ont été, aux yeux des perturbateurs, des crimes qu'ils se sont empressés de dénoncer au ministre de la police générale, le duc d'Otrante, et à celui de la guerre, le prince d'Eckmûhl, qui, ne voyant point dans le général Jarry un homme dévoué à Bonaparte, l'a disgracié en lui retirant le commandement que lui avait confié le roi ; ce général a été rappelé à Paris où il a refusé tous services, et depuis, le roi vient de lui rendre son commandement.